Paul Fournel
Publié le 05/05/2010

Faits d'hiver (3)


Hommage à Félix Fénéon *

Egaré dans le brouillard, l’automobiliste Joseph Planton qui suivait les feux rouges du chauffeur devant lui se retrouva dans le garage de ce dernier puis dans sa cuisine.

* Les Nouvelles en trois lignes sont le nom d'une rubrique publiée dans le journal Le Matin à partir de 1905. Cette rubrique est restée célèbre pour avoir bénéficié de la collaboration de Félix Fénéon, entre mai et novembre 1906.
Je suis Paul Fournel, écrivain. J'écris des nouvelles (Les petites filles respirent le même air que nous, Les Grosses rêveuses...), des romans (Foraine, Chamboula), du théâtre (Les Garçons les Filles, Les Mains dans le ventre), des essais (Guignol, Besoin de vélo, Méli-Vélo), des poèmes (Toi qui connais du monde, Les Animaux d'amour) et d'autres choses... Je suis aussi le président de l'Oulipo et j'en suis fier. 

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Le 27 octobre 2014 à 18:41

L'hebdo Le 1 fait son numéro au Rond-Point

En décembre 2013 j'avais croisé Eric Fottorino dans un discret salon du 1er arrondissement et pu échanger avec lui sur la révolution éditoriale qu'il préparait avec ses complices dans le plus grand secret. Il m'a confirmé qu'il réfléchissait à un hebdo d'un type nouveau, chaque numéro tournerait autour d'une seule question, mais chut, impossible d'en savoir plus. Je l'informais que de notre côté nous étions en train de faire évoluer la revue collaborative du Rond-Point dans le même sens – une question centrale, qui serait mensuelle, et j'évoquais notre envie de parler du langage lors de notre prochain cycle de conférences-performances, de la langue qu'il fallait rattraper si on ne voulait pas la voir confisquée, des cracheurs d'avenir qui toujours sauront inventer le monde... Même si tout cela était encore bien flou, j'avais l'impression que mon interlocuteur voyait parfaitement ce dont je voulais parler, et d'ailleurs il m'a serré la main en me proposant de nous retrouver quand nos deux projets seraient réalisés, il y aurait sans doute des choses à faire ensemble. Paroles qui d'habitude ne prêtent pas à conséquence, mais j'avais le sentiment que nous allions nous revoir. Par hasard, le premier numéro du 1 et la nouvelle formule de ventscontraires sont sortis le même mercredi, c'était en mai dernier. D'emblée, Le 1 avait de quoi surprendre : chaque semaine une seule question pour un journal tout entier, à déplier de plus en plus largement sur ses genoux, jusqu'à la partager avec son voisin, cette question, puisqu'il n'y a pas de pages coupées mais une seule feuille texte et images à la maquette enjouée. J'ai recontacté Eric Fottorino et nous nous sommes vite retrouvés avec l'équipe du 1 pour imaginer des passerelles, des questions que nous pourrions partager avec nos lecteurs respectifs, des rencontres à provoquer entre nos chroniqueurs –  autour d'une série de conférences de rédaction du 1 qui se dérouleraient en public au théâtre du Rond-Point. La première aura lieu mercredi 29 octobre, et il sera question de la langue. Parmi les invités du 1, vous pourrez retrouver certains chroniqueurs fidèles à ventscontraires : Pacôme Thiellement, Hervé le Tellier, Paul Fournel. Et, tout le mois de novembre, ventscontraires et ses chroniqueurs répondront à la question : "T'as perdu ta langue ?" > Le 1 fait son numéro : il reste quelque places ici. PS : ventscontraires soutient la belle initiative du 1 auprès des auteurs d'un premier roman. Ça vous intéresse ? Cliquez sur l'affiche ci-dessous pour en savoir plus...

