Gérard Anonyme
Publié le 06/05/2011

Monsieur Anonyme nous écrit


Et il n'est pas content

Monsieur,
 Je viens de jeter un œil (très vite réprobateur) sur votre torchon (malheureusement inutilisable dans le lieu que vous imaginez vu sa forme électronique).
J'y retrouve un humour de mauvais goût, une mauvaise foi permanente et un désir de salir les plus nobles aspirations de l'humanité : la religion, l'autorité, la famille, la saine raison raisonnante, et toutes les valeurs qui ont fait la grandeur de notre civilisation française.
En résumé, je ne vous félicite pas.

BIO

1945  Naissance à Paris.

1965  Etudes de lettres modernes.

1971  Professeur de lettres ; critique de livres et interviewer. Publication de La France torturée, histoire de la répression sous l’occupation et Vichy.

1975  Psychologue-Psychanalyste, service public et cabinet privé. Formateur et organisation de congrès.

2006  Retraite. Bénévole: accompagnement enfants et familles en difficulté. En 2011 animation d’un séminaire.

Deux mariages et quatre enfants, un petit-enfant.

Passions : la poésie, l’histoire des idées et des connaissances.

 

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Le 18 août 2011 à 08:23

À vendre : Coussin de Culture

Chers spectateurs, grâce au coussin de culture, offrez-vous pour la rentrée l’indispensable objet qui vous accompagnera tout au long de la saison culturelle. Plus que l’incontestable gain de confort qu’il apportera à votre postérieur fatigué par les insupportables fauteuils qui équipent théâtres et salles de spectacles, le coussin de culture est avant tout le moyen de reprendre la parole en douceur.Offrant une face rouge et une autre verte, il permet de marquer son enthousiasme ou son dégoût. Il suffit pour ce faire, de le brandir vigoureusement au dessus de sa tête en orientant la face appropriée vers la scène. Prenez garde tout de même à ne pas fâcher vos voisins de derrière en abusant de cet usage.Si votre voisin direct ne partage pas votre appréciation du spectacle, vous pouvez le frapper sans retenue armé de votre coussin. Attention, il n’est pas garanti qu’il soit, comme vous, l’heureux propriétaire d’un coussin de culture. Dans ce cas, il sera peut être tenté de vous frapper à son tour avec la première chose qui lui tombera sous la main : le programme, son sac, son parapluie, son poing, un autre spectateur…Durant un spectacle comique, si votre voisin direct s’entête à éclater de rire systématiquement quelques dixièmes de seconde avant vous, ou pire, quelques dixièmes de seconde avant même que l’effet comique soit totalement achevé par son ou ses interprètes, étouffez-le en appliquant uniformément votre coussin sur sa bouche et son nez.Une fois le spectacle terminé, plutôt qu’une ovation bruyante et désordonnée, frottez votre coussin de culture contre votre torse d’un mouvement circulaire et régulier, face verte orientée vers la scène. Si vous n’avez pas apprécié, levez-vous, tournez-vous, et fessez-vous (délicatement) à l’aide de votre coussin, face rouge orientée vers la scène.Dans le cas d’un rejet profond du spectacle, pendant le salut, rien ne vous empêche de propulser violemment votre coussin de culture directement sur les acteurs. Grâce à la texture douce et soyeuse de sa toile 100% coton, et à son fourrage en plume de goéland (oiseau bien connu pour son esprit critique), les dits acteurs vous en seront reconnaissants.Sur le chemin du retour, dans le taxi, le métro ou le bus, placez votre coussin sous votre tête et reposez vous un peu. Faites le vide. Vous l’avez bien mérité. Alors, cher spectateur, n’hésitez plus, exprimez-vous, impliquez-vous, commandez sans plus attendre votre coussin de culture. Attention, il n’y en aura pas pour tout le monde !Profondément,La régiePS : Journalistes, critiques, partenaires institutionnels, le coussin de culture « face rouge / face verte » existe aussi en version « face verte / face verte », et en version « face rouge / face rouge ». Une version « face blanche / face blanche » est en cours de conception.

