Marlene Tissot
Publié le 26/05/2011

La taxidermie des sentiments


Par précaution sans doute
ou bien pour conserver
une certaine tranquillité
je pratique régulièrement
la taxidermie des sentiments
partant du principe
qu’un bon sentiment
est un sentiment mort
surtout les grands
les forts
ceux qu’il faut étrangler
avec vigueur
les mains serrées
autour du cœur
avant qu’ils prennent leurs aises
Alors je serre
je serre
je serre
jusqu'à ce que plus rien ne vibre
jusqu’au silence froid
du tic-tac ordinaire
puis j’éviscère le sentiment
le vide complètement
de sa chair
de son sens
de ses émotions
Je ne conserve que sa peau
enveloppe tannée
à empailler de souvenirs séchés
pour redonner une apparence
presque naturelle
à mon trophée
aux yeux de verre
Marlène Tissot est née par accident en juin 71. Après avoir cherché longtemps elle a fini par découvrir qu'il n'existait pas de mode d'emploi pour la vie. Maintenant, elle sait que c'est normal si elle n'y comprend rien à rien. Elle écrit des histoires pour éviter de parler, dort très mal et étouffe ses angoisses en écoutant de la musique très fort. On raconte qu’elle habiterait virtuellement sur un nuage
> http://monnuage.free.fr

 

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Le 22 mai 2013 à 07:48

Barbares fourmis

Mon arrière-grand-mère n'aimait pas les fourmis. Elle se livrait souvent à des massacres spectaculaires sur ces insectes, mais comme elle était très âgée, je trouvais ceci très sage. Dans ses vêtements noirs d'un interminable deuil, elle faisait chauffer de grandes casseroles d'eau, puis à pas lents, elle sortait péniblement afin de déverser le liquide bouillant sur la fourmilière qu'elle avait repérée. Cela lui prenait du temps, occupait une bonne partie de sa rustre après-midi. Puis elle retournait à ses crochets pour poursuivre un napperon, en silence. Comme nous étions à la campagne, je pensais que ce geste était une pratique ancestrale pleine de bon sens, visant à protéger les pommes de terre qui poussaient ou les poules, d'une barbare attaque de fourmis. Les insectes mouraient tous d'un coup, assez logiquement. Imaginez un tsunami d'eau bouillante sur nos petites villes : nous n'y survivrions pas. Alors j'allais inspecter ce qui restait, un peu comme un Pompéi de fourmis. Elles étaient toutes figées dans leur industrieuse procession. Dans ces vestiges soudain de civilisations, il n'y avait pas beaucoup de surprises, car ces civilisations de fourmis étaient toutes les mêmes, comme si pour survivre, elles avaient dupliqué leur glorieuse mais modeste Histoire de France de fourmis. Je regardais ces désastres miniatures et imaginais avec effroi leurs dernières pensées, sans doute : « transporter pain » . Je me félicitais à chaque fois de ne pas être une fourmi, et de ne pas risquer l'ébouillantement surprise par ma sévère bisaïeule, notamment pendant mon sommeil. Un jour mon arrière-grand-mère est morte. Depuis cette terrible page tournée, les fourmis continuent leur civilisation abondamment distribuée, sans rancune, ni joie, ni mémoire, les poules sont toutes mortes, les pommes de terre toutes mangées.

Le 16 février 2013 à 08:11
Le 3 juin 2010 à 17:40

Le froid pour tous

Tant qu'il y aura du froid, recherche extime sur une sensation en voie de disparition

