Bar
Publié le 11/05/2011

R.S.A., n'oubliez pas !


Dessinateur de presse et illustrateur, Bar croque l'actualité avec un trait et un humour acerbe reconnaissables entre mille. Il a fini par céder au harcèlement de la rédaction de ventscontraires.net qui a tout fait pour le débaucher.

Son blog : http://baractu.canalblog.com/ 

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Le 11 janvier 2012 à 16:08

"C'est indigne de reprocher à Nicolas Sarkozy d'aller dans une brasserie populaire !"

Christian Estrosi, député-maire UMP de Nice, RFI, mardi 10 janvier 2012

C’est vrai, quoi ! Pour s’être fait une « cantoche » au Fouquet’s des Champs-Elysées, Nicolas Sarkozy serait taxé  pour l’éternité de goûts somptuaires. On reconnaît bien là ce mépris du peuple animant les empoisonneurs de l’esprit public. Les classes laborieuses  n’auraient pas le droit d’accéder à un lieu où le menu s’affiche à 78 euros minimum ( sans les vins) ? A eux seulement, les bouis-bouis avec plat du jour à 10 euros, pain compris ? On nage dans  l’ostracisme social. Et dans la mauvaise foi. De celle qui voudrait nous faire prendre un pédalo loué à Malte pour le yacht d’un milliardaire, ou la touchante rencontre d’un président esseulé et d’une immigrée italienne, intermittente du spectacle avec un enfant à charge, pour une romance jet-set. Et pendant qu’on y est, voilà le « bouclier fiscal » stigmatisé encore comme une mesure pour les riches,  par ceux qui n’ont pas idée de ce qu’est le sort d’un agriculteur smicard propriétaire de quelques hectares à l’Ile de Ré. Ne parlons même pas de ces familles méritantes qui peinent à entretenir le château des ancêtres, et dont les colonnes infernales du candidat Hollande sont résolues maintenant à sucrer le quotient familial. Qui dira ce qu’il en coûtera d’une augmentation de la TVA sur la vente des Rolex ? Bien plus qu’un point sur le prix de la baguette. Et pourquoi pas, demain, imposer à tous un salaire de "minable" à 5000 euros par mois ? Ça nous pend au nez. Debout les gavés de la terre !

Le 10 mai 2015 à 07:55

Hommage aux pauvres « ingrats, gloutons et désobéissants »

