Jean-Daniel Magnin
Publié le 16/05/2011

Denis Robert : "Pourquoi accepte-t-on d'être dominé ?"


Interview

Nous avons déjà diffusé 8 épisodes de ton Bankenstein, la conférence-confidence-causerie amicale sur l'affaire Clearstream que tu nous avais donnée cet automne, avant la relaxe. Qu’est-ce que ça a représenté pour toi de venir dans un théâtre parler de tes coulisses intimes, alors que tu n’étais pas encore sorti d’affaire ?
Denis Robert : Ça a été très intéressant car cette situation (la scène, un public, un lieu chargé de cette histoire-là) crée une distance nouvelle par rapport à ce qu'on dit et ce qu'on est. Un théâtre est lieu de (plus de) liberté et d'expérimentation. On est dans un espace-temps différent. On sent qu'on doit être vrai. C'est étrange. Dans une université, à la télévision ou dans n'importe quelle salle de conférence, le rapport aux autres est plus codé. Le fait d'être dans l'incertitude (quant à l'issue des procès) créait une énergie, un humour particuliers. Même si j'ai gagné aujourd'hui contre l'hydre Clearstream, je ne suis pas sorti d'affaires. Ils refusent de payer leurs amendes, me poussent à reprendre le combat. Il faut une mission d'enquête parlementaire européenne. Il faut des relais. Si mes livres disent le vrai, et la cour de cassation m'autorise à le dire, alors les politiques, les juges, voire les citoyens doivent se saisir du problème. Sinon il faut accepter l'idée qu'on se fait plumer en toute connaissance de cause.

Qu’est-ce qui selon toi fait le lien entre toutes les activités dans lesquelles tu te lances : enquête, écriture, film, peinture, spectacle, et à présent une pièce de théâtre ? Où est le point nodal  ?
DR : Des questions centrales m'habitent et me taraudent... En voici une "Comment et pourquoi un pays aussi riche que le nôtre produit autant de pauvreté? "... En voici une autre "Pourquoi accepte-t-on d'être dominé ?"... Une troisième pour la route : "Où est la bonne information (la bonne place) dans cet univers en mouvement ?"... J'essaie de répondre... Mon métier de base, c'est l'écriture... Tout part de là... Les toiles ont existé car on m'a empêché d'écrire. Je parle de la censure de mes livres... Pour ce qui est de la bédé, c'est différent. C'est un vrai travail, la bédé demande un énorme recul et un gros effort de pédagogie. De l'humour aussi... Les chorégraphies ou le théâtre, c'est encore différent et plus nouveau pour moi. J'adore expérimenter et entre deux livres ou des toiles, travailler en équipe... Le point nodal, disons que c'est de ne jamais me répéter, ni m'ennuyer, de ne pas me soucier du regard des autres et d'avancer dans ma compréhension du monde et des hommes qui le composent. Ça fait un gros point nodal...

Le monde irait mieux s’il y avait plus de... ? Moins de...?
DR : Plus de contre-pouvoir, de danseurs et de danseuses, d'oiseaux de nuit... Moins d'oligarques, de policiers, de policières, de Jean-François Copé...

Le monde va comme il est c’est tout, on doit se battre dedans ?
DR : Certes

Qu’est-ce que ça te fait de passer ainsi ta vie dans les vents contraires ? On s’y sent plus seul ? Moins seul ?
DR : Je passe ma vie à avancer contre des vents contraires. J'essaie de tenir droit. Pour l'instant ça marche. Sans vents contraires, on se ferait bien suer...