Le 8 novembre 2010 à 08:35

Félix Fénéon

Les cracks méconnus du rire de résistance

Il est passé à la postérité pour ses magistrales et très mordicantes critiques artistico-littéraires aux temps du post-impressionnisme. On relève beaucoup moins que Félix Fénéon fut aussi un agitateur redouté perpétuellement pisté par la maison parapluie. C’est qu’il crachait feu et flammes contre « la cochonne de galette », « la maladie votarde », « la tripouillerie patronale », « la racaille jugeuse » ou « l’inondation ratichonnesque » dans les canards libertaires les plus virulents de la Belle Époque (La Revue anarchiste, L’En dehors, Le Père Peinard). Qu’il servait de boîte aux lettres à des subversifs exilés. Qu’il donnait asile à des déserteurs recherchés. Et qu’on le soupçonnait d’avoir trempé en 1892 dans l’attentat à la bombe contre le commissariat parisien de la rue des Bons-Enfants en travestissant, à l’aide de la garde-robe de sa maman, l’auteur du forfait, le légendaire Émile Henry, en paisible citadine ressemblant probablement un peu au Jack Lemmon de Certains l’aiment chaud. Le fameux préfet Lépine apostrophé un jour par Fanny Fénéon, qui se plaignait d’une filature, n’avait pas pu se contenir : « Madame, je regrette de le dire, vous avez épousé un assassin. »Si nous faisons risette dans cette rubrique aux « méphistophélique Fénéon », comme l’appelait le chansonnier belge Léo Campion, c’est que « ce diable d’homme » était par ailleurs un grand comique, « réalisateur humoristique, spécifie Lugné-Poé, du difficile poème de vivre dans l’énigme ». Félix Fénéon ne cultivait cependant pas que le mystère et le goût du complot rocambolesque. Quand il prenait l’air, on ne voyait et on n’entendait que lui. Sa dégaine était dandyesque (haut de forme, manteau flottant, complet puce, souliers vernis). Sa diction était précieuse (il martelait ses syllabes comme un George Sanders dans les films de Douglas Sirk). Son flegme était inaltérable. Et, s’entêtant à ne jamais demander son chemin, il s’égarait continuellement, s’escrimant à ne consulter aucune horloge, il ne prenait ses trains qu’en marche. Mais c’est surtout lorsqu’il était traîné en justice que Félix Fénéon ne passait guère inaperçu. D’autant moins que, pour lui, le monde entier était une scène de théâtre et de music-hall. C’est ainsi que se retrouvant dans le box des accusés du procès des Trente aux côtés de 29 autres sympathisants du courant illégaliste-anarchiste, il avait pris soin de peaufiner les effets cocasses de chacune de ses répliques comme s’il débutait au Deux-Ânes. Et qu’il n’avait pu s’empêcher d’interrompre soudain le président du tribunal en train de le questionner pour lui demander s’il y avait moyen d’obtenir, à l’intention d’amies diverses, quelques cartes d’entrée pour la représentation judiciaire du surlendemain.Le jour dit, ne souciant que de faire pouffer son public, Fénéon dépasse toute mesure. Il fait remettre par un huissier en pleine séance un colis à l’avocat général Bulot. Défaisant distraitement le paquet tout en poursuivant la conduite des débats, le magistrat empêtre tout à coup ses doigts dans un immonde pâton fécal et doit courir se laver les mains sous les lazzis du farceur.Terminons avec un bel exemple de la passion de Félix Fénéon, vrai cinglé de haïkus, pour les tournures lapidaires canon. Voici une des innombrables Nouvelles en trois lignes qu’il a larguées en 1906 dans le journal Le Matin : « Un agent de police, Maurice Marollas, s’est brûlé la cervelle. Sauvons de l’oubli le nom de cet honnête homme. »Pour lire les hommages à Fénéon de l'Oulipien Paul Fournel sur ventscontraires.net

