Gilles Boulan
Publié le 01/06/2011

La guerre des os


Histoires d'Os 12

La Guerre des os a bel et bien existé. Authentique western paléontologique qui opposa dans les années 1870, deux anciens amis, Edward Cope et Othniel Marsh, professeurs émérites des universités de Pennsylvanie et de Yale, lancés dans une guerre fratricide dont les nombreux cadavres gisaient au sein des sédiments des contrées inhospitalières de l’ouest.  Leur différend avait débuté le jour où le premier ayant invité le second à venir admirer sa nouvelle découverte - un dinosaure marin nommé Elasmosaurus - se vit reprocher par son confrère d’avoir négligemment placé le crâne de l’animal à l’extrémité de sa queue. Cette remarque avisée ne devait pas flatter le savant susceptible qui en prit ombrage et les deux hommes brouillés à vie se livrèrent, à sa suite, une concurrence impitoyable dont le but inavoué était de découvrir le plus grand nombre de dinosaures.  Au cours de cette course au fossile, tous les coups ont été permis, jusqu’à monnayer les services de l’illustre Buffalo Bill et de quelques guerriers crows familiers du terrain. On cachait à l’équipe adverse l’emplacement de ses fouilles, on missionnait chez elle des espions et des saboteurs déguisés en paisibles migrants et on pratiquait la débauche au sein des fouilleurs de l’autre camp. On allait même jusqu’à détruire les découvertes de l’adversaire et les coups de poings volaient aussi bas que les ptérodactyles. Tout juste si on évitait les échanges de coups de feu !  Après trente années de conflit, cette guerre des os devait prendre fin avec le décès d’Edward Cope. Elle se soldait par l’invention de plus de 80 espèces nouvelles de dinosaures  Dont le célèbre Diplodocus qui en sourit encore.
Né en 1950 à Deauville, Gilles Boulan vit, travaille et écrit à Caen et dans sa région. Passionné par les sciences de la nature, il effectue d’abord des études supérieures scientifiques (doctorat de paléontologie des vertébrés ) avant de consacrer l’essentiel de ses activités à l’écriture et au théâtre. 

Il est l’auteur et l’adaptateur de nombreux textes pour le théâtre dont la plupart ont été portés à la scène ou édités (en particulier chez Lansman) 

Depuis l’été 95, il anime avec René Paréja et la compagnie Nord Ouest Théâtre, le projet de La Famille Magnifique, théâtre itinérant sur un camion pour lequel il écrit plus d’une trentaine de courtes pièces. Nombreuses représentations sur l’ensemble de la Normandie, dans plusieurs régions de France ainsi qu’en Belgique, en Angleterre, en Tunisie, au Quebec et en Algérie.

Collaborateur régulier du Panta Théâtre à Caen, il y organise des soirées lectures et des rencontres avec des écrivains de théâtre. Il y anime également le Comité de lecture et le Prix Godot des lycéens et des collégiens en partenariat avec le Rectorat de Caen

Cinq de ses pièces ont fait l’objet d’une création radiophonique sur France Culture notamment dans le cadre du Nouveau Repertoire Dramatique de Lucien Attoun.

 

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Le 14 mars 2012 à 08:33

Le petit homme à la tête grosse comme une pomme

Histoires d'os 28

Découvert non loin d'Erfoud au Maroc, ce crâne est une anomalie paléontologique de la famille du Canada Dry. Crâne sphérique, mâchoire courte, trente-deux dents impeccablement alignées, trou occipital centré... il présente toutes les caractéristiques qui permettraient de le ranger, sans la plus mince hésitation, dans la lignée de nos ancêtres et le désigner comme un homme. Un homme du genre Homo, attention ! Pas un de ces avatars simiesques qu’on déniche en grande quantité dans les vallées d'Afrique de l'Est !   Toutefois, certains détails du crâne permettent d'entretenir une légitime suspicion. Ne serait-ce que sa taille ! Laquelle ne dépasse guère les dimensions de celle d'une pomme ! Mais il y a également son âge extravagant. Cet improbable fossile, cet ancêtre microcéphale de notre pensante espèce humaine  a été déniché dans un site mondialement célèbre pour son gisement de trilobites et autres animaux marins du Paléozoïque. En un mot, il n'aurait pas moins de trois cent soixante millions d'années. Environ cent fois l'âge de Lucy et des autres hominidés attestés, répertoriés sur la planète.   Proprement incroyable