Le nouveau sport à la mode chez les éditeurs : la chasse aux clichés
Les bons conseils pour se faire éditer.
On pourrait s'attendre à ce que les éditeurs, ardents défenseurs de la langue française, privilégient le style, la grammaire ou la syntaxe pour retenir ou non un manuscrit ; les auteurs plus naïfs pensent même qu'ils tiennent compte de l'originalité des idées ou du scénario. C'est une erreur. Si vous souhaitez voir vos écrits publiés, mieux vaut suivre ces quelques conseils… Allez d'abord voir sur le site ou le blog des éditeurs auxquels vous destinez vos œuvres pour y repérer tout ce qu’ils trouvent de rédhibitoire. Ensuite, il vous faudra corriger votre texte afin qu’il se plie aux désirs de chacun de vos destinataires, cela vous évitera la désagréable expérience d’avoir deux refus pour une même nouvelle, le premier prétextant qu’elle contient trop de descriptions, et le second vous reprochant de ne pas en avoir donné assez. Pour être publié actuellement, la seule règle en vigueur est d'éviter les clichés. Le mieux étant, selon certains érudits éditeurs de se référer à l'ouvrage d'Hervé Laroche : Le dictionnaire des clichés littéraires (Ed. Arléa). On y trouve de précieux conseils : si vous écrivez un polar, votre personnage principal ne doit être ni flic, ni tueur en série. L'idéal, c'est de choisir un quadra fonctionnaire, mais pas divorcé. Il devra être étranger, mais pas trop basané quand même (les Nordiques ont la cote en ce moment). Il vivra dans un pavillon de banlieue et n’ira au restaurant qu’une fois par semaine. L'histoire ne se passera ni à Paris, ni près de la mer, et surtout pas à New York. Optez pour une ville de province, de taille moyenne et d'intérêt limité (Limoges, Besançon, etc.). L'héroïne ne doit pas être une infirmière rousse, ni une institutrice à lunettes. Les adolescents ne doivent pas se droguer et les enfants doivent être bons en classe, mais sans subir les brimades de leurs camarades. Pour le style, optez pour des verbes standards. Les personnages mangent, boivent, baisent. S'ils venaient à se sustenter, à épancher leur soif ou à s'unir charnellement, ça ferait cliché. Ultime recommandation : évitez les rayons de soleil qui filtrent à travers les stores au petit matin. Certaines maisons d’éditions refusent systématiquement les manuscrits à stores. Vous ne pourrez pas dire qu'on ne vous avait pas prévenus.
Pour justifier leur incapacité à écraser l’opposant avec leur char, les soldats de Tien An Men plaident la délicatesse : « il y avait des choses fragiles dans son sac, qu’on ne voulait pas esquinter… »
Chers chevaucheurs de vents contraires, vous connaissez Klemperer Junior, défenseur devant l'Eternel des mots dévoyés. Il a de multiples visages, des voix différentes, mais un seul objectif, défendre ces mots que nous chérissons, et surtout lorsqu'ils sont malmenés par la chose politique. Ses récentes contributions sont signées Stéphanie Hochet et Thomas Vinau. "Flexibilité" et "parasite" sont désormais protégés, après "grève", "cité", "racaille" ou "chômeuse". A vous de défendre les mots que vous jugez maltraités. Vous pouvez apporter votre contribution à cette vaste entreprise en envoyant votre texte à cette adresse :Klemperer Jr . Après validation, il sera publié sur ventscontraires.net dans la rubrique "Au secours les mots".