Le 2 mars 2011 à 08:00

L'oeuf et la poule

Question métaphysique

Qui de l'œuf ou de la poule est apparu le premier? Bien sûr, s'il fallait l'écouter, Darwin répondrait l'œuf. Heureusement, les replis des soutanes abritent des objections imparables. Il ne faut pas prêter l'oreille à Darwin. Et d'ailleurs, Darwin ne rend pas les oreilles qu'on lui prête. La bonne réponse à cette question métaphysique, l'unique, l'indiscutable réponse est… Dieu.Un jour, Dieu pondit un œuf. Et Dieu, examinant cet objet d'une forme parfaite, vit que cela était bon. Il s'interrogea longtemps, abîmé dans une profonde méditation, se priant lui-même de lui apporter la clé à ses interrogations : à quoi cela peut-il servir ? Il posa par-dessus son gros cul divin après l'avoir orné de plumes duveteuses. Une fantaisie qui lui prenait de temps en temps, les soirs où il se rendait au Lido. Il vit que cela était bon. Puis Dieu reprit sa réflexion. Après avoir créé la terre et les cieux, séparé la lumière des ténèbres, fait pousser les montagnes et les déserts de sable, après avoir inventé les océans et le pâté de lapin, Dieu n'avait plus rien à faire et s'emmerdait menu. Il s'abandonnait à la contemplation et cherchait à comprendre le sens des choses, même des plus futiles comme cet œuf. Vingt-et-un jours plus tard, la coquille de l'œuf se fendilla, un poussin naissait.Devant cet extraordinaire événement, Dieu pondit de nouveau un œuf. Il n'attendit pas vingt-et-un jours. Il inventa alors la mouillette. Et Dieu vit que cela était bon.

