Macha Séry
Publié le 24/10/2011

Pierre Kroll


Dessinateurs et caricaturistes du monde entier (2)

Acide et impertinent, Pierre Kroll. Son premier album paru voilà quinze ans portait en exergue une phrase de William Boyd : « Se venger du monde est un travail à temps plein. Il ne faut pas mollir. » Dont acte pour ce stakhanoviste qui exerce sa veine caustique à la radio, à la télévision et dans la presse. A la réputation d’audace des Belges qu’ « on ne voit jamais venir », le dessinateur attitré du quotidien Le Soir et du magazine Télémoustique ajoute la satire à la française. Né au Congo, Pierre Kroll a grandi dans la banlieue industrielle de Liège à Seraing, bassin sidérurgique qui est le fief des frères Dardenne. A l’adolescence, il délaisse Spirou pour Pilote et prend des leçons de trait et d’irrévérence  chez « Reiser, Wolinski, Cabu, mâtiné de Schtroumpfs… » A 51 ans, il est le seul dessinateur, par sa notoriété, à se payer la tête du roi des Belges. Soit 25 ans de lèse-majesté, 25 ans de caricatures en peignoir et en pantoufles l’hiver, en short et tongs l’été. Leur première rencontre a eu lieu début février 2010 et s’est bornée à un bref échange. « On a toujours l’impression de vous déranger » a avancé Pierre Kroll, fait chevalier de l’Ordre de la couronne en 2005. Et le monarque de répliquer : « Vous avez bien raison ».

> http://www.kroll.be/
Oiseau de nuit féru d'humour noir dans un quotidien du soir. Critique de films et de spectacles ayant breveté un applaudimètre formé de deux rames en bois échouées sur une plage de Vendée. Romancière à tête perdue. A fait de la boxe et des claquettes. S'appelle Macha parce qu'elle n'est pas russe. 

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Le 12 septembre 2011 à 08:06

"J'ai fait un dessin de la main gauche pour m'entraîner au cas où on me casse les doigts de la main droite"

Mazen Kerbaj, dessinateur libanais en résidence au Rond-Point (2)

Un de tes confrères caricaturiste, Ali Ferzat en Syrie, vient de se faire agresser ; on lui a cassé les deux mains… Tout ce qui passe en Syrie est très dur pour nous, Libanais. On a un rapport de haine et d’amour avec ce pays. C’est presque le même pays, c’est presque le même peuple. En ajoutant à cela que le type qui s’est fait agresser est un caricaturiste, effectivement ça me touche un peu plus. Il se trouve qu’hier, j’ai fini un dessin sur cette agression pour un journal auquel je collabore au Liban (L'Orient littéraire) pour un article qui parle de cette histoire. C’est une demi-page où je fais six dessins très mal torchés de la main gauche pour m’entraîner au cas où on me casse les doigts de la main droite. J'en avais fait un autre qui avait été refusé par la rédaction : c'était à propos d'un chanteur qu'on a retrouvé avec les cordes vocales arrachées probablement avant qu’on le tue. Il avait lancé une chanson contre Bachar el-Assad qui est toujours reprises dans les manifs. Alors après les doigts cassés et les cordes vocales arrachées, le dessin disait « Aujourd’hui, vous pouvez vous faire enculer gratuitement par le régime syrien en vous torchant cul avec le papier cul Bachar el-Assad ». J’avais dessiné un rouleau de PQ avec des photos de Bachar el-Assad…. Il faut dire que le lectorat de ce journal oscille entre 60 et 80 ans donc c’est surtout la bienséance qui a fait censurer ce dessin.Ça me semble presque un gag débile de casser les mains ou d’arracher les cordes vocales. C’est le moyen-âge : celui qui a vécu par l’épée doit périr par l’épée. Ali Ferzat va apprendre à dessiner avec les doigts de pied, avec le nez… Personne ne voit le ridicule de ce régime ? > Mazen Kerbaj "Gens de Beyrouth - gens de Paris", rencontre-mini concert à la librairie du Rond-Point le samedi 17 septembre à 18h30 et exposition jusqu'au 14 octobre 2011En partenariat avec les associations libanaises ASSABIL, les amis des bibliothèques publiques, et KITABAT, association pour le développement des ateliers d'écriture, et avec le soutien financier de la Région Ile-de-France