> Denis Robert contre Bankenstein, feuilleton vidéo sur ventscontraires.net

Mes rêves : ouvrir à 17 ans le Boui-Boui, café d’art à Genève ; filer à Berlin ; étudier la philo à Paris ; créer des spectacles « hors théâtre » aux festivals de Nancy, Polverriggi ou Avignon ; ouvrir Mac Guffin, cabinet de scénaristes ; voir vivre mes pièces de théâtre à la Renaissance, dans le In d’Avignon, à la Bastille, au Vieux Colombier avec la Comédie-Française, et à l’étranger. Et ce rêve de rassembler les écrivains de théâtre en 2000 ; et d’écrire avec Jean-Michel Ribes le projet du Rond-Point ; et là, de mettre ventscontraires.net sur la piste d’envol.

Dernière publication, un roman : Le Jeu continue après ta mort

 

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Le 24 septembre 2010 à 10:47

Origine. La nôtre.

Les Monstres arrivent au Rond-Point

Irruption. Ainsi naissons-nous. Sans norme ni contour. Lave mêlée, viande rouge, gènes en fusion, cheveux frisés, sexe divin, coeur au galop et pensées sans fin. Nous jaillissons refusant d’emblée ce monde où la parole ne peut dire l’immensité de nos désirs, la fureur de nos rêves et notre douleur d’exister. Nous crions, rage et panique, dès l’apparition de nous mêmes enfermés dans une peau d’humain. Le combat pour la liberté va durer quelques mois puis, sous les coups répétés de la civilisation raisonnante, notre génie considérable va se réduire en morale tiède et bon goût parfumé avec, comme seule autorisation de sortie, diverses églises où notre âme se cabossera sur des dogmes. Ainsi le bébé géant que nous sommes, l’enfant-dieu, le monstre lumineux pénètre penaud dans la cage du réel, rapetisse soudain et devient homme. Apparaît alors le secrétaire de mairie, le nouveau philosophe, le gastro-entérologue et le tennisman. Chez certains pourtant la braise des origines ne s’est pas éteinte, elle continue de raviver le souvenir de ce jardin perdu où dans une joie complice l’enfer et le paradis nous faisaient enjamber tous les horizons par-delà le bien et le mal. Ceux-là artistes ils sont. Et leurs chefs-d’oeuvre témoignent des êtres fantasques et démesurés que nous aurions dû être. De Polyphème le cyclope d’Homère au Minotaure de Dante, du Dracula de Bram Stoker au Quasimodo de Victor Hugo, des ogres de Grimm au Docteur Jekyll de Stevenson, de Phèdre dont Racine nous rappelle en un alexandrin qu’elle est la fille de Minos et de Pasiphaé, mi-femme mi-déesse, sans oublier Les Songes de la raison de Goya, Le Jardin des délices de Jérôme Bosch ou Les Monstres sacrés de Cocteau. Il en est d’autres chez qui, torturés par la norme et la loi des hommes, la braise originelle s’enflamme soudain vengeresse jusqu’à leur brûler la tête. Alors surgit de leur cervelle en cendre le seul monstre noir contenu jusque-là dans nos cauchemars et qui, le temps d’un génocide ou d’un meurtre dans une ruelle, ravage une humanité qui les étouffe. Ainsi en est-il des monstres, c’est-à-dire de nous-mêmes. Il n’y aurait pas de théâtre sans eux.> Toute la saison les monstres sont au Rond-Point : Orlan, Jacques Vergès, le champion de France de Body Building, l'homme le plus tatoué du monde, les avocats du couple Fourniret, des acteurs monstres sacrés lisent des textes monstrueux, Michel Onfray et son université populaire... Voir les liens ci-dessous qui vous renvoient vers les programmes des conférences-perfomances de la Monstrueuse université, des Lectures monstres, de l'Université populaire de Caen...

Le 29 janvier 2020 à 16:20

Participez à un procès contre l'argent !