Haussmann est préoccupé par la disparition du froid. Il vient d’écrire à Napoléon : « il faut accepter la cherté des loyers et des vivres comme un auxiliaire utile pour défendre Paris contre l'invasion des ouvriers de la province ». Perdu dans ses projets d’assainissement, il se rend compte que la destruction des caves souterraines a un effet immédiat : la glace recueillie en hiver n’a plus de contenant. Privés de froid intra-muros, les habitants risquent d’aller chercher la fraîcheur de banlieue.Charles Tellier, chercheur de laboratoire farfelu, vient quémander quelques attentions au Paris éventré. Haussmann renvoie toutes ses idées mais il est touché par sa singularité et lui glisse à l’oreille : fabriquez-nous du froid !Charles Tellier s’aventure du côté de Faraday, de l’éther, et de l’ammoniac. Il construit une machine à froid dans la fabrique du maître-chocolatier Meunier. En travaillant sur la compression de gaz liquéfié, les désirs de Charles Tellier deviennent grands, très grands. Il veut le froid pour tous et partout.A ses frais, il transforme les cales d’un vieux voilier. Le 20 septembre 1876, le Frigorifique part de Rouen. Le 25 décembre, il arrive à Buenos Aires. Il prouve que l’on peut traverser l’Atlantique avec trente tonnes de viande fraîche à bord. La chaîne industrielle du froid, ainsi inaugurée, bouleversera la frileuse Europe.Poussé par la recherche absolue des basses températures, Charles Tellier va mourir dans le plus grand dénuement. Peu avant son dernier jour, il dira à un de ses proches : « Le convoi des pauvres m'attend, mais ce sort final des travailleurs ne m'effraie pas... ».

Le 26 mars 2013 à 10:53

Toulouse: il se fait abattre de 46 balles dans le corps pour avoir demandé un « pain au chocolat »

C’est une histoire qu’on préférerait être une blague. Mais la tragédie, elle, est bien réelle. Hier aux alentours de 16H15, dans une boulangerie du centre-ville de Toulouse, Benjamin Malot, un jeune touriste parisien de 26 ans a été brutalement mis à mort. Son crime ? Avoir demandé à la boulangère un « pain au chocolat » et non une « chocolatine» comme on l’appelle dans le sud-ouest. Récit. Un drame à cause d’une viennoiserie Liliane, 52 ans a été le témoin privilégié de ce terrible fait divers qui s’est déroulé dans cette petite boulangerie située à deux pas de la basilique Saint-Sernin : « Le garçon est entré tout souriant dans la boulangerie. La boulangère était très gentille également. Très polie, comme à son habitude. Puis il a fait sa commande et c’est là que ça a dégénéré. » Benjamin Malot demande alors un sandwich nordique, un canette de soda mais surtout demande un « pain au chocolat ». Ignorant qu’à Toulouse et dans la région, les habitants appellent ça une chocolatine. La boulangère entre alors dans une violente colère, comme le raconte Liliane : « Elle s’est mise à lui crier dessus, en lui disant « C’est à moi que tu parles ?! C’est à moi que tu parles ?! » La patronne sort ensuite un pistolet semi-automatique 9mm et le décharge intégralement et à bout portant dans la poitrine du touriste parisien. Plusieurs minutes passent, la boulangère semble se calmer. Elle enchaîne même quelques commandes de clients entrés dans sa boulangerie entre temps. Patrick fait partie de ces clients arrivés sur place après le début de l’incident : « On la sentait encore sous pression. Je lui ai demandé ce qui se passait. Elle m’a raconté le comportement de cet homme puis elle s’est à nouveau énervée et s’est remise à tirer sur lui alors que de toute évidence il avait l’air déjà mort. » Sylvie, la boulangère enragée tire donc à nouveau sur le cadavre de Benjamin Malot. Les témoins affirment l’avoir vu recharger trois fois son arme et les policiers chargés de l’affaire ont également confirmé la présence de 46 balles dans le cadavre du jeune homme. Une province qui se radicalise ? Si cette nouvelle a semble-t-il indigné bon nombre de personnes, à Toulouse et dans le Sud-Ouest, on essaie de relativiser la gravité de ce crime : « On se renseigne un peu sur les traditions et les coutumes de l’endroit où on se rend. C’est comme si je décidais d’aller à la Mecque avec une caricature de Mahomet sur mon T-Shirt. Ce qu’il a fait là le gars, c’est plus de l’inconscience qu’autre chose. » commente un autre habitué de la boulangerie toulousaine. Ce fait divers, même s’il devrait être classé sans suite par la justice toulousaine, pourrait bien porter à conséquence à l’échelle nationale. En effet, ce genre d’incidents semble se multiplier un peu partout sur le territoire et les pouvoirs publics se disent « vraiment très très inquiets ». On se souvient notamment qu’il y a 2 mois, une famille originaire de Lille avait été lynchée à mort sur la place de la Victoire à Bordeaux pour avoir appelé par mégarde une « poche » un « sac ». Le Gorafi Photo: Luc Latour / Wikicommon

