Bar
Publié le 11/05/2011

R.S.A., n'oubliez pas !


Dessinateur de presse et illustrateur, Bar croque l'actualité avec un trait et un humour acerbe reconnaissables entre mille. Il a fini par céder au harcèlement de la rédaction de ventscontraires.net qui a tout fait pour le débaucher.

Son blog : http://baractu.canalblog.com/ 

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Le 2 novembre 2011 à 08:45

France-Ethiopie

Carte postale d'Addis Abeba

Vue à travers les yeux de bon nombre d’Ethiopiens, la France est un Eldorado prodigieux où l’argent déborde des poches de tous comme d’une fontaine inépuisable, où les gens habitent dans de belles et vastes maisons remplies d’objets de prix, où personne ne meurt de faim, où l’on peut rire publiquement du gouvernement ; bref, où liberté et abondance sont les maîtres mots. Un paradis fermé, inaccessible, dont la clé est un visa. Saint-Pierre, qui la détient, habite à l’ambassade, derrière un guichet vitré. Il a laissé sa barbe et son sourire bonhomme quelque part dans les nuages. Il n’est pas très accommodant.   Moi qui suis français, je ne me laisse pas prendre à ces histoires d’une naïveté amusante. Je ne m’en laisse pas conter, non : je lis la presse en ligne. On y trouve toutes sortes de récits édifiants. Les cantines servent trop de viande, le PSG bat Lens sur le score de 3 à 1, les chiffres des derniers sondages baissent, l’immobilier monte, tel politique de droite gesticule vigoureusement, tel autre, à gauche, mouline des bras pour faire du vent (contraire). Je peux embrasser d’un seul coup d’œil cent petites phrases, mille analyses, cent mille faits divers, tous très importants.   A y bien réfléchir, on s’y perd un peu. Je ne la vois peut-être pas si bien, la France, là-dedans…   Si l’on ne peut croire ni le regard des Ethiopiens ni celui des médias, il me reste du moins les yeux du souvenir. Que vous dirai-je ? Vues d’Addis Abeba, les rues françaises manquent de chiens errants et d’ânes en goguette, de chats pelés, d’eucalyptus, de chèvres, d’odeurs de café frais mêlé d’encens, de soleils froids et rasants, de grands tissus blancs flottant derrière les femmes. Mais on peut y déguster en terrasse, dans ce petit restaurant de la rue de l’Arbre Sec, des planches couvertes de fromages et de charcuterie, arrosées d’un rouge léger de Loire dont la seule évocation me met les larmes aux yeux.   La voilà, tiens, la France que je préfère. Celle qui rigole à une table de bistro dans la fraîcheur automnale, les yeux allumés par le Bourgueil.   Cette table même où, il n’y a pas si longtemps, je rêvais de l’Ethiopie.

Le 5 juillet 2010 à 10:15

« La politique économique que nous menons en France actuellement, c'est une politique de ri-lance"

Christine Lagarde, ministre de l'Economie, Rencontres économiques d'Aix-en-Provence, 4 juillet 2010

Cacher un vilain mot que l’électeur ne saurait entendre, en atténuer un autre que le consommateur ne doit pas trop prendre… au mot, faire carburer les concepteurs d' « éléments de langage »,  produire en scène la ministre la plus rompue aux contractions anglo-saxonnes et nous voilà lestés de « ri-lance ».  C’est ce qu’on appelle un mot-valise où rigueur et relance sont rangées tête-bêche pour suggérer que tout est « under control ». Christine Lagarde n’est pas la plus antipathique des ministres en exercice et dans sa bouche « ri-lance » c’est du rire et de l’aisance, comme si tout ça n’était pas bien grave. La conduite des politiques économiques étant riche en métaphores routières on observera cependant que faire de la rigueur pour conjurer le crash budgétaire et de la relance pour éviter la panne de marché, c’est appuyer en même temps sur le frein et l’accélérateur. Généralement ça ne se termine pas très bien. De même d’ailleurs la « stagflation » des années 60 (stagnation et inflation vont dans la même valise !) où, cette fois, on débrayait et accélérait tout à la fois. L’avantage de « ri-lance », par les temps présents, c’est que pour sacrifier à la mode des « lipduds » on verrait bien les ténors UMP en faire la promotion sur du Mika : « rilance…relax...take it easy… ».