Le 12 mai 2014 à 09:02

Le plastique

Nous étions à l’étude quand le professeur entra. Et tout de suite, il a vidé son sac sur le bureau et ça a fichu un bordel pas possible. Il y avait une bouteille d’Evian, un stylo Bic, un sac poubelle, un vieux K-Way, une poêle à frire, un emballage de compact-disc, et des chevilles pour mur en plâtre diamètre 10, ou peut-être 12, c’est difficile d’être précis, du dernier rang on voit mal. – Aujourd’hui, je vais vous parler du plastique, a crié Merlan pour couvrir le bruit. À dire vrai, Merlan s’appelle Lambert, mais en verlan, ça fait Merlan, enfin, à peu près. Merlan, c’est un nouveau. Les nouveaux, ils en font toujours trop : la dernière fois, comme il voulait nous parler des dinosaures, il avait amené un carcasse de poulet, toute maigre, montée sur des tiges de métal. Nadia trouvait ça affreux, pas moi : c’était plutôt marrant comme idée, et puis, j’aime bien les squelettes, les films d’horreur. Son poulet tout en os, avec son armature en fil de fer, c’est sûrement ça qu’on appelle un support pédagogique. Ce qui est sûr, c’est que le jour des dinosaures, on a bien rigolé. Merlan, il doit avoir un truc avec le plastique, parce qu’il en a parlé pendant toute l’heure. – Ecoutez-moi bien. Dans l’Antiquité, la plastique était le nom donné à la sculpture, à la peinture, et à toute imitation du corps humain. En grec ancien, le mot plastiké signifie l’art de modeler. – M’sieur, c’est pour ça que les tops modèles elles sont vachement plastiques. – Ludovic, si ça ne vous intéresse pas, vous pouvez sortir et aller chez le proviseur. Je ne vous retiens pas. Moi, je n’ai rien dit. Je ne dis jamais grand chose, d’ailleurs. J’ai écouté Merlan, pour une fois. C’est bizarre, mais ça m’intéressait vraiment, le plastique. Beaucoup plus que la croissance des bambous, ou les poissons des abysses, avec sa projection de diapos nulles. Le plastique, au moins, ça me parlait, c’était du concret. Et puis, j’aimais bien les mots, polymérisation, polycondensation, alors, c’est pas courant, j’ai pris des notes, au lieu de creuser des sillons dans la table avec la lame de mon couteau. – Tous les plastiques ont des propriétés différentes, a expliqué Merlan. Le polyéthylène sert dans les objets ménagers, dans l’isolation électrique. Le polystyrène, dont la formule est C6H5-CH-CH2, sert aux revêtements de meubles. On l’appelle aussi le formica. Le bruit de fond augmentait, alors, pour retrouver un public, Merlan a soulevé sa poêle, et il a demandé : – Et ça, qu’est-ce que c’est ? – Ben, c’est une poêle, M’sieur, a fait Momo en haussant les épaules. – Evidemment que c’est une poêle, monsieur Abou. Je vous demande de quoi est constitué le revêtement de la poêle ? – Elle porte un vêtement, la poêle, Msieur ? – Bon, je vais vous aider. À votre avis, quelle est la marque de cette poêle ? – C’est Carrefour, M’sieur, on vous y a vu la semaine dernière, avec ma mère. – Non, Sabrina, ce n’est pas une poêle Carrefour, c’est une poêle Téfal. Et que veut dire Téfal ? – Oh hé, m’sieur, pourquoi vous achetez Téfal, Msieur ? C’est cher, les marques, c’est bon quand c’est Lacoste, mais c’est trop con pour une connerie de poêle. Vaut mieux acheter Carrefour. – Ce n’est pas le sujet, Sabrina, et puis, apprenez à parler poliment… Téfal signifie téflon-aluminium. Le revêtement est donc en Téflon, un matériau sur lequel la majorité des matières n’accrochent pas. C’est un polytétrafluoroéthylène. Donc une longue chaîne d’atomes de carbones reliés entre eux, et auxquels sont accrochés des atomes de fluor, sous la forme CF2-CF2. — M’sieur, le fluor, comme dans le dentifrice à rayures alors ? — Exactement, Maxime, comme dans le dentifrice à ray... — Alors, M’sieur, on peut se laver les dents direct avec la poêle dans la bouche ? — Bon, Maxime, ça suffit. Ou vous allez directement chez le directeur. Bien. Est-ce que vous savez de quand date le premier plastique ? Nadia ? – Mille ans ? – Ne répondez pas n’importe quoi, Nadia, vous réfléchissez avant de parler. Non, le plastique est vieux d’un peu plus d’un siècle. Le premier plastique a été inventé en 1870, par des Américains, les frères Hyatt : c’était du celluloïd, c’est-à-dire du nitrate de cellulose et de camphre. Et le premier brevet en matière de fil artificiel a été déposé par un