Paul Fournel
Publié le 20/04/2010

Faits d'hiver (2)


Hommage à Félix Fénéon *

Bleue de la tête au pied dans une minijupe rouge, la jeune Marjolaine a été retrouvée au petit matin glacé étreignant un arbre dans le parc municipal. Les infirmiers eurent du mal à la décrocher et, à l’hôpital, lorsqu’on la réchauffa, l’interne Maubuisson dut constater que ses lèvres gardaient la forme d’un baiser.

* Les Nouvelles en trois lignes sont le nom d'une rubrique publiée dans le journal Le Matin à partir de 1905. Cette rubrique est restée célèbre pour avoir bénéficié de la collaboration de Félix Fénéon, entre mai et novembre 1906.
Je suis Paul Fournel, écrivain. J'écris des nouvelles (Les petites filles respirent le même air que nous, Les Grosses rêveuses...), des romans (Foraine, Chamboula), du théâtre (Les Garçons les Filles, Les Mains dans le ventre), des essais (Guignol, Besoin de vélo, Méli-Vélo), des poèmes (Toi qui connais du monde, Les Animaux d'amour) et d'autres choses... Je suis aussi le président de l'Oulipo et j'en suis fier. 

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Le 21 mars 2018 à 14:09

Pierre Guillois : "Opéraporno, bien sûr il y a de l'inconscient"

Opéraporno de Pierre Guillois et Nicolas Ducloux arrive le 20 mars au Rond-Point. Comme l'écrit Jean-Michel Ribes : la comédie, en faisant la satire de la pornographie "plutôt que de la rendre plus désirable encore en l’interdisant, n’est-elle pas la meilleure façon de lui ôter son venin ? Le cinéma s’en est parfois occupé, le théâtre un tantinet, l’opéra jamais. Voilà qui est fait grâce à Pierre Guillois et à Nicolas Ducloux." – Opéra ? Pierre Guillois — Il s’agit plutôt d’un bouffe ou d’un théâtre musical, mais accoler porno et opéra est irrésistible et indique mieux l’endroit de profanation sur lequel nous prétendons nous divertir avec les chanteurs. La musique légère connaît une tradition grivoise... Nous poussons seulement le bouchon un peu plus loin, époque oblige. Sous les atours « faciles » d’une œuvre libertine se cache un défi immense : celui de conduire une pièce lyrique dans les affres du sexe le plus déviant en relevant le pari d’une comédie réussie et d’une musique capable d’émouvoir.   — Porno ? — Notre opérette (donc) est plus ordurière qu’érotique. Est-ce encore de la pornographie ? Probablement pas. Mais scandaleuse oui et sexuelle absolument : l’ordre familial est pulvérisé et son ciment moral détruit à coup de sodomie, inceste, pratiques scatologiques et autres perversions particulièrement dégoutantes. Les interprètes ne seront pas exposés tels des acteurs de film X mais devront jouer de sensualité pour incarner dans toute leur complexité ces protagonistes lubriques lâchés au cœur de situations intolérables et terrifiantes.   — Comique ? — La seule clé de notre salut est l’humour. Le rire seul nous sauvera du véritable outrage. Il ne s’agit pourtant pas de prendre tout cela à la légère. En se jouant des plus grands tabous, des peurs les mieux enfouies, l’écriture prétend faire jaillir un humour particulièrement féroce. Le rire n’en sera que plus libérateur, plus puissant, provenant du plus profond, du plus intime, du plus secret de l’être – car nous avions oublié que toutes ces choses étaient possibles et combien elles étaient interdites   En partenariat avec Théâtre-Contemporain.net qui a réalisé cet entretien