« Je n’aime pas les pauvres, s’écriait l’irréductible Georges Darien dans La Belle France en l’an 1900. Leur existence qu’ils acceptent, qu’ils chérissent me déplaît ; leur résignation me dégoûte. À tel point que c’est, je crois, l’antipathie, la répugnance qu’ils m’inspirent qui m’a fait révolutionnaire. Je voudrais voir l’abolition de la souffrance humaine afin de n’être plus obligé de contempler le repoussant spectacle qu’elle présente. » Octave Mirbeau s’étonnait lui aussi que « les misérables ne brûlent pas plus souvent la cervelle aux millionnaires qu’ils rencontrent ». C’est dans le même état d’esprit qu’en 1891, le grand Oscar Wilde a fricassé un des plus stupéfiants chefs-d’œuvre du livre d’inadhérence aux normes, L’Âme de l’homme sous le socialisme, réédité il n’y a pas longtemps aux Mille et Une Nuits ainsi qu’aux Cahiers de l’Herne, et disponible en e-book. Après avoir filé une belle giroflée aux réalités sordides de la société victorienne (la misère matérielle et intellectuelle des ouvriers, le culte du veau d’or et des possessions, le règne du paraître, de l’hypocrisie, du conformisme, la sanctification de la virilité, de la famille, de la religion, du sport). Après avoir défini férocement la démocratie (« le bâtonnement du peuple par le peuple et pour le peuple ») et avoir dénoncé un grand soir prolétarien qui déboucherait sur une « caserne industrielle », une tyrannie collectiviste, une négation dialectique des désirs individuels. Après avoir bien souligné, du bout des lèvres et un verre de cherry brandy à la main, que, pour lui, la vraie révolution, ce n’est pas de sacrifier ses inclinations égoïstes au profit d’une société vertueuse, mais c’est tout au contraire de magnifier ce qu’il y a de plus égoïste en nous, de plus personnel, de plus subjectif, de plus libidinal dans un monde réinventé : le monde du complet épanouissement de chacun. « La réalisation de soi-même est le premier but de la vie. » « La forme de gouvernement qui convient le mieux à l’artiste est l’absence totale de gouvernement. » « L’homme ne vaut que dans ses libres associations. » Après toutes ces fracassantes mises au point, L’Âme de l’homme sous le socialisme ne manque pas de se gausser de la charité ordinaire qui « abaisse, démoralise » et encourage la soumission. « Ne nous dit-on pas souvent que les pauvres sont reconnaissants de la charité qu’on leur fait ? Certains, sans doute, mais les meilleurs d’entre eux ne le sont jamais. Ils sont ingrats, mécontents, désobéissants, révoltés. Ils ont bien raison. La charité n’est à leurs yeux que ridicule et dérisoire esquisse de restitution, ou une aumône sentimentale que les sentimentaux accompagnent généralement d’une arrogante prétention à exercer leur tyrannie sur la vie privée des pauvres. Pourquoi ceux-ci devraient-ils se montrer reconnaissants des miettes qui tombent de la table des riches ? Ils devraient y être assis, et ils commencent à s’en rendre compte. Quant à être mécontent, quiconque ne le serait pas dans de tels décors et avec un tel mode de vie ne serait qu’une parfaite brute. La désobéissance, pour qui connaît l’histoire, est la vertu spécifique de l’homme. C’est par la désobéissance qu’il a progressé, par la désobéissance et par la révolte. On loue parfois les pauvres de leur frugalité. Il est aussi grotesque qu’insultant de conseiller aux pauvres la frugalité. C’est comme si on conseillait à un homme qui meurt de faim de moins manger. Il est absolument immoral pour un travailleur de la ville ou de la campagne de cultiver la frugalité. L’homme n’est pas fait pour prouver qu’il peut vivre comme un animal mal nourri. Il doit refuser ce genre d’existence, et se mettre à voler (…) Quant à la mendicité, il est moins dangereux de mendier que de voler, mais il est plus noble de prendre que de mendier. Non : un pauvre, qui se montre ingrat, peu frugal, mécontent, et révolté, a des chances d’être une véritable personnalité et d’être capable de grandes choses. » Hé oui, c’est comme ça, Wilde et Darien nous invitent en quelque sorte à choisir nos pauvres. Comme on choisit ses compagnons de jeu, de table, de combat ou ses partenaires sexuels. Dans tous les cas, il importe de savoir sélectionner ses mauvaises fréquentations. Mais voilà le moment pour Oscar Wilde de s’en prendre violemment dans son pamphlet à toute forme de travail ne dispensant pas du plaisir. « Tout travail monotone, ennuyeux, tout travail impliquant des contacts répugnants, des conditions déplaisantes, devrait être accompli par la machine. Les machines doivent travailler pour nous dans les mines de charbon, assumer les services d’hygiène, chauffer les vapeurs, nettoyer les rues, transmettre les messages sous la pluie, se charger de toutes les besognes fastidieuses ou déprimantes. (…) L’esclavage humain est odieux. L’avenir du monde dépend de l’esclavage mécanique. » Et c’est là évidemment que « le poète au tournesol » soulève des tempêtes en milieu rebelle. C’est en proposant tout à trac comme les abondancistes des années 70, Jacques Duboin et Cie, et comme les situs dans quelques-uns de leurs premiers textes traitant de l’automation généralisée, La Grande Relève des hommes par la machine. Je suis persuadé, pour ma part, qu’on peut être, fût-ce au prix d’acrobaties vertigineuses,  à la fois wildephile et proluddite, qu’on peut sans se renier tantôt bousiller impitoyablement des machines antipathiques et tantôt les mettre au service des conseils d’anti-travailleurs qui s’annoncent. Le débat est lancé. Les jeux ne sont pas faits.  