"Trials of money", performance participative de Christophe Meierhans

Après avoir présenté un projet de constitution citoyenne basée sur le tirage au sort - c'était lors du premier festival "Nos disques sont rayés", l'artiste européen Christophe Meierhans revient au Rond-Point le vendredi 14 février avec Trials of Money, une performance participative où vous serez les jurés d'un procès intenté contre... l'argent ! Peut-on tenir l’argent que nous utilisons tous les jours pour responsable de la situation difficile dans laquelle les humains se trouvent aujourd’hui ?Nous sommes à la fois au théâtre et au tribunal. Programmée dans de nombreux pays, cette performance interactive va faire le procès de l’argent. S’il est bien vrai que « l’argent gouverne le monde », ne serions- nous pas alors en droit de lui demander de rendre des comptes pour ce qui est arrivé à notre monde sous sa gouvernance ? Trials of Money va le faire avec tout le sérieux d’une cour de justice. Christophe Meierhans a élaboré cette nouvelle performance à partir d’interviews de banquiers, juristes, personnes en situation d’extrême précarité, psychothérapeutes, économistes, philanthropes, travailleurs sociaux du surendettement, représentants de nations indigènes et activistes monétaires : il interprète neuf personnages qui se tiennent à la disposition des spectateurs en tant que témoins et répondent à leurs questions. Le dessinateur Luca Mattei, tel un chroniqueur judiciaire, « croque » les témoins. > le programme complet du festival

Le 5 mars 2011 à 17:05

Denis Robert contre Bankenstein - 1

Exclusif : les coulisses de l'affaire Clearstream

Après la décision de la Cour de Cassation rendu le 2 février dernier entérinant définitivement la victoire de Denis Robert contre Clearstream, la multinationale de la finance, nous vous proposons ici un  feuilleton en vingt épisodes sur les coulisses de cette affaire. Cette conférence a été enregistrée trois mois plus tôt. DR ne savait pas encore qu’il allait gagner...Il raconte en exclusivité pour ventscontraires.net comment il a survécu face au monstre qui nous tient tous en ce moment entre ses griffes. On pourrait l'appeler Mister Finanz ou Master Subprime. Denis Robert lui préfère le nom plus XIXe de Bankenstein : « Mon monstre à moi avait un regard de poisson mort, des muscles d'acrobate, le courage d'un âne et la folie d'un oligarque russe ayant abusé de vodka. Il avait placé au-dessus de ma tête, tenue par un fil, une enclume très lourde fabriquée à Luxembourg. Chacun de mes gestes devait être lent et pensé sinon j'étais mort. »Denis Robert est aussi peintre : après les avoir recoupées, vérifiées, exploitées en tant que journaliste d'investigation, il grafitte les informations glanées lors de son enquête sur ses toiles comme on tague en courant sur un mur dangereux.> épisode suivant> en partenariat avec le site littéraire du Nouvel Observateur, bibliobs.comBankenstein, conférence-performance enregistrée au Théâtre du Rond-Point le 22 octobre 2010

Le 2 août 2013 à 08:32

"Vous êtes tous des auteurs dramatiques"

Cet été j'écris une comédie puis une tragédie ! Jean-Michel Ribes vous tient la main

