Raphaël Chabloz
Publié le 20/04/2011

Giratoire


Quand on m’a proposé de devenir chroniqueur pour « Vents contraires, la revue du théâtre du Rond Point », la première chose que je me suis dite, c’est : « Mazette, ça a l’air prestigieux. » Je connaissais un peu le théâtre du Rond-Point, parce qu’ils en ont parlé à la télé, mais pas plus que ça. Je connais bien les ronds-points, ça, oui, il y en a un sous ma fenêtre, avec des fleurs au milieu et des voitures autour. Je connais un peu les théâtres, aussi, je suis allé voir l’autre jour une pièce, alors c’est bien la preuve. Mais le théâtre du Rond-Point, je ne sais jamais lequel c’est. C’est pas ma faute : je suis suisse. Par exemple, je me rends bien compte à quel point ça a l’air provincial de dire que je ne connais pas bien le théâtre du Rond-Point, mais je ne comprends pas très bien le mot « provincial ». Chez nous, essayer de regrouper tout ce qui n’habite pas la capitale, ça ne passerait jamais. Il faudrait y caser les Zurichois et les Genevois, les Bâlois et les Vaudois, tout le monde se disputerait, il y aurait des initiatives, des contre-projets et, à la fin, tout le monde se rendrait compte qu’on a encore oublié la Suisse italienne, ce serait la gabegie. Comme le rond-point qui est sous ma fenêtre à partir de cinq heures la soir, un peu : un véritable théâtre.
Bien que n'ayant jamais pratiqué le water-polo, je suis blogueur, journaliste, suisse, traducteur et parfois même auteur, mais pas trop. J'aimerais vous parler de mon enfance et de ma passion pour les dés de courgette. Hélas, les icônes scintillantes figurant sur ce site me terrifient et, pour le dire franchement car c'est important la franchise, me tétanisent.

http://www.bonpourtonpoil.ch/ 

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Le 16 juillet 2010 à 01:48

Programme-toi dans le off en hiver

Conseil Citoyen 8

Te voici reparti avec tes compagnons Comme chaque juillet faire votre Avignon.Vous pensiez en jouant de jour en extérieur Faire l’économie d’un jeu de projecteurs, Mais faisant profession que rien ne vous encombre, Vous optez cette année pour du Théâtre d’ombres. Vous avez donc loué en vous pliant en quatre Ce que seul Avignon veut appeler Théâtre. Ça ne coûte pas plus qu’à d’autres leurs cigares, Mais pour vous quatre c’est onze mois sans écart Pour avoir le loisir de déplier un drap Et le tenir tendu une heure à bout de bras. Ainsi vous allez donc, tractant et paradant, Pliant et dépliant, heureux et nonchalants, D’autant que cette année tu sens le bon karma Qui vous fera sortir de votre anonymat ; Tu viens de rencontrer un gars qui t’a promis De te faire connaître un de ses vieux amis Qui peut te présenter la fameuse Corinne Qui travaillait, un temps, au restaurant du « in ». Elle cherche un spectacle où les gens ne vont pas Jouant comme le tient à l’heure des repas Car avec son amant, sur la rangée du fond, Ils peuvent sans témoin s’envoyer au plafond. Mais cela, t’a-t-on dit, pourrait-être ta chance Car l’homme est groniqueur au journal « La Provence ».   Puis-je sans te fâcher avancer un conseil Qui n’a d’autre ambition que sonner ton réveil. Puisque pour Avignon sans fin tu persévères, Pourquoi ne pas aller y jouer en hiver ? Imagine un instant cent mille âmes recluses S’emmerdant sous la neige en plein cœur du Vaucluse. Les hôteliers, pour vous, ouvriront grands leurs draps Et vous feront goûter à leurs prix les plus bas. Et si pour vous sentir encore festivaliers Vous préférez aller à plus simple taulier, Le camping est à vous. Avec le reliquatVous pourrez vous offrir un vrai pontificat : Un théâtre à vous seul, une scène et des loges, Les copains de Corinne abondant en éloges, Un vrai pot de première ; canapés et gratin Et un portrait couleur dans Vaucluse Matin. En plus, l’ombre chinoise au cœur de la Provence Ne souffre, à mon avis, d’aucune concurrence.