Le 11 mars 2011 à 09:19

Au plus nord du continent américain

Tant qu'il y aura du froid

Ce que l’on voit, ce sont des images prises par une webcam de l’Institut de géophysique de l’Université de Fairbanks en Alaska. Elle est posée dans les hauteurs de la plage de Barrow, le village situé au plus nord du continent américain, bien au-delà du cercle polaire arctique. Au-dessus de Barrow, il n’y a plus que la banquise, des ours, des phoques et la mer des Tchouktches. Au-dessous de Barrow, il n’y a pas de route, mais un grand désert de permafrost, des caribous et des chouettes harfangs.La webcam a pris une image toutes les cinq minutes, dans la nuit du 17 au 18 février 2011, de 23 h 31 à 4 h 56. Il est fort probable qu’à 5 heures du matin, le chercheur de l’Institut de géophysique de l’Université de Fairbanks se soit endormi. Il s’agit d’un mois de février ordinaire, il fait entre -14°C et -26° C, la lumière a disparu depuis longtemps. Le courant que l’on voit évoluer de gauche à droite de l’image montre que la mer n’a pas gelé sur toute sa profondeur. Cette nuit-là, des amas de glace de huit mètres de hauteur se sont déposés sur la plage. C’est ici qu’est né Eben Hopson, le 7 novembre 1922. Il est le petit-fils d’Alfred Henley Hopson, chasseur de baleines venu de Liverpool et d’une Inupiat. Eben Hopson commence une vie revendicative à 15 ans en écrivant au Bureau des Affaires indiennes de Washington. Il dénonce les travers de l’Université qui ne rémunère pas les étudiants venus faire des recherches au-delà du cercle polaire. Par retour de courrier, le doyen de l’Université le taxe de fauteur de trouble. En découle une interdiction d’embarquer à bord du North Star, le bateau qui aurait pu lui permettre de poursuivre ses études à Anchorage ou Seattle. Il devient alors manœuvre, puis ouvrier du bâtiment, puis ingénieur juste avant que l’armée ne lui demande de partir pour la guerre.À suivre…

Le 22 septembre 2015 à 10:18

Juste un condensateur

C'est une pièce minuscule, quasiment nanométrique. Elle est issue d'un terminal mobile de dernière génération dont la caractéristique essentielle est l'émission et la réception (à très grande vitesse) d'ondes électromagnétiques. Ce terminal a été piétiné il y a quelques jours par Robert Gontran Mulligan, né à Falltown, Etats-Unis d'Amérique, le 11 mai 1979, lors d'une violente dispute en plein M Street à Falltown, USA, avec sa compagne Monica Li, née à Shanghai, République populaire de Chine, le 4 août 1985. M. Mulligan reprochait à Mlle Li une supposée liaison avec John Michael Collins, né à Falltown, Etat-Unis d'Amérique, le 31 juillet 1957, propriétaire et gérant de NeoSwin Inc., dont la fortune est évaluée à 17 millions de dollars. Il a donc saisi le terminal, le projetant contre le bitume du trottoir de M Street, à la hauteur du numéro 1244, le rendant dès lors inutilisable. Pour autant, il s'approcha de ce qu'il en restait pour l'écraser violemment sous son talon à coups répétés. Des éléments volèrent derechef, certains jusqu'au numéro 1248 de M Street, où ils demeurèrent trente-six heures, malgré le dense passage de population à cette hauteur de la rue (le 1248 M Street est l'adresse du Porfirio Club, l'établissement pour adultes le plus couru de Falltown, et par ailleurs le seul. Il se trouve que John Michael Collins en est un des actionnaires, minoritaires mais assidus). Le terminal mobile faisait partie du dernier lot importé par NeoSwin Inc. avant que Mr. Collins ne se convainque que le marché était sans perspective de nouvelle croissance conséquente, et qu'il se tourne vers le négoce de bassins de piscines pré-carrelés. Cette pièce minuscule, presque nanométique, est un bout de condensateur, qui contient du tantale, métal extrait de la colombo-tantalite, minerai dont la rareté et la demande provoquent des guerres en Afrique. Un jour il n'y en aura plus. Cette pièce minuscule, nanométrique ou peu s'en faut, est inutile en dehors de la coque d'un terminal mobile et du voisinage de nombreux autres composants. Elle continue pourtant d'exister, rare, précieuse, riche de qualités (elle ne rouille pas) : elle est en ce moment même collée à votre semelle. Le hasard a dû vous faire passer récemment devant le 1248 M Street. Vous allez l'emporter chez vous, sans y prendre garde, sans même en avoir conscience. Elle se glissera alors entre deux mailles de votre tapis et y restera plusieurs jours jusqu'au passage d'un aspirateur. Bien avant ça, Monica Li, folle de douleur, tentera de reconquérir le coeur de Robert Gontran Mulligan. Elle y réussira sans grande difficulté, la rage de Robert Gontran Mulligan n'ayant été qu'une expression de son amour proportionnel. Mais trois mois plus tard, Robert Gontran trouvera dans le nouveau terminal de son amie un message sans ambiguité signé des trois lettre JMC. Il se saisira alors de sa vieille carabine, visera la tête de Monica puis la sienne propre, non sans avoir placé une balle dans le nouveau terminal. On retrouvera des éléments de Mlle Li, de M. Mulligan et de la machine électronique jusqu'au 1252 M Street. Ce jour-là, vous jetterez le sac de l'aspirateur dans votre poubelle, au fond de laquelle disparaîtra alors cette minuscule pièce, pour ainsi dire microscopique.