Français, le Comte Hilaire de Chardonnet, en 1884. – Et les Arabes, M’sieur, ils ont rien inventé, alors, c’est pas juste ! – Les Arabes ? Euh, non, Mokhtar, pour le plastique, je ne crois pas, mais en mathématique ils ont inventé le zéro, ils ont découvert la circulation du sang, et beaucoup d’autres choses. Bon, et maintenant, qui sait de quand date le Téflon ? – Dix ans ? – Non, Nadia, pas dix ans, mais c’est déjà mieux. Le téflon a été inventé en 1947, par deux chimistes de Dupont de Nemours, qui s’appelait Plunkett et Rebock. – Comme les grolles, M’sieur ? – Comme les quoi ? Non, non, Kevin, Rebock avec un seul E. Rien à voir. Merlan était en train de nous parler de la bakélite, inventée par un Belge qui s’appelait Baekeland, quand la sonnerie l’a interrompu. – Bien, avant de vous lever et de partir, pour la prochaine fois – Ludovic, vous vous rasseyez s’il vous plait, Mokhtar et Sandrine, vous attendez d’être sortis de l’établissement pour faire ce que vous faites –, donc je disais, pour la prochaine fois, je veux que tout le monde vienne en cours avec un objet en plastique, et je veux que vous fassiez l’effort de connaître le nom précis du plastique, et si possible, sa composition. Toute la semaine, j’ai réfléchi à ce que j’allais apporter. C’est des idées de profs, mais ça fait toujours des histoires à la maison. Chaque fois, faut demander le truc aux parents, qui ne sont jamais d’accord, qui disent qu’on va le casser, qu’on ne va pas le rapporter, qu’on va se le faire voler. Ou parfois, ils n’ont rien qui convienne, et quant on retourne en classe, on a l’air d’un bouffon. Il y a un mois, Merlan avait demandé un objet ayant un rapport avec la pluie. Presque tout le monde avait choisi un parapluie, sauf cet abruti de Marc, qui avait ramené son chat, sous prétexte que c’était un chat de gouttière. Et moi, j’avais amené mon couteau, d’abord parce que je l’ai sur moi tout le temps, même quand il pleut, et aussi parce qu’il est en acier inoxydable. Alors, pour le plastique, j’ai réfléchi toute la semaine, j’ai potassé des encyclopédies, un précis de chimie organique, et d’autres livres que je n’aurais jamais lus sinon. Et hier soir, j’ai trouvé ce que j’allais apporter en classe. Finalement, j’ai même décidé de présenter trois objets, qui sont tous très différents, et je crois que c’est assez original. Évidemment, au début, à la maison, personne ne voulait me les prêter. Ma sœur a répété ce qu’elle dit tout le temps, que je suis dingue, qu’il faudrait m’enfermer, des conneries. Ma mère s’est mise à chialer, elle ne sait faire que ça, ça et picoler, et mon père a gueulé, m’a traité de petit salaud, et il m’a cogné, lui aussi il ne sait faire que ça, ça et aller au bistrot. Mais finalement, je m’en moque, parce que la nuit, je me suis relevé, et j’ai pris ce que je voulais. Voilà. Le premier objet est en polychlorofluorure de vinyle, lequel est, mais on s’en doute, un dérivé du polychlorure de vinyle. Le second est majoritairement constitué de silicate de méthyle, malgré deux pivots en acier inoxydables, et le troisième est un phénoplaste thermoformé. En classe, quand les autres ont commencé à déballer leurs plastiques, j’ai tout de suite su que c’était moi qui avait amené les plus intéressants. Nadia avait apporté un flacon d’acétate de polyvinyle, enfin bref, du vernis à ongles Helen Arden, trop nul, qu’elle avait piqué à sa mère. Et la couleur, je vous raconte pas. Ludo a présenté une résine formol-urée, utilisée dans les lunettes à double foyer de son père, et d’ailleurs, c’étaient les lunettes à double foyer de son père. Karim a seulement amené un sac en plastique Ed l’épicier, qu’il avait amené dans un autre sac en plastique Ed l’épicier, mais cet abruti ne savait même pas qu’il était fabriqué à base de polyéthylène vierge. Moi, quand j’ai déballé mon sac, il y a eu un grand silence, tout le monde a reculé de trois pas et Merlan a blêmi, s’est adossé au mur et s’est mis à vomir. Peut-être à cause du sang, je ne sais pas. Sur la table, j’avais posé, de gauche à droite, l’un des seins en silicone de ma grande sœur, la hanche articulée de ma mère, et la prothèse biliaire de mon père. C’est la prothèse biliaire que j’ai eu le plus de mal à extraire. Faut dire que mon père, ces dernières années, il a pris pas mal de bide.