Le 19 mars 2013 à 10:17

L'UMP veut rendre les allocataires du RSA imposables à l'ISF

La France pays d’assistés ? Cet éternel débat ne semble pas prêt de finir. Ce week-end plusieurs cadres de l’UMP sont montés à la charge contre la politique du gouvernement et notamment la question du Revenu de Solidarité Active (RSA). Après avoir proposé l’obligation de travailler 5h par semaine et critiqué l’annonce de la hausse du RSA par Jean-Marc Ayrault, l’opposition repart à l’assaut. Les cadres de la droite réclament plus de justice socialeen soumettant les allocataires du RSA à l’Impôt Sur la Fortune. Décryptage Eviter l’assistanat « La France doit sortir de cette politique d’assistanat dans laquelle elle est engluée depuis des années » a martelé hier Laurent Wauquiez. Le vice-président de l’UMP a fait la tournée des médias pour dénoncer « le cancer de notre société » et rendre public sa nouvelle proposition. « Avec cette aberration que cautionne François Hollande, on se retrouve dans des situations où des chômeurs gagnent plus que d’autres français qui, eux, travaillent et payent leurs impôts. L’idée serait de créer un genre d’ISF pour bénéficiaires du RSA avec un seuil d’entrée fixé à 300 000 euros soit 4 fois moins que le seuil actuel de l’ISF. Histoire de s’adapter aux revenus certes inférieurs de ceux qui touchent le RSA. » a-t-il déclaré sur Europe 1. Christian Jacob, président du groupe UMP à l’Assemblée Nationale a également donné de la voix : « On a dans ce pays des allocataires du RSA qui possèdent 3 parfois 4 maisons dont ils sont pleinement propriétaires et ce, uniquement grâce à leur allocation. C’est inadmissible en ces temps de crise où les français peinent plus que jamais pour accéder à la propriété. On ne peut pas cautionner ça plus longtemps. » 773 années d’économies Cette montée au créneau des ténors de l’UMP a instantanément suscité l’indignation ici et là. A commencer par Martin Hirsch, le père du RSA qui a vivement critiqué cette proposition : « Avec ce seuil de 300 000 euros qu’ils proposent, il faudrait pas moins de 773 années à un allocataire du RSA pour acquérir les biens nécessaires pour être imposable à l’ISF. Et encore ! Je ne compte même pas les dépenses. Tout en sachant qu’aucun être humain ne semble avoir vécu au-delà de 122 ans, ça fait quand même une sacrée différence ! » Interrogé sur cette possible incohérence pointée par Martin Hirsch, Laurent Wauquiez a répondu dans la foulée : « Laissons les polémiques stériles et les faux arguments à ceux qui aiment les lancer et occupons nous plutôt de notre pays qui, plus que jamais, aurait bien besoin de relever la tête. » Le Gorafi Illustration: WikiCommons / Alesclar

Le 12 février 2013 à 09:54

L'homme qui prétendait avoir trouvé du travail malgré la crise était un mythomane

