Manault Deva
Publié le 22/05/2011

DSK


"D" pour domination / "S" pour sexe / "K" pour kamikaze

Je me mutile la langue en la glissant en douce dans des bouches, des triangles et parfois je mets le pouce...
Je me croyais fakir, souvent je ne touchais pas terre. Mais il faut atterrir, solitaire. On est toujours tout seul, malgré tous ces sourires qui vous mentent, mais vous veulent. Ces bouches prêtes à trahir, toutes ces mains qui vous souillent, ces hauts de cuisses qui mouillent. On est toujours tout seul! 
Attifé comme un thon les jours de grandes marées, j'ai "riffé" le bon son sur une vague idée. Je les laisse s’approcher...ils n’iront pas bien loin. Maintenant que je sais  brasser...des cons, j'en ai fait le plein!
Alors même si j'aime me mutiler la langue en la glissant en douce dans des bouches, des triangles...maintenant  je dis " pouce ! "    
Je ne bois pas, je ne fume pas, je ne me drogue pas, (je sais c'est nul!)  mais j'écris... même pas la nuit, la nuit je dors. J'écris tout bas, je crie parfois et puis je cause...because ...j'aime ça ! Je cause, je cause dans le poste sur  France Inter.  Depuis 2009, même si je suis sentimentale, j'envoie des bons baisers, pas toujours tendres...normaaal, faut pas se fier à mon sourire, je suis capable du pire !

> Bons baisers de Manault, sur le site de France Inter 

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Manault Deva

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Le 21 juin 2014 à 09:08
Le 11 avril 2011 à 12:36

« C'est un gode... c'est un code finalement qui sera un code des bonnes pratiques pour avoir effectivement une laïcité, principe fondateur de notre République qui sera respectée dans la meilleure mesure possible. »

Rachida Dati, LCI, 1er avril 2011

Eh ! non, Mme Miché, ce « gode » n’est pas celui que vous croyez. C’est agaçant que Rachida Dati ne puisse plus ouvrir la bouche sans qu’on l’emplisse de cochoncetés. Déjà qu’elle fut chambrée pour une « fellation »  mal à propos alors qu’elle avait voulu, dans sa langue à elle, stigmatiser le capitalisme prédateur, voilà qu’on se gausse d’un mot intempestif pour promouvoir la laicité. Elle s’exprimait en ces termes un 1er avril, ce qui a pu mettre l’hésitation lexicale au compte d’une bonne blague pour piéger les gogols. Mais la vidéo ayant été malignement ressortie une semaine plus tard sur Canal +, bien obligé d’y prêter attention. Pour être juste, il fallait avoir un vibro-masseur dans l’oreille pour entendre « Gode » à la place de «God ». Oui, God, celui de « Oh my God ! » que l’on peut certes ouïr dans les films X non traduits, mais qui est quand même d’abord une formule pieuse. Rachida pense à Dieu quand elle parle de laïcité. C’est rafraîchissant et parfaitement républicain. La croyance en Dieu n’est-elle pas affaire privée et la foi en la Laïcité, affaire publique ?   D’aucuns chicaneront l’usage du « God » par une députée francophone. Mais c’est sans sans doute qu’elle fréquente trop le Parlement européen, une enceinte où l’anglais est largement véhiculaire. Jusque dans les transports amoureux ?Extrait vidéo sur le site lepost.fr

Le 29 avril 2010 à 18:35

Damien Glez

Dessinateurs et caricaturistes du monde entier (3)