Le 27 janvier 2015 à 08:45

Rencontre fortuite

Ce photomontage (d'un goût douteux) à la fois lourd et léger, me permet de poser plein de questions. Depuis quelques jours, j'essaie de réfléchir sur l'irreprésentabilité dans le dessin. Comment dessiner quelque chose que l'on n'a pas le droit de représenter ? Parce que c'est clair qu'on n'en a pas le droit. Il y a eu 12 morts pour appuyer cette idée, et depuis, en réitérant à 7 millions d'exemplaires ce méfait, même avec un message de paix, on comprend que c'est formellement interdit. La censure se cache derrière de nombreux mots doux : la bienséance, le respect, la prudence, le péché ... On commence à entendre, après de nombreux défilés soutenant la liberté d'expression, que plusieurs représentations de spectacles sont annulées, des affiches retouchées, ou retirées des panneaux... Peur de choquer, ou peur de remettre de l'huile sur le feu ? La liberté s'arrête là où la sueur froide coule. Oui, mais une contrainte, dans le dessin, c'est un challenge. C'est une consigne même. Ça pourrait être un sujet de cours d'illustration : représentez ce qui est interdit. Et comment fait-on ça ? En questionnant la notion même d'interdit. Qu'est-ce que nous avons sur cette page blanche? On pourrait très bien répondre « Enfoiré, t'as représenté Voldemort avec un nez en forme de saucisse ! Mais je vais t'égorger !! ». Mais en réalité, on voit quoi ? Une belle cacahuète, deux olives farcies, deux chips paysannes, un mini-boudin, et des piques d'apéros. Bon, mis à part le fait que ce l'ensemble soit un peu haram, c'est pas bien grave. Qui se représente une autre image que celle visible au premier regard ? C'est le cerveau de celui qui zieute. Hahaaa, qu'on vienne me reprocher mon image pour autre chose que ce qu'elle est, à savoir, un hommage aux masques bachiques de l'Antiquité, une évocation d'un portraitiste italien , un clin d'œil à Lautréamont, et à ses descendants, ou encore un manifeste en l'honneur d'un moment convivial. Celui qui viendra me soupçonner d'autre chose, bah ce sera en gros « celui qui dira qui sera ». Pour en revenir à l'interdit, à partir du moment où celui-ci se retrouve fortuitement bravé, quel châtiment préconiser ? Et si on ne représente l'image défendue qu'en partie, en kits, à l'envers ou même qu'on la fait fabriquer par quelqu'un d'autre (dessins en point à relier), qui doit-on punir, et à quels degrés ? Rhalala, il y a des choses pas claires dans tout ça... Il va vraiment falloir mettre au point une charte, un truc précis. Mais en attendant, ça laisse le champ libre pour s'aventurer aux alentours de ces limites pour lesquelles le sang a coulé. L'histoire de l'illustration regorge de techniques permettant de diffuser des images subliminales. Généralement, c'était plutôt pour faire passer des scènes érotiques, mais bon, chaque époque a les petits péchés mignons qu'elle mérite. Evidemment, ça s'applique à nombre d'autres tabous visuels, mais comme celui-ci est le plus bouillant du moment, ça donne envie de s'y frotter.

Le 9 juin 2015 à 08:28

Des scientifiques découvrent que les rayures des zèbres ne sont pas noires, mais blanches

C’est la stupeur dans la communauté scientifique, après la découverte d’un chercheur lituanien qui s’intéressait de près au pelage des zèbres. Le spécialiste en zoologie est parvenu à démontrer que les rayures qui ornent l’animal ne sont pas noires sur fond blanc, mais bien au contraire, blanches sur fond noir. Le chercheur, Irmantas Rajoksis, aura passé plus de deux ans à observer l’animal rayé avant de rendre publiques ses conclusions. « Nous pouvons confirmer à 95% qu’à l’origine, l’animal est bien noir » explique le scientifique. « Les rayures sont donc bien blanches, ajoutées sans doute par pure coquetterie » précise-t-il, en tournant en dérision la théorie d’un de ses confrères qui prétendait que les zèbres étaient des chevaux en pyjama. Irmantas Rajoksis a commenté dans la presse locale les récentes avancées dans ses recherches. Des travaux menés à l’université de Vilnius et rendus difficiles selon lui par le manque de moyens qui l’ont forcé à travailler à partir de clichés photographiques pour mener ses recherches. « Nous avons trop peu de ressources pour nous permettre des observations sur le terrain » explique Maria, une étudiante du professeur. « M. Rakjoksis est sûrement le lituanien qui a mené le plus d’observations de clichés d’animaux » précise-t-elle, admirative. Les travaux d’Irmantas Rajoksis avaient déjà dépassé les frontières de son pays, puisqu’il avait démontré il y a plusieurs années que les poissons clowns n’avaient probablement aucun humour.