Dijon – Stupéfaction à Dijon après l’euphorie du week-end. L’homme qui, vendredi, affirmait avoir trouvé du travail malgré la crise a reconnu devant les enquêteurs avoir totalement inventé l’histoire. Une annonce qui vient briser les nombreux espoirs d’un redémarrage prochain de l’économie française. Une région sous le choc La joie aura été de courte durée. L’homme qui prétendait avoir trouvé du travail malgré la crise a reconnu devant les enquêteurs avoir inventé l’histoire de toutes pièces. « Visiblement, nous sommes en présence de quelqu’un qui était en mal de publicité » ont expliqué les enquêteurs lors de la conférence de presse. Les médias ont été aussi montrés du doigt pour ne pas avoir vérifié davantage l’information. « Il y a dans cette affaire des responsables, mais nous refusons de servir de boucs émissaires » a protesté d’une seule voix la presse. L’homme, quant à lui, à refusé de donner plus d’explications sur son mobile. « C’était quelqu’un d’équilibré, je ne comprends pas pourquoi il a fait ça » explique un proche. « J’ai été choquée d’apprendre qu’il avait menti. Des gens avaient beaucoup d’espoirs et maintenant tout est fini » raconte une jeune femme avant de fondre en larmes. Dans l’immédiat, le gouvernement se refuse à commenter l’affaire plus que de raison. « Cela ne remet pas en cause les agissements et les décisions du gouvernement. C’est un incident isolé, nous souhaiterions que l’opposition ne monte pas cet événement en épingle et se comporte de manière républicaine » a fait savoir Arnaud Montebourg. Le Gorafi Illustration : iStock

Le 28 juin 2012 à 15:30

Patience camarade, un monde lisible est devant toi !

Jean Lassègue

Tout fout le camp, c'est la crise, la société devient friable, les individus atomes, et les signes pullulent tant dans nos têtes qu'on ne comprend plus ce qui nous relie ou nous sépare les uns des autres. Que nous est-il arrivé ?   Car si l'on veut changer le monde – hâter sa métamorphose au sens d'Edgar Morin – il faudrait d'abord y voir plus clair. Mais les explications simples sont trop simples pour être crédibles. Et tout mettre sur le dos de la mondialisation, de l'informatisation du réel, des flux migratoires ou du retour des religions ne rend pas notre époque plus lisible et généreuse. Au contraire cela révèle un refus d'aller dénouer l'écheveau incroyablement complexe de signes visibles et invisibles qui nous relient bien plus intimement qu'on ne pourrait le croire.   En allant fouiner dans des questions qui nous font remonter le temps jusqu'à l'invention de l'écriture (en passant par les sectes iconoclastes de la Réforme, les gamers addicts aux jeux vidéos, le sens philosophique du mot "auteur" ou les artistes contemporains adeptes du "ralentissement"…) ce fin opuscule à la fois zappeur, collectif et  tenu de main de maître par le philosophe Jean Lassègue, ouvre des pistes inattendues qui pourraient bien nous laisser entrevoir quelques uns de ces fils dans lesquels sociologues et politiques se prennent si souvent les pieds, faute de les avoir pris en compte.   Patience camarade, un monde lisible est devant toi ! est le troisième livre publié dans la collection Forum d'Action Modernités aux éditions Descartes & Cie. Auteur Jean-Lassègue. Préface Philippe Lemoine. Avec des contributions de Nathalie Damery, Marina Damestoy, Yovan Gilles, Jean-Paul Karsenty, Jean-Daniel Magnin, Emmanuel Martin, Brice de Villers. ISBN : 978 2 84446 230 5