Parfois, pour se défendre, rien ne vaut un bon dictionnaire. Non pour balancer un pavé de 3,2 kilos à la tête de son adversaire –quoique- mais pour éviter la prison au titre d’offense au chef de l’Etat. Convoqué, en juillet 2006, par la justice pour un dessin représentant Blaise Compaoré, le président burkinabé, en footballeur (« je suis un bon buteur, je bute beaucoup ») Damien Glez, directeur de publication du Journal du jeudi, un hebdomadaire satirique communément appelé JJ au Burkina Faso, a dû sortir son thésaurus et argumenté sur la définition du verbe « buter » afin de ne pas se retrouver sur la touche. « Les subterfuges pour contourner la ‘’censure’’ sont ceux que la satire nous offre : les détours verbaux, difficilement attaquables devant la justice, et les biais graphiques parmi lesquels les ombres "disant" ce qu'on ne peut représenter qu'en filigrane », témoigne ce dessinateur-éditorialiste de 43 ans au parcours atypique. Né à Nancy, diplômé d’une grande école, il est devenu citoyen burkinabé après avoir effectué son service militaire comme coopérant. Une vraie histoire d’amour pour ce pays et le dessin de presse qui, en Afrique plus qu’ailleurs, contribue avec vitalité et insolence à la culture démocratique et sert de moyen d’information à la population. « Nous exerçons dans un cadre institutionnel plutôt satisfaisant », estime Damien Glez, rappelant toutefois que l’ancien collaborateur de JJ, le journaliste Norbert Zongo a été tué en 1998 vraisemblablement pour des motifs politiques. Le tollé populaire soulevé par son assassinat a servi de leçon. « L'abus de pouvoir laisse peu à peu la place à la régulation du Conseil supérieur de la Communication. » Cette instance n’est intervenue qu’une fois, à la vue d’une illustration d’une affaire de « magie noire » selon laquelle certains individus détenaient le pouvoir de faire disparaître le sexe des personnes auxquels ils serraient la main. Difficile, dans ce cas, de ne pas montrer les organes génitaux. Or, au Burkina Faso, « les sujets les plus épineux sont le sexe en raison de la très prude culture sahélienne et la religion », raconte le caricaturiste qui collabore, par ailleurs, à de nombreux titres de presse, aussi bien en Afrique, en Europe qu’aux Etats-Unis. Deux de ses dessins ont été boycottés la même semaine pour hypersensibilité religieuse, l’un sur la charia en Somalie destiné à un journal panafricain, l’autre sur Benoît XVI commandé par un magazine italien. Qu’importe. Concernant le petit monde de l’au-delà, Damien Glez s’en donne à cœur joie avec Divine Comédie (www.glez.org), son comic strip qui met en scène Lord, un rabat-joie chenu, et Pete, l’espiègle gardien du Paradis et gestionnaire des conflits de ses pensionnaires. Pas de doute, Damien Glez vise juste. En matière de dessin, sa maîtrise du lob, sa technique du coup franc font de lui un redoutable… buteur.