Le 30 mai 2011 à 09:30

Albert Libertad (1875-1908)

Les cracks méconnus du rire de résistance

Il faut l’avouer, ventre de bœuf !, la plupart des porte-trompette historiques de l’individualisme libertaire, les Max Stirner, les Georges Palante, les Ernest Armand, ne furent pas plus que ça de grands comiques. Ni de grands risque-tout mettant en aventures leur vie même. Ce qui n’ôte naturellement rien à leurs fracassants mérites. Le théoricien et agitateur anarchiste-individualiste Albert Libertad, que j’aime surnommer « le scandaleux béquillard », se distingue d’eux par ses facéties perpétuelles, par son goût de la provocation ostrogothe et par son art de mettre continuellement ses actes en accord avec ses idées intempérantes. L’historien Bernard Thomas, dont il faut lire coûte que coûte Les Vies d’Alexandre Jacob 1879-1954. Mousse, voleur, anarchiste, bagnard (Fayard), nous raconte qu’au lycée de Bordeaux où il enchaînait les mauvaises blagues, le petit estropié Albert Joseph était devenu « pour la plupart de ses professeurs l’incarnation du diable ». Ce qui fait qu’on avait fini par le boucler dans une maison de correction de Gironde d’où il s’était vite criqué. Et, c’est appuyé sur les deux échalas de châtaigniers qui lui servaient de béquilles, qu’il avait entrepris de grignoter les 600 km qui le séparaient de Paris en brandissant d’un air menaçant, chaque fois qu’il avait les crocs, ses gourdins sous les sourcils des passants bien mis. Dans la capitale, Albert dit Libertad a tôt fait de personnifier à merveille le « professionnel de la déstabilisation » selon Charles Pasqua. – En tout lieu, il ne cesse de crier advienne que pourra : « Esclaves, brisez vos chaînes ! » – Il frigousse pour des canards rebelles (Le Libertaire, Le Journal du peuple ou L’Anarchie dont il est le maître queux) des articles inouïment poivrés contre « la société actuelle empuantie par les ordures conventionnelles de propriété, de patrie, de religion, de famille, et par notre ignorance, écrasés qu’on est par les forces gouvernementales et l’inertie des gouvernés ». – Il aide les galapiats recherchés à échapper aux pandores. – Il reproche aux ligues antimilitaristes de ne pas faire assez de retape pour la désertion et aux syndicats « révolutionnaires » de ne pas envoyer les patrons se faire lanlaire (« Le syndicat est pour le moment le dernier mot de l’imbécillité prolétarienne. ») – Il apostrophe les prédicateurs pendant les messes : « En quel nom cet oiseau-là, sur son perchoir, serait-il le seul à avoir la parole ? » s’indigne-t-il le 5 septembre 1897 au Sacré-Cœur. « Tas de crapules ! Tas de veaux ! » La Gazette des tribunaux nous apprend que ce jour-là « cinq hommes durent réunir leurs efforts pour l’expulser de l’église », ficelé dans un drap sacré. – Il insulte les électeurs devant les bureaux de vote : « Nous ne voulons pas voter, mais ceux qui votent choisissent un maître, lequel sera, que nous le voulions ou non, notre maître. Aussi devons-nous empêcher quiconque d’accomplir le geste essentiellement autoritaire du vote. » – Il urine sur ce qu’il appelle « le culte de la charogne » : « Il faut jeter bas les pyramides, les tumulus, les tombeaux ; il faut passer la charrue dans les clos des cimetières afin de débarrasser l’humanité de ce qu’on appelle le respect de la mort. » – Il malmène les béni-oui-oui : « Je mets mes bâtons sur le visage du premier imbécile ou du premier coquin qui bavera sur nos talons. » – Il répond du tac au tac aux juges d’instruction qui le convoquent : « Monsieur, vous mandez, vous ordonnez et vous me menacez d’avance de faire intervenir la force publique pour me contraindre à comparaître en personne devant vous. Quelle arrogance ! Pensez-vous qu’il n’y ait plus au monde que des esclaves soumis et tremblants sous vos ordres ? (…) Laissez-moi donc tranquille et faites comme moi : allez vous baigner, c’est la saison. » – Et il appelle à la révolution immédiate sans freins non seulement dans les « causeries populaires » qu’il anime mais aussi dans les tribunes politiques où il n’est pas du tout invité. « Personne, commente l’historien Jean Maitron, n’entend sans appréhension le bruit de ses cannes. Car c’est un prélude de vacarme et de rixes. » C’est que, dès qu’on lui coupe la parole qu’il a pris indûment, Libertad se laisse couler à terre et fait tourniquer furibardement ses béquilles dans les jarrets des autres orateurs ou des cerbères tentant de l’évacuer. Relevons encore que, dans sa vie privée proprement dite, Albert Libertad ne fut pas en reste. Il brûla toutes ses pièces d’identité, il répudia à vie dans ses chroniques comme dans sa correspondance l’emploi des majuscules, il refusa d’inscrire ses lardons à l’état civil : « L’état civil ? Connais pas. Le nom ? Je m’en fous, ils se donneront celui qui leur plaira. La loi ? Qu’elle aille au diable ! » Et, pour qu’il soit bien clair que les mariages bourgeois, il s’en tamponnait le coquillard, il ne concubina guère qu’avec des… paires de sœurs (on connaît les Mahé et les Morand). Mais ne quittons pas notre strapiat en rif favori sans applaudir à tout rompre deux de ses plus splendides fulminations. Faisons la grève des gestes inutiles ! (entre 1905 et 1908) « Décidons de ne plus mettre la main à un travail inutile ou néfaste. Cessons tous de fabriquer le luxe, de contrôler le travail, de clôturer la propriété, de défendre l’argent, d’être chiens de garde et travaillons pour notre propre bonheur, pour notre nécessaire, pour notre agréable. » Suicidons le suicide ! (1905) « Tous les jours, nous nous suicidons partiellement, je me suicide lorsque je consens à demeurer dans un local où le soleil ne pénètre jamais. Je me suicide lorsque je fais un travail que je sais inutile. Je me suicide lorsque je ne contente pas mon estomac par la quantité et la qualité d’aliments qui me sont nécessaires. Je me suicide chaque fois que je consens à obéir à des hommes et à des lois qui m’oppriment. Je me suicide lorsque je porte à un individu par le geste du vote le droit de me gouverner pendant quatre ans. Je me suicide quand je demande la permission d’aimer à maire ou à prêtre. Le suicide complet n’est que l’acte final de l’impuissance de réagir contre le milieu. (…) La vie n’est pas mauvaise en soi mais les conditions dans lesquelles nous la vivons. Donc, ne nous en prenons pas à elle mais à ces conditions : changeons-les ! » PS. : Les appels les plus corsés à la mutinerie radicale de Libertad ont été réédités par Agone sous le titre Le Culte de la charogne.

