Marion Aubert
Publié le 23/04/2011

En avril, attention à l'encéphalite et à la grossesse


Playmates du mois

En avril, il fait doux et il fait souvent du vent, ce qui favorise la multiplication des bactéries, virus et microbes. C’est pourquoi, c’est le mois où apparaissent surtout les maladies telles que la grippe, la pneumonie, l’encéphalite épidémique, la fièvre scarlatine, l’infarctus du myocarde et la maladie mentale.
Marion A., elle, est tombée directement enceinte de cinq mois.
En résumé, veillez à votre hygiène, lavez et séchez souvent vos vêtements, éliminez les insectes nuisibles, et fréquentez moins les théâtres où se propage l'air vicieux.

La Cie Tire pas la Nappe est née en 1997 de l'accouplement de Marion Aubert, auteure dramatique et comédienne, Sylvine Dupré, administratrice, Capucine Ducastelle, comédienne et Marion Guerrero, metteuse en scène et comédienne dans les fourrés. Après 13 années de passions, cris, ruptures internes, spectacles, tromperies, la compagnie vit encore.
> www.tirepaslanappe.com

 

 

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Marion Aubert

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Le 6 octobre 2010 à 08:14

En octobre, le brame des biches

Playmates du mois

Les cerfs sont des animaux grégaires.Ils se répartissent en deux groupes la majeure partie de l'année (hors période de reproduction) :- d'un côté les femelles, qui forment des hardes faites de plusieurs petits noyaux où la hiérarchie est très importante et se remarque surtout pendant les grands rassemblements. La "chef " se montre nerveuse, vigilante et toujours très attentive, alors que les autres paissent tranquillement; si un bruit, une odeur, est inquiétante elle prévient ses compagnes par de petits cris, le groupe s'ébranle alors, dans l'ordre et la discipline. La biche dominante ouvre la marche (ou la course), la "sous-chef" la ferme.– chez les mâles, tout se passe autrement. Le dominant est tout simplement le plus fort, il peut tyranniser les plus faibles, comme les laisser aller devant, et les suivre à distance. Il n'a aucune tâche de protection, si un danger survient, les mâles se sauvent les uns derrière les autres, sans aucune autre distinction que la rapidité et le sens de la fuite.Pour la reproduction, ce système de clan s'arrête vers le début de l'automne, c'est la période du rut (octobre). Les sujets les plus âgés seront les premiers à manifester leur désir. Les cerfs abandonnent donc leurs quartiers, pour rejoindre leurs compagnes, chaque mâle va se trouver un territoire (parcelle nuptiale) et essayer de retenir le plus grand nombre de biches. Il délimite son territoire en bramant.

Le 12 février 2018 à 17:59

Emma Dante : Monter sur scène comme sur le monde

L'auteure et metteur en scène Emma Dante arrive de Sicile avec Bestie di scena - sa troupe aussi démunie qu'Adam et Eve chassés du Paradis va passer de la honte de la nudité à la jouissance de vivre dans un corps de peau. Rond-Point — Comment avez-vous écrit le spectacle ? Avec vos quatorze interprètes ? Ils écrivent avec vous, ils interviennent ? Comment les dirigez-vous ici ? Emma Dante — Bestie di scena est un travail assez particulier parce qu’il manque de tout. C’est une sorte de « pressurage de théâtre », un jus de quelque chose qui nous fait sentir mal à l’aise. Il n’y a pas de costumes, pas de rôles, pas de scénographie, il n’y a même pas de texte, pas d’histoire, rien. C’est un zéro absolu qui doit faire face au vide de l’existence. J’ai travaillé beaucoup avec les acteurs, d’abord au rythme d’une rencontre par mois pendant un an, ensuite pendant les deux mois des répétitions. Au bout d’un parcours très complexe, fait de regards et de silences, on a pu mettre au point ce qui nous intéressait vraiment, c’est–à–dire cette condition d’absence totale, accompagnée de la perception très claire d’une sorte de mise à zéro. À l’instar d’Adam et Eve chassés du paradis, les bêtes sont nues quand elles débarquent sur terre, où elles vont connaître le monde matériel avec ses embûches et ses tentations. Bestie di scena c’est exactement ça, c’est un spectacle plein de tentations et de pureté. Est-ce que vous aimez les acteurs ? Est-ce qu’il vous arrive parfois de les maudire ? J’aime les acteurs parce que sans eux, je ne pourrais pas faire le genre de théâtre que je fais. Parfois, je les maudis aussi, surtout quand je sens qu’ils sont en train de perdre la foi. Je ne sais pas interpréter Jésus, mais je sens que l’histoire de ma compagnie est un peu celle des disciples de Jésus ! Mes acteurs ont choisi un chemin, une discipline, une foi, voilà pourquoi je pense devoir me conduire un peu comme Jésus, afin de donner du poids à leur choix ! Mais je ne crois pas être douée pour ce rôle : je suis grincheuse, irascible et je jure assez souvent. Je ne peux pas jouer Jésus, je dirais plutôt que je suis plus adaptée au rôle du diable déguisé en Jésus. Les acteurs croient en moi, ils m’aiment, mais ils me craignent aussi beaucoup. Ce qui est mon salut. Le fait d’être le diable déguisé m’aide assez... Je ne peux pas être trop gentille, ni trop méchante. Pour que je puisse atteindre mon but, on doit avoir peur de ce que j’ambitionne.   Que signifie pour vous, alors que vous signez les costumes, la nudité de l’acteur ? Pourquoi est-elle si essentielle ? La nudité des acteurs dans Bestie di scena devient un costume à part entière. Au bout d’un moment, on oublie qu’ils sont nus et on les voit comme s’ils étaient habillés de chair. Ça m’a toujours étonné, cette habitude que nous avons d’accepter la nudité des animaux domestiques, quand ils s’accroupissent dans un parc pour déféquer ou pisser et inversement notre scandale, notre dégoût en voyant un homme ou une femme s’accroupir dans un coin d’un parc parce qu’ils ont besoin de pisser et ils n’arrivent peut-être plus à se retenir. Si un homme n’arrive plus à se retenir et qu’il n’y a pas de toilettes dans les parages et qu’il est obligé de se soulager dans la rue comme un animal, l’accepterions-nous ? Et si, après avoir déféqué, ce même homme sortait de sa poche un sachet en plastique pour ramasser sa propre merde, l’accepterions-nous ? Je ne crois pas. Non, on ne l’accepterait pas. Bestie di scena parle aussi de ce genre de refus que nous avons.   Interview texte Pierre Notte Propos vidéo recueillis par Jean-Daniel Magnin