Le 23 juin 2014 à 08:39

À Elia Kazan : Sur les couettes

Sous ma couvrante, tout dépend du livre que je me farcis Comment ça se passe sous ma couvrante ? En fait, ça dépend essentiellement du livre que je me farcis peu avant ou peu après avoir pénétré dans le pagnot. Ou alors dans le Pagnol. Il m’est en effet arrivé pendant la crémaillère d’un poteau bouquiniste de souffler mes clairs sur les piles des œuvres complètes de Marcel Pagnol que j’avais préférées à celles d’André Gide ou à celles, moins dodues il est vrai, de l’apôtre des résignations fétides Cioran. Je me dois de préciser encore que je ne fais pas pipi au lit chez les amis. Sinon c’est certainement dans le coin Philippe Sollers que j’aurais choisi de coincer la bulle. Voici les parutions récentes que j’ai examinées ces jours derniers dans les bannes. Elles ont toutes un petit côté libidinal. Car on commence à comprendre que c’est là que Jean-Michel Ribes et Jean-Daniel Magnin désirent en venir, que les larrons, en effet, ont de plus en plus en tête de refiler du rond-point à leur public. Ce qui impliquerait si l’on se réfère aux recherches langagières de leur vieil acolyte polygraphe, le regretté François Caradec, qu’ils mijotent vraiment, avec la distance philosophique qui s’impose, de lui faire subir à ce public un « coït anal » cathartique Trêve de jacasseries, il faut que je prouve à présent que je sais causer livres et cul à la fois au cas où François Busnel serait à la recherche d’un documentologue particulier. Quelques mots donc sur les ouvrages plastronnant sur ma tablette de nuit en rêvant de se plumarder bientôt avec vous. Livre et cul : parutions récentes sur ma tablette de nuit Par exemple Emeuta Erotika (éditions Sao Maï), six nouvelles de Lilith Jaywalker, une féerique sorcière aimantée par « l’étrange, la révolte, le dérèglement » qui sait fort bien, telle la Nelly Kaplan du Réservoir des sens, comment convier en même temps à toutes les espèces de transgressions toniques pimentées en entrelaçant les plaisirs du déchaînement sexuel sans freins avec ceux du déchaînement insurrectionnel anti-marchand à la Black Block. Autre recueil de nouvelles perturbantes (cette fois, y en a une cinquantaine), à lire pour bien faire avec un balconnet sur le thorax, La Plus Belle Paire des seins du monde (Wombat) de l’irremplaçable Topor qui nous explique comment rendre aujourd’hui hommage à Dada en se passant du centre Pompidou et des omniscients époux Virmaux. « Jetez un œuf contre le mur.Crevez une toile qui s’y trouve accrochée.Effeuillez les pages d’un livre pris au hasard dans votre bibliothèque.Mouchez-vous dans votre moquette.Jetez vos souliers par la fenêtre.Pissez dans votre frigo.Chiez sur votre télé.Au nom de Dada, merci. » Le troisième livre de ma pile est plutôt à brandir qu’à éplucher. C’est  le Nouveau Moyen de bannir l’ennui du ménage ou les 20 épouses des 20 associés (Finitude), fricassé en 1781 par Rétif de la Bretonne, qui propose aux jeunes mariés menacés par la routine de s’associer avec dix-neuf autres couples dans des communautés prônant l’égalité et l’entraide. Mais le texte du précurseur de la science-fiction Rétif restant curieusement pondéré et moraliste et allant jusqu’à réprouver tout « désordre avec les épouses les uns des autres », il vaut mieux le réinventer dans sa tête ou en polissonne compagnie. Ce qu’il n’y a pas lieu par contre de réinventer, c’est le somptueux « hymne à la lubricité » de l’éducatrice dépravée Delphine Solère qui, dans son premier roman, Le Goût du désamour (La Musardine), nous convainc sans peine que, expérience oblige, le meilleur endroit de Paris pour se branler l’un l’autre amoureusement, ce sont les chiottes du Fouquet’s. Il n’y a pas non plus à réinventer les deux récits historiques fort bien torchés appelant à la liberté sexuelle explosive qui ont tellement aimé faire dodo avec moi ces dernières semaines. Le Sylvia Bataille d’Angie David (Léo Scheer) qui n’a pu s’écrire qu’à partir des souvenirs des proches de la pétroleuse, cette dernière ayant détruit ses principales archives, est passionnant. Il nous montre à quel point la femme de Georges (Bataille), avant de devenir celle de Jacques (Lacan !), personnifia l’amour libre irréductible pendant l’entre-deux-guerres. La subjuguante Sylvia ne se laisse pas encager par sa mère possessive, sèche les cours du collège Sévigné, a le bon goût d’être fort vite déçue par la compagnie d’André Gide (dormez plutôt sur Marcel Pagnol), expérimente à dix-sept ans la formule du ménage à trois enjoué, refuse les avances de Guy de Rothschild pour convoler avec Georges Bataille qu’elle trouve aussi fédérateur que transgressif, cautionne les frasques incessantes de son mari dans les bordels, fait du théâtre d’avant-garde, est adoptée par la bande à Prévert, perd tous ses sous au casino avant qu’un mystérieux inconnu (Jules Berry !) ne les lui regagne, devient vedette de cinéma (Topaze, Jenny, Le Crime de M. Lange, Une partie de campagne…), s’acoquine avec le groupe révolutionnaire Contre-Attaque et avec la société secrète dionysiaque Acéphale. Sur la couverture du livre, et sur la mienne quand je lis au lit : une incandescente photo de Sylvia Bataille, les rebelles dénudés, prise par Denise Bellon. L’autre traité d’histoire ayant bercé mes nuits est frigoussé également par une tigresse érudite, Linda Williams, une prof de Berkeley connue pour ses études sur le ciné porno démontrant que le plaisir sexuel y est systématiquement filmé d’un point de vue phallo-macho. Dans Screening Sex (Capricci), Linda cherche à comprendre pourquoi, au fil du temps, certaines images à caractère sexuel, initialement considérées comme « ob/scènes » sont vues à présent comme étant « en/scènes ». Comment se fait-il que tout à coup Elizabeth Taylor s’est mise à balancer à ses partenaires des mots orduriers jusqu’alors interdits ou que les cow-boys de Brokeback Mountain s’empapaoutent soudain extatiquement. Pour nous sortir les bonnes réponses, la sociologue se fait épauler futefutement par Freud, Benjamin, Foucault et le docteur J. B. Pontalis. Heureusement que j’ai un grand plumard !