Le 23 septembre 2014 à 10:34

Le portefeuille porte-poisse

Lorsque Najat Vallaud-Belkacem a été nommée ministre de l’Education nationale à la rentrée de 2014, les grenouilles de bénitier se sont remises à coasser. Pas de quoi émouvoir la souriante impétrante qui en avait vu d’autres dans sa courte mais intense carrière ministérielle. Si l’on doit s’inquiéter pour elle, ce serait plutôt que ce ministère de toutes les écoles est de tout temps le ministère de tous les dangers. Celui dont on sait dans quel état on y entre, mais jamais trop comme l’on en sort. Bref, osons ce conseil aux ministrables à qui l’on propose le portefeuille d’y regarder à deux fois. « Ça va à l’école ? – euh, pas vraiment, M. le Président… Il ne resterait pas une petite place à la Francophonie ou aux Anciens combattants ? » Une fois installé 110 rue de Grenelle (siège parisien du ministère), le risque est de se retrouver en guenilles si l’on se lance dans de trop grandes réformes ou de passer pour un ramasse-miettes si l’on fait profile bas. A un ministre qui a fait sortir dans la rue profs, élèves et étudiants, succède un ministre chargé de les faire rentrer. Une exception en 1986. Sous le gouvernement Chirac de cohabitation, c’est le ministre délégué à l’enseignement supérieur, Alain Devaquet, qui présenta un projet de réforme instituant une (timide) autonomie des universités. Les manifs étudiantes d’une rare violence lui coûtèrent son poste 263 jours après sa nomination. Elles coûtèrent aussi la vie au jeune Malek Oussekine ce qui était nettement plus grave, et le premier ministre lui-même se charge d’apaiser les esprits en retirant le projet de loi mais laissant en place le ministre de l’Education nationale de plein exercice, René Monory. On avait bien compris qu’il ne servait à rien d’autre qu’à meubler la rue de Grenelle d’ici la présidentielle de 1988. Vincent Peillon, bien plus tard, tenta de repenser des rythmes et des méthodes d’enseignement que plus personne au monde ne nous envie, il ne dut son salut qu’à une fuite vers Strasbourg au Parlement européen, son successeur Benoit Hamon calma le jeu en échelonnant la réforme, mais au bout de 126 jours il se fit prendre dans un chahut politique dont il n’était même pas le meneur. Xavier Darcos, sous Sarkozy, s’était risqué à la semaine des quatre jours mettant en ébullition l’Education nationale, ce qui aboutit à l’exfiltration du susdit, remplacé par Luc Chatel qui, en trois ans, réussit à faire de sorte de ne laisser aucun souvenir de son passage rue de Grenelle. Chapeau l’artiste ! Dans cette configuration du méchant qui chamboule tout et du gentil qui rattrape le coup, Claude Allègre et Jack Lang font figure de duo incomparable sous l’ère Jospin à Matignon. Citons aussi Luc Ferry (c’était du temps de Raffarin), philosophe de métier qui faillit être lynché pour d’irrémédiables péchés dont le moindre n’était pas d’avoir mis son nez dans le contenu des cours de ses collègues, et auquel succéda pour un an le transparent Fillon (celui d’avant maintenant) chargé de recoller les morceaux. Au bout d’un an il passa le pot de glue à Gilles de Robien, centriste pondéré et social, lequel se prit malgré tout de plein fouet la vague anti-CPE de 2006. Jean-Pierre Chevènement avait succédé en 1984 à Alain Savary, victime expiatoire du « grand service public unifié et laïque de l’Education nationale » qui mobilisa comme jamais « l’Ecole libre » et que François Mitterrand enterra sans grand souci des sentiments de son ministre qui ne s’en releva jamais. On doit à son successeur – qui ne trouva pas de motif à démission durant les 608 jours de son mandat – le slogan du bac pour 80% d’une classe d’âge : la suite a montré que le problème était ailleurs pour un pays désormais à la traîne dans les classements internationaux de la performance scolaire. Au chapitre des réformateurs dépités, ne pas oublier Lionel Jospin. En 1988, il put ouvrir comme ministre les robinets budgétaires de la « revalo » des salaires enseignants : « il arrose le sable » ricanaient alors ses contempteurs à l’Elysée et à Matignon qui observaient que les réformes qualitatives ont continué d’être bloquées par les corporatismes maison. Et en plus il se prendra dans les dents une insurrection étudiante pour avoir voulu alléger leurs heures de cours… Après son départ en 1992, il entame une traversée du désert. Et par qui est-il été remplacé ? Par Jack Lang, déjà. En un demi-siècle de Ve République, on dénombre 30 ministres de l’Educations nationale (y compris N.V-B), soit un tous les 22 mois (et une tous les 30 ans !) Pourtant certains sont parvenus à durer et endurer. Ainsi François Bayrou (4 ans et 2 mois), à sa nomination bourré d’idées d’agrégé (lettres classiques), mais qui se mélangea les crayons dans une révision de la loi Falloux offrant au camp laïc l’occasion de prendre sa revanche sur « l’Ecole libre » en faisant descendre à son tour un million de personnes dans la rue. François Bayrou survécut en se montrant ensuite des plus coopératifs avec Monique Vuaillat, la secrétaire générale du puissant syndicat du second degré ( SNES) dont de mauvais esprits prétendent qu’elle fut de 1984 à 1999 la ministre-bis rue de Grenelle, voire la seule vraie ministre en certaines périodes. Le recordman de la durée rue de Grenelle reste Christian Fouchet (4 ans et 4 mois) mais son bilan des plus médiocres lui est retourné en boomerang quand, ministre de l’Intérieur, il se retrouva face à l’insurrection étudiante de mai 68. Son successeur, Edgar Faure prouva, lui, qu’on peut faire de grandes choses en peu de temps (343 jours) puisqu’il fit voter une loi d’orientation des universités approuvée par la gauche et la droite, intermède consensuel que tout le monde préféra oublier, notamment son propre camp qui torpilla ses velléités d’être candidat à la présidence de la République. On ne serait donc jamais meilleur ministre de l’Education nationale que quand l’on fait voter des réformes juste avant de prendre les jambes à son cou ? Le grand Jules Ferry en est l’illustration, lui qui occupa trois fois le poste, pas plus de deux ans d’abord et ensuite quelques mois à deux reprises. Il a néanmoins été l’architecte d’un enseignement public dont les grands principes perdurent, mais ses contemporains ne l’ont guère ménagé tant du côté de la droite boulangiste que de la gauche communarde. Et on instruit maintenant contre lui un procès mémoriel pour avoir célébré (au XIXe siècle) les vertus de la colonisation sur les « races inférieures. » Sic transit… Enfin il sera évoqué, pour mémoire, le destin tragique de Joseph Fontanet, centriste de bon aloi, assassiné le 2 février 1980 devant chez lui sans que l’on n’ait jamais su par qui et pourquoi. La police n’a pas retenu comme une piste sérieuse son passage au ministère de l’Education nationale entre 1972 et 1974.  