Le 29 février 2012 à 08:25

La pita qui se fout de la charité

(parce que j'ai fini par renoncer à "Je m'appelle Hellène" ou "sirtaki le tour")

On m'a demandé une chronique « plus grecque ». En effet, bien des lecteurs de « Vents Contraires » s'interrogent, et c'est légitime, sur l'opportunité de racheter la Grèce pour un euro symbolique et, comme je suis suisse, je m'y connais forcément bien en symbolique.   Bien entendu, le futur acheteur aura des frais. Déjà bien avant la crise actuelle, il y avait beaucoup de laisser aller dans la gestion du patrimoine culturel. C'est plein de ruines partout, une catastrophe. Il faudra également songer à retravailler un peu la mythologie. C'est d'un compliqué ! Et que je me transforme en pluie d'or, et que je sors de ta cuisse, et que je suis Dieu des récoltes, des bichons, des mardis et des boissons chaudes... Prenez la mythologie suisse : une flèche, une arbalète, c'est simple, c'est efficace. L'idéal, pour le futur acheteur, serait d'adapter quelques séries en dessin animé. "Jason 42", par exemple, ça pourrait marcher. Ou "le masque de Zorba", à la limite.   Une chose importante, il faudra repenser le nom. Grèce, c'est très péjoratif, à cause de l'homonymie. Hellas, on n'en parle même pas. J'avais pensé à un truc plus sain, mais qui reste dans l'hellénistique : Omega trois.   Pour la bouffe, ça manque un peu de typicitude. Yaourt grec, sandwich grec, salade grecque : rien de très original, qui n'a pas son yaourt, son sandwich et sa salade, de nos jours ? Il faudra revoir ça   Mais sinon, le côté mer bleue, toits blancs, très bien, très vendeur. A la limite, moi, je revendrais toute la partie un peu montagneuse du pays. Et je recollerais toutes ces îles aussi. Le côté insulaire, c'est sympa, mais il faut pas tomber dans l'exagération.   Voilà. Une dernière recommandation. Je sais que j'insiste un peu avec ça mais c'est important : le futur acquéreur de la Grèce devrait, à mon avis, renoncer au titre de champion d'Europe de foot 2004, je reste persuadé que tout ça n'était qu'une vaste plaisanterie.

Le 8 avril 2011 à 09:27

A propos du film GAZA-strophe

Dialogue de deux scuds par vents contraires

Jean-Pierre : Ce film tourné à Gaza au lendemain de l’opération « Plomb durci » de janvier 2009  m’a bouleversé. Bouleversé par ces images d’après cataclysme, bouleversé par le contenu effroyable des témoignages, bouleversé par la dignité des témoins, bouleversé par l’acharnement d’Israël à massacrer les populations civiles. Catherine : Evidemment, moi aussi j’ai été bouleversée ! On ne peut pas rester insensible à l’intolérable. Néanmoins, passé le stade de l’émotion légitime et sans entrer dans une critique de film hors de propos, le point de vue des réalisateurs m’a dérangé. Jean-Pierre : C’est justement ce qui m’a interpellé. Ce zoom sur la catastrophe organisée que semblent nous confier les victimes. Dans le cas présent le point de vue de l’adversaire ne m’a pas manqué. Catherine : Moi, si. Au contraire de toi, face à un sujet aussi sensible, les répétitions des témoignages, au-delà de leur légitimité et de leur véracité, des images de dévastation, sans analyses et sans réflexion géopolitique m’ont donné une sensation de contrainte et de manque. Je n’aime pas que l’on m’impose une adhésion. On ne se refait pas. Jean-Pierre : Moi, j’aime être en empathie totale et personne ne m’a forcé ! D’autant que tu sembles oublier une dimension capitale du film : l’humour et la poésie. Lorsque je les entends respirer la poésie de Mahmoud Darwich au milieu des ruines, je ne peux m’empêcher de penser aux témoignages des rescapés des camps d’une autre catastrophe… Catherine : Mais mon cher Jean-Pierre, je ne les ai pas oubliés. S’il y a une chose qui m’a profondément bouleversée dans ce film, c’est l’humain dans toutes ses dimensions et la poésie qui irrigue ce film, qui jaillit à la fin dans cette grotte de ruine où ces hommes sont terrés, dans un lyrisme sublimé. Jean-Pierre : Enfin un terrain d’entente ! J’en ajouterai un autre. Cette phrase qui revient dans un sourire tout au long du film : « Encore deux victoires comme ça et il n’y aura plus aucun Palestinien à Gaza ! ».   GAZA-strophe, film documentaire (95 mn – mars 20011) de Samir Abdallah et Khéridine Mabrouk. Projeté Espace Saint-Michel, Paris. DVD disponible.   > www.gaza-strophe.comJean-Pierre Thiercelin et Catherine Tullat

