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Publié le 27/05/2011

Vos chroniques

 

Katja Kaufmann


Née avec une cuillère en bisphénol A, un ordinateur et un modèle réduit de monster-truck dans la bouche, Katja Kaufmann voulait devenir Présidente. Mais elle est nulle en horticulture, alors maintenant elle vend des lessives.
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Je ride me voir si belle en ce miroir

Pubologie pour tous

Quand on fait de la publicité pour les cosmétiques on se retrouve souvent devant un dilemme. Car voilà, on raconte aux gens que tout vieux et moches et gros qu’ils sont, affalés devant leur télé avec une bière et un cheeseburger réchauffé au micro-ondes, on va les rendre jeunes et beaux et minces et aussi bronzés en prime.  
Le dilemme n’est pas que tout cela est impossible, ça c’est une donnée négligeable. Le problème est que pour vendre de la beauté, on ne peut pas montrer des modèles moches. Voire même un peu imparfaits.  
Dans les écoles de com, on ressasse l’exemple de cette marque qui a brillamment montré des gros, des vieux, des différents pour vendre des crèmes, a été encensée par la critique et… a vu ses ventes se crasher en beauté. Donc voilà, c’est pourtant simple, les gens aiment qu’on leur parle à eux tels qu’ils sont, mais en leur montrant des eux tels qu’ils ne seront jamais.  
C’est pour ça qu’on montre toujours des trentenaires pimpants avec de faux cheveux blancs dans les pubs sur les colorations capillaires couvrantes. C’est pour ça que les jeunes acnéiques n’ont pas d’acné. C’est pour ça qu’on en arrive, dans une affiche pour un anti-rides, à montrer une femme tellement lisse et retouchée qu’elle semble avoir volé sa peau à un enfant, mais qui se trouve trop de rides alors elle s’étire pathétiquement les bords du visage. Mais heureusement pour elle, il y a un super antirides qui marche tellement bien qu’avant même de l’utiliser on n’a déjà plus de rides.  
Ce n’est pas prendre les gens pour des cons. C’est essayer de les comprendre au mieux. Nuance.

 Vos chroniques 
le 22/03/2012
 

Lors de l'expédition franco-anglaise des Dardanelles, plusieurs unités d'infanterie de la fameuse Armée d'Orient débarquèrent à Thessalonique et des régiments de zouaves furent expédiés dans les ravins de la campagne macédonienne pour y aménager des ouvrages de défense. Ces travaux de terrassement dont on ne critiquera pas l'intérêt défensif eurent un résultat inédit que n'avaient pas envisagé les stratèges de l'état major. Celui de mettre à jour une importante quantité d'ossements appartenant à des girafes, des antilopes et autres petits chevaux fossiles datant du Pliocène.
Cette remarquable découverte aurait pu échapper à la sagacité de ses inventeurs à culotte bouffante si l'un des officiers qui commandaient le détachement n'avait été paléontologue avant son incorporation. Il s'appelait Camille Arambourg et possédait un rare talent pour convaincre ses supérieurs d’affecter une partie des troupes au service de la cause scientifique.

Une importante collection de fossiles fut ainsi recueillie par une compagnie de zouaves, lesquels abandonnèrent durant quelques semaines leur baïonnette et leur fusil Chassepot afin de se consacrer à une activité beaucoup moins belliqueuse. Ces gisements de Macédoine conservent le souvenir de leur participation aux fouilles et aujourd’hui encore, des sites fossilifères demeurent appelés Ravin des Zouaves.

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le 14/02/2014
 

Bonjour monsieur Dorcel, Je te remercie de ton attention (je me permets de te tutoyer n'est-ce pas, la plupart de tes productions me semblant peu attachées à la notion de protocole), mais je suis au regret de t'informer que ce présent courriel a dû m'être adressé par erreur. En effet (et je m'étonne que l'intitulé de mon adresse mail ne t'ai pas mis la puce à l'oreille), JE NE M'APPELLE PAS VALENTIN, mais Jorge. Le 14 février, ça ne sera donc pas ma fête. Je t'embrasse et plus si affinités, Ton Jorge

 Vos chroniques 
le 16/11/2013
 

Mario Rigoni Stern est un morceau de neige. Il né en 1921 dans sa montagne, à Asiago en Vénétie et meurt en 2008 au même endroit. Ne croyez pas pour autant que ses pieds n'ont pas goûté plus large. La seconde guerre mondiale le souffle comme un flocon, incorporé par les Italiens, qui soutiennent l'Allemagne. Champs de guerre de France, d' Albanie, puis contre les Russes, puis emprisonné par les Allemands, avec les Russes qu'il devait combattre. Lorsqu'il comprend que le printemps n'empêche personne de mourir, il choisit l'hiver. Mario Rigoni Stern s'évade par la neige en 1943. Deux années d'errance, de la Prusse Orientale jusqu'à Turin. Deux années à marcher dans sa faim comme dans les congères. Après guerre, une fois rentré, il devient employé du cadastre pour se consacrer à la montagne et à l'écriture. Mario Rigoni Stern est le flocon qui brûle la langue de tous les sergents perdus dans la neige. Mario Rigoni Stern est la goutte glacée qui capture la lumière au bout des serres d'un rapace. Mario Rigoni Stern est la larme figée au bord de l'oeil de Primo Lévi. Il sait que les promesses du ciel fondent comme le givre. Que la mort est une couverture pleine de souvenirs. Que des baies poussent dans l'hiver. Il se consacre à sauver ce qu'il reste. L'allure d'un arbre, l'odeur d'un plat, du tabac partagé, la piste d'un oiseau, l'amitié. Des traces de pas dans le grand vide blanc d'après l'horreur. En France il est édité par La fosse aux Ours.

ventscontraires.net, revue collaborative, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point