Le 25 février 2011 à 15:24

« C'est depuis la chute de Ben Ali que tout le monde est tombé sur la ministre des Affaires étrangères. C'est un bouc émissaire »

Patrick Ollier, ministre des Relations avec le Parlement, Le Parisien, 25 février 2011

Pas très malin le compagnon officiel de Michèle Alliot-Marie. Certes l’intention était louable, de prendre le taureau par les cornes pour défendre la martyrisée. Mais en la masculinisant de la sorte il prenait le risque de faire ricaner sur leur couple. Injuste d’une certaine façon car si l’Académie autorise la féminisation des titres, la métaphore biblique résiste aux transferts de genre. Il n’allait quand même pas traiter madame de « chèvre », fut-elle émissaire, et quoique prétendent certains diplomates anonymes peu convaincus par les  performances de leur ministre. Tout le mal, si l’on peut dire, vient de la fête de l’Expiation dans la tradition juive, où l’on sacrifiait à Yaveh un agneau et non une brebis (le bouc faisait l’affaire) afin d’être délivré de ses pêchés. Mais même si on fait l’économie de toutes les interprétations analytiques et anthropologiques de cet acte symbolique, il reste que le bouc doit être impérativement innocent, avant d’être émissaire. Sinon, c’est la peine de mort. Rien à voir. Or, si l’on revient à nos moutons (décidément…) difficile de disculper la ministre des Affaires étrangères en titre (à l’heure où son Patrick parlait). Elle aurait un peu moins fait l’émissaire entre Paris et Tunis (et vice versa) du temps de Ben Ali, elle ne se serait pas retrouvée… le couteau sous la gorge.