Le 7 mars 2012 à 09:18

Les flibustiers libertaires (surtout entre 1650 et 1730)

Les cracks méconnus du rire de résistance

La plupart des films de pirates, à commencer par la fort convenue série des Jack Sparrow-Johnny Depp, ne nous informent guère sur les mœurs pirates, très étonnamment toniques pourtant à plus d’un titre comme en attestent quelques livres rendant justice aux desperados des mers.   L’historien rebelle Hakim Bey va même jusqu’à présenter les repaires flibustiers près de Madagascar ou dans les Bahamas, et les sloop rapides et bien armés des pirates, comme des sortes de « zones autonomes temporaires » grand style. Dans son étude culte Utopies pirates (Dagorno), ainsi que dans les écrits de Markus Rediker et de Gilles Lapouge réédités fin 2011, respectivement chez Libertalia et chez Phébus, on apprend que bon nombre des gibiers de potence qui couraient la grande bordée sur les mers des Caraïbes et l’océan Indien entre 1650 et 1730 en battant pavillon noir préfiguraient d’une certaine manière les avant-gardes anarchistes héroïques du XXe siècle. Tant les insurgés makhnovistes d’Ukraine en 1918-1921 et ceux de Cronstadt, que les guerrilleros de la Colonne de fer ou de la Colonne Durruti libérant des régions entières durant la guerre civile d’Espagne pour y expérimenter l’autogestion et la vie sans contraintes.   Les frères de la côte, en fait, c’étaient les damnés de la mer. Qu’il s’agisse de proscrits politiques, d’esclaves en fuite ou de marins mutinés contre la discipline odieuse régnant à l’époque sur les frégates françaises, anglaises, espagnoles, portugaises, contre la dureté pleine de morgue des officiers, contre l’esprit de lucre des armateurs, c’était avant tout à l’ordre colonial-marchand qu’ils s’attaquaient sauvagement. Rien qu’entre 1716 et 1729, on recense plus de 2 400 navires marchands pillés par nos gredins, ce qui entraîne une véritable crise du commerce « de nation à nation ». « Les flibustiers, précise Markus Rediker, dans Pirates de tous les pays, entravaient le commerce dans les zones stratégiques d’accumulation du capital – les Antilles, l’Amérique du Nord et l’Afrique de l’Ouest – à un moment où l’économie atlantique récemment stabilisée et croissante était source de profits énormes et de pouvoir impérial renouvellé. » Pas mal de vaisseaux marchands, d’ailleurs, capitulent sans tirer un coup de feu dès qu’ils voient surgir au loin le Jolly Roger pirate. Et, pendant les abordages, les équipages attaqués n’entrent pas toujours en résistance. Il arrive même fréquemment que des matelots de la Royal Navy se rallient carrément à la piraterie après avoir offert à leurs assaillants la tête de leurs capitaines et des officiers royaux les ayant maltraités. Quant aux esclaves gisant dans les calles, il sont naturellement libérés et peuvent soit devenir eux-mêmes des pirates, soit lever le camp librement.   Mais comment donc les démons flottants s’organisent-ils ?   Sur mer comme sur terre, absolument toutes les décisions sont prises en commun par des conseils d’équipage. Les capitaines et les quartiers-maîtres sont élus pour leurs strictes compétences technico-guerrières et peuvent être révoqués à tout moment par la base. L’égalité totale règne sans tensions raciales (un quart des frères de la côte sont blacks). Le butin est réparti équitablement. Le blackstrap (mélange de rhum, de mélasse, de vin, de bière) coule à flots. En cas de conflit, les juges, c’est tout le monde autour de bols de punch. Les bases arrière de la flibuste près de Madagascar ou dans les Bahamas s’apparentent aux contre-sociétés ludico-hédonistes auxquelles rêveront les situs et les yippies. Pas de défavorisés : à chacun son hacienda sans haie autour ; à chacun l’abondance grâce aux raids et pillages, les invalides de guerrilla s’avérant particulièrement choyés. Pas de pouvoir hiérarchisé : des assemblées canailles faisant très mai 68 orchestrent tout bordéliquement en démocratie réellement directe. Et ça marche. Pas de frontières : le territoire des brigands des mers, c’est l’immensité océanique. Pas de rapports d’échange codifiés : les notions mêmes de négoce, de travail obligatoire et même d’économie en soi passent par-dessus bord. Les frères de la côte désaxent, notamment, la logique des rituels échangistes chaque fois qu’ils dilapident en quelques jours de folie des richesses absurdement