Le 8 août 2011 à 08:29

Lavons notre linge sale en famille

Pubologie pour tous

Je ne sais pas pour vous, mais moi, cette pub me donne une impression de déjà-vu. Là.Sauf que là, le héros est en plein bad trip. Je ne sais pas vous, mais moi je ne suis pas en plein bad trip. Et pourtant je vois ça.Ca, c’est une famille absolument normale. Le papa s’appelle John-John et la mère s’appelle Becky. Ils se sont rencontrés en 1992 sur une croisière dans le Pacifique, et dès le premier coup d’œil ils ont su qu’ils étaient faits l’un pour l’autre. John-John était aventurier, il chassait des trésors, mais pour Becky il a accepté de se ranger et il est devenu astrophysicien à mi-temps (l’autre moitié du temps, il est maître-nageur bénévole à Lampedusa et il passe ses nuits à cuisiner du riz arborio pour envoyer du risotto aux courgettes à la Somalie). Ils se sont installés à Meudon où ils ont acheté une maison avec la dot de Becky. Ils ont eu leurs deux enfants du premier coup et coup sur coup, car Becky était très fertile. Ils ont appelé l’aîné Bernard et la cadette Emmy. Emmy parlait 3 langues à l’âge de 4 ans et aime par-dessus tout Bach et le mouvement dada, tandis que Bernard ne s’intéresse qu’au foot et aux équations du 3ème degré.Mais Becky s’ennuie dans cette vie trop parfaite. John-John l’aime-t-elle toujours autant depuis qu’elle a pris 544 grammes avec ses deux grossesses ? Peut-être réalise-t-elle aussi que sa lessive ne respecte pas les couleurs, et que les vêtements de sa famille ont tendance à devenir ternes au fil des lavages. Ca la rend triste.Heureusement pour son anniversaire, John-John décide de la surprendre : il lui achète Grup, une lessive en bulles pour un linge aux couleurs éclatantes. Betty est heureuse : ça y est c’est sûr, John-John est toujours fou d’elle. Pour fêter ça, toute la famille se retrouve au milieu de son jardin (John-John a ramené cette variété de gazon vert fluo de Patagonie) en se tenant la main pour regarder Bernard renvoyer leur ballon de foot aux voisins.L’important vous comprenez, c’est qu’on puisse s’identifier.