Le 25 novembre 2015 à 14:38

Du crime de nommer un acte meurtrier de passionnel

Salut !Alors voilà, ça fait 12 jours que je ne parviens pas à recoller les morceaux de mon cerveau, genre puzzle éparpillé, 12 jours que j’erre d’un point à l’autre, en faisant des ronds avec mon corps, aidé par une marche mécanique.Et là je me dis : « Marie, tu dois te reprendre, et te remettre au travail, et repartir sur le chemin de la vie, de l’amour, du féminisme et des petits oiseaux. » Et bien aujourd’hui pour fêter ça – mon retour à l’écrit – je vais te parler de … Féminicide !(J’ai pas dit que j’allais écrire sur un sujet rigolo, hein …) Nous sommes le 25 novembre et comme tu le sais peut-être, c’est la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes.Il s’agit donc de toutes les violences, mais spécifiquement contre les femmes.Le choix est vaste. Je pourrais te parler des viols de masse comme armes de guerre, du harcèlement sexuel, etc. Il n’y a pas de sous cause. Tous ces sujets sont importants.Mais j’ai décidé de te parler d’un certain type de féminicide. Alors on va me rétorquer : ″C’est quoi encore ce « barbarisme sémantique », ce « néologisme de féministes », qu’est-ce donc que le féminicide ?″ Les violences contre les femmes sont systémiques. Elles découlent de ce que l’on nomme le patriarcat. Elles sont une relation de pouvoir, de dominant à dominé. Dans ce système, les femmes sont violentées parce qu’elles sont femmes.Voilà ce qu’est le « féminicide » : tuer un individu en fonction de son sexe. Ça englobe plein de façon de procéder : - Tuer les filles à la naissance, notamment en Asie, où culturellement et économiquement une fille peut être considérée comme un poids pour sa famille. Ce n’est pas sans conséquence (outre le crime) : on assiste à un « déficit de femmes » : les chiffres attestent qu’il s’agit de plus de 100 millions de personnes… - Les crimes d’honneur prémédités (précision plus qu’importante) et exercés contre des individus (très majoritairement des femmes) par une communauté/une famille, qui considère que la victime a porté atteinte à l’honneur du groupe. Les punitions sont connues : jets d’acide au visage, lapidations, etc.(Je te mets pas d’images, tu comprends bien de quels genres d’horreurs je parle). La liste des crimes exercés contre les femmes parce qu’elles sont femmes est longue.Mais je vais préciser pour un cas bien particulier.Je classe dans les féminicides la terminologie que l’on emploie très souvent dans nos médias sur la question du crime dit « passionnel ». La Passion, dans les cours d’Assises françaises (entre autres) semble être une excuse à un meurtre.Ainsi, jusqu’au 11 juillet 1975 (et la dépénalisation de l’adultère), les crimes considérés comme commis sous l’emprise de la passion pouvaient tout simplement être excusés. Jusqu’à cette date, l’article 324 du Code pénal stipulait que « Le meurtre commis par l’époux sur l’épouse, ou par celle-ci sur son époux, n’est pas excusable, si la vie de l’époux ou de l’épouse qui a commis le meurtre n’a pas été mise en péril dans le moment même où le meurtre a eu lieu ». Toutefois, dans les cas d’adultères prévus par l’article 336, « le meurtre commis par l’époux sur son épouse, ainsi que sur le complice, à l’instant où il les surprend en flagrant délit dans la maison conjugale, est excusable. »  « Oui mais c’était il y a longtemps ! » Heu… Bon déjà 40 ans c’est pas si loin que ça (hem) et surtout ce n’est pas parce qu’une chose n’est plus inscrite dans une loi qu’elle disparaît des esprits. Or c’est bien cela le problème. Je ne parle même pas du fait que cette loi n’était pas symétrique : on parle bien de l’époux sur son épouse mais quid de la femme trompée ? Ah non, elle, elle va casser sa pile d’assiettes et puis basta. Ce qui, en dehors du fait que cela soit une excellente excuse pour se débarrasser d’une vaisselle horriblement moche, est l’acte de violence ultime que l’on peut se permettre d’un individu sur un autre. Parce que non, taper ou tuer les gens, désolée pour la tarte à la crème, mais c’est pas bien du tout. Même si on est très en colère. La passion ça te met des étoiles dans les yeux, ça peut te faire pleurer parfois, mais non, ça ne te fait pas tuer quelqu’un. Ce n’est en aucun cas une justification à la violence. Ce qui crée ce meurtre mal nommé, c’est la perte de pouvoir, la jalousie, la possession. Pas la passion. Tout comme le viol n’est pas un acte sexuel, mais une violence de domination d’un individu sur un autre. Dans les deux cas, il s’agit de violences influencées par le désir de pouvoir. Rien d’autre. Aujourd’hui en France, une femme meurt tous les 3 jours sous les coups de son conjoint. Ce n’est pas la passion qui tue, ce sont des individus. Et nous ne devons plus accepter que l’on minore un crime par des excuses qui relèvent du non-sens. La loi a changé, le traitement de l’information par les médias, pas vraiment, et combien de fois a-t-on entendu : « Oui, mais franchement, il faut dire aussi qu’elle était pas hyper réglo… » => Elle l’aurait presque cherché, on connaît la chanson… Non, on ne cherche jamais cette violence, les femmes (en grande majorité*) ne peuvent pas continuer à être les victimes d’un système machiste et violent qui pose comme fait aggravant qu’elles soient femmes et qui réduit l’importance d’une réalité bien concrète. On meurt de violences conjugales et les chiffres baissent peu.Les facteurs sont multiples, mais le vocabulaire et la terminologie employés ne sont pas anodins dans ce processus. CQFD. P.S : Faites l’amour. Comme vous l’entendez. Mais s’il vous plaît arrêtez de vous faire la guerre. …………………………….. * En 2014, 134 femmes et 25 hommes sont décédés sous les coups de leur partenaire ou conjoint. (Chiffres issus du Ministère des Affaires sociales, de la Santé et du droit des femmes : http://stop-violences-femmes.gouv.fr/Les-chiffres-de-reference-sur-les.html)