Le 7 juin 2010 à 18:15

Des baisers

ventscontraires.net se prend le temps d'une interview pour un magazine féminin

Une centaine de très beaux garçons défileront sur les Champs-Elysées le 9 juin, avec pour seule mission de nous embrasser ! Nous, les filles, les femmes, les moches, les belles, les diplômées et les sans le sou, les mariées, les solitaires, toutes, sans distinction ! Rendez-vous à 15h en face du drugstore Publicis, pour une arrivée vers 17h à la hauteur du Théâtre du Rond-Point.Il n’y aura rien à vendre.Juste à déguster.Mais qui se cache derrière cette initiative ? Une certaine Sophie Bramly, créatrice du site Second sexe, productrice de films X créés par des femmes et auteur de « L’orgasme on s’en fout, éloge du plaisir féminin ».ventscontraires.net : D'où viennent ces créatures magnifiques qui vont défiler sur les Champs en distribuant des baisers, à deux jours de l’ouverture du Mondial ?Ils viennent tous d'une agence de mannequins. Je me suis accordée le privilège de les choisir un par un. Ils seront payés. Je dois avouer que je range dans mes fantasmes l'idée de payer les hommes, alors pour l’occasion, j’ai cassé la tirelire de la maison.ventscontraires.net : - Embrasseront-ils avec la langue ?De nos jours les garçons deviennent un peu timides. Je crains que certains refusent, fassent les farouches, rougissent même. J'espère bien qu'il y aura quand même des intrépides, un peu joueurs, qui succomberont au charme des parisiennes conquérantes, sur la plus belle avenue du monde.ventscontraires.net :  Est-ce qu'on aura le droit de leur toucher les fesses, comme le font les hommes dans les transports en commun, sans nous demander l'autorisation ?Là encore, il faut s'attendre à ce que certains soient choqués d'être hommes objets sans droit à la parole, victimes. Mais je suis sûre (parce que j'ai vu des yeux qui en disaient longs) que certains trouveront la caresse bien douce, ou mieux, excitante.ventscontraires.net :  Croyez-vous qu'humour et sexualité peuvent faire bon ménage ? Au moment de "passer à l'acte", ne font-ils pas chambre à part ?Hmm. Cela dépend de la manière dont on passe à l'acte. Dans un rapport charnel intense, avec vraie alchimie de phéromones et décharges maximales d'ocytocine, l'humour serait comme une goutte qui fait déborder le vase. Dans la manière moins engagée avec ce qu'il est de goût médiocre d'appeler "fuck friends", on peut inclure l'humour, mais on risque quand même de jouir moins fort, ce qui est dommage.ventscontraires.net : Un message spécial pour les lectrices de ventscontraires.net ?On s'est décarcassées pour vous trouver des hommes à tomber, et comme c'est pas tous les jours qu'il y a des cadeaux si doux et séduisants qui se présentent, je vous encourage vivement à les découvrir !ventscontraires.net : Et pour les lecteurs ?Nous aimons trop les hommes pour les exclure. Il y aura quelque chose pour eux vers la fin de l'année, mais qu'ils soient assurés d'ici là de notre considération distinguée et maximale et qu'ils n'aient crainte des changements qu'ils observent. Rien n'est castrateur dans la nouvelle tendance féminine, au contraire, une femme qui connaît son corps et aime jouir libère l'homme de demandes économiques quelques fois pesantes (rivières de diamants et cabanes au Canada) et en général prend du plaisir à en donner (du plaisir). Bref, une cascade de jouissances en vue !http://www.secondsexe.com/magazine/Avalanche-de-baisers-sur-les.html

Le 17 juin 2014 à 10:40

Camille : "Pour moi, ça se passe bien"

Et au lit, comment ça se passe ? 

