Alain Guiavarch & Maël Canonne
Publié le 07/05/2011

Le culte des morts est-il un signe d'humanité ?


Ce que pensent les commandos qui ont éliminé Ben Laden

– On était à une trentaine de miles d'Islamabad. Steve a rapporté le corps en hélico jusqu'au porte-avion en Mer d'Oman. On l'a porté à deux... On était ici. Là ! Moi je tenais les bras et Greg tenait les pieds... A la une, à la deux... et à la trois ! Plouf !  C'est drôle la vie quand même... Pendant la guerre froide on a soutenu financièrement et armé les moudjahidines, les futurs talibans contre les communistes... Et puis on se retrouve, 30 ans plus tard, à balancer un homme à la mer... L'homme le plus recherché de la planète... Sans sépulture, sans prière... 
– Tu délires grave John ! C'est un putain d'enfoiré de terroriste, aucune pitié... Tu crois qu'il en avait lui de la pitié !? C'est pire que Satan ce type ! Moi je te dis, on aurait dû le larguer vivant au-dessus du Japon ! Comme Little Boy en 45, au beau milieu de Fukushima... Comme ça, tous ses fidèles extrémistes qui voudraient s'approcher de sa dépouille seraient irradiés !
Alain Guiavarch & Maël Canonne auraient rencontré Valérie Lemercier en octobre 2008, lors du lancement de leur roman photographique KLAC Artists'Book à la Villette (http://www.klac.fr).
Le problème c'est qu'elle ne s'en souvient plus malheureusement. 
Elle avait pourtant incité Jean-Michel Ribes à les rencontrer mais celui-ci n'a pas été franchement convaincu par ce duo d'imposteurs, sans doute parce que le plus petit avait commandé un lait-fraise au Restaurant du Théâtre du Rond-Point. 

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Le 6 juin 2015 à 09:41

Poney flottant

Roman à paraître (extrait)

J'ai la robe. De La Spagna. J'arrive à la ferme. J'ai la robe des femmes qui tortillent leurs mains comme les octopoussies leurs tentacules, j'arrive dans la ferme, je suis la femme de l'Andalouzy...Mais les cliquetis des castagnettes et accords de cordes dans ma tête s'effilochent à la découverte des sons provenant de la cour...  Je perçois des bruits mats, des bruits de chairs, des à-coups de corps en lutte, je sens de la testostérone, des combats de virils -comme il doit y en avoir dans les prisons de Jean Genie-, j'entends des mises à mort, de la sueur, de la bave et du sperme...  Et ce cri?!?!?!...  Ah mais oui, c'est ça...  Ce ne sont que les plaintes d'un cochon mis à mort par Grand-Père et son ouvrier...  Oh, ce n'est que ça!!!...  Bon, je zappe.  On a tous assisté à la mort d'un cochon quelque part dans notre enfance et j'éviterai le paragraphe sur les chialures de gamin qui fait connaissance avec ce que l'on nomme "angoissss existentielle", la peur de son inévitable finitude blablabla...  Et je zappe également les similitudes physiologiques de l'humain et du cochon dont la peau de ce dernier fait d'excellentes greffes à celle du premier... (aussi qu'est-ce qui est humain, animal, végétal????)Donc.  Dans ma robe Spanich, ce n'est pas la mort certaine de la bête qui m'impressionne. Ni ses cris écorchant le ciel du Pays des Galles, ni les claquements de ses sabots inventant la fuite, ni ses yeux de condamné à mort flairant sa transformation prochaine en saucisse grillée, ni ses regards implorant une once de pitié auprès de ses bourreaux bouffeurs de côtelettes...Non. Ce qui m'impressionne terriblement, c'est l'état de l'homme Grand-Père dans ce corps à corps... Il a empoigné la massue et c'est comme s'il ne parvenait plus à lever l'engin du sol... Et quand il y parvient, c'est à côté du crâne de la bête qu'il l'abat, martelant pitieusement les pavés de la cour... Et Grand-Dad de vociférer comme un tout vieux rhinocéros, humilié par cette porcine bestiasse qu'il ne considérera jamais comme "un être vivant doué de sensibilité" le con...  Et le cochon, de hurler de plus belle, et l'ouvrier, de tenir la bête au cou, de perdre la maîtrise et de craindre vachement que la massue n'écrabouille ses menottes de travailleur manuel... Et cette scène perdure des secondes, des minutes éternelles... Mais Grand-Père, dans un dernier soubresaut, hurle "Laaaaaaast pig..." et rabat l'objet massif au crâne de l'animal. S'ensuit le traditionnel silence après la lutte. J'aime ce silence après la lutte; je sens picoter dans mon corps l'adrénaline de mes pulsions de jeune assassine... Dans ce silence, je suppute que les processus de putréfaction du cadavre du cochon se mettent en branle... Sont-ils les mêmes que ceux chez les humains décrits dans l'Anthology du corps humain illustrated de Mummy ?  A savoir... : que 2 à 8 minutes après l'arrêt du cœur, les tissus nerveux commencent à dégénérer, que les sphincters et les muscles se relâchent et que spontanément, mictions et fécales surgissent, que le corps encore doucement tiède et mollasson pâlit, comme un soldat tombé dans son lit vert où la lumière pleut, qu'après 5 ou 6 heures, le macchabée devient raide de partout, que 24 heures après le décès, des taches de violette et de pinard Saint-Emilion paraissent, que le cadavre alors redevient tout mou et pue et se putréfie, qu'ensuite des couleurs vertes apparaissent sur l'abdomen puis sur tout le corps et que la peau sèche et devient friable comme une feuille de parchemin et que les cheveux, ongles, poils s'arrêtent de pousser et s'échouent, que les organes perdent leur forme anatomique et mollissent en bouillie-pour-le-chat, qu'à la 3e semaine le foie a disparu, qu'entre le 5e et 6e mois, le cœur a fondu, que toute l'eau s'évapore chariant sels et bactéries, que les sucres deviennent alcools (forts ou pas ?), que les acides mutent en gaz carbonique, que le cadavre peut produire jusqu'à 5000 litres de gaz, que les graisses dégoulinent en stalactites longs et tendres genre marshmallow et qu'enfin, au bout de 365 jours, ne reste qu'un squelette sans peau parsemé de quelques tendons, ligaments et grosses artères... Les os se disloquant au bout de 4 à 5 années.Voilà.Voilà.Voilà. Et ce petit processus lié aux humains semble effectivement s'être mis en route chez la bête car l'anus du cochon, tout relâché qu'il est, émet une crotte bien tristounette au pavement de la cour.  Alors, dans ma tête, je me remets les castagnettes et cordes. Un long moment de temps passe comme ça, tout suspendu dans le no man's de land.

