Par précaution sans doute ou bien pour conserver une certaine tranquillité je pratique régulièrement la taxidermie des sentiments partant du principe qu’un bon sentiment est un sentiment mort surtout les grands les forts ceux qu’il faut étrangler avec vigueur les mains serrées autour du cœur avant qu’ils prennent leurs aises Alors je serre je serre je serre jusqu'à ce que plus rien ne vibre jusqu’au silence froid du tic-tac ordinaire puis j’éviscère le sentiment le vide complètement de sa chair de son sens de ses émotions Je ne conserve que sa peau enveloppe tannée à empailler de souvenirs séchés pour redonner une apparence presque naturelle à mon trophée aux yeux de verre