Le 30 novembre 2012 à 07:17

L'enclume des jours

Aujourd'hui, je réclame la suppression du mois le plus calamiteux de l'année: novembre. Novembre est froid, long et moche, novembre ressemble à l'apparition de la mort dans un film de Bergman, novembre est idéal pour aller faire une loooooongue ballade dans des sous-bois boueux et glaciaux avant de rentrer chez soi bien au chaud pour se pendre, c'est en novembre que les ventes d'anti-dépresseurs explosent ainsi que le nombre de tentatives de suicides, tentatives ai-je écrit car on rate même sa mort en novembre...   Vous me direz qu'il y a malgré tout deux jours de congé en novembre. Tu parles! Le premier pour aller au cimetière, le second pour célébrer la fin d'une boucherie. On a vu plus festif !   Je propose donc de fusionner octobre et novembre en un nouveau mois appelé octembre. Cela sonne mieux qu'octobre (lequel m'évoque toujours un landau dégringolant des escaliers, c'est bizarre).   Sur ma lancée, je propose également de supprimer le dimanche, le jour le plus chiant de la semaine, surtout si on ne va pas à la messe (d'autant que je n'ai pas l'impression que cette cérémonie ressemble à Jamel en scène ou à la Gay Pride - non, là, j'exagère, surtout par les temps qui courent - ).   Fusionnons aussi dimanche et vendredi en un seul jour : le vendremanche. Oui à la semaine de 6 jours: 4 jours de boulot et le ouiquende, vendremanche et samedi. Pas mal, non ? Et de plus, les mois étant plus courts, leurs fins seraient moins difficiles pour beaucoup (ce qui n'est pas négligeable surtout par les temps qui courent encore et toujours).   A l'heure où j'écris, nous serions donc vendremanche 25 octembre.  Et on se prendrait pour les personnages d'un roman de Boris Vian...

Le 4 juillet 2010 à 17:19

La femme la plus profonde du monde

Tant qu'il y aura du froid, recherche extime sur une sensation en voie de disparition

Brigitte Lenoir, la femme la plus profonde du monde est froide. Brigitte Lenoir s’entraîne. À la profondeur, au froid, aux mélanges de nitrox, de trimix et d’héliox, des mélanges réservés aux nageurs de combat. Elle plonge. Elle plonge des années durant. Des années de profondeur et de froid, des années à -110 mètres, à -120 mètres dans l’eau à quatre degrés du lac Léman. Le 10 avril 2010, elle bat un premier record : -154 mètres à Saint-Gingolph, en eau froide et douce. Dix jours plus tard, le 20 avril 2010, le record est pulvérisé par Sofia Ponce, au Venezuela : -190 mètres en autonomie complète, en eau chaude et salée, grâce aux mélanges minutieux de trimix 7/67, de trimix 10/50, de nitrox 32, de nitrox 50 et de nitrox 80. Alors Brigitte Lenoir s’entraîne, se prépare, se concentre. Ce sera au large de Dahab, en Égypte. Le 15 mai 2010, Elle atteint -200 mètres et remonte. Pallier, par pallier. Elle a dépassé Sofia Ponce de dix mètres, elle est tranquille, elle peut remonter calmement. Elle détient le record de profondeur féminine en eau salée. Mais chaude. À -147 mètres, son recycleur reste bloqué en position oxygène, un gaz bien trop simple pour des poumons mortels. Hyperoxie, perte de connaissance et convulsions. Personne ne pourra rien faire. Son corps restera dans la noirceur de la mer rouge. Depuis le 15 mai 2010, Brigitte Lenoir, la femme la plus profonde du monde, est froide.