Le 4 juin 2011 à 08:45

Entre adultes consentants

Jadis, la femme devait se plier au devoir conjugal : je passe sur la notion d’agrément ! Ce fut l'époque de la fameuse migraine des femmes. Vint la libération sexuelle. Et madame découvrit que c'était rudement chouette de prêter son corps à un artiste qui savait en jouer. La libération s'intensifia, porno à la télé, puis sur le web et découverte d'un autre type de sexualité, tendance lourde : l'éjac faciale, la tournante, le gang bang et autres facéties. Celles qui  critiquaient ces blagues ou ces jeux étaient exclues du groupe ou traitées de mal baisées réacs. En même temps, la lutte contre le sexisme se poursuivait aux USA où une sécu fut mise en place pour éviter tout malentendu : le monsieur faisait signer à sa partenaire un papier l’autorisant à des relations sexuelles librement consenties. Quel romantisme ! Aujourd'hui, le petit monde politico-médiatique fait mine de découvrir que les Français sont machos. Je n'ai plus l'âge d'être harcelée mais je pense que quand les dirigeants (au sens large) se décideront à admettre que les femmes ne sont pas qu'un cul, un pied, une bonniche/potiche mais qu'elles ont un cerveau adapté à mettre au service de tous, quand les problèmes de parité seront enfin réglés, les pratiques sexuelles de domination seront forcément moins lourdingues, moins violentes et donc moins criminelles. La France étant en 46ème position en terme de parité (octobre 2010), arrêtons de dire que ce pays est très respectueux des droits des femmes, merde, quoi  !