Il n'est plus admissible aujourd'hui, alors que la lune est à portée de la main, que l'on guérit et comprend tout, que vous ne puissiez écrire une pièce de théâtre - simplement parce que vous n'êtes ni doué, ni créatif, ni inventif. Nous vous proposons un certain nombre d'éléments qui vous permettront aisément d'écrire un drame ou une comédie, sans avoir un instant recours au talent que vous n'avez pas.20 personnages au choix :- Le Roi - Madame Andrée - le fils - le conseiller - la mère du conseiller - Jean-Claude - Michel son demi-frère - le capitaine de la garde écossaise - Andromaque - Andromaquette - Monsieur Peyrol (peut être anglais ou grec) - le jardinier - saint Antoine - l'Homme qui revient - Hermione - le chanteur musulman - Madame Sardine - Périclès - Richard III du Portugal12 répliques au choix et quelques rimes :1/ Bonjour2/ Tu sais, Michel, si tu continues...3/ La mer tout entière enragée t'emportera jusqu'au port.4/ Je vous rappelle que c'est ma femme que vous aimez.5/ Oui! Oui!6/ Si vous dites demain, je suppose que vous avez vos raisons!7/ Madame, s'il vous plaît... il faut qu'à petits coups de hache je me détache de vous... (Peut être utilisé au masculin en remplaçant "Madame" par Monsieur".)8/ A quelle heure tu rentres (ou "rentres-tu" si on préfère) Jean-François?9/ Juste te regarder sourire, et puis fermer les yeux, et puis t'aimer doucement au fond de moi...10/ Madame, fuyez, le Roi est hors de lui. (A dire essoufflé.)11/ -Hector? Je pensais que vous vous appeliez Alain?12/ Je pense que c'est mieux ainsi Simone, le mensonge n'a pas d'issue. (Si on est gêné par l'allitération ainSi Simone, on peut appeler Simone Bernard.)Pour ceux qui seraient tentés d'écrire une œuvre dramatique en vers, voici quelques rimes :A/ Pain, vain, matin, Simonin, alors, hein!?, cabotin, chien de chasse (enlever "de chasse").B/ Bateau, allô, pas beau, caraco, San Francisco, bateau (attention, très utilisé), Dario Moreno.C/ Chandernagor, changer de bord, alors, tribord, totor, Salvador, bague en or, cors de chasse (enlever "de chasse").4 idées de décros au choix :- la Place Saint-Marc à Venise;- la salle de bains de la fille du personnage principal;- une partie de chasse (enlever "de chasse");- un magasin de canapés.6 intrigues au choix :1/ Le père de Jean s'aperçoit qu'il est norvégien. L'avouer, ne pas l'avouer? Tout se finit bien grâce à Denise qui vient lui rendre visite dans un rêve. Il comprend que c'est elle qu'il aime, il quitte aussitôt son emploi de juriste dans une grande société dont on taira le nom.2/ Urbain de Casterheim, seigneur de Livarie, n'a qu'une fille. Cosme VII, comte d'Estremadure et de Roubaix, n'a qu'un fils. Louis le Pieux dit Louis le Brave (ou le Sérieux), évêque de Tunis, de Saint-Mandé et de Brestlitovsk, n'a qu'un rein. C'est à ce moment de l'action que débarque André, envoyé du pape Camille VI, père de trois jumeaux qui n'ont qu'un oeil.3/ Françoise aime Paul qui ne l'aime pas. Paul aime Catherine qui ne l'aime pas. Catherine aime Françoise dont le vrai nom est Liliane.4/ Jean se réveille sur une île déserte perdue au milieu de l'océan. Soudain il aperçoit son visage dans une flaque d'eau et réalise que l'île n'est pas déserte. Bouleversé il se pend. (Pour une pièce en un acte, ou un lever de rideau.)5/ Le docteur F., célèbre psychanalyste, découvre que sa patiente Mireille G. n'est autre que lui-même. Il refuse de la faire payer.6/ Koa-tang vient de mourir, sa femme Tsi-buhli le veille en silence.8 titres au choix :- Cours mon beau printemps;- La Camaraderie;- Le Cendrier attendu;- Le Tigre et la Rascasse;- L'Anniversaire de Paula;- L'Echafaud cartilagineux;- Le Décès de la veuve;- Les Alouettes suisses.Prix des places (quelques propositions) :- 2 euros;- 15 euros;- 23 euros;- 15075 euros.Une fois que vous aurez terminé votre pièce, si vous souhaitez un metteur en scène et des acteurs, vous trouverez quelques conseils pour les choisir dans un prochain article de ventscontraires.net.Bravo d'y être arrivé et merci de ne pas nous envoyer votre manuscrit. Extrait de Multilogues suivi de Si Dieu le veut, © Actes Sud, 2006.http://www.actes-sud.fr/ficheisbn.php?isbn=9782742760701