Le 2 novembre 2011 à 08:45

France-Ethiopie

Carte postale d'Addis Abeba

Vue à travers les yeux de bon nombre d’Ethiopiens, la France est un Eldorado prodigieux où l’argent déborde des poches de tous comme d’une fontaine inépuisable, où les gens habitent dans de belles et vastes maisons remplies d’objets de prix, où personne ne meurt de faim, où l’on peut rire publiquement du gouvernement ; bref, où liberté et abondance sont les maîtres mots. Un paradis fermé, inaccessible, dont la clé est un visa. Saint-Pierre, qui la détient, habite à l’ambassade, derrière un guichet vitré. Il a laissé sa barbe et son sourire bonhomme quelque part dans les nuages. Il n’est pas très accommodant.   Moi qui suis français, je ne me laisse pas prendre à ces histoires d’une naïveté amusante. Je ne m’en laisse pas conter, non : je lis la presse en ligne. On y trouve toutes sortes de récits édifiants. Les cantines servent trop de viande, le PSG bat Lens sur le score de 3 à 1, les chiffres des derniers sondages baissent, l’immobilier monte, tel politique de droite gesticule vigoureusement, tel autre, à gauche, mouline des bras pour faire du vent (contraire). Je peux embrasser d’un seul coup d’œil cent petites phrases, mille analyses, cent mille faits divers, tous très importants.   A y bien réfléchir, on s’y perd un peu. Je ne la vois peut-être pas si bien, la France, là-dedans…   Si l’on ne peut croire ni le regard des Ethiopiens ni celui des médias, il me reste du moins les yeux du souvenir. Que vous dirai-je ? Vues d’Addis Abeba, les rues françaises manquent de chiens errants et d’ânes en goguette, de chats pelés, d’eucalyptus, de chèvres, d’odeurs de café frais mêlé d’encens, de soleils froids et rasants, de grands tissus blancs flottant derrière les femmes. Mais on peut y déguster en terrasse, dans ce petit restaurant de la rue de l’Arbre Sec, des planches couvertes de fromages et de charcuterie, arrosées d’un rouge léger de Loire dont la seule évocation me met les larmes aux yeux.   La voilà, tiens, la France que je préfère. Celle qui rigole à une table de bistro dans la fraîcheur automnale, les yeux allumés par le Bourgueil.   Cette table même où, il n’y a pas si longtemps, je rêvais de l’Ethiopie.

Le 15 janvier 2013 à 09:55

Pour dissuader les homosexuels, l'UMP veut des stages obligatoires sur les ravages du mariage

Dimanche après-midi se tenait la « Manifestation Pour Tous » contre le mariage homosexuel. Une mobilisation à laquelle ont participé plusieurs ténors de l’UMP qui reste partagée sur le projet du mariage gay. Mais les pro et les anti de droite semblent être tombés d’accord sur une position commune. A savoir la volonté de rendre obligatoire, pour les homosexuels désirant se marier, le suivi d’un stage abordant les ravages du mariage sur le couple. Reportage Une formation d’une semaine « Ce que nous proposons, c’est qu’à l’avenir, les gays qui souhaitent se marier suivent pendant 5 jours un stage sur la déchéance du couple dans le cadre du mariage. » Voilà le message qu’ont martelé à l’unisson les membres de l’UMP présents à la Manifestation Pour Tous qui se tenait hier à Paris. Une proposition qui montre clairement la volonté de réalisme des élus de droite, comme l’expliquait Gérard Larcher, descendu protester dans la rue hier : « On ne se voile pas la face. On sait que le Mariage Pour Tous risque d’être adopté. Soit. Mais dans ce cas- là, on veut au moins qu’il soit le plus encadré possible.» Selon Christian Jacob, président du groupe UMP à l’Assemblée Nationale et fervent opposant au mariage gay, ce stage obligatoire reposerait sur 3 axes : « Nous voulons que les homosexuels qui expriment le souhait de se marier prennent conscience des difficultés et des souffrances occasionnées par le mariage civil. Il serait donc judicieux que, dans un premier temps, ils visionnent sur 2-3 jours des reportages, des documentaires ou toute autre forme de témoignage de personnes hétérosexuelles ayant vu leur couple détruit à cause du mariage. » Les participants à ce stage d’information seraient alors soumis à une série de questionnaires sous la forme de QCM pour contrôler la bonne assimilation des informations qui leur ont été transmises. Le 2e temps fort du stage consisterait ensuite en une succession de mises en situation, de jeux de rôles visant à donner aux stagiaires gays un semblant de vécu de ce que peut être une vie de mariés qui s’effondre. Interrogé par le Gorafi, Laurent Wauquiez, à l’origine de cette proposition, explique l’importance de cette étape : « On ne pourra jamais reproduire véritablement le désastre du mariage. Mais grâce à des ateliers de mise en situation, les gays pourront appréhender les problèmes de belle-famille, de routine. Ils auront la possibilité d’expérimenter ce que c’est vraiment que de passer une nuit sur un canapé parce qu’on s’est disputé le soir en rentrant du boulot.» Un test final Une succession d’ateliers pédagogiques que les anti-mariage gay de l’UMP voudraient voir se terminer par un test final dans les conditions réelles : un examen de 4 heures où les deux membres du couple désirant se marier devront, en présence de deux véritables avocats, tenter de procéder à un partage imaginaire des biens du couple. Objectif: dégoûter du mariage? C’est bien ce qui est reproché aujourd’hui à la droite après cette proposition comme le confie ce député socialiste resté anonyme: « Si une telle mesure devait être adoptée, le nombre de demandes de mariage diminuerait inévitablement chez les homosexuels. Avec cette tentative, La droite cherche juste à dissuader les gays.». Côté UMP, l’ensemble des soutiens à ce projet nie toute volonté de dissuasion. Interrogé sur la question Christian Jacob répond laconiquement  «…» .   Le Gorafi Illustration :  iStock /  govicinity