Le 26 avril 2010 à 14:28

« Dans la crise, c'est l'heure des personnes qui ont du caractère, pas des fromages pasteurisés ou des poissons lyophilisés»

Jean-Luc Mélenchon, Libération, lundi 12 avril 2010

Cet homme « de caractère » n’est pas du style à péter dans la soie, mais du genre à chier sur la bruyère si telle est sa bonne envie. Avec lui c’est fromage qui pue et poisson qui sent, autrement dit un poète de résistance qui fait rimer anti-hygiénisme et anti-américanisme. Dans le « corps traditionnel français », Jean-Luc Mélenchon est de ceux qui font don de leur énergie vitale au destin national. Face à la tourmente, il ne faut pas plus avoir la cervelle que la couille molle. Ames sensibles s’abstenir, la main doit être ferme pour tenir le cap, botter les fesses des pleutres, et poursuivre l’ennemi jusque dans les chiottes. Toute une légende, rien qu’un jeu peut-être quand l’on connaît son sens inné de la provocation pour remplir les meetings à défaut d’avoir les urnes pleines. Le bouc sait pourtant se faire agneau quand il s’agit d’aller brouter dans la cour des grands. Le voici chez Apathie faisant étalage de chiffres sur les retraites, le voilà dans « Voici »  en saint (Patrick?) Sébastien que « les médias ont voulu détruire » par leurs flèches.Il avait pourtant promis de ne plus parler aux « Talibans professionnels » depuis qu’un étudiant en journalisme avait osé le titiller. Mais comme Obama, Sarkozy ou Karzaï, Mélenchon sait, quand il le faut, trouver de « bons Talibans ».

Le 24 février 2012 à 10:23

"Quand j'étais petite, mon père m'expliquait que le Sahara gagnait déjà un kilomètre par an."