Le 21 septembre 2010 à 14:56

Le Guili-guili show

Rire et résistance en République islamique d'Iran

Contrairement aux idées du prêt à porter médiatique en vogue, il ne faut pas confondre les Iraniens et les institutions qui les gouvernent. Plus les lois morales d’une société sont rigoureuses, plus forte est l’envie de rire et de s’en moquer. Plus il y a d’interdit, plus le désir de transgression devient un état permanent de la société, un passe-temps collectif. Les gens ne s’identifient pas aux lois, ils se mettent en face d’elle et n’arrêtent pas de chercher des moyens de les détourner. Tout peut devenir objet de dérision. Au début de la révolution islamique, il y avait à la télévision une émission animée par un ayatollah qui donnait une interprétation et une explication minutieuse à des situations improbables que pouvait rencontrer dans sa vie tout bon croyant : « Si lors d’un tremblement de terre un homme habitant le cinquième étage tombe sur une femme résidant au quatrième et qu’à l’issue de cette collision un enfant naît, le fruit de cette union est-il légitime ou illégitime ? ». Cette émission qui se voulait sérieuse rencontra un immense succès comique. Les Téhérani l’appelaient le « Guili-guili show ». Vingt ans plus tard la censure s’est assouplie, elle autorise la sortie du Lézard, long métrage de Kamal Tabrizi racontant l’histoire d’un voleur qui s’échappe de prison déguisé en mollah et qui se retrouve malgré lui le saint prédicateur d’une mosquée de village. Il est harcelé par de jeunes apprentis mollahs qui lui demandent ce qu’a prévu le Livre pour le cas où deux cosmonautes homme et femme se trouvent en apesanteur dans l’espace et se touchent ? « Doivent-ils faire un mariage provisoire ? ». En trois semaine, ce film a pulvérisé le record de fréquentation de toute l’histoire du cinéma iranien, avant d’être retiré des salles par les autorités…

Le 29 avril 2012 à 07:36

Combien de temps ?

Cette nuit, moi j’ai rêvé que je perdais mes dents. Alors j’me suis levée, j'ai fait le tour de mes sentiments. Mais aussi le tour de ma vie pour voir si j’étais méritante. C’est pas bon signe le coup des dents... c’est signe de mort qu’on dit tout l'temps ! J’ai inspecté ma mémoire, j’voulais savoir... si j’aurais droit au paradis ou bien alors au purgatoire. Et j’ai même pensé à St Pierre avec sa barbe au fromage blanc, son air gentil, enfin j’espère, parce-ce… quand j’y pense: toutes les conneries que j’ai pu faire... c’est peut-être l’enfer qui m’attend !  Allez, demain c’est sûr, j’irai les voir, mes vrais amis et mes parents. J’vais rattraper tous mes retards, j'vais leur crier combien j’les aime, malgré l’existence qui nous saigne. Parce-que tout n’a qu’un  temps… mais pour combien, combien de temps ?   J’me suis pincée, j’me suis fait mal... c’était pas bon signe, j’ai rigolé. Je préfère rire que de penser que j’vais mourir, j’suis pas pressée ! C’est important de le savoir parce-qu’ici tout est illusoire... tout n’a qu’un temps… Et puis… j’me suis regardée dans le miroir pour voir si j’étais quelqu’un de bien. J’ai vidé même tous mes tiroirs pour être sûre que j’oubliais rien… Mais j’ai rien vu dans le miroir, y’avait personne, pas de reflet ! Alors tout est devenu noir, j’me suis même pas entendue crier. Y’avait personne dans le miroir! La mort m’avait donc prise en traître... mais comment peut-on disparaître, comme ça, sans s’en apercevoir ? Alors maintenant c’est sûr, j’peux plus les voir…  mes vrais amis et mes parents. J’peux plus rattraper mes retards, ni dévoiler mes sentiments à celui qui est mon seul amour, il ne le sait pas, mais c’est plus le jour ! J’peux plus crier combien j’les aime, à cause de la mort qui m’entraîne... j'peux plus crier, malgré tous mes efforts… Mais combien, combien de temps dure la mort ?      