Le 16 décembre 2011 à 08:15

L'archipel de la connerie

Lorsque Les Paravents de Jean Genet fut créée en 1966 au théâtre de l’Odéon à Paris, la troupe d’intégristes nationalistes qui s’acharnait à jeter sur la scène des rats morts et des punaises sur la comédienne Maria Casarès et ses autres confrères et consœurs, invoquait le scandale que cette pièce représentait pour l’honneur de la France et l’autorité nationale déchue de l’autre côté de la Méditerranée. Ils s’insurgeaient non d’une guerre injuste et de ses motivations profondes, mais de l’œuvre d’un dramaturge repris de justice, et sodomite qui plus est, représentée sur la scène d’un théâtre national, donc avec les deniers de l’Etat.Bien des années plus-tard c’est une pièce de Daniel Lemahieu intitulée Viols qui provoque à Avignon la haine d’un certain public qui désosse les fauteuils et les jette sur la scène du théâtre en menaçant l’auteur, une partie du public et les comédiens. Ce diktat de la connerie grégaire, cette incapacité à considérer la critique, la création artistique, ou toute forme d’expression hors de ses propres avis entendus, les siens ou ceux d’une communauté fétichisant une parole ou une pensée à travers laquelle on se définit, détermine toutes les formes de fascisme banal. Pasolini avec Salo, ou les 120 jours de Sodome, a pour sa part, même indirectement, payé cette production coprophage, sadomasochiste, bestiale et poétique de sa vie, alors qu’il dénonçait le degrés de corruption de son Etat durant les années de plomb minées par différentes formes de terrorisme et d’affaires de corruption (cela ne vous rappelle pas quelque chose ?) ; en 1988 dans une salle de cinéma à Paris, ce sont treize spectateurs qui sont sévèrement blessés suite à l’attentat d’un groupuscule terroriste chrétien qui a voulu manifester contre la projection de La dernière tentation du Christ de Martin Scorcese, d’après le roman d’un auteur et philosophe grec (décidément ces grecs, y savent rien faire que corrompre la jeunesse – dixit cet enculé de Socrate ; et vider les bourses de l’Europe) Nikos Kazantzakis.En Grande-Bretagne le théâtre aussi choque. C’est dans les années 1960 une pièce du Dramaturge Edward Bond qui provoque un public bourgeois et bien-pensant, très démocrate-chrétien, s’indignant de voir une scène de violence où un landau (et son bébé) se trouve lapidé par des jeunes ; trente ans plus-tard c’est la pièce Anéantis de Sarah Kane, décrivant la situation d’un journaliste cynique, cancéreux en fin de vie, enfermé avec une jeune femme qui lui servira de victime puis de bourreau pendant qu’au dehors une guerre civile se déroule, qui défraye la chronique. A chaque fois c’est l’artiste et son propos qui choquent et non la réalité dans laquelle nous vivons, conduisant ces bien-pensants, au nom d’une prétendue idéologie décatie ou d’une spiritualité dont ils ne connaissent rien du sens et de la portée profonde, à manifester et à invoquer la censure plutôt qu’à s’insurger contre le monde dans lequel ils vivent et dans lequel jour après jours les principes fondamentaux de nos démocraties et de notre république sont malmenés ou piétinés. Ces bien-pensants préfèrent huer le comédien qui symboliquement lève un poing emprisonnant une pierre au-dessus d’un landau vide, plutôt que le ou la chef de gouvernement qui s’apprête à bombarder, selon les époques, les îles malouines, ou les civils irakiens au nom de leur démocratie et surtout du portefeuille.Ce théâtre des morts qui est le nôtre depuis l’antiquité, en passant par Shakespeare, Müller et le théâtre d’agit-prop critiquant le consumérisme et la morale qui le soutient, ce théâtre dans lequel le sang, la sueur, l’argent, la merde et leurs inséminations se lient au cynisme du monde dénoncé sur la scène du théâtre où l’amoralité profonde de notre humanité éructe, les irrite et c’est bien normal, car leur souci n’est pas l’état de leur monde, mais l’état de leur pré-carré, de leur maison, de leur salon, de leur salle à manger et de leur chambre à coucher. Selon eux l’on peut tuer et mourir dans des conditions indignes tant que la morale, leur morale, est préservée, et s’installer tout en mangeant devant son poste de télévision. En ce sens, ils ne diffèrent par réellement de certains chefs d’entreprises, du banquier ou du gros actionnaire du CAC 40 qui préserve son veau d’or à tout prix, malgré les conséquences de cette vénération.Ils préfèrent s’indigner devant le badigeonnage d’une figure dévote sur la scène d’un théâtre national (même si l’on peut librement considérer que badigeonner la figure du Christ de merde, ou mettre un crucifix dans un bocal rempli de pisse, n’est pas l’acte artistique le plus subversif ni le plus intéressant de toute la création de notre ère), alors que leurs saintes écritures sont pleine de cette haine, de ces feux de la géhennes divine brûlant des âmes impies : Job le plus fidèle serviteur d’un seigneur vengeur, jaloux, colérique, si humain finalement, recouvrant son serviteur le plus dévot et chevronné de pustules et de vermine, lui faisant perdre femme et enfants parce que son Dieu n’a finalement pu résister à la tentation de Satan, de la même manière que ces dévots ne peuvent résister à la tentation de leur propre ignorance. Ces catholiques d’extrême-droite ou de droite conservatrice s’indignent que l’on puisse malmener un fétiche, un bout de bois ou une image, mais ne semblent pas faire preuve de la même ferveur, ni même du même amour du prochain en voyant ces hommes et ces femmes contraints de dormir sur le bitume ou dans des tentes de fortunes dans les bois (pour certains des employés mal payés) parce qu’ils ne trouvent pas de logement et que leur situation, et celle de leurs familles, indiffère la plus-part d’entre-nous. Ils devraient s’indigner devant la paupérisation galopante de leur pays et de nos démocraties occidentales qui est le fruit d’une politique économique brutale et amorale qui nous conduit droit dans le mur, plutôt que devant les gestes symboliques et rituels de celui ou de celle qui s’exprime librement sur la scène d’un théâtre où dans les pages d’un livre. Ceux qui ont manifesté et qui manifesteront devant le théâtre du Rond-Point, comme devant n’importe quel autre théâtre du monde pour ces raisons, ne réalisent pas à quelle point leur attitude, comme celle de ces intégristes ayant brûlé la rédaction d’un journal parce que ce dernier avait publié des caricatures dites hérétiques d’un autre prophète, incarnent eux-mêmes par leur aveuglement le mal et l’intolérance qu’ils prétendent dénoncer et qui tue réellement, et non symboliquement, jour après jour. Leur indifférence à l’humain. Cet archipel de la connerie qui est notre propre goulag.