Camille se décrit comme épicène (adj. é-pi-sê-n’ : qui désigne indifféremment l’un ou l’autre sexe) et mauvais genre.  Il/elle écrit depuis maintenant une dizaine d’années sur la sexualité et pilote le blog Sexpress après avoir co-fondé Rue69. Ventscontraires.net lui a posé quelques questions.   Et au lit, comment ça se passe ? (pour vous, pour la France, pour le monde...) ? Pour moi, ça se passe bien, parce que j'ai la chance que mes pratiques sexuelles soient admises socialement. Si j'aimais qu'on me fouette, ça serait un peu moins bien. Si j'aimais les chevaux, je serai zoophile et je n'aurais pas le droit (depuis 2004)... Par contre, on peut attacher une jument pour la faire prendre de force par un étalon. Pour la France, là encore, pour moi, les choses vont plutôt bien. On est, certes, un peu pudibond : il est très grave que des gens vous voient faire l'amour mais l'interdit étant un gros stimulateur du désir, c'est pas si mal. Pour le monde... tant qu'on aura des dizaines de pays dans lesquels être homosexuel est passible de la peine capitale, ça n'ira pas très bien.   Pourquoi s'intéresse-t-on tellement à ce qui se passe dans le lit des autres ? Quid des religions et des ligues de vertu ? Parce qu'on s'intéresse à la reproduction et au contrôle des pulsions. Les religions et ligues de vertus sont dans cette double injonction de contrôle de la population. La société demande aux individus d'être transparents sur la sexualité mais de ne rien faire en public, c'est un peu paradoxal   En période de crise (économique, notamment), le lit est-il le dernier refuge ? Peut être... il parait que l'industrie du sex-toy n'est pas touchée par la crise!   La parité au lit, on en est où ? (les rapports de domination homme-femme ont-ils réellement évolué ?) Ca dépend où géographiquement. Mais le fait que les femmes gagnent en maitrise de la contraception change clairement les choses   Le tsunami porno, mythe ou réalité ? Quid de son influence réelle ou non sur la sexualité des jeunes ? Réalité au sens où ça change le rapport le rapport à la sexualité des jeunes. L'influence réelle est dans les pratiques (les jeunes femmes sucent, s'épilent....) mais pas tellement dans la construction des relations. Les jeunes restent très romantiques et dans la découverte.   En quoi Internet a-t-il, selon vous, changé la donne ? La question mériterait un livre... l'accès au porno tel que le racontait Richard Allan quand il était douanier et qu'il saisissait les films en provenance du Danemark n'est évidemment pas le même qu'aujourd'hui où il est difficile de trouver un gosse de 10 ans qui n'a jamais vu un extrait de film porno   Le succès de « 50 shades of grey » donne l'impression d'une démocratisation du SM. Vraie tendance ou épiphénomène médiatique ? Epiphénomène médiatique je pense ; il faudrait faire une enquête aujourd'hui pour voir si les pratiques ont vraiment changé. Intuitivement je n'y crois pas trop. J'avais posé des questions il y a 6 mois et cela restait "juste un livre", comme Harry Potter n'a pas changé le rapport à la magie des enfants ou le racisme dans le monde. La vraie démocratisation du SM est liée à des initiatives encore marginales comme l'érosticratie qui propose un festival d'explorations érotico-artistiques.   Le lit, espace de créativité ou bastion du conformisme ? Les deux... mais le conformisme c'est bien. Il y a une phrase de Jacques Brel que j'aime beaucoup:  "Passent aussi, indifférents
 Quelques jeunes gens faméliques
 Qui sont encore confondant
 L´érotisme et la gymnastique"   Comment imaginez-vous le sexe dans 10 ans ? 50 ans ? 200 ans ? Où ? Au Japon, je vois des sex-toys futuristes avec des sexes en plastique incroyables... Dans 10 ans, en France, je dirai un retour du poil qui s'amorce. Dans 50 ans, avec un peu d'optimisme, les hommes maîtriseront leur contraception eux-mêmes (sans passer par les femmes). Dans 200 ans, par contre, on aura bien eu une centrale nucléaire qui aura explosé.   On entend beaucoup parler de « bons coups » ou de « mauvais coups ». Qu'en pensez-vous ? Quelques conseils ? Ecoutez-vous, écoutez les autres... "Mes" bons coups étaient souvent musicien(ne)s. Je parlerais plutôt de "bons couples" et de "mauvais couples" mais clairement les personnes qui savent s'écouter et décrypter le corps de l'autre sont plus faciles pour prendre du plaisir ensemble.  

Le 4 novembre 2014 à 09:55

L'OuLiPo chasse la langue au lamparo ou à tâtons

Trousses de secours

Marcel Bénabou, Paul Fournel, Hervé Le Tellier, Olivier Salon, le quarteron d'attaque de l'OuLiPo, revient au Rond-Point avec une conférence-performance gargantuesque : Dis-moi quelle langue tu manges – langue crue, langue cuite et recuite, tranches de littérature mangées vivantes, vieux boucanés, langue fumée, langue plagiée chère aux vautours et autres charognards… Ventscontraires – On dit souvent que chaque époque a ses usages propres de la langue. Comment caractérisez-vous notre rapport à la langue aujourd’hui ?Paul Fournel – Les choses vont bien mieux qu'avec le Président de la République précédent (pas difficile), mais nous ne sommes pas encore revenus au niveau des Présidents antérieurs qui, chacun à sa façon, avaient un bel usage de la langue : lyrisme de de Gaulle, rigueur de Pompidou, charme bourgeois de Giscard, gouaille impeccable de Chirac, maîtrise chirurgicale de Mitterrand.Après le passage linguistiquement catastrophique de Sarkozy, Hollande impose une méritoire correction qui pourra peut-être devenir le tremplin d'un nouveau départ vers une authentique "qualité France". – Selon vous, qu’est-ce qui menace la langue et qu’est-ce qui la « sauve » ?– L'usage et l'usage. – Et votre propre langue, qu’avez-vous à en dire ?– En gros, c'est du français. – Quel événement et/ou quelles rencontres ont façonné votre langue et qu’est-ce qui la nourrit au quotidien ?– La découverte de la langue de ma mère d'abord. Ensuite la découverte de la langue des autres et enfin, au quotidien, la découverte toujours renouvelée qu'on peut parler pour dire des choses passionnantes ou parler pour ne rien dire. Voilà qui façonne et voilà qui nourrit. – Nous vous avons proposé de venir au Rond-Point « rattraper la langue »… Comment allez-vous vous y prendre ?– Pour être franc, à l'heure qu'il est cela m'arrangerait grandement de le savoir. Une idée ? > plus sur la conférence-performance de l'OuLiPo

