François Denivet
Publié le 11/11/2011

Finalement, la camarde, elle ne me plaît pas beaucoup. Je crains bien, mes amis, que la mort, la mienne, ne me laisse froid.


François Denivet

Petite main dans la presse écrite, j'ai fait un passage jadis par le théâtre, aujourd'hui auteur des Carnets de l'Ours, j'ai fait trois enfants, planté un arbre et ne porte plus de montre depuis l'âge de dix-huit ans.
 

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Le 17 décembre 2011 à 07:40

Ô Senescence !

Vieillir, c'est se suicider au temps qui passe. On ne le dit pas assez. J'ai remarqué que, arrivé à un certain âge, on devient épicurien de gré ou de force, dans le sens où on vit chaque jour comme le dernier. Il n' y a aucun remède contre cela, et la mort viendra à nous aussi sûrement que la joue vient au poing à qui sait la tendre. Dans notre société de consommation sans scrupules, même la sénilité fait recette. Les vieux sont prêts à avaler n'importe quoi pour rajeunir, comme le viagra, ou les crèmes anti-rides. Ou le concept des femmes cougars. Je m'excuse, mais une cougar, sans ses dents, ça fait pas courir grand monde ! Et notre Johnny, ils vont nous le tuer avec sa prochaine tournée, Cheveux blancs, idées noires. Ma grand-mère me donnait son avis sur la question l'autre jour : « Tu veux que je te dise ? La jeunesse, c'est dans la tête ! » La pauvre. Elle ne se rappelle même plus qu'elle a Alzheimer. Mon grand-père me disait à ce propos : « Regarde cette photo sur le mur. Elle était belle à dix-huit ans, ta grand-mère. Cette photo c'est un peu le portait de Dorian Gray, mais à l'envers. » La vie est une vaste blague et la mort en est la chute. Parfois, c'est une chute qui n'en finit plus de chuter. Chute des cheveux, chute des dents, chute de tension, chute dans la baignoire et, pour finir, chute dans l'oubli. Sans rigoler, on en finirait presque par se demander si ce ne seraient pas les plus courtes les meilleures.

Le 3 septembre 2010 à 09:13

La descente de la rue effectuée tôt le matin.

(Chose vue)

Le jour n’est pas levé, quelques rares et pâles étoiles peinent à se démarquer du ciel noir. Les gyrophares de toutes les couleurs des voitures bleues et blanches et rouges illuminent plus la rue que ne le font les lampadaires publics. Des hommes en uniforme et variés repoussent les badauds. Quelque chose est sur le trottoir. La forme est pittoresque, recouverte. La femme voit les hommes et la forme au sol et glisse sa main du front vers les yeux de l’enfant. Les deux mains de l’enfant s’y agrippent. L’enfant effectue quelques mouvements de la tête. Rotation. L’enfant tente de se dégager. La main de la femme sur son visage l’empêche de voir. Les hommes aux uniformes bleus, rouges, noirs. L’enfant tire la main de la femme. L’enfant veut découvrir ses deux yeux et mirer les hommes aux uniformes et la forme tordue cachée sous la brillante couverture. La femme et l’enfant ne marchent plus. La femme s’arrête et s’accroupit devant l’enfant. La femme ôte sa main des yeux de l’enfant mais tient son visage avec les deux calées contre les joues de l’enfant. La femme parle à l’enfant. La femme explique à l’enfant. L’enfant enserre la femme par le cou et se laisse emporter par la femme qui se relève. L’enfant serre ses jambes qu’elle cale sur les hanches de la femme, pose sa tête sur son épaule ; ses yeux sont clos. Les bras de la femme serrent l’enfant, l’emportent loin du corps défenestré. La femme et l’enfant, elles sourient.

Le 10 avril 2015 à 09:09

L'OIM (Organisme Informatiquement Modifié)