Le 23 juillet 2015 à 08:30

Gros sur la patate

Pubologie pour tous

On pourrait croire que cette publicité n’est rien d’autre qu’un tableau niais, absurde et clichetonnant d’un bonheur familial parfait tel qu’on en rêvait dans des temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Eh bien c’est plus ou moins le cas. Car ce spot est en fait une reprise de ce spot, datant de 1976. Et puisque la publicité est un miroir de la société, menons une analyse comparative des deux versions pour en tirer des conclusions sur l’évolution (ou la non-évolution) de la société. On notera par exemple, que l’on fait moins d’enfants en 2011 qu’en 1976 : 3 contre 6. Les deux restant cependant au-dessus du taux de fécondité français. Car chez nous, au moins depuis Pétain, une famille parfaite est une famille nombreuse. C’est aussi toujours Madame, en rose, qui cuisine, même si Monsieur, en bleu, est présent en 2011, alors qu’il est absent en 1976. Pour ça, merci les 35 heures ! On remarque ensuite des changements dans les préoccupations des parents. Dans les années 1970, Madame fait de la purée Bidule car elle est « sûre que tout le monde en reprend ». Puis l’obésité est passée par là, 3 des enfants de la première pub sont morts avant 40 ans d’une maladie cardiovasculaire, et l’on s’est mis à privilégier la qualité à la quantité. En 2011, Madame est « sûre de ce qu’il y a dedans », mais aussi, heureusement, « sûre que tout le monde est content ». Ben oui, 35 ans ont passé, mais le rôle de bobonne est toujours le même : contenter Monsieur et ses petits chérubins. Mais comment fait-on pour savoir aussi précisément ce que les gens attendent de la vie et de la purée lyophilisée en 2011 ? Eh bien, on n’a pas trouvé de meilleure idée que de le leur demander. Alors on a plusieurs façons de faire bien sûr. Dans le cas de ce chef-d’œuvre audiovisuel, il est fort probable qu’on ait réuni dans la même salle une petite dizaine de mamans avec deux points communs. D’une part, elles font de la purée lyophilisée à leurs enfants, et d’autre part, elles ont du temps à perdre pour des études consommateurs. Face à ces femmes, un spécialiste hautement qualifié (comprendre : un étudiant en psychologie) observe, relance et oriente la discussion, qui sera enregistrée et décortiquée pour trouver LA vérité de ce que vivent au quotidien les consommateurs de purée lyophilisée. Non, bien sûr que non n’attend pas que le consommateur nous donne une idée. Non. Bon, d’accord, quand, à la 12ème minute, Madame Duchemin a glissé un « ben une chose est sûre hein, quand je fais de la purée Bidule, je suis sûre de ce qu’il y a dedans ! », ça ressemblait à l’idée qu’on a eue, mais ça n’a fait que révéler une solution qu’on avait déjà à l’esprit sans le savoir. Bon par contre, je mettrais ma main à couper que pourtant, personne n’a dit « ben une chose est sûre, moi quand on me prend pour une cruche, ça me donne envie d’acheter de la purée Bidule !»

Le 5 juin 2014 à 09:20
Le 28 septembre 2014 à 07:53

Interdire les profs dans les écoles est-il la solution ?

Dans les années quatre-vingt, en milieu rural, les familles n’était pas procédurières, il ne leur serait pas venu à l’esprit de porter plainte contre un instituteur tortionnaire comme il en a existé quelques-uns, d’ailleurs les gamins gardaient pour eux les brimades. Ils apprenaient en silence certaines notions de ce que peuvent recouvrir les mots terreur et humiliation. L’apprentissage de l’injustice est-il potentiellement un atout ? Le traumatisme sera-t-il dépassé ? Sera-t-il un des éléments déterminants pour construire la personnalité (la confiance en soi, aussi) de l’enfant et de l’adulte  ? Aujourd’hui, on ne soulève plus le gamin par les oreilles quand il n’a pas appris sa leçon. On ne lui claque pas sa chevalière sur le crâne parce qu’il a enfin réussi brillement son problème de maths, et que « Tu vois, quand tu veux enfin travailler … »… On ne pince pas ses joues pour faire osciller sa tête dans une chorégraphie esthétisante quand il patine sur la récitation d’un poème de Maurice Carême. On m’a raconté l’anecdote suivante. Une lycéenne passe son oral  de Français. Pendant cet oral le professeur émet quelques réserves sur son analyse et sa compréhension du texte. Une heure plus tard les parents téléphonent à l’inspection académique et exigent des explications. Le professeur a la pression maximale avant de donner une note. L’exemple illustre ce qui peut désormais s’appliquer à l’école. Certains parents ont désormais leur mot à dire (leurs enfants sont des génies puisqu’ils en sont les géniteurs) et on ne badine pas avec l’humiliation de l’élève, c’est très grave et le professeur doit être sanctionné.

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