Le 19 septembre 2011 à 08:38
Le 11 septembre 2013 à 18:02
Le 26 décembre 2013 à 08:42
Le 6 septembre 2015 à 08:59
Le 5 octobre 2011 à 08:56
Le 16 mai 2011 à 12:00

Helvète underground

ventscontraires sans frontières

Raphaël Chabloz est un nouveau venu parmi les chroniqueurs de ventscontraires.net. Dans le reste du monde, celui qu'on connaît mieux sous le nom de Raph FlipFlap est une véritable star. Depuis 2003, son blog BonPourTonPoil s'est imposé comme une véritable institution en termes d'absurde, d'humour décalé et de lolistique comparée. C'est depuis son QG secret planqué dans une zone reculée de l'Helvétie profonde qu'il a accepté de répondre à nos questions.Quand et pourquoi avez-vous commencé votre blog ?Le 7 mai 2003. A la base, je voulais écrire un article sur les blogs, alors j'en ai lu quelques-uns. Je me suis dit que c'était pratique pour écrire des bêtises et, surtout, les faire lire, sinon ça n'a pas grand intérêt (je n'ai finalement écrit mon article qu'un an plus tard).Votre premier article parlait de quoi ?Je m'y demandais de quoi parler. C'est assez amusant parce que huit ans plus tard, je n'ai toujours pas trouvé. Vous pouvez le lire là. Lâchez des comms !Comment pourriez vous caractériser votre style/humour/ton ?Spontanément, le mot qui me vient à l'esprit est : chamarré.Mais encore ?L'absurde, les mauvais jeux de mots, le cynisme et les bébés animaux me font beaucoup rire, j'essaie de mélanger un peu tout ça.Qui est, selon vous, l'inventeur de l'humour ?Noé. "Je vais construire un bateau et mettre dedans deux moustiques, deux galagos, des baleines et deux bacilles de Koch", c'était une excellente blague. Dommage qu'on l'ait pris au premier degré, surtout pour les moustiques.D'autres modèles, inspirateurs ?Il y a des gens qui me font rire, et je pense que ça se sent : Gotlib, Alexandre Astier, Edika, Jean-Michel du 59. Et Desproges, bien sûr (je le connais trop mal, mais la loi oblige à le citer)Internet est une source d'inspiration pour vous. Ils faisaient comment les humoristes avant ? Ils sortaient dans la rue ?Je ne sais pas. Il y avait des vidéos de chats, dans la rue ? Internet, c'est pratique, parce que ça permet de passer ses journées au café du commerce sans devenir alcoolique. (Même si, parfois, ça donne envie de boire pour oublier, quand même)Dans la vraie vie, vous êtes quelqu'un à qui on demande de raconter des blagues (ou d'arrêter avec ses blagues) ou quelqu'un de plus sombre ?Je ne raconte pas tellement de blagues, au sens totoesque du terme. Je suis plutôt timide, donc non, je ne suis pas tellement le boute-en-train de la soirée. Cela dit, internet ce n'est pas de la fausse vie.Vous êtes depuis peu chroniqueur pour ventscontraires. Qu'est ce que ça a changé à votre vie ?Le premier effet, ça a été qu'à chaque fois qu'un de mes amis a, comme disent les jeunes, liké la page, j'ai vu ma tronche apparaître sur Facebook, ce qui est assez déstabilisant. Et sinon, j'ai vu que Noël Godin était un de mes « collègues », ce qui est hyper prestigieuxAuriez-vous un message à lui faire passer ?Comment se fait-il qu'Oskar Freysinger* n'ait encore jamais été entarté ? (*Oskar Feysinger, membre du parti populiste suisse UDC, principal porte parole de l'initiative  "Contre la construction des minarets")Suisse et jeune, c'est compatible ?C'était totalement interdit, jusqu'au jour où la Suisse est devenue championne du monde de football des moins de 17 ans. Depuis, c'est toléré, mais à condition de jouer en silence, merci. Et suisse et drôle, c’est légal ?Il y a d'excellents humoristes suisses, comme Frédéric Recrosio et Jean Ziegler*. Titeuf, mais il a mal tourné, Plonk&Replonk et Patrick Juvet.(* Jean Ziegler est un homme politique, sociologue, écrivain et polémiste suisse. Son livre L'Empire de la Honte a inspiré le documentaire We Feed the World.)Au fait, où sont les femmes ?La mienne est au sport, à cette heure-ci. (Oui, on peut être suisse et sportif)L'humour est-il un sport de combat ?Je n'ai jamais réfléchi à la question et pourtant, je ne suis pas trop fan des coups portés au-dessous de la ceinture. Etes-vous tenté par d'autre formes d'écriture : roman, scénario, odes, discours politique ?Roman, oui : j'en suis à mon 1740e chapitre 1 en 18 ans. J'ai aussi écrit des nouvelles, j'ai une idée de scénario de bd sous le coude mais il faudrait que je la mette plutôt sur papier. En fait, je m'intéresse environ à tout ce qui demande de l'imagination, mais je suis aussi et surtout un champion de la procrastination. Et je suis très intéressé par les cartes postales. Quelle est la plus belle carte postale que vous avez reçue ?J'ai une magnifique collection de cartes postales moches, car internet sert aussi à rencontrer des fous. Ma préférée... peut-être cette magnifique reproduction d'un château anglais en hologramme.Quelle carte postale aimeriez-vous envoyer aux lecteurs de ventscontaires.net ?Une carte postale avec des bébés chats, un jeu de mots genre "Chat baigne" et la recette de la souris d'agneau. Et au dos, classique, efficace : temps magnifique, soleil radieux, bisous. Par contre, il me faudra leur adresse.Et enfin, une question simple pour conclure : qu'est-ce qui pourrait changer le monde ?Les jeunes UMP, ou alors l'interdiction de la méchanceté, la béatification de Barack Obama. Ou les bébés chats.