amassées durant des vies entières de lésine. Ou chaque fois qu’ils se harnachent de diamants et d’autres joyaux tout en restant par ailleurs épouvantablement déguenillés, crasseux et malodorants. Pas de problèmes de communication : à Libertalia, dans la baie de Diego-Suarez, on crée une « free press » en recourant à une imprimerie de fortune et un langage synthétique commun, une espèce d’esperanto des Tropiques. Pas d’astreintes familiales (les uniques parents, ce sont les frères d’armes et de bombance), religieuses (« la culture des pirates, explique Rediker, est profane et blasphématoire ») ni morales (c’est la fiesta non-stop avec des essaims de bacchantes volcaniques se sentant bien mieux là qu’ailleurs).   « Les pirates, chantonne Julius Van Daal dans sa préface éperonnante à Pirates de tous les pays, allaient à la mort conscients et fiers d’avoir vécu la vraie richesse, qui n’est ni d’or ni de titres, mais d’art de jouir ensemble et sans mesure. » Les féroces flibustiers (littéralement, en vieux hollandais, les libres butineurs) étaient donc le plus souvent de joviaux utopistes taillant en pièces en toute lucidité le vieux monde mercantile. Et pratiquant avec beaucoup de machiavélisme le rire de résistance. Quelques exemples. En 1623, Belain d’Esnambuc, jeune aristocrate normand se vouant, à ses heures, à la piraterie masquée, obtient du cardinal de Richelieu, à force d’intrigues et de pieuses professions de foi, un magnifique équipage de trois navires et une somme rondelette pour aller prêcher la « bonne parole » aux sauvages de l’île Saint-Christophe (Caraïbes). Et le fripon, sitôt l’ancre levée, de mettre l’armada et les subsides du cardinal au service des frères de la côte. En 1686, le pirate Grammont annonce fièrement au gouverneur Cussy qu’il va ravager la ville de Campêche. Affolé, celui-ci fait mander du renfort. Mais, en guise de forces d’appoint, c’est le flibustier et ses compagnons déguisés en soldats et munis de faux laisser-passer qui s’introduisent dans la forteresse. En 1687, Raveneau de Lussan et ses complices, pour razzier une riche bourgade, près de Guyaquil, se faufilent d’abord nuitamment dans un monastère avoisinant dont ils se rendent maîtres sans bruit. Ensuite, ils dressent des échelles le long des murs du fort de la ville, pelotent le dos des moines prisonniers avec leurs coutelas et les obligent à grimper le long des échelons de sorte que les sentinelles, dans leur désarroi, vident leurs mousquets sur les religieux. Émergeant à leur tour, les pirates font main basse sur la garnison sans subir la moindre perte. En 1636, le terrible L’Ollonois, à Porto Bello, suscite une véritable alerte au fantôme qui fait déguerpir d’un rempart la garde d’une citadelle espagnole.   Terminons en beauté avec l’effronté Jean Laffite (incarné à l’écran par Yul Brynner dans le très enlevé film Les Boucaniers de Cecil B. DeMille et Anthony Quinn) qui, soit dit en passant, finança ni vu ni connu avec la plus value de ses sanguinolentes rapines la première édition, en 1848, du Manifeste du Parti communiste.   La tête de Laffite, un beau jour, est mise à prix : « Une récompense de 500 dollars est offerte à qui livrera Jean Laffite au shérif de la paroisse d’Orléans ou à tout autre shérif. Fait à la Nouvelle-Orléans, le 24 novembre 1813. William C.C. Clairborne, gouverneur. »   Quarante-huit heures plus tard, l’affiche suivante est placardée dans toute la Nouvelle-Orléans : « Jean Laffite offre une récompense de 5 000 dollars à qui lui livrera le gouverneur William C.C. Clairborne. Barataria, le 26 novembre 1813. »   À lire aussi : La palpitante anthologie Omnibus Pirates et gentilshommes de fortune orchestrée par le grand navigateur Dominique Le Brun qui a réuni quelques romans « où la mer, le sang et l’or se mêlent en une liqueur qui a des parfums de liberté extrême ». Parmi ceux-ci, outre L’Île au trésor, des points d’orgue signés Pierre Mac Orlan, Albert t’Serstevens, Edouard Corbière ou même Sir Arthur Conan Doyle. Et une rareté totale, les Cahiers du capitaine Le Golif, dit Borgnefesse. Jubilatoires également la bédé Pavillon Noir de Corbeyran et Bingono (éditions Soleil), le très sombre Tortuga de Valerio Evangelisti (Rivages) et le désopilant Une aventure avec les Romantiques, un des meilleurs épisodes des montypythonesques Pirates ! de Gidéon Defoe (éditions Wombat).