Le 4 août 2010 à 18:17

The People's Republic of Stokes Croft (PRSC)

Carte postale de Bristol

La fresque vous éclate au visage sitôt franchie la frontière sud de la République Populaire de Stokes Croft – le pays où les taggers sont rois. Pas sûr que vous en ayez déjà entendu parler… Bombardé avec le reste de la ville par les Nazis, ce quartier de Bristol était resté "délibérément et criminellement négligé par les autorités", dixit  la Constitution du nouvel Etat. "C'est ici que la municipalité installait ses centres pour drogués et  sdf – tout ceux qu'elle ne voulait pas voir dans le centre de la cité. On va en faire un joyeux centre d'excentricité", précise  Chris Chalkley, Président de la République en bonnet de laine rencontré dans son quartier général de Jamaica Street où il vend tableaux et porcelaines taggées RPSC. "Les habitants ont décidé il y a quatre ans de prendre les choses en main eux-mêmes." Et vous l'annoncent dès votre arrivée via une signalétique jaune et noire très stencil posée au pochoir sur les murs : PEOPLES REPUBLIC OF STOKES CROFT, WE MAKE OUR FUTURE;  WELCOME TO STOKES CROFT, CULTURAL QUARTER, CONSERVATION AREA, OUTDOOR GALLERY. Quelle municipalité accepterait de voir de simples habitants nommer une place "Turbo Island" et d'y planter de mini statues de l'Ile de Pâques ? De s'opposer à l'implantation d'un hypermarché Tesco dans un ancien Comedy Club ? De peindre le mobilier urbain en jaune ? De chercher des jumelages avec d'autres villes du monde et de métamorphoser rues et façades en une chapelle Sixtine mi-rock mi-train fantôme (voir visite virtuelle) ? Le Président Chalkley entouré de quatre directeurs gère les relations musclées avec la mairie et pilote les initiatives en cours : ouverture de galeries, centres d'art, restaurants, et même un musée ready made où se rassemble avec malice l'histoire de la jeune république (on pourra y voir la photo d'un tagger enfermée dans une cage d'oiseau, une bouteille en plastique contenant les cendres d'un sdf dont la PRSC a financé les funérailles...). Et bien sûr, la mise en fresques du nouveau quartier-galerie: "Tout le monde est libre de peindre en plein jour. Mais il y a des propositions si généreuses sur les murs que les taggers doivent être à la hauteur", dit Chris Chalkley en pointant du doigt l'œuvre du célèbre graffeur Banksy : un ours blanc lance un cocktail molotov sur trois bobbies armés de boucliers. On peut l'admirer en dégustant un ramier garni à l'oseille, aux pois rouges et à la confiture de betterave sur la terrasse du café Canteen qui vient d'ouvrir à Stokes Croft et depuis laquelle, chers aficionados de ventscontraires.net, je vous écris cette carte postale.