Le 13 janvier 2011 à 13:37

I'm just going outside and may be some time

Tant qu'il y aura du froid. Une sensation en voie de disparition

Aujourd’hui, cette expression est à prononcer en plaisantant. I’m just going outside and may be some time.Elle reste ensuite. Elle reste en suspens. I’m just going outside and may be some time.Je sors, et peut-être qui sait, peut-être que dans quelque temps. Cela peut prendre un certain temps. Mais peut-être que dans quelque temps, je reviendrai.I’m just going outside and may be some time.Froide injonction, paradoxale sans doute.Laissée aux autres. Elle est née d’une situation dramatique, une situation d’une grande intensité historique.Elle a été prononcée pour la première fois lors d’un événement majeur de l’histoire de la conquête des pôles.La conquête du Pôle Sud par Robert Falcon Scott.Il y était arrivé. Tant bien que mal. Dans des souffrances atroces.Il y était arrivé avec quatre équipiers : Henry Bowers, Edward Wilson, Edgar Evans et Lawrence Oates.Mais avec un retard.Un retard considérable.Un retard de cinq semaines sur Roald Amundsen. Le 16 mars 1912Il reste 650 kilomètres à parcourir pour revenir du Pôle Sud.Lawrence Oates, meurtri par d’anciennes blessures, par la déception, par la pesanteur de la situation, Lawrence Oates n’en peut plus.Robert Falcon Scott, Henry Bowers, Edward Wilson et Lawrence Oates s’enferment dans la tente, ils se serrent pour préserver un peu de chaleur ; dehors, la tempête bat son plein. Edgar Evans est tombé dans une crevasse quelque temps auparavant. Il n’en est pas ressorti.Dehors, la tempête bat son plein. Il est question de vents à 150 kilomètres/heure, de températures qui dépassent les moins 40 °C.Lawrence Oates ne pourra pas repartir. Il n’aura pas la force. Il le sait.Il sort. Il sort pour ne plus gêner les autres.I’m just going outside and may be some time. Le 29 mars 1912.Cela fait neuf jours que Robert Falcon Scott, Henry Bowers et Edward Wilson, ne peuvent plus sortir de leur tente. Ils meurent.Ils meurent à 18 kilomètres du dépôt de vivres.

Le 8 octobre 2015 à 07:32

Un pratiquant de water-polo se prépare à assassiner un adversaire pour attirer l'attention sur sa discipline