Le 3 avril 2012 à 09:41

Avril est un mois fourbe

Soudain avril est là. Sans s'annoncer, sans prévenir personne, à l'étonnement de tous, il débarque dans le calendrier. Profitant de l'ébouriffement joyeux de nos sens et de nos rêveries amoureuses dû à un printemps naissant, il nous arrive par derrière en traître, assassine mars et nous accroche aussitôt un poisson dans le dos. Pas une hirondelle, une rose trémière ou un quatrain de Ronsard, non, un poisson ! Animal visqueux, froid, à l'oeil torve et à la conversation réduite. La chose est dite : avril est un mois fourbe, lâche, pervers, n'ayant que peu de considération pour l'être humain, sinon, au lieu de cet animal à écailles et souvent pas frais, il lui aurait pendu autour du cou et non dans le dos une créature de rêve avec laquelle il aurait épanché la vivacité libidinale dont la sève printanière l'a pourvu à cette époque de l'année.   Mais avril n'en a cure, chevauchant son taureau zodiacal qui chasse le bélier de mars. Il gronde, grêle, pleut et vente, souriant parfois d'un rayon de soleil hypocrite qui fait croire au jardinier que sa courgette va grandir, son aubépine blanchir et la jeune postière se vêtir d'un chemisier léger qui, lorsqu'elle se penchera pour lui faire signer un recommandé, laissera s'épanouir sa merveilleuse poitrine par-dessus la cotonnade. Mais non, avril, l'odieux avril, à peine a-t-il laissé poindre un morceau de soleil qu'il l'éteint d'un nuage, glaçant le paysage et enveloppant le buste de la préposée de lainages opaques.   Extrait de Mois par moi : almanach invérifiable © Actes Sud 2008 http://www.actes-sud.fr/catalogue/theatre-arts-du-spectacle/mois-par-moi

Le 31 mai 2014 à 09:27

Chansonnette des parents

les enfants
 par hasard par derrière par devant 
à tort à travers ou simplement 
en deux temps trois mouvements 
l’un dans l’autre et réciproquement 
les enfants 
faits sous les ponts un soir de printemps 
sur les toits le soir de la saint jean 
dans un lit entre des draps de soie 
ou dans la poussière d’un vieux divan 
les enfants 
seul à deux en groupe ou en priant 
faits par choix par erreur partouzant 
dans les trains dans les choux dans le vent 
dans l’envie du moment 
les enfants 
faits en couleurs faits en noir et blanc 
les jours ouvrés le jour de l’an
 qu’on les fasse à demi 
en partie à moitié finissant
 les enfants
 qu’on les fasse sur le pouce sur les dents
 pour l’amour de l’art ou pour l’argent
 par la peur de la nuit solitaire ou 
la peur de l’horreur du néant
 les enfants
 qu’on les fasse pour passer le temps debout couché assis ou devant 
la télé les infos au resto dans la rue
 ou parmi les passants 
 les enfants
 on les fait pour savoir quoi comment 
faire de l’amour qu’on a au-dedans 
tout au fond tout enfoui tout rentré 
 dans le cœur dans le sang
 les enfants 
on les fait pour arrêter le temps
 pour filer doux au vieillissement
 pour finir tranquillou pieds devant
 et quitter le monde ravi content
 mais l’enfant 
déjà né déjà là déjà grand   
 déjà laid déjà trop de mouvements 
trop de bruit trop de voix  
trop de cris trop d’odeurs et de vents
 mon enfant
 sur l’avenir mon investissement
 dans ce machin sale et vacillant
 déjà lent déjà loin déjà mou 
 déjà si décevant
 les enfants
 on les faits pour savoir quoi comment 
faire de tout l’amour qu’on a dedans
 et voilà quand ils naissent qu’ils vous laissent 
comme deux ronds de flan