Le 29 mars 2012 à 10:07

Une histoire de papier peint

Faire le papier peint , dans le domaine du théâtre, c'est faire de la figuration, faire de la frime, traîner la frimante.   Et, de manière plus imagée : apporter une lettre, faire le troisième hallebardier dans le brouillard ou un bec de gaz dans le lointain.   Le milieu du cinéma emploie : faire le papier peint dans le bastringue pour stigmatiser celui qui, quand c'est le coup de feu sur le plateau, reste les bras croisés à regarder.   Faire le papier peint, c'est ne pas jouer, ne pas participer. Quand, dans les bals, les jeunes filles restaient en plan, n'étaient pas invitées à danser, on disait qu'elles faisaient tapisserie.   Avec le papier peint, c'est l'idée de la minceur qui vient. La figuration est un rôle qui n'a pas de relief même s'il s'agit d'une figuration intelligente.   D'une femme très mince, on dit qu'elle peut passer derrière les affiches sans les décoller.   Cette femme, plate comme une limande, a le cul en papier peint, le cul gaufrette. A la Belle Epoque, on disait qu'elle aurait pu refaire son lit dans un canon de fusil.   Dans le domaine érotique, avoir la queue en papier peint, c'est ne pas être en mesure de bander, ne pas présenter de relief, ne pas avoir le profil grec. C'est, comme disait Serge Gainsbourg, bander foulard Hermès.   En revanche, décoller le papier peint, c'est entrer en érection.   Décoller est une injonction : dans le monde de l'édition, un livre qui ne décolle pas des étagères est un échec.   Ce qui n'a pas de relief est dévalorisé. Longer les murs n'est pas faire preuve d'une attitude bien glorieuse. Un revêtement couleur de muraille n'est pas attrayant.   Quoi qu'il en soit, il n'est pas agréable de faire partie du décor, des meubles.   Il est préférable d'être une tête de gondole ou une tête d'affiche.

Le 3 juin 2011 à 08:30
Le 7 juin 2011 à 15:01

La fougue de Bach

(et encore, j'ai pas osé « Mais vous êtes fougue ? Oh oui ! »)

« Plus fougueux, la prochaine fois », m'a-t-on demandé. Je ne suis pas du genre à refuser l'obstacle, comme on dit dans les milieux hippiques, mais je suis embêté : j'ai, actuellement, moins de fougue qu'un barracuda. Pour tout dire, je suis à peu près aussi fougueux qu'un discours d'après-match de Roger Federer (je sais pas si tu as remarqué mais quand il ne verse pas sa petite larmichette, il est à peu près aussi passionnant qu'une partie de Scrabble filmée au ralenti). Au début, je pensais que c'était à cause de la pression atmosphérique centrée sur les Açores, mais en fait, je pense que c'est de votre faute. Enfin pas de la tienne à toi, qui est quelqu'un de raisonnable, mais de celle à la société, qui n'est pas quelqu'un de responsable. Parce qu'en ce moment, la société, elle ne mange pas ses cinq fruits et légumes, à cause des bactéries allemandes qui sautent du concombre au soja sans crier Bahnhof et des consommateurs qui ne savent plus à quel sain se vouer. Du coup, les maraîchers ne maraîchent plus et dans mon supermarché, les légumes sont en action (c'est du suisse pour dire promo, hein, ils ne tournent pas des remakes de Die Hard). Comme je suis de nature pragmatique, j'ai donc une alimentation très végétale. Et franchement, je préférais quand vous aviez peur des vaches. Un steak de soja saignant, on a beau dire, mais c'est pas pareil. C'est pourquoi, je le dis avec fougue : Attention, derrière-toi, une entrecôte tueuse !