Le 3 juin 2014 à 10:04

Le sexe des anges

Depuis deux siècles, le phénomène le plus macroscopique est la progression de l’incommunicabilité. Nous vivons comme nous croyons mourir : seuls au monde, seuls comme des chiens, reliés à rien. C’est l’anti-alchimie de Satan Trismégiste. Prince de ce monde, nous lui donnons de l’or et il en fait de la merde. L’incommunicabilité est à la source de toutes nos solitudes modernes – des solitudes qui ne proviennent pas de l’ascèse mais naissent de la multiplication des stimulations affectives simultanées, associées à un emploi du temps entièrement confisquée par le monde du travail. En bref : on passe sa vie au boulot pour une misérable poignée d’euros et on s’envoie des pokes. Comme le personnage de Mark Zuckerberg à la fin de Social Network de David Fincher, re-loadant sans cesse la page facebook de Erica, son amour loupé, en attendant qu’elle accepte sa demande d’amitié, nous n’avons jamais été aussi « beautiful », mais nous n’avons jamais été aussi seuls. Nous vivons comme des dieux, mais nous crevons comme des porcs. Et nous baisons comme nous croyons seulement possible de vivre. Nous baisons comme des cœurs de plombs. La sexualité est la dernière porte encore ouverte de la transcendance. C’est le dernier domaine où nous avons l’impression de toucher du doigt les ailes des séraphins et des chérubins. Et pourtant nous la bâclons comme une affaire honteuse. Ou alors nous en parlons comme d’une activité sportive parmi d’autres. Déjà Jean-Noël Picq s’en plaignait dans Une sale histoire de Jean Eustache : plutôt les interdits de la société victorienne que la soi-disant permissivité de notre Temps… Cet usage productiviste du sexe, par la publicité, à travers les performances pseudo-transgressives des « artistes » ou dans l’obscénité parachevée de la télé-réalité, ne fait qu’humilier et punir notre sexualité. Ce n’est pas le sexe, ça n’a jamais été le sexe : c’est l’utilisation du sexe comme moyen ; l’utilisation du sexe comme média. A tout cet usage de la sexualité, nous aimerions répondre comme Joe (Charlotte Gainsbourg) dans Nymphomaniac de Lars Von Trier quand elle quitte le centre des sex-addicts : « Vous n’avez pas le droit de vous dire obsédées sexuelles ! Vous avez toujours baisé pour autre chose : toi, pour ta carrière ; toi, parce que ça te donne l’impression d’exercer un pouvoir sur les hommes ; et toi, parce que tu étais une petite grosse quand tu étais enfant, etc. Moi, je suis une nymphomane : je baise parce que j’aime profondément la sensation procurée par le sexe ! » L’alchimie devrait orienter notre sexualité : les passages au noir, au blanc et au rouge devraient nous indiquer l’importance de vivre notre vie amoureuse avec la patience de l’alchimiste – suivant le passage des planètes par les sons musicaux, attentifs à l’étoile qui apparaît dans le creuset, travaillant chaque passage avec le soin de conjuguer l’expérience physique avec la transformation de notre âme. Et surtout avec la passion de traverser tous les états : rêves, hallucinations, coïncidences, crainte et tremblements. Le monde moderne ne nous laisse le choix qu’entre l’association frère-sœur, caricature pré-adamique ratée de la domesticité asexuée et épuisée, et le sexe des esseulés, désespéré et narcissique, don-juanesque et mutique : refusons cette alternative. Refusons l’alternance du couple utilitaire et du sexe hygiénique. Refusons de renoncer à l’amour. Sans une sexualité passionnément travaillée comme l’athanor de notre transmutation psychique, sans la fabrication de l’androgyne – cet « adolescent-jeune fille » auquel Nicolas Berdiaev comparait Dieu – les histoires d’amour ne sont que des partenariats domestiques tristes à pleurer, des histoires de cul-de-jatte guidés par des aveugles. On croit se protéger en partageant notre vie entre une sexualité de plus en plus indifférente et des relations sentimentales désintensifiées, dépassionnées, désexualisées… Mais en réalité on creuse la tombe de notre âme putréfiée. Au lieu de baiser comme si nous devions mourir demain, aimons-nous comme si c’était la première fois. Au lieu de s’aimer comme si nous avions le couteau sous la gorge, baisons comme si c’était le premier jour de notre vie. Mais lorsque nous aurons fait l’amour, lorsque la nuit noire sera devenue blanche et rouge, n’oublions jamais de dire à notre amante ou amant : « Vous savez, je meurs d’envie de vous connaître. »

Le 8 octobre 2011 à 09:25

J'attrape mon coeur

Pastiche de Frédéric Beigbeder datant de la préhistoire, c'est-à-dire d'avant son "Roman français"