Le 1 juillet 2011 à 09:20

Marcel Mariën (1920-1993)

Les cracks méconnus du rire de résistance

Louis Scutenaire, E.L.T. Mesens, Paul Nougé, Achille Chavée…, le surréalisme belge de combat a été incarné par quelques satanés pendards qui en ont fait voir des belles à « ces faces de pets qui nous gouvernent » (Scutenaire) sans se faire poisseusement récupérer à la fin de leur vie. D’entre eux tous, le pire « boutefeu de sédition » (comme on disait d’un Blanqui), ce fut sans nul doute Marcel Mariën. C’est qu’il n’avait pas usurpé sa réputation de grand « récidiviste du canular ». C’est à lui, par exemple, qu’on doit le gag, en février 1955, des cartons d’invitations dupeurs à une cérémonie d’hommage à André Breton dont les postures autoritaires et les transes magico-mystiques dédiées aux « grands transparents » agaçaient de plus en plus les rebelles belges. « Dans un froid glacial, une cinquantaine de personnes, dont la presse et la radio, s’étaient rendues à l’hôtel Lutecia pour y tomber sur un colloque des Auvergnats de Paris, marchands de bois-charbon. » Neuf ans auparavant, à Bruxelles, c’est lui aussi qui est l’instigateur de la blague du cycle sexologique : « Nous venions de réussir un coup de maître au Palais des Beaux-Arts, en lançant une invitation pour des conférences sur la sexualité, qui devaient être “illustrées de scènes explicatives pour lesquelles de jeunes intellectuels des deux sexes prêteraient leur concours”. Cette invitation, présentée comme une initiative culturelle du Séminaire des Arts avait jeté l’émoi dans le personnel chargé de la location des places, à la fois submergé par les demandes tout en étant incapable d’y pourvoir. » Et il frappera encore plus fort, en 1962 quand il fera annoncer dans un tract illustré d’un billet de 100 FB distribué au Casino de Knokke-le-Zoute la veille d’une rétrospective René Magritte que le peintre « a décidé de vendre désormais ses œuvres à des prix dérisoires ». « Ce dernier, complètement effaré, recevra aussitôt des félicitations d’un peu partout. »   Mais Marcel Mariën ne fut pas seulement un maître-farceur de premier calibre ayant amorcé tôt sa galapiate carrière lorsque, adolescent, il s’en allait permuter les croix de bois plantées sur les sépultures des cimetières de campagne. Outre qu’il se lança en 1953 dans la contrebande de cigarettes et de parfums entre la Normandie et les Antilles et qu’il devint en 1963 trafiquant de lingots d’or sur la rivière de Saïgon, il fut également un faussaire piednickeléesque consommé. En 1939, pendant son service dans l’armée belge, il fabrique des permissions à la chaîne en contrefaisant la signature de son commandant. En 1941, il vend ses premiers recueils de poèmes sulfureux à… des macchabées. Il coche, en effet, les noms et adresses des défunts du jour à qui il envoie ses opuscules contre remboursement. « Je réussis même, relate-t-il dans Le Radeau de la mémoire, à caser un exemplaire chez un défunt qui portait le même nom que moi, jouant sur l’homonymie de l’expéditeur et du destinataire pour abuser la famille éplorée. » La même année, en temps que nègre inspiré du parfumeur-collectionneur René Gaffé, il crédite son employeur d’une douzaine d’essais artistico-littéraires brillants qu’il bricole gredinement en pillant savamment des textes déjà existants. « Il va sans dire que plus d’un critique coté s’extasia sur la pertinence et la nouveauté de ces mosaïques. » De 