Le 16 août 2011 à 10:00

Mieux connaître les maladies pour mieux connaître le monde.

L'éducation devrait d’abord consister en une éducation aux maladies. Rien n'est plus important que la maladie. Les virus et les bactéries sont nos animaux domestiques, les colocataires de nos corps. Mieux que ça : ce sont les premiers êtres que nous rencontrons. Ils nous accueillent dès la naissance. Quand nos parents nous prennent dans leurs mains au sortir du ventre, ce sont des bactéries qui nous font la fête et se jettent sur nous. Apprenons à nous connaître. Faisons les présentations. Essayons de trouver un terrain d'entente. Peut être alors que nos rapports ne seront plus aussi conflictuels.Les maladies devraient être une matière à l'école comme les mathématiques et la géographie. On étudierait leur histoire et leur action. On mettrait tout en oeuvre pour vivre en bon voisinage.Et puis nous rapprocher des maladies nous aiderait à comprendre la société humaine. Il n’y a pas meilleur indicateur social : elles nous renseignent sur les inégalités de revenus, sur la répartition des richesses d'un pays, son hygiène, son rapport au corps, à la nourriture. Apprendre à connaître les maladies c’est apprendre à nous connaître nous-mêmes.Les maladies sont la base de la société. Rien n’est plus important. Elles nous accompagnent à tous âges. Rhume, acné, grippe, infarctus, allergies. Je les soupçonne d’être notre copilote. Elles nous guident et nous cadrent.Surtout en considérant les maladies on comprendrait que nous sommes nous-mêmes une maladie. Alors on ne s’étonnerait plus des dégâts que nous faisons à notre planète, des tragédies que nous nous infligeons à nous-mêmes. A partir de là, à partir de ce diagnostic, il sera enfin possible non pas de changer, mais d’inventer des ruses qui atténueront nos effets les plus délétères sans pour autant nous soigner complètement. Car nous guérir, ce serait nous éradiquer.