Marine Le Pen, France 2, jeudi 23 février 2012

Après un tel aveu on comprend mieux que la fille Le Pen fasse commerce électoral de l’invasion arabe qui menacerait notre civilisation. Désertification-islamisation : même combat !  Tout se tient dans l’esprit lepénien où il faut retenir que ceux qui ne croient pas aux dangers intrusifs venus du sud, sont les même qui gobent les balivernes des « prêtres et évêques du changement climatique. » C’est une facette méconnue du projet FN  qui a été présentée lors de l’émission «  Des paroles et des actes » marquée surtout par la bagarre entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, où celle-la se l’est jouée Sainte Blandine martyrisée par le tribun païen. Chez les Le Pen on est ainsi « climato-sceptiques » de père en fille. Mais s’il y avait eu un flux migratoire esquimau aux frontières, le FN aurait-il dénoncé la fonte de la banquise sous l’effet des émissions de gaz de serre ? Voici en tout cas  une recrue pour l’Internationale des hystéro-chrétiens du parti républicain américain et des pétro-islamistes d’Arabie saoudite, virulents climato-sceptiques qui partagent la même foi dans les dividendes pétroliers. Aussi la croisade de Marine vise-t-elle désormais à délivrer le paysage des « immondes » éoliennes qui prétendent nous préserver d’un monde de « brut », ce qui ne va pas sans paradoxe puisqu’elle est aussi adepte du tout-nucléaire. Le Pen présidente c’est l’assurance d’une marée noire en guise de cerise sur le tsunami de Fukushima.

Le 18 mai 2011 à 11:34
Le 17 juillet 2011 à 09:27

Mark

Je reviens de loin, d’une sorte de rêve étrange. Certains appellent ça une catharsis, moi je me contente d’appeler ça un rêve étrange : il n’y a aucun mal à dire les choses différemment pourvu qu’on les dise avec honnêteté. Personne ne me jugera pour ça. J’ai fait ce que l’on appelle une EMI : une Expérience de Mort Imminente. En anglais, on dit : NDE : Near Death Experience. Je ne suis pas doué en anglais, mais « NEAR » ça veut dire « près » et « death », « mort ». Ce que j’ai fait, c’est être si proche de la mort que l’on revendique sa vie de manière si indécente qu’on oublie à peu près tout. Regarder directement dedans, bien rentré, à l’intérieur et cela tout en étant à l’extérieur. L’instant d’avant ça va bien et l’instant d’après, tout se perd. Near death Experience. Expérimenter. Experience. Expérience. La vie, c’est empirique, la mort, c’est autre chose. La mort, c’est perdre du temps à essayer de comprendre ce qui s’est passé dans la vie. La mort, c’est très utile, mais ça n’a rien de ressenti : c’est ailleurs et cet ailleurs, c’est à venir. Je me suis trouvé juste assez proche de la mort pour comprendre son sens et après je suis revenu à la vie. Certains appellent ça mentir, moi j’appelle ça se révéler : il n’y a aucun mal à dire les choses différemment. Personne ne me jugera pour ça. Ou tout du moins, personne ne le devrait, mais on n’est jamais à l’abri. En fait, il faudrait vraiment que j'arrête de bouffer des yaourts au Bifidus Actif parce que c'est franchement dégueulasse...

Le 17 décembre 2011 à 07:40

Ô Senescence !

Vieillir, c'est se suicider au temps qui passe. On ne le dit pas assez. J'ai remarqué que, arrivé à un certain âge, on devient épicurien de gré ou de force, dans le sens où on vit chaque jour comme le dernier. Il n' y a aucun remède contre cela, et la mort viendra à nous aussi sûrement que la joue vient au poing à qui sait la tendre. Dans notre société de consommation sans scrupules, même la sénilité fait recette. Les vieux sont prêts à avaler n'importe quoi pour rajeunir, comme le viagra, ou les crèmes anti-rides. Ou le concept des femmes cougars. Je m'excuse, mais une cougar, sans ses dents, ça fait pas courir grand monde ! Et notre Johnny, ils vont nous le tuer avec sa prochaine tournée, Cheveux blancs, idées noires. Ma grand-mère me donnait son avis sur la question l'autre jour : « Tu veux que je te dise ? La jeunesse, c'est dans la tête ! » La pauvre. Elle ne se rappelle même plus qu'elle a Alzheimer. Mon grand-père me disait à ce propos : « Regarde cette photo sur le mur. Elle était belle à dix-huit ans, ta grand-mère. Cette photo c'est un peu le portait de Dorian Gray, mais à l'envers. » La vie est une vaste blague et la mort en est la chute. Parfois, c'est une chute qui n'en finit plus de chuter. Chute des cheveux, chute des dents, chute de tension, chute dans la baignoire et, pour finir, chute dans l'oubli. Sans rigoler, on en finirait presque par se demander si ce ne seraient pas les plus courtes les meilleures.