1942 à 1946, il vend moultes faux Picasso, Braque, Ernst ou Chirico, tous confectionnés en tapinois par Magritte. En 1951, « mandé par un congrès de receveurs communaux pour y prendre note des discours prononcés », il en marie les mots-clé avec « un collage de textes empruntés à divers auteurs tels que Montesquieu, Pascal, Alain, Valéry. » En 1953, il écoule à Oostende et à La Panne des faux billets de 100FB ouvrés par les frères Magritte. En 1958, turbinant dans une agence publicitaire, il truque au profit de comparses les résultats des concours hebdomadaires d’une firme de poudre de lessive. Au risque de vous donner le tournis, n’en restons pas là et complétons cet édifiant portrait avec d’autres frasques de Marcel Mariën. En 1939, il écrit au roi Léopold III pour lui suggérer « d’intervenir sans tarder pour que l’on élevât anticipativement un monument aux morts de la guerre qui s’annonçait ». Il signe sa requête Léon Degrelle. En 1955, il crée le Prix de la Bêtise Humaine qui est décerné conjointement au roi Baudouin, pour son voyage au Congo belge et à André Malraux pour l’ensemble de son œuvre esthétique. En 1959, avec son scandaleux film blasphématoire L’Imitation du cinéma, fort vite interdit en France et en Belgique, il pause la question : « Pourquoi un homme tombant dans la rue déclenche-t-il le rire et non pas le Christ avec sa triple chute pendant le calvaire ? » Et il n’arrêtera jamais de prodiguer aux jeunes générations délurées de fort avisés conseils pratiques de cette farine. « Sans doute il y aurait-il quelque bien à agir adroitement sur les tristes décors qui nous ont été légués, à les faire passer de leur signification actuelle à leur signification réelle : par exemple, à badigeonner de bran Notre-Dame de Paris. » « Arrêtez d’un geste désespéré la plus luxueuse limousine que vous croiserez sur la route. Demandez à l’occupant, comme si vous aviez affaire à un maître de maison où l’on vous aurait invité l’endroit de la toilette. » « Si vous êtes amené à assister à un enterrement religieux, au moment où l’employé des pompes vous remet un cierge et vous invite à faire le tour du catafalque, il vous est très aisé, feignant de trébucher par exemple, de mettre le feu au poêle qui recouvre le cercueil. »   À lire le réjouissant dossier collectif L’Imitation du cinéma. Histoire d’un film ignoble (Éd. La Maison d’à côté) dans lequel on prend connaissance d’un communiqué de presse historique de la Centrale Catholique : « Le film en question est une parodie sacrilège du christianisme mêlée d’une obscénité qui dépasse toute imagination. On espère que le Parquet prendra les mesures nécessaires pour mettre hors de circulation cette pellicule indigne d’un pays civilisé. » Un DVD de l’objet du scandale escorte le texte. Valent aussi le coup d’œil : l’étude de référence Les 100 mots du surréalisme (Que sais-je ?) par les profs universitaires belges Paul Aron et Jean-Pierre Bertrand ayant bien potassé leurs fiches. La bio éperonnante de Geneviève Michel Paul Nougé. La Poésie au cœur de la révolution (P.I.E. Peter Lang) qui raccorde futefutement les provocations ludiques du groupe surréaliste de Bruxelles à la saga situationniste. Et puis encore le Petit Guide de l’irrévérence au pays de Liège (Yellow Now) fricassé par d’enjoués connaisseurs du sujet, les historiens Alain Delaunois et Pierre-Olivier Rollin et l’agitateur anarcho-pataphysicien André Stas.