Le 23 septembre 2014 à 10:34

Le portefeuille porte-poisse

Lorsque Najat Vallaud-Belkacem a été nommée ministre de l’Education nationale à la rentrée de 2014, les grenouilles de bénitier se sont remises à coasser. Pas de quoi émouvoir la souriante impétrante qui en avait vu d’autres dans sa courte mais intense carrière ministérielle. Si l’on doit s’inquiéter pour elle, ce serait plutôt que ce ministère de toutes les écoles est de tout temps le ministère de tous les dangers. Celui dont on sait dans quel état on y entre, mais jamais trop comme l’on en sort. Bref, osons ce conseil aux ministrables à qui l’on propose le portefeuille d’y regarder à deux fois. « Ça va à l’école ? – euh, pas vraiment, M. le Président… Il ne resterait pas une petite place à la Francophonie ou aux Anciens combattants ? » Une fois installé 110 rue de Grenelle (siège parisien du ministère), le risque est de se retrouver en guenilles si l’on se lance dans de trop grandes réformes ou de passer pour un ramasse-miettes si l’on fait profile bas. A un ministre qui a fait sortir dans la rue profs, élèves et étudiants, succède un ministre chargé de les faire rentrer. Une exception en 1986. Sous le gouvernement Chirac de cohabitation, c’est le ministre délégué à l’enseignement supérieur, Alain Devaquet, qui présenta un projet de réforme instituant une (timide) autonomie des universités. Les manifs étudiantes d’une rare violence lui coûtèrent son poste 263 jours après sa nomination. Elles coûtèrent aussi la vie au jeune Malek Oussekine ce qui était nettement plus grave, et le premier ministre lui-même se charge d’apaiser les esprits en retirant le projet de loi mais laissant en place le ministre de l’Education nationale de plein exercice, René Monory. On avait bien compris qu’il ne servait à rien d’autre qu’à meubler la rue de Grenelle d’ici la présidentielle de 1988. Vincent Peillon, bien plus tard, tenta de repenser des rythmes et des méthodes d’enseignement que plus personne au monde ne nous envie, il ne dut son salut qu’à une fuite vers Strasbourg au Parlement européen, son successeur Benoit Hamon calma le jeu en échelonnant la réforme, mais au bout de 126 jours il se fit prendre dans un chahut politique dont il n’était même pas le meneur. Xavier Darcos, sous Sarkozy, s’était risqué à la semaine des quatre jours mettant en ébullition l’Education nationale, ce qui aboutit à l’exfiltration du susdit, remplacé par Luc Chatel qui, en trois ans, réussit à faire de sorte de ne laisser aucun souvenir de son passage rue de Grenelle. Chapeau l’artiste ! Dans cette configuration du méchant qui chamboule tout et du gentil qui rattrape le coup, Claude Allègre et Jack Lang font figure de duo incomparable sous l’ère Jospin à Matignon. Citons aussi Luc Ferry (c’était du temps de Raffarin), philosophe de métier qui faillit être lynché pour d’irrémédiables péchés dont le moindre n’était pas d’avoir mis son nez dans le contenu des cours de ses collègues, et auquel succéda pour un an le transparent Fillon (celui d’avant maintenant) chargé de recoller les morceaux. Au bout d’un an il passa le pot de glue à Gilles de Robien, centriste pondéré et social, lequel se prit malgré tout de plein fouet la vague anti-CPE de 2006. Jean-Pierre Chevènement avait succédé en 1984 à Alain Savary, victime expiatoire du « grand service public unifié et laïque de l’Education nationale » qui mobilisa comme jamais « l’Ecole libre » et que François Mitterrand