Le 8 octobre 2010 à 14:48

Chocolat Show

Slam cacao

Je veux que mes mots prennent ta couleurQue mes paroles prennent ton odeur Que dans mon palais ça fonde quand je parle de toiMa passion ne sera ni brune ni blonde mais CHO-CO-LAT T’es bon t’es bonne My hot chocolate madoneDans mes doigts fondants je t’emprisonneTu es ma cortisone in every seasonCéleste boisson des Amériques Tu m’excitesJe veux te humer te lécher te verser te toucher t’étaler t’aduler t’acidulerTaciturne et insomniaque je dors juste pour te prendre au réveilTu es mon premier rayon de soleilYou are the sunshine of my lifePADAPAPAPAMPrunelle de mes yeux Tu me rends heureuxMes matinées s’enjolivent quand tu débarques dans mon colon Tu me files mon premier frisson Tu es mon absinthe matinale Que généreusement j’avaleGrâce à toi je suis de bonne bonne bonne humeur ce matin y’a des matins comme çaDévoué à ta cause sur l’autel de ma cuisineLe matin t’es plus chaude que ma copineMaître Banania frère Benco Laissez moi vous prêcher Je veux que mes mots prennent ta couleurQue mes paroles prennent ton odeur Que dans mon palais ça fonde quand je parle de toiMa passion ne sera ni brune ni blonde mais CHO-CO-LAT Je redeviens vierge chaque matin mon bol entre les mainsLike a virgin drinked for the very first timeTu glisses saveur réconfortante Sur ma langue devenue brûlante Troublante boisson Qui me fais revivre sans raison Le plaisir de tous ces matins Où j’allais à l’école retrouver mes copainsTu as le goût d’avant le divorce de mes parentsDe ces paquets colorés que je trouvais marrantsDe ces personnages de publicité toujours enjouésComme si un buveur de chocolat chaud ne pouvait jamais être triste« Ma femme m’a quitté Mes enfants me détestentJe viens d’être licenciéEt j’ai attrapé la pesteMais je bois du CHOOOOOOOOOOCOOOOOOOOOOLAAAAAAAAAAT »

Le 4 novembre 2014 à 11:07

Qu'importe le flacon

Article paru conjointement dans Le 1 n°30

Hier, au comptoir d'un bistrot parisien quai des Célestins, un Américain, médecin de son état, amoureux de Paris et des vins français, m'expliquait avec un accent yankee que le chablis dont il s'abreuvait faisait chanter ; qu'il y a quinze ans, quand il venait à Paris, personne ne comprenait l'anglais et qu'aujourd'hui tout le monde le parle. « Tu es content ou non ? ». A vrai dire, la langue m'importe peu, c'est ce qu'elle véhicule qui m'importe. Si parler anglais rend plus intelligent, parlons anglais. Si l'italien et l'espagnol, mêlant leur vocabulaire au nôtre, nous permettent de mieux dire l'amour de l'art ou l'amour tout court, accueillons-les à cœur ouvert. Si la grammaire allemande s'empare de la nôtre, nous permettant ainsi de mieux exprimer les tréfonds de notre âme, vive l'allemand. Une langue, c'est d'abord l'esprit. Si une autre vient l'enrichir en pensée, l'échangisme me semble salutaire. Quelques mots d'arabe par exemple dans le dernier livre de monsieur Zemmour auraient rendu son français moins odieux. Pas d'inquiétude. Que les puristes, les intégristes du Littré se rassurent, notre langue dès qu'elle est lumière n'a besoin d'aucune frontière pour la protéger. Rabelais, Racine, Nerval, Queneau, Guyotat et quelques autres s'en chargent, rappelant à tous qu'elle aide à vivre les hommes. Cet article est paru dans le n°30 de l'hebdo Le 1partenaire de ventscontraireset du Théâtre du Rond-Point

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