Le 11 avril 2012 à 09:50

De qui se moque-t-on ?

10. Le cheveu

Le cheveu, si nous n’en avions qu’un, j’admets qu’il serait chose précieuse, le fil le plus fin du tricot de soi, le filament radieux de notre ampoule de tête ; rai de soleil ou trait de pluie nous liant harmonieusement au monde environnant. Mais cette quantité ! Ce mystère sans intérêt de leur nombre ! Si l’ennui a une origine, il faut la chercher dans cette mauvaise herbe proliférante. Le cheveu est un piège à guêpe, la tige de la pipistrelle affolée, un nid douillet pour le pou qui ne se défait que pour tremper dans la soupe ; au soir, il est un suffocant nuage de gaz carbonique, de graillon et de tabac. Puis il nous embrouille. Le visage le plus franc, la figure la plus candide disparaissent sous ce gribouillage. Il n’y a plus moyen d’être honnête. Alors le cheveu nous dénonce sur les scènes de crime malgré toutes les précautions prises pour ne laisser ni trace ni empreinte. Il veut nous voir en prison ; il fournit, pour notre cachot, la première brassée de paille humide.       Tout le hérisse. C’est un pleutre doublé d’un gardien sourcilleux de l’ordre et de la morale. Toutefois, il suffit que l’ennemi l’empoigne pour nous tenir à sa merci. Nous n’avons plus de secrets pour lui, voici les noms, voici les plans, voici les codes. C’est que la douleur a son siège à la racine du cheveu. Si onduleux et souple soit-il, nous n’en sommes pas moins criblés de crin, d’aiguilles, d’épingles, d’épines, voués à toutes les malédictions, à tous les envoûtements.       Ah ! si Dieu est un marionnettiste, devinez un peu quelles ficelles il tire pour nous manipuler, et pourquoi nous dansons misérablement sur le flot, et pourquoi nous ratons si souvent la marche.       Ah ! nous nous croyions définitivement descendus du singe, nos pieds touchaient le sol sous le cocotier, mais c’est encore par le cheveu que le chimpanzé nous retient en l’air ; sa main velue nous gratte paternellement l’occiput. Serions-nous si ébouriffés si nous en avions tout à fait fini avec la préhistoire ?       Et pourtant, comme nous prenons soin du cheveu ! Shampoing au lait d’amande, peigne de nacre, brosse en loupe de noyer, rubans, barrettes, fleurettes, rien n’est trop beau pour lui. Croyez-vous qu’il nous en sache gré ? Il se ternit plus vite que la pomme de terre pelée ; blond, brun ou roux au départ, il vire au gris, il tombe en cendres, il nous vieillit de dix ans du jour au lendemain. Le vent qui nous décoiffait hier disperse à présent la poussière dont nous sommes faits. Le cheveu est le premier à partir, il nous laisse grelotter dans les frimas. Ou alors, il nous trahit plus sournoisement encore : il s’accroche, au contraire, quand tout notre corps défaille, se lézarde puis succombe – il continue à croître après notre mort, doué d’une vigueur nouvelle, il se nourrit de notre cadavre comme un ver !       Que faire, mes amis, comment nous rebeller à notre tour contre ces mèches qui nous aveuglent, ces frisettes qui nous infantilisent, ces épis qui nous ridiculisent, ces brosses qui nous militarisent, comment nous soustraire à ces rets, à ce filet qui déjà nous coiffe et qui, si nous n’y prenions garde, s’enroulerait aussi bientôt autour de nos chevilles pour nous paralyser complètement ? Nous ne sommes pas démunis : le cheveu redoute les ciseaux, la tondeuse, la pierre ponce, le papier de verre et le rabot. Rasons-le, polissons, astiquons nos crânes ; alors enfin nous serons vraiment nus sous notre bonnet et, celui-ci ôté, la lucidité nous reviendra avec la lumière.

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