ou Dieu prisonnier de sa propre création

Je suis mort il y a longtemps, très longtemps. A présent, je ne suis qu’un malheureux tas d’os jetés et oubliés à six pieds sous terre – la terre de ce que mon observateur et ses contemporains appellent le « vieux monde » (après de longues décennies de lutte écologique acharnée, celle que nous autres avions bravement entamée, l’homme en passe de devenir un OIM a fini par se dire que finalement il n’y avait nul besoin d’un environnement organique pour la survie de l’espèce humaine et qu’un écran suffisait pour contenir tout l’Univers).   Selon mon observateur, il est clair que je n’ai pas eu la chance qu’il a. Pour lui, bien que j’en eusse connu les débuts, j’ai manqué une grande étape de l’aventure technologique, son point culminant notamment – comme si on venait à mourir d’une maladie incurable dont le remède serait, ironiquement, découvert dès le lendemain de sa mort. Je ne doute pas de l’honnêteté de sa compassion mais la condescendance de son observation m’insupporte (en même temps je ne peux pas complètement lui en vouloir puisque moi aussi j’avais observé et jugé ceux qui m’ont précédé sans scrupules ni tendresse). Malgré les siècles qui nous séparent je peux presque sentir le poids de son regard compassionnel et entendre ses gloussements. Il se croit supérieur, le bougre, à m’examiner sous toutes les coutures, à étudier ma physionomie archaïque, à imaginer mes gestes les plus anodins comme moi en train de me curer le nez ou humer sur mon doigt la transpiration de mes fesses à la fin de la journée. Tout cela lui parait, à la fois, désuet, ridicule, attendrissant… et révoltant : il n’en revient pas par exemple qu’on puisse s’embarrasser de tant de chair et rester assis des heures, sans rien faire, devant un monde qui ne demande qu’à être exploré. Alors qu’il plaint ma pesanteur charnelle, il rêve de la légèreté mentale absolue dans laquelle il baignera dans quelques minutes. Mon observateur n’a pas de doigts, cela fait longtemps qu’il n’en fait plus usage. Il n’a pas de jambes non plus, il y a belle lurette qu’il n’éprouve plus le besoin de marcher – ne serait-ce que pour se rendre au boulanger du coin (à ce propos, tous les métiers qui, de mon temps, avaient trait à la nourriture ont disparu maintenant. Il est inutile donc de souligner que mon observateur n’a pas de bouche – pas d’anus non plus, ça va de soi). En gros, mon observateur n’a rien qui rappelle l’humain que je fus. En voyant son corps définitivement annihilé, à peine sera-t-il passé de l’autre côté, il n’aura plus d’âge et échappera à toute notion de race ou de nationalité. Mise à part « la vue » il se verra soudain dépourvu des quatre autres sens : il ne pourra ni toucher ni entendre ni goûter ni sentir. Bien que des émotions telles que la joie et la tristesse lui resteront parfaitement « intelligibles », il ne rira plus et pleurera encore moins. Instantanément, il sera débarrassé de toute faculté à éprouver des sentiments comme la haine et l’amour – et ce sera un grand soulagement. Mon observateur n’aura plus besoin de penser ; il sera, tout simplement. Il deviendra ce qu’on appelle un OIM, une pure prestation numérique. Les OIM vivent à travers le regard de l’internaute qui les sollicite. S’ils doivent mourir (expirer) c’est parce que ce dernier se sera désintéressé de leur contenu, ni plus ni moins. Qu’ils aient l’apparence d’une date historique ou d’une citation pénétrante, d’un tube d’été ou encore d’une vidéo pornographique, les OIM se ressemblent horriblement de par leur nature informatique. La seule chose qui les différencie c’est la durée de vie des uns et des autres. Aussi on pourrait les répartir en trois grandes catégories hiérarchiques : 1- Les « culex » dont la durée de vie ne dépasse pas les deux semaines (la dernière chanson des « Enfoirés » est une parfaite illustration de brièveté de vie d’un OIM « culex »). 2- Les « isoptères » qui peuvent atteindre l’âge respectable de 50 ans voire plus (pour rester dans la musique, on citera « Thriller » de Michael Jackson qui vécut 75 belles années depuis sa parution en 1982). 3- Les « koï » dont la durée de vie peut atteindre l’âge de 250 ans voire plus (les vidéos pornographiques sont, sans conteste, les OIM les plus consultés. Une vidéo pornographique extraite du sulfureux « Russian Institute 11 » de Marc Dorcel est morte à l’âge de 261 ans ! Si son instinct de survie est assez fort et qu’il a appris à lutter contre virus et bugs, un OMI fera partie des « koï » et logera dans un « site » digne de ce nom. Dans le cas contraire, il finira sous la forme d’un journal sur le « blog » d’une midinette sans ambition numérique aucune… Je peux très bien visualiser la tableau : le transfert numérique aura lieu dans quelques minutes. Mon observateur est posté devant son écran depuis au moins un siècle. Il achève de se dématérialiser complètement. De lui, il ne reste qu’une paire d’yeux nus scrutant fébrilement l’espace numérique qui s’ouvre à lui sur l’écran. Oh oui, qu’il est fin prêt pour le grand voyage. Dans quelques minutes, il pourra enfin jouir de son nouveau statut d’omniscience numérique. Si sa volonté s’amenuise ce n’est que pour qu’il devienne pure conscience. La machine hypnotico-aspiratoire se met en branle. Il n’a aucune envie de résister, loin de là. Toute son attention est dirigée vers la source de l’aspiration. Il s’abandonne à son sort. Il ne regrette rien. Ne plus penser. Juste se laisser aller.   Trois. Deux. Un... Ca y est : mon observateur est passé de l’autre côté. Il est désormais ce dont il a toujours rêvé : une vidéo pornographique hébergée par l’un des sites les plus prestigieux en la matière. Or ce que mon observateur ignore c’est qu’il a été le dernier des derniers des hommes à être passé de l’autre côté, et qu’il n’y a donc plus personne pour le solliciter. La suite, on la connaît.

Le 17 juillet 2011 à 09:27

Mark

Je reviens de loin, d’une sorte de rêve étrange. Certains appellent ça une catharsis, moi je me contente d’appeler ça un rêve étrange : il n’y a aucun mal à dire les choses différemment pourvu qu’on les dise avec honnêteté. Personne ne me jugera pour ça. J’ai fait ce que l’on appelle une EMI : une Expérience de Mort Imminente. En anglais, on dit : NDE : Near Death Experience. Je ne suis pas doué en anglais, mais « NEAR » ça veut dire « près » et « death », « mort ». Ce que j’ai fait, c’est être si proche de la mort que l’on revendique sa vie de manière si indécente qu’on oublie à peu près tout. Regarder directement dedans, bien rentré, à l’intérieur et cela tout en étant à l’extérieur. L’instant d’avant ça va bien et l’instant d’après, tout se perd. Near death Experience. Expérimenter. Experience. Expérience. La vie, c’est empirique, la mort, c’est autre chose. La mort, c’est perdre du temps à essayer de comprendre ce qui s’est passé dans la vie. La mort, c’est très utile, mais ça n’a rien de ressenti : c’est ailleurs et cet ailleurs, c’est à venir. Je me suis trouvé juste assez proche de la mort pour comprendre son sens et après je suis revenu à la vie. Certains appellent ça mentir, moi j’appelle ça se révéler : il n’y a aucun mal à dire les choses différemment. Personne ne me jugera pour ça. Ou tout du moins, personne ne le devrait, mais on n’est jamais à l’abri. En fait, il faudrait vraiment que j'arrête de bouffer des yaourts au Bifidus Actif parce que c'est franchement dégueulasse...

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