Le 4 juin 2015 à 17:26

Le jeu le plus long

« Venez voir, j’ai trouvé quelque chose ! » L’urgence dans la voix de Christophe nous fit oublier instantanément nos jeux d’Indiens ; nous laissons tomber nos fougères, arcs de fortune, pour rejoindre notre camarade immobile, penché au-dessus d’une crevasse, dans cette partie de la forêt encore vierge de nos aventures. Lorsque nous vîmes ce qu’avait découvert Christophe, un silence terrifiant pétrifia nos petites personnes. Au fond du ravin, parmi la mousse et les orties, le corps d’un homme, inanimé. De son long bâton, autrefois un fusil, Jérémi toucha la dépouille. À notre surprise, l’homme n’était pas mort, et fut réveillé par ce contact timide. Nous ne bougions toujours pas, tétanisés — curieux aussi. « Que... qu’est-ce que je fous là, demanda le ressuscité, hagard ? »Il nous regarda un à un, se redressant difficilement sur ses coudes, les membres crissants enserrés dans ses habits en charpie.« Vous êtes qui, les gosses ?— Des Indiens, répondit Christophe, qui n’était visiblement pas sorti de son rôle. Je suis le grand chef sioux... Et Jérémi est un guerrier d’une tribu adverse.— Des Indiens, hein, réfléchit l’homme... Et les cow-boys ? Qui joue les cow-boys ?— Personne, expliqua Christophe. On n’aime pas les cow-boys. On est tous des Indiens.— Mais des Indiens qui se font la guerre, précise Louis.— Et toi, qui tu es, demandais-je à l’homme ?— Eh bien... Un cow-boy, je suppose... Il en faut bien un. » D’un geste sûr et maîtrisé, il extirpa de son holster invisible deux doigts vengeurs et « pan, pan, pan, pan », nous abattit un par un, sans que nous ayons eu le temps de bander nos arcs ou brandir nos tomahawks. Il souffla satisfait la fumée de son index, et tourna les talons, tandis que nos corps troués dévalaient dans des râles de souffrance les versants du ravin duquel nous l’avions réveillé. Et c’est à ce moment-là que nous nous retrouvâmes confrontés à la question de la mort. À quel moment, exactement, est-il toléré d’arrêter de jouer au mort ?De se lever... et d’enfin reprendre le cours normal de sa vie ?N’est-il pas raisonnable de rester immobile quelques minutes au moins, pour reconnaître, et rendre digne, l’acte de bravoure de celui qui nous exécute ? Ou bien l’étiquette exige-t-elle de feindre la mort pendant plus longtemps, bien plus longtemps, sans quoi le jeu de la vie et de la mort ne serait qu’une série de conflits arbitraires et sans issue satisfaisante ? Ces questions nous taraudèrent bien des nuits — des nuits qui se transformèrent en semaines, puis en années, et nous restions là, inanimés au fond de ce petit ravin, des acteurs de marbre enfermés dans le dilemme insoluble du jeu et du réel, de la mascarade et de la vérité. Nos trois corps poussaient, étouffés petit à petit par les vêtements infantiles dans lesquels ils avaient chu. Jusqu’au jour où un groupe de petites filles essoufflées croise notre sépulture sylvestre.L’une d’elles nous jette un caillou. « Arrête Sophie, tu es folle !— Quoi, c’est des morts, qu’est-ce que ça peut faire ?— Ils sont morts, tu crois ?— Ben oui, ils sont tout ridés tu vois bien. »Toutes poussèrent un délicieux cri en voyant Jérémi se redresser, grinçant et gémissant, extirpé de son rôle par le projectile.— Qu’est-ce que vous faites là, les filles ?— On...— Arrête, lui réponds pas, c’est un fantôme !, redoute la plus petite.— Mais non ; Sophie hausse les épaules : on joue aux princesses, qui s’enfuient du château.— C’est notre père, le roi, qui veut nous marier à un affreux type, explique une rouquine.— Ah... Je vois... » Jérémi observe un à un les petits visages, confondus entre terreur et curiosité, puis reprend :« Et les archers du roi... Ils sont à votre poursuite, j’imagine ?— Oui... Et toute son armée », précise une mignonne, tandis que secrètement, Jérémi extrait avec sang-froid trois flèches invisibles de son carquois imaginaire.

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