Pierre Larro a 36 ans dont 22 à approfondir sa passion, le water-polo. S’il pratique plusieurs fois par semaine ce sport avec entrain, c’est avant tout pour la sensation de bien-être et de dépassement de soi qu’il en tire. Mais malgré cette satisfaction, Pierre dit ressentir comme une frustration depuis bien longtemps, celle de voir cette discipline qu’il aime profondémentrester dans l’ombre des sports les plus populaires comme le football, le rugby ou le basket. Un déficit évident de notoriété auquel Pierre a décidé de mettre fin. A l’occasion d’un match amical qui se tiendra ce soir à La Garenne-Colombes dans les Hauts-de-Seine, il tentera d’attirer la lumière des projecteurs sur le water-polo en assassinant arbitrairement l’un de ses adversaires. Projet. Être au service de sa passion Il assure avoir un plan parfaitement ficelé. Pierre Larro, sans trop vouloir nous dévoiler ce qu’il a prévu, nous révèle quelques pistes de son projet : « Il est possible que je cache un couteau à cran d’arrêt dans mon maillot de bain et qu’en pleine partie je le sorte pour poignarder à la gorge un joueur de l’équipe d’en face. L’option de l’arme à feu est également envisageable. Mais pour ça il faut un complice dans les tribunes qui me lance le pistolet ou le revolver à mon signal et les risques d’enrayement à cause l’eau sont réels. A voir. » Quant à l’identité de sa cible, le poloïste déclare ne pas avoir encore pris de décision : « Ça peut être n’importe qui. Un attaquant, un gardien, je me réserve le choix. Au début je songeais même à tuer l’un de mes six co-équipiers pour que l’action soit encore plus spectaculaire mais j’ai ensuite trouvé cette option bien trop extrême. » Et le futur assassin de préciser : « Je prendrai probablement une décision au moment de rentrer dans l’eau. Un peu d‘improvisation n’a jamais fait de mal. » Enfin, sur l’objectif en termes de retombées médiatiques qu’il s’est lui-même fixé, Pierre Larro estime que ses chances sont grandes : « Si en plus il y a quelqu’un dans le public qui filme ça avec un portable ça peut très vite faire le tour du net et créer un véritable buzz. A coup sûr Jean-Marc Morandini va reprendre ça. Visuellement ça peut être très fort avec le sang qui se déverse dans l’eau et les autres joueurs qui s’affolent dans le bassin. Le water-polo tient peut-être là l’opportunité tant attendue de devenir un sport connu et reconnu mondialement. » Devancer le hockey sur gazon Cet assassinat, Pierre a décidé de le perpétrer aujourd’hui alors qu’il l’avait pourtant planifié pour la rentrée prochaine en septembre. Si le poloïste a choisi d’avancer sa fatale échéance, c’est pour éviter de se faire griller la priorité par d’autres sportifs issus de disciplines trop peu reconnues à leur goût : « Y a forcément un pratiquant de sandball ou de hockey sur gazon qui va avoir la même idée que moi et dans cette course à la reconnaissance, c’est inévitablement le premier à passer à l’acte qui sortira vainqueur. » Illustration: WikiCommons / Vladimir Vyatkin / Владимир Вяткин  

Le 23 juin 2010 à 11:59

L'empire du froid

Tant qu'il y aura du froid, recherche extime sur une sensation en voie de disparition

Moscou, juin 2010Artour Tchilingarov est dans son bureau de la Douma. Il n’arrive plus à suivre l’activité parlementaire russe. Le Kirghizistan est à feu et à sang, la corruption du Kremlin est surmédiatisée, un juge vient encore d’être assassiné, les néonazis tiennent les rues de Moscou, la Slovénie a éliminé la Russie des sélections pour la coupe du monde, Dimitri Medv… Dimitri emmerde Artour. Il lui demande encore des nouvelles de l’ONU au sujet des sous-sols arctiques : l’extension du monde russe doit se passer sous la calotte glaciaire. L’idée d’Artour peut tout régler : la reconnaissance internationale de son statut d’explorateur polaire, l’accès russe à une réserve de pétrole équivalente à celle du Golfe persique et la domination énergétique de la Russie sur le monde.  Artour Tchilingarov est dans son bureau de la Douma. Il apprend que Vladimir Poutine inaugure une expo au Grand Palais à Paris. Artour en a un peu marre. Il étend ses jambes, croise ses bras derrière la tête et repense au 2 août 2007. C’est lui qui était à la tête de l’expédition arctique 2007 et des deux bathyscaphes, Mir-1 et Mir-2. Il était là, tout au fond, quand Mir-2 a planté un drapeau russe en titane, à 4302m de profondeur, à la verticale du Pole Nord. Plus il y repense, plus il trouve que c’était l’idée du siècle. Artour Tchilingarov est dans son bureau de la Douma. Il apprend qu’Elena Dementieva ne participera pas à Wimbledon. C’est fois-ci, il abandonne. Il est fatigué de la lenteur de l’ONU à accorder à la Russie la souveraineté de cette zone nordique. Il va autoriser les pétroliers à traverser l’Arctique. Ça va contrarier l’ONU et en plus, ça calmera Dimitri. Ce qui l’embête, c’est son statut d’explorateur polaire international. Il a pourtant fait comme les autres, il a mis un message d’espoir sous le drapeau : c’est une petite plongée pour l’Homme ...