Le 27 avril 2010 à 18:40

6 mai devant le Fouquet's

C'est une invitation, ce n'est pas un ordre

Tous les ans depuis l’élection de notre très cher président Zébulon 1er, le mouvement de résistance ludique « Les 1000 colombes », appelle au pèlerinage des insatisfaits, au Solutré des utopistes !     Ce mouvement de résistance ludique est né le 6 mai 2007 à 23h17, suite à l'apparition de l'icône des Japonais, Mireille Mathieu, sur scène lors du raout "musical" de la droite décomplexée place de Concorde. Pour fêter l'élection de Zébulon 1er, elle lâchait son tube "Mille Colombes" a capella. Une page de l'Histoire de France se dessinait sous nos yeux. Du jamais vu ! De l'inimaginable ! Même l'humoriste le plus doué de sa génération n'aurait jamais pu imaginer un tel moment. Au-delà du kitchissime et du pathétique réunis, nous étions en train d'assister à un moment surréaliste. Trop c'est trop ! Certes il faut s'incliner devant le suffrage universel – au risque d'avoir mal – mais la démocratie a des limites qui venaient d'être franchies. Bien que n'étant ni militants, ni syndicalistes, ni encartés, notre sang de gauche ne fit qu'un tour! Il fallait réagir. Quinze jours plus tard, une petite bande de loosers (nous, c'est-à-dire la bande qui était devant la télé ensemble à 23h17) organisait la première chorale des "Mille colombes" devant le Fouquet's, en l'honneur du sauveur de la nation. Pour être vraiment honnête : nous avions remarqué que ces premiers instants sonores de "gouvernance autrement"  avaient été assez mal vécus par les supporters de Zébulon (sur la scène et en dehors). Cette chorale serait donc leur madeleine de Proust mal digérée.3 ans déjà ! Comme le temps passe lentement…Pour fêter le grand timonier de la pensée universelle, nous allons refaire une chorale devant le Fouquet's à Paris. Mais cette fois en sus du petit discours de bibi (c'est pas la matière qui manque), vous aurez une fanfare, un lâcher de colombes, une distribution de billets de 500 euros pour relancer le pouvoir d’achat, de surplus de vaccins anti-grippe et de masques, de drapeaux français et bien sûr… Mimi et ses "Mille colombes", que nous allons entonner le plus faussement possible tous en chœur, pour nous achever et puis… quelques surprises. Le but de ce mouvement étant de mettre en avant, de façon humoristique, les errances et les carrences de ce pouvoir et de son idéologie, tout cela doit doit se passer dans la joie et la bonne humeur moqueuse. Regardez la vidéo ci-jointe : l'ambiance a été familiale et bon enfant, qu'elle le reste. A noter que la police a toujours été très cool avec nous, qu'elle le reste. Rendez-vous le 6 mai à 20H devant le Fouquet's. Que l'espoir soit avec nous.

Le 22 février 2013 à 11:21

Jean-Charles Massera

Trousses de secours en période de crise

Samedi 23 février, l'écrivain Jean-Charles Massera est sur la scène de la salle Roland Topor et ouvre pour nous sa trousse de secours en période de crise. Pour ventscontraires.net, il accepte de répondre à quelques questions. La crise, c'est quoi ?C'est de ne pas trop savoir où on se projette, de ne pas savoir ce qu'on peut faire (éventuellement ensemble) pour être un peu plus et sous-vivre un peu moins… Si mes souvenirs sont bons ça s'appelle une crise de sens. Est-ce notre monde qui "part en sucette" ? Pour devenir quoi ? Pour aller où ?Disons qu'il ne cesse de s'améliorer depuis le Moyen Âge, mais qu'il a encore quelques problèmes dès qu'il s'agit de faire la différence entre la fin et les moyens. Il devient donc meilleur, mais a un peu de mal à passer l'âge de raison pragmatique. Cela dit, le fait de ne pas savoir où il va est plutôt une bonne chose, ça laisse la porte ouverte au travail. Dans "La Sorcière", Michelet disait que lutins et  fées n'étaient autres que les dieux de l'Antiquité réfugiés au Moyen Âge sous la jupe des bergères... Sommes-nous comme ces bergères, incrustés de grands idéaux du passé réduits à l'échelle de simples biens de consommation ?L'avantage des biens de consommation, c'est qu'apparemment ils nous occupent à autre chose qu'à faire la guerre. Là où la consommation n'est pas encore arrivée à notre stade, la guerre menace souvent. Donc gardons la consommation et les corps seront bien gardés. Reste que c'est pas avec ça qu'on va s'épanouir. Pas plus qu'avec des idéaux d'ailleurs (les idéaux ça nous rend trop petit(e)s). N'avons-nous d'autre horizon que d'être héroïquement lâches ?Esthétiquement, certainement (si l'art pouvait changer le monde, ça se saurait). Nous autres, "petits blancs hétéro occidentaux" comme vous l'écrivez, avons-nous encore envie de rire de nous-même ?Disons qu'après une journée de travail, ça détend, mais c'est un peu juste pour s'en sortir. Ce qu'il faudrait surtout là, c'est travailler à autre chose qu'à cette complaisance vis-à-vis de notre supposée incapacité à imaginer un autrement. Ce qui n'exclut pas le rire hein… Vous écrivez des livres, vous êtes en clip sur Internet, vos textes et votre voix sortent des hauts parleur radio, vous commencez à exposer dans des centres d'art et à réaliser des films. Qu'attendez-vous particulièrement de la scène de théâtre ?Des spectateurs (à qui Benoît Lambert et moi-même pourront refiler l'envie de s'inventer un peu de mieux-être et l'énergie nécessaire pour se bricoler les bons logiciels). Le théâtre ça permet de discuter de deux ou trois trucs assez urgents, de manière directe. Le but c'est qu'ensuite on rentre chez soi avec une furieuse envie de vivre mieux et la conviction que c'est possible en bossant un peu. Si vous deviez proposer une trousse de secours pour l'Europe, qu'y aurait-il dedans ?Beaucoup moins de mecs et beaucoup plus de nanas… surtout dans les programmations culturelles. Et tant que là-dessus on ne bougera pas, on ne pourra pas trop se la ramener en tant qu'outil critique du monde. > http://www.jean-charles-massera.com