Le 13 juin 2012 à 09:52

Au plus offrant

Le football est un business, c'est bien connu. Les plus grandes stars se monnaient des millions et la valeur d'un club ne se mesure aujourd'hui plus seulement sur le terrain mais également en bourse. Forts du constat que tout s'achète et tout se vend, quelques supporters belges – dont l'équipe nationale ne participe pas à l'Euro 2012 – ont décidé de louer leurs services et soutiendront finalement le voisin néerlandais qui vient d'entamer difficilement la compétition. Ce mercenariat d'un nouveau genre se fera – rassurez-vous – au profit de l'Unicef mais il ouvre de séduisantes perspectives aux amateurs de profits et de compétitions en tout genre. Imaginez un électeur français dont le champion ne serait pas qualifié pour le second tour des législatives. Plutôt que d'appliquer docilement les consignes de vote de son parti, l'électeur dépité pourrait proposer son vote au candidat le plus généreux. J'entends d'ici les plus pragmatiques rétorquer que l'achat de vote n'est pas une nouveauté et que le clientélisme sévit déjà dans de nombreuses régions mais il s'agirait ici de développer et de systématiser le principe. Ainsi, au lieu de déplorer une abstention massive, on pourrait instaurer un marché global où se croiseraient abstentionnistes cupides et partisans fortunés. A l'instar du marché du carbone, où les pays sous-développés vendent leur droit de polluer, on créerait un marché ou les sous-votants cèderaient leur droit de vote aux plus offrants. Ceci ne serait peut-être pas très démocratique mais avouez que ça aurait de l'allure.

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