Le 3 juin 2015 à 11:01

Deux ou trois choses que je sais d'elles

Avant d’entrer dans le vif du sujet que j’ai choisi pour ce mois, les crottes de chien, je voudrais m’excuser auprès du lecteur, surtout si c’est un chien. J’ai dû l’écrire en une nuit, je n’ai pas eu le temps de me replonger dans le moindre ouvrage faisant autorité  (je puiserai néanmoins dans la thèse de troisième cycle de M. Virgile Lespinasse, Rapports sophro-psychologiques hommes-chiens en milieu urbain), je n’ai enfin pas eu l’occasion non plus, un lumbago m’ayant immobilisé à la maison, de marcher dans une crotte de chien depuis près de trois jours. Mon érudition déjà hélas relativement ancienne ne sera guère compensée par la qualité médiocre d’un style que je n’aurai pas le temps, je le crains, de retravailler. Ceci posé, et sans vouloir me vanter, je ne suis pas totalement incompétent : pour paraphraser Térence dans son Heautontimoroumenos (I ; 1, vers 77) : « Parisianis sum : nihil dejectioni canis a me alienum puto », (i.e. « Je suis parisien : rien de ce qui touche aux déjections canines ne m’est étranger »). Né dans notre belle capitale, c’est dès mon plus jeune âge que j’ai pu marcher dans ma première crotte de chien (je n’en tire pas gloire, mes parents m’ayant d’ailleurs longuement préparé à cette expérience en y faisant passer plusieurs fois les roulettes de ma poussette). « Un peu de crotte rapproche de la nature, beaucoup en éloigne » souligne avec élégance Virgile Lespinasse. Avec les années et les glissades, j’ai appris à mieux apprécier les consistances, les saveurs, les couleurs, les odeurs. Certes, les chiens naissent libres et égaux, mais j’ai su peu à peu distinguer l’animal nourri de manière équilibrée de celui soumis à un régime par trop lipidique. Le chien n’a pas choisi son maître, et, pour son malheur, il ne choisit pas sa crotte non plus. Comme l’écrit justement Virgile Lespinasse, « Si crotter est le propre du chien, la crotte de chien est le propre du maître. » Et nombreuses sont les opportunités d’approfondir ses connaissances sur nos 2400 kilomètres de trottoirs parisiens. Je sais ce qu’on va me dire. La situation serait améliorée. Une politique urbaine mêlant pédagogie et sanction aurait fait bouger les comportements. Mais les faits sont têtus et les crottes tenaces. Pour citer notre ami Lespinasse, « Plus j’étudie les maîtres, plus que j’ai l’impression que ce sont les chiens qui les sortent. » Il existe néanmoins, techniquement, une limite à la crotte de chien, car aucune n’est plus grosse que le chien lui-même. « Un chien, c’est d’abord un animal plus gros que sa crotte » écrit joliment sur cette question le chercheur que vous savez. Comment savoir que l’on se trouve face à une crotte de chien, et non devant une crotte de renard, ou de chat, ou d’homme ? Question à la réponse difficile. Saussure aurait dit (à peu près) que la crotte de chien ne se distinguait pas de la crotte de loup tant que n’existait pas le mot chien. C’est possible. Pour ma part, je m’y connais trop peu en crottes de loup pour discuter les affirmations du fondateur de la linguistique moderne. En revanche, je suis d’accord avec lui lorsqu’il écrit (je cite de mémoire, comme trop souvent), « le mot crotte ne pue pas ». Pour ne pas conclure (conclure est toujours une erreur), j’ai glané ici et là quelques informations étonnantes que je vous livre en vrac. Saviez-vous que la crotte de chien, carbonisée, chez les pygmées, servait à cautériser les scarifications des enfants ? Que nos amis québécois disent «  geler comme une crotte de chien » pour dire « avoir très froid » (j’ignore en revanche pourquoi on dit toujours « nos amis québécois ») ? Savez-vous ce que signifient les signes suivants : ………….O. [C’est, vu d’en haut, un type en sombrero qui avance dans la neige après avoir marché dans une crotte de chien]. Je l’aime bien parce qu’il faut revenir en arrière, et c’est toujours bien de devoir revenir en arrière. J’ai écrit ce texte du pied gauche. Mais si vous l’avez lu du même pied, sachez que cela porte bonheur.

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