Le 12 août 2010 à 10:00

Toujours au-delà : le froid

Tant qu'il y aura du froid, recherche extime sur une sensation en voie de disparition

Mon nom est Claude-Achille de Bussy, mais au conservatoire, ils m’ont appelé Claude Debussy. Ce n’est pas tellement que je ne supporte pas les règles, les codes, les conventions. Je les traverse pour mieux m’en défaire, pour mieux les dépasser. Ce n’est pas tellement que j’entretiens mon image d’homme étrange. Ce sont mes pièces qui sont étranges, pas moi. Cela n’a même rien à voir avec mes pièces, c’est juste qu’il faut un petit temps pour s’habituer à l’étrangeté. J’aime aussi les mots mystère, intériorité, lointain et parfois même incompréhension. Les mots s’arrêtent trop vite, même s’ils sont bien plus nombreux que les quelques notes dont je dispose pour écrire un opéra. J’aimerais bien écrire un opéra. Comment faire ? Je ne sais pas encore, je vais voir. Il n’y a aucun concept dans mon écriture, je n’ai que faire des questions intellectuelles, je ne cherche que l’immédiateté d’une sensation pour qu’elle s’évapore seule, apaisée, reposée. Je m’appuie sur un ensemble de régulations intimes, denses qui me permettent d’aller plus loin, vers d’autres strates musicales. Je cherche, je me heurte, j’écris, je réécris, je m’arrête et je repars ailleurs, parfois, je ne fais rien, j’attends. Je sais que mes désirs ont des routes longues et tenaces et des chemins qui s’explorent à mon insu. Un jour, je tombe sur Pelléas et Mélisande, écrit par Maeterlinck. Est-ce parce que les personnages sont dans un pur état de folie ? Est-ce parce que Maeterlinck me donne toute latitude pour maltraiter son texte ? Je vais écrire un opéra. Des années, des années durant, je coupe, je taille, je relègue le texte, je mets en avant la musique, ou l’inverse. Pendant dix ans, je cherche, je me heurte, j’écris, je réécris, je doute. Je ne doute plus. Je me défais, je me répands, je saisis, j’apaise, j’apaise encore. J’invente le silence, du silence, le mien. Mélisande meurt, j’ai fini, j’ai écrit un opéra.  GOLAUD. Quel âge avez-vous ? MELISANDE. Je commence à avoir froid. Pelléas et Mélisande, I, 1.

Le 14 décembre 2010 à 15:12

La schizophrène et la neige

Carte postale franco-slovène

En Slovénie, mon pays de naissance, quand il neige c’est la routine. On ne commente pas. A peine si on regarde les flocons tomber. La vie suit son cours enneigé, point. On boit peut-être davantage de thé au sipak (hibiscus), davantage de kava. Mais bon, comme disait ma grand-mère, « pas de quoi réveiller ton grand-père » (mort bien avant ma naissance, je précise). En France, mon pays d’adoption et désormais de résidence, quand il neige c’est l’horreur. On accuse le gouvernement, la météo. Le flocon devient roi, il terrorise ses sujets con-gelés et fait la une des médias. Slovène par mon père, Française par ma mère, j’ai hérité de certaines caractéristiques de mes géniteurs, mais le mélange parfois se fait mal. Quand il neige à Ljubljana, je me mets à râler, en vraie Parisienne. Je fais exprès d’enfiler des chaussures inadaptées, d’emprunter sans raison impérieuse la voiture épave de mon cousin. Très vite je me retrouve en travers de la chaussée verglacée, ou coincée dans les embouteillages près du Pont aux Dragons. Avec, le plus souvent, une terrible envie de faire pipi. Et tout autour un tas d’automobilistes excédés qui m’engueulent à coups de klaxon enroué. A Paris, dès qu’il neige, je ris, je chantonne, je prie pour que la fine couche grossisse et tienne. A noter que jamais je ne prie en dehors du climat. Puis je sors avec mes vieilles grosses chaussures, je me promène, j’envoie des boules de neige aux gamins, qui me le rendent bien. Emportée par mon élan, j’en lance aussi sur les policiers. Hélas ils n’aiment ni l’humour ni la neige et répliquent par des tirs de flash ball que j’esquive prudemment, bien qu’ils m’assurent que leur nouvel outil de travail est sans danger. Bref, où que j’aille sous la neige, je me fais mal voir, je suis une exilée. Vivement le printemps.

Le 19 juillet 2010 à 13:23
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