Le 9 mai 2017 à 16:57

Copi fait rire Marilú Marini et Pierre Maillet dans leur loge #1

En conversation avec son metteur en scène Pierre Maillet, Marilú Marini se maquille et se prépare pour jouer La Journée d'une rêveuse (et autres moments...) d'après Copi.   Pierre Maillet — Quand la grande Marilú Marini m’a proposé del’accompagner dans une aventure autour de Copi, qu’elle a connu et qu’elle a beaucoup joué, souvent sous la direction d’Alfredo Arias (notamment l’inoubliable Femme assise, personnage récurrent dessiné par Copi pour la première fois incarnée sur une scène de théâtre),nous avons tout de suite rêvé d’une forme libre comme l’était notre « cher maître ». Copi, moi, je ne l’ai pas connu, mais je l’ai beaucoup joué aussi, avec Marcial Di Fonzo Bo et Élise Vigier. Copi, c’est pour Marilú, autant que pour moi, un auteur emblématique, important, un ami qu’on a toujours hâte de retrouver, et de découvrir, encore. J’ai imaginé ce spectacle bien sûr comme un hommage vibrant à l’auteur, acteur, dessinateur et figure emblématique du mouvement homosexuel des années 70, mais je voulais qu’il soit aussi et surtout un hommage à Marilú Marini par le biais de son compatriote et ami. Et j’ai tout de suite pensé à La Journée d’une rêveuse.   Terrain neutre pour elle comme pour moi, inconnu du grand public. Un beau poème théâtral, énigmatique et méconnu, créé par Jorge Lavelli en 68 avec Emmanuelle Riva dans le rôle-titre... Nous avons fait un monologue du personnage central de cette pièce, qu’elle incarne comme un double féminin de Copi acteur (dans Le Frigo ou Loretta Strong : monologues mythiques et délirants qu’il jouait avec une élégance et un détachement rares et inoubliables pour tous ceux qui l’ont vu et entendu). Elle invente sous nos yeux une sorte de Blanche-Neige, plus proche de Brigitte Fontaine que de Walt Disney. Et en miroir avec tout ce matériau poétique et fictionnel, nous traversons le Rio de la Plata, un texte écrit en 1984. Conçu comme la préface d’un roman qu’il n’a pas eu le temps d’écrire, dans lequel Copi parle comme jamais, de lui, de ses origines, de l’Uruguay, de l’Argentine où il était interdit, de l’exil, et de son rapport à l’écriture...

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