Le 4 août 2015 à 08:09

Il ne suffit pas d'être femme pour être femme

La France peut déplorer dans son Histoire, un déficit de « femmes politiques », de figures féminines engagées auxquelles la masse des femmes en devenir puisse s’identifier ; ce qui paradoxalement n’a jamais nui à l’identité féminine de la France. Des personnages illustres, tel Dominique de Villepin, n’ont d’ailleurs pas hésité à faire de notre pays une femme… « chaude » : « La France a envie qu’on la prenne, ça lui démange le bassin », voire une femme « chienne » si l’on s’en réfère aux propos de François Mitterrand qui dans sa prime jeunesse, a qualifié la terre de France comme ayant un goût prononcé pour le viol et en redemandant : « La force naît de l’équilibre. Non par la demi-mesure, la fausse sagesse du juste milieu, mais par l’âpre violence, la conquête brutale, la soumission exigée. La terre (de France) aime ce viol et rend à l’homme plus qu’il n’espère. Mais, en le reconnaissant pour maître, elle le tient. Journal des compagnons de France », avril 1943 -récit de son retour de captivité –. Pas étonnant donc qu’au jour où la France a voulu s’ériger au rang de présidente avec la candidature à la présidentielle de Ségolène Royal – le seul exemple que j’ai pu trouver -, les réactions suscitées aient été exacerbées. Là où beaucoup n’ont voulu y voir que la cause d’une personnalité « déjantée », j’y vois d’avantage le reflet d’un rapport du collectif face à ce que l’on pourrait nommer l’érection, pardon l’élection d’une « femme femme » au pouvoir… J’entends par là une femme qui aurait un « mode de jouissance » différent du « tout phallique ». Si l’on regarde la plupart des femmes en politique de l’époque de la candidature présidentielle de Ségolène Royal, qu’il s’agisse de Michèle Alliot-Marie, de Martine Aubry ou tant d’autres, elles avaient toutes accepté d’endosser le costume de l’homme. Toutes adopté leurs codes, leurs modes et… leur phallus. En bref, il ne suffit pas d’être femme pour être femme. A leur décharge, on sait combien le mode de jouissance qui se rattache au féminin a toujours été menacé dès lors qu’il s’est agi de le sortir du champ traditionnel où il a été cantonné. Et si l’homme apprécie à sa juste mesure cette part dite « féminine » et qu’il a laissé à la femme tout pouvoir de l’exprimer dans les champs qu’il n’a pas investi, là où il siège en roi, il ne serait question qu’il perde la main. Inconcevable et paradoxal… La France risquerait de perdre sa virilité ! Il a donc fallu en faire des magouilles pour parvenir à investir le champ des hommes en montrant patte blanche, faire oublier cette part « féminine », et donner à croire qu’on est un homme déguisé en femme. Pour autant, je ne connais point d’homme seul, qui en matière de politique, ait fournit la preuve incontestable qu’il est le détenteur de la solution finale à tous nos problèmes (Hitler a bien tenté le coup…). L’introduction d’un autre mode de jouissance au pouvoir serait donc d’un certain intérêt, que dis-je une cause nationale, voire mondiale. Reconnaissons à Ségolène qu’elle a sûrement été une des premières femmes en politique qui n’a pas cherché à travestir sa part féminine. Elle est celle qui naïvement ou révolutionnairement a choisi de rester « femme femme » en politique. Et non contente de s’identifier à la France, La France Présidente, c’est un peu comme si elle avait ouvert ses bras ou ses jambes pour accueillir tous « les phallus de la renommée », soulevant dès lors, vague d’indignations et violences verbales infinies. Chaque adversaire n’hésitant pas à utiliser le discours argumentaire politique pour servir leur rejet d’une telle possibilité : comment une femme et qui plus est, la France, pourrait-elle au final jouir à ce point ?! Comment pourrait-elle vouloir être pénétrée sans restriction?! Dominique de Villepin avait raison ! (à L’ENA, cet homme visionnaire avait d’ailleurs déjà commencé à mettre en application son programme politique en sortant avec Ségolène... Cf VOICI). Or « il y a un plus de jouir indicible chez la femme » dit Lacan, indicible parce qu’impossible à symboliser et ce plus de jouir nourrit depuis la nuit des temps chez l’homme, un vaste et bien réel sentiment d’infériorité. Rien d’étonnant au fond à ce que n’ait cessé de se manifester cette volonté ancestrale de l’homme de soumettre la femme, de la détrôner de son statut de sujet en la rabaissant au rang d’objet. Iconisée par les uns, diabolisée par les autres, la dame blanche est dès lors devenue la femme à abattre. Jamais une élection n’a suscité autant d’angoisses de chefs, beaucoup n’ont pas supporté cette femme trop… « bonne ». Maintenant, le couvercle de la marmite s’est refermé et tous les éléphants et les buffles soufflent. Tout plutôt que l’élection de cette femme mi-vierge, mi-sorcière qui nous a fait perdre pied un instant… Mais que l’homme se rassure ! Car il n’est pas exclu de ce « plus de jouir », puisqu’il possède, comme la femme, une part féminine et une part masculine… Les maîtres de la psychanalyse mais aussi les grands mystiques tels Saint-Jean de la Croix (cf La montée au Carmel) ont su l’évoquer. Alors si l’homme parvenait à accepter cette accession au pouvoir du mode de jouissance féminin, ce serait un immense pas symbolique, le signe qu’il est enfin prêt à accepter sa propre part féminine sans le vivre comme une menace pour sa part masculine ; le début d’un grand rêve, celui de nous inscrire enfin dans une jouissance harmonieuse du pouvoir où féminin et masculin peuvent