Le 19 octobre 2011 à 09:17

Sonic Youth

Le hérisson est un petit animal mignon de la famille des petits animaux mignons. Se nourrissant essentiellement de petites bestioles peu mignonnes, il fera la joie des jardiniers écologistes. Comme son lointain cousin le porc-épic, le hérisson est un animal de type piquant : lorsqu'il est face à un danger, il se hérisse (ah, tiens, je n'avais jamais fait le rapprochement). Hélas, cette manoeuvre de diversion est bien inefficace face à son prédateur naturel, l'automobiliste. Elle a également valu au pauvre animal de prêter son nom à des choses aussi terribles que « l'élégance du hérisson », un roman où l'on se sert du malheureux rongeur pour enfoncer des portes ouvertes, ou que la tactique du hérisson. Cette dernière consiste à s'arc-bouter en défense à l'aide de longues piques et de miser sur la rapidité de ses ailiers pour tenter de piéger l'adversaire sur une contre-attaque. Une technique bien connue en Suisse : en 1386, les Autrichiens sont ultra-favoris du match retour, qui se dispute à Sempach. Mais, alors qu'ils s'arc-boutent en défense à l'aide de longues piques, le Suisse Winkelried trébuche bêtement, emportant dans sa chute suffisamment de lances adverses pour que ses coéquipiers puissent s'engouffrer dans la brèche et mettre la pâtée aux Autrichiens et c'est particulièrement troué que Winkelried entre dans la légende nationale. Quant à moi, on m'a demandé une chronique « un peu moins hérisson », je pense que c'est en rapport avec ma passion pour les ramoneurs. Ou alors parce que je voulais qu'on me caresse resse resse. Je vous tiens au courant.

Le 27 avril 2011 à 15:13

Restons soudés

(Comme titre, j'avais aussi "caustique dans les prés")

On m'a dit « Pas mal, ta première chronique, mais la prochaine fois, il faudrait être plus caustique. » « Super », j'ai répondu, parce que j'ai des lettres. Avant de faire une semaine d'angoisse de la page blanche aiguë (j'ai essayé d'écrire en vert sur fond mauve, ça n'a pas aidé et j'ai eu un peu mal au coeur). Parce que pour un Suisse (je suis suisse, je ne sais pas si j'en avais parlé), ce n'est pas si évident d'être caustique, à cause de la neutralité, du calvinisme et des erreurs de traduction. En France, c'est beaucoup plus facile : on te refile une chronique et hop, tu parles de politique, tu balances tes vannes caustiques avec la verve d'un chacal et la faconde d'un narval, « Nicolas Sarkozy est petit », « Marine Le Pen est la fille de Jean-Marie Le Pen, qui est borgne », « Nicolas Hulot a présenté Ushuaia, comme le savon », c'est drôle, c'est efficace et avec un peu de chance, tu te fais renvoyer ou insulter par un autre chroniqueur et là, c'est le succès garanti. En Suisse, c'est plus compliqué, parce qu'avec la présidence tournante (oui, oui, comme le ping-pong), personne ne sait jamais trop qui est le Chef d'état. Le temps qu'on fasse une blague sur sa taille, ses dents ou ses cheveux (nous aussi, on a de fins analystes de la chose publique, tu crois quoi?), il a déjà cédé sa place. Et puis de toutes façons, le caustique, j'y touche pas trop, à cause de mon hypocondrie.

