Un nouveau virus est signalé aux amateurs du jeu de gestion à échelle humaine « Les Sims » : méfiez-vous des haies de thuyas made in Italy ! Parfois, avec ces nouvelles haies, une papemobile se gare devant la maison de vos Sims… et là un pape rouge sort en tremblotant de son véhicule et ding dong ! il sonne à la porte. Il s’agit sans doute d’une nouvelle attaque du Vatican en vue de réévangéliser l’occident matérialiste. Chez mes Sims il y a même eu deux papes d’un seul coup : un rouge (tak!) et un blanc (jawohl!). Ding dong ding dong ! À partir de là, rien à faire : les Sims ouvrent et invitent les papes à boire un drink, ils entraînent les deux papes à danser. C’est lourd un pape finissant, on voit à quoi pensent les Sims qui se dandinent en les soutenant : à leur lit, au frigo, au canapé de la salle de bain, au hamac dans le jardin près de la piscine… Penser à la piscine les excite, les Sims se déshabillent et déshabillent les papes à l’abri de la haute haie de thuyas. Les deux papes flottent heureux avec leurs kipas qui font deux pastilles rouge et blanche sur le bleu chloré.
En quelques minutes, mes deux papes sont parfaitement intégrés à la vie des Sims, désormais impossible de les effacer, il faudra vivre avec ! À présent le pape rouge joue avec eux au Monopoly du XXème siècle sur le canapé de la salle de bain. À l’étage, le pape blanc fouille dans les tiroirs et sous les lits, puis descend jeter toutes les capotes qu’il a trouvées dans le compacteur à ordures de la cuisine. Le pape rouge triche aux dés pour retomber toujours sur la case « Auschwitz », où il a déjà pu déposer deux carmels et trois grandes croix papales. Le pape blanc adore voir les petits garçons se déshabiller. Mes Sims s’en foutent, ils aiment surtout bouffer, danser, copuler, déféquer et dormir. Le saint père en djellaba blanche fait ses ablutions avec de l’eau bénite, distribue des chapelets pour un karaoké marial : « Like a Prayer », de Madonna. Pape rouge tombe sur une boîte de Viagra dans la salle de bain, avale trois gélules, la bouilloire siffle en vain dans la cuisine. Tiens mes Sims marchent à genou, mangent à genou, dorment à genou, forniquent à genou. C'est bien sûr à cause des papes. Ah le rouge crache la sainte glaire. Les Sims lèchent ses mules papales pendant que le blanc le canonise. Je passe en accéléré : paperouge agonise pape blanc se frotte les mains fumée noire dans la cuisine Sims-nouveaux-nés pullulent à genoux fumée blanche cSims prêtres Sims évêques tous à quatre pattes flammes enfer attention haies thuyas virus made in Italy fin message.
Mon
ami G. L. n’a plus le goût à rien, à commencer par le goût à vivre. Il
cultive son indolence avec une rigueur féroce. Lorsqu’il lit, c’est
pour mieux s’endormir sur la volumineuse Anatomie de la mélancolie de Richard Burton ou le Pseudodoxi epidemica de Thomas Browne qui lui sert alors d’oreiller revêche. Ses cauchemars sont ses seuls loisirs et le jeu du pendu son
dernier centre d’intérêt. Jusqu’à ce triste jour, c’était avant hier,
où la grande idée lui est venue. Puisqu’il a tout raté, il ne ratera pas
sa sortie. Un sucide, mais quelque chose de grandiloquent, voilà ce
qu’il va imaginer. Un acte désespéré dont on se souviendra longtemps.
Aussi mon ami G. s’est décidé – un effort pour lui – à recenser les
suicides possibles. Les barbituriques, c’est un peu trop chimique, les
armes à feux, c’est bruyant ; quant à la noyade, il déteste l’eau
froide. Bien sûr, il y a les suicides romantiques, mais c’est à son goût
un peu trop… romantique. Après une courte réflexion, il décide de se
rendre à la bibliothèque de son quartier, certain qu’il trouvera là une
documentation des plus précieuses.
– Bonjour Madame, Je cherche des livres rares sur le suicide…
–
Au fond là-bas, il y a un rayon sciences humaines, puis ce sont les
arts du cirque, ensuite c’est les rayons des livres sur la question.
Une
fois sur place, mon ami s’aperçoit que le rayon est vide. Pas un seul
livre sur le sujet qui l’obsède ! Un peu interloqué, il retourne voir la
bibliothécaire et lui fait part de son étonnement.
La bibliothécaire le regarde, désabusée :
– Oui, hélas, je sais cela, ce sont des lecteurs sans scrupules, ils ne rapportent jamais les livres !
Depuis mon ami ne fréquente plus les bibliothèques.