Le 5 avril 2012 à 08:15

La hausse du prix du tabac, c'est tabou !

Me serait-il possible d'ouvrir une parenthèse pour déchaîner avec véhémence mon courroux sur la seule cause qui me soit apparue comme étant digne d'un accès d'humeur aujourd'hui, j'ai nommé le prix du tabac ? Si oui, alors merde ! Qui a le droit, je vous pose la question, mes bien chers frères, qui a le droit de me forcer à la longévité ? La hausse du prix du tabac, ça en incite certains à arrêter, certes, mais qui ? Les pauvres ! Salauds de pauvres ! Traîtres ! On ne dira jamais assez de mal des pauvres, c'est vrai, et, croyez-moi sur parole, dans ce domaine ma faconde est intarissable, notamment quand je prends part à des dîners mondains où je me goberge allègrement. Mais il y a autre chose. Que les fabricants de tabac soient des crapules sans scrupules qui nous enfument, soit, mais que les présidents d'associations contre le tabagisme soient cancérologues ou pneumologues ! Ça peut se comprendre, oui mais. Que ces gens fassent pression sur l'État, qui n'attend que ça pour renflouer ses caisses, pour augmenter le prix des clopes, je dis non ! Non, messieurs-dames, non ! Ces gens-là n'ont pas à nous faire payer à nous, innocentes victimes de nos suicides à petits feux de briquet, ces taxes injustes. Injustes ! Devrions-nous payer deux fois, par notre mort et par nos thunes, le prix de leur incompétence ? Non ! Moi je pétune, et j'en suis fier ! C'est le torse bombé que je glaviotte, même en été. D'ailleurs, si vous me permettez, je vais fermer la parenthèse, je voudrais pas faire empirer ma bronchite chronique.