C’était peu après les attentats du 11 septembre. Et c’était surtout après une nuit bien alcoolisée. Ou peut-être que c’était le contraire. Je ne suis pas bon en chronologie des événements. À part pour déshabiller une fille. Ça, je sais qu’il faut toujours commencer par le bas. C’était d’ailleurs sûrement ce qui s’est passé la veille, puisque je me réveille près d’une fille. Une fille aux seins littéraires. Enfin, quand je dis seins littéraires, je pense best-seller. Une fille aux seins Marc Lévy si vous préférez. Je n’ai plus la moindre idée de qui elle est. Faut dire aussi que je ne suis même pas foutu de me souvenir dans quelle ville je suis. Elles se ressemblent toutes, avec leur Zara et leur Macdo. C’est bien simple : plus je voyage, plus j’ai l’impression d’être chez moi. Même si chez moi, c’est aussi vague que le temps où je n’avais pas de succès. Je suis une putain de star, je me dis parfois, tout en sachant que rien ne changera à rien, que la vie c’est juste une course pour monter tout en haut des tours jumelles de New York.« Je m’appelle Lola, a dit la fille.- Et tu n’étais pas avec une copine hier soir ?- Si, ma sœur jumelle.- Ah les jumelles encore.- Mais elle a dû partir. Elle avait cours.- Ah bon. Mais vous avez quel âge ?- Heu… 16 ans.- 16 ans ?- Oui, enfin dans six mois.- Quoi ? Mais tu es beaucoup trop vieille pour moi !- Mais… mais non…- Et puis tu n’as pas assez d’expérience.- Pas du tout. J’ai déjà vécu trois ans avec Gabriel Matzneff.- Ah tu vois ! L’amour dure trois ans ! Ça ne m’intéresse plus de savoir la fin avant le début. Et puis le matin, rien n’est pareil. Je ne suis pas drôle. J’ai l’impression de vivre à Bagdad ».C’est une phrase que je sors souvent. C’est fou le nombre de fois où j’ai répété les mêmes choses aux mêmes filles dans les mêmes endroits où j’étais habillé pareil, avec ma carte qui a toujours la même couleur : bleue. Et toujours, cette phrase attendrit les filles. C’est le mot Bagdad. Elles aiment ça. Les plus jeunes pensent que c’est un truc sexuel, que je vais leur bagdader le cul, ou quelque chose comme ça. Alors celle-là, la Marc Lévy poitrinaire, elle s’est approchée de moi, comme si elle n’avait pas compris que la veille au soir, c’était juste un autre siècle. Je l’ai repoussée avec mes doigts de pied.« Mais…- Il n’y a pas de mais. Tu t’en vas.- …- Laisse-moi ta culotte, et file ! »La fille est partie. Je me suis levé : c’était la conquête d’une nouvelle journée, qui serait la conquête d’une nouvelle soirée. Ma vie était celle d’un égoïste romantique, d’un homme sans qualités, d’un Ulysse à la recherche du temps perdu, d’un voyage au bout de la nuit, tous les mots et tous les chefs-d’œuvres me tombaient sur la tête, comme les pluies lentes d’automne. Je voulais pleurer en imaginant ce bonheur que je trouverais un jour dans des prairies aux pétales multicolores. Mais cela faisait si longtemps que je n’avais pas pleuré. À part peut-être devant le visage de Natalie Portman dans le dernier film de Wes Anderson. Ou alors c’était peut-être à cause des valises Vuitton ? Je n’ai plus de larmes en moi : je bois trop pour cela. C’était le matin, l’heure d’appeler le room service. Le soir, j’appelle des putes, et le matin, je mange des pâtes. Ah, ah. Et je rêvais surtout de ne plus être moi. De m’oublier, et de disparaître comme l’avait fait Salinger. Si un jour je voulais attraper un cœur, ce serait le mien.

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