enterra sans grand souci des sentiments de son ministre qui ne s’en releva jamais. On doit à son successeur – qui ne trouva pas de motif à démission durant les 608 jours de son mandat – le slogan du bac pour 80% d’une classe d’âge : la suite a montré que le problème était ailleurs pour un pays désormais à la traîne dans les classements internationaux de la performance scolaire. Au chapitre des réformateurs dépités, ne pas oublier Lionel Jospin. En 1988, il put ouvrir comme ministre les robinets budgétaires de la « revalo » des salaires enseignants : « il arrose le sable » ricanaient alors ses contempteurs à l’Elysée et à Matignon qui observaient que les réformes qualitatives ont continué d’être bloquées par les corporatismes maison. Et en plus il se prendra dans les dents une insurrection étudiante pour avoir voulu alléger leurs heures de cours… Après son départ en 1992, il entame une traversée du désert. Et par qui est-il été remplacé ? Par Jack Lang, déjà. En un demi-siècle de Ve République, on dénombre 30 ministres de l’Educations nationale (y compris N.V-B), soit un tous les 22 mois (et une tous les 30 ans !) Pourtant certains sont parvenus à durer et endurer. Ainsi François Bayrou (4 ans et 2 mois), à sa nomination bourré d’idées d’agrégé (lettres classiques), mais qui se mélangea les crayons dans une révision de la loi Falloux offrant au camp laïc l’occasion de prendre sa revanche sur « l’Ecole libre » en faisant descendre à son tour un million de personnes dans la rue. François Bayrou survécut en se montrant ensuite des plus coopératifs avec Monique Vuaillat, la secrétaire générale du puissant syndicat du second degré ( SNES) dont de mauvais esprits prétendent qu’elle fut de 1984 à 1999 la ministre-bis rue de Grenelle, voire la seule vraie ministre en certaines périodes. Le recordman de la durée rue de Grenelle reste Christian Fouchet (4 ans et 4 mois) mais son bilan des plus médiocres lui est retourné en boomerang quand, ministre de l’Intérieur, il se retrouva face à l’insurrection étudiante de mai 68. Son successeur, Edgar Faure prouva, lui, qu’on peut faire de grandes choses en peu de temps (343 jours) puisqu’il fit voter une loi d’orientation des universités approuvée par la gauche et la droite, intermède consensuel que tout le monde préféra oublier, notamment son propre camp qui torpilla ses velléités d’être candidat à la présidence de la République. On ne serait donc jamais meilleur ministre de l’Education nationale que quand l’on fait voter des réformes juste avant de prendre les jambes à son cou ? Le grand Jules Ferry en est l’illustration, lui qui occupa trois fois le poste, pas plus de deux ans d’abord et ensuite quelques mois à deux reprises. Il a néanmoins été l’architecte d’un enseignement public dont les grands principes perdurent, mais ses contemporains ne l’ont guère ménagé tant du côté de la droite boulangiste que de la gauche communarde. Et on instruit maintenant contre lui un procès mémoriel pour avoir célébré (au XIXe siècle) les vertus de la colonisation sur les « races inférieures. » Sic transit… Enfin il sera évoqué, pour mémoire, le destin tragique de Joseph Fontanet, centriste de bon aloi, assassiné le 2 février 1980 devant chez lui sans que l’on n’ait jamais su par qui et pourquoi. La police n’a pas retenu comme une piste sérieuse son passage au ministère de l’Education nationale entre 1972 et 1974.  

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