Le 4 septembre 2013 à 10:03

La Suisse expliquée aux Français #3

Le Gruyère

Imagine un peu : tu es victime d'un cambriolage. Le cambrioleur te prend deux trucs, un cendrier en rotin Louis XIV, pas génial mais d'assez bonne facture, et un oblitérateur à pommes de terre pour le moins dérangeant visuellement, tu l'avais reçu à Noël et tu n'as jamais osé le jeter. Bon. Déjà, c'est une situation assez pénible à vivre. Mais en plus, tu réalises que le voleur est un très riche marchand d'art des environs. Et qu'en plus, il vend des copies encore plus laides de l'oblitérateur à pommes de terre sous le nom de cendrier en rotin Louis XIV.   Terrible, non ?   Maintenant, imagine qu'un pays où le fromage coule à flots, où vaches et brebis rivalisent d'audace et d'imagination pour produire mille divins nectars, où les produits laitiers sont nos amis pour la vie, décide de produire du Gruyère français et de l'Emmental français, un genre de chewing-gum lacté dont on se sert principalement pour la maçonnerie mais parfois aussi, hélas, pour des gratins, voire des sandwiches dont la simple consommation peut rendre aveugle et sourd. Ridicule, non ?Il ne peut y avoir de Gruyère français vu que le Gruyère vient d'une région intitulée Gruyère et qui tire son nom de la ville de Gruyères, c'est quand même pas compliqué, est-ce que je te vend du Beaujolais moldave et de la saucisse de Toulouse de Francfort ? Non. Donc bon. De la même manière, l'Emmental tire son nom de la riante vallée de l'Emme, dont il aurait bien fait de ne jamais sortir, si tu veux mon avis. Est-ce que le Paris-Dakar a lieu en Amérique du Sud ? Donc bon.   Mais surtout, surtout, le Gruyère n'a pas de trous. On peut en faire, bien sûr, avec une perceuse, si on s'ennuie au bureau, pourquoi pas, nous sommes en démocratie, hélas, mais il n'a pas de trous. Jamais. Nulle part. Contrairement à l'Emmental dont, c'est amusant, les trous sont la partie qui a le plus de goût.   Ainsi, dans l'expression : "ça alors, la défense de St-Etienne est un véritable Gruyère, ce soir, ou bien ?", il ne faut pas comprendre qu'elle a des trous. Mais qu'elle est un peu jeune et manque donc de goût. Ou bien qu'elle entre dans la composition de la fondue moitié-moitié. Ou bien qu'elle a un peu l'accent fribourgeois. Je ne sais pas. Moi, tu sais, le sport, depuis que Federer est redevenu mortel, je n'y comprends rien. Mais ça ne veut pas dire qu'il y a des trous. Jamais.

Le 21 janvier 2012 à 09:40
Le 4 septembre 2011 à 08:50

Stigmatisé.

Actuellement, je vis quelque chose de grand, de très grand ! Du moins dans mon esprit c'est ce que se passe.... Aux yeux des autres, j'en suis moins sûr. Ils me prennent surement pour une pauvre âme, ayant perdu toute faculté mentale, n'ayant plus les moyens d’appréhender de manière logique les évènements de la vie. Un simple fou, sans aucune capacité de jugement.  Pourtant, je suis tout à fait clairvoyant plus que jamais. Je sais exactement où je vais, qui je suis. J'ai juste compris. Mais les autres ne comprennent pas, ils ne comprennent pas que nous étions deux, et qu'aujourd'hui nous nous sommes pris la main pour ne former qu'un.  J'ai une vie double, devant mes amis, mes camarades, les inconnus, les commerçants je suis un Homme un peu féminin, sûrement enfantin. Et devant ma famille, je suis une Femme ultra masculine, sûrement folle a lier, complètement déphasée, peut être même en dépression nerveuse. Je crie STOP ! Stop au diktat que l'on m'a imposé, non je ne suis pas fou, je suis tout à fait sain d'esprit. Je veux devenir l'Homme que j'ai toujours été quitte a faire partie des marginaux de notre société. Oui parce qu'aujourd'hui une Femme devenant Homme ou un Homme devenant Femme est forcément marginal/marginale. Nous sommes dérangés, incomplets, on cherche à tout prix a nous stigmatiser en passant principalement par la stérilisation... - Hors de question que de telles personnes puissent procréer, ils pourraient se multiplier. Et puis quoi encore ? On nous enferme dans des cabanes en bois en attendant de nous mettre dans des fours ? Pour protéger la ménagère de quarante ans qui se fait tromper par son mari tous les soirs et leurs quatre enfants complètement psychotiques de voir leurs parents s’engueuler tout le temps.  - Pourtant n'oubliez pas que les enfants homosexuels sont élevés par des parents hétérosexuels que vous qualifiez de tout à fait sains et normaux. Et les couples homosexuels, transidentitaires, élèvent des enfants hétérosexuels, sains et tout à fait normaux.... Alors qu'ils ont des parents tellement marginaux. Les choses ne changeront pas parce que j'ai écrit quelques lignes sur le sujet surtout que d'autres l'ont déjà fait. Mais je veux protéger mes droits, et ceux des prochains et prochaines qui sentiront qu'ils et qu'elles devront accomplir ce changement pour devenir ce qu'ils et qu'elles sont réellement. 

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