Le 17 mai 2012 à 08:53

Poules mouillées

Yves-Noël Genod : exercice d'admiration numéro 2

> premier épisode           > épisode suivant Deuxième filage auquel j'assiste. Jour d'investiture de François Hollande à l'Elysée, réception royale à l'Hôtel de Ville, protocole, les ors de la République. Dans quelques minutes la foudre va frapper l'avion présidentiel. Plus de peur que de mal, François ne sera qu'en retard au dîner d'Angela. Ici 18h45, salle Roland Topor, personne ne sait ce qu'il en est de la foudre. A peine sait-on qu'il a grêlé dans l'après-midi. 19 heures, c'est le moment de l'éclaircie, des rayons dorés entrent par les fenêtres. Sur le plateau gris, deux poules se font des messes basses. Le filage a dû commencer. Difficile de savoir avec Yvno, il n'y a jamais de début, pas vraiment de fin. Tant mieux. Yves-Noël n'aime pas la couleur marronnasse des gallinacées, il le dit. Il aurait préféré des poules grises ou blanches. Les brunes étaient moins chères. Pierre Courcelle dit que c'est pas mal ce marron, que ça fait "basse-cour de base", sans prétention. Les poules sont "normales" comme tout est "normal" en ce moment, de la foudre au Président, "normal". Les poules disparaissent dans les gradins. Apparition, disparition, je pense à Camille Laurens que je suis allé écouter hier soir à Beaubourg. Sur le désir (ou l'amour ou l'acte d'écrire, je ne me souviens plus) Camille a répondu qu'on ne peut jamais rien saisir, que tout est tout le temps une question d'apparition et de disparition. Entre l'apparition et la disparition, il y a peut-être le réel, ou sa vérité, mais on ne sait pas, on ne peut pas savoir. Lacan : "Le réel est ce qui ne cesse pas de ne pas s'écrire." Justement, sur le plateau, trois apparitions : Valérie Dréville, M. et Dominique Uber. Par terre, des cageots, des jardinières remplies de plantes "normales", des herbes folles, du foin coupé, de l'herbe grasse. "Croisades du silence". "So nice". "Everybody speak english ?" "Chic ! Enfin, bien..." Yves-Noël s'adresse aux poules : Hé, mes chatons, eh bien, jouez ! Les poules ne veulent rien faire. Apparition d'Alexandre Styker, peau aussi blanche que nue sous fourrure couleur faon. Alex a deux oreilles de chat sur sa tête d'or. Robe bleu indigo et orange (le fruit) à la main, Valérie Dréville se présente à l'avant-scène. Hélène Bessette : "je ne sais plus où j'ai mis le passeport, le chèque". Valérie et Dominique trinquent : Nasdrovia. Je me fixe sur la blondeur de Dominique. La blondeur de Monroe était inventée, celle de Dominique est la nature même des choses. "Je chercherai du travail, donc du roman". Marlène ne cesse de disparaître. C'est fou comme elle disparaît. Alexandre réapparaît en chemise bleu ciel, cuisses et jambes nues. Les plus beaux membres inférieurs qui soient. "Pour les étoiles que tu sèmes dans le remord des assassins, et pour ce coeur qui bat quand même dans la poitrine des putains, thank you Satan." M. en petit page, petit Antinoüs des îles, avec paréo et brumisateur à la main, poursuit les volailles et les arrose : poules mouillées. A jardin, on dirait qu'Alexandre va se jeter par la fenêtre. D'un coup, Alexandre S. me fait penser à Asia Argento. Asia Argento + Cindy Sherman = Alex Styker + YNG = CQFD. Valérie Dréville parle de la Gauche. C'est toujours Hélène Bessette et sa Suite Suisse. Marlène se barre : Les courants d'air ici, c'est monstrueux.

Le 1 août 2013 à 08:08

Belge comme le jour

Aujourd'hui, c'est l'anniversaire de la Suisse. Et ça tombe drôlement bien, puisqu'on m'a demandé : « plus belge, ta prochaine chronique ». Or, quand on y réfléchit bien, Suisses, Belges, tout ça, c'est un peu pareil. Ils ont des Flamands, nous avons des Suisses allemands, la langue est à peine différente et le pouvoir de nuisance est à peu près le même. Ils se débrouillent sans gouvernement, nous en avons un parce que c'est bien pratique pour dire que tout ça, c'est de sa faute, mais personne ne sait tellement qui est dedans. Ils ont un roi, nous avons trois cartes à l'as mit stöck et des combats de reines. Ils ont une équipe de foot surnommée les « Diables Rouges » mais qui est environ aussi diabolique qu'un best of de Kiss, notre équipe joue aussi en rouge. Ils ont Jacques Brel, nous avons Henri Dès. Ils ont des frites, on a des röstis. Ils ont réinventé la bande dessinée, nous avons Yakari. Ils disent 70, comme nous, alors que les Français disent 70, ce qui est parfaitement ridicule, tout le monde en conviendra. Personne n'a jamais très bien compris la Belgique, pareil pour la Suisse. C'est pourquoi je nourris secrètement un dessein politique ambitieux mais réaliste : la fusion de la Wallonie avec la Romandie, réunies sous la bannière de la République monarchique et patatière de Wallomandie. Dont je ne peux vous parler, puisque c'est un projet secret. Du coup, pour mener à bien ma mission, une chronique « plus belge », je vais me contenter de vous raconter des carabistouilles, alleïe, une fois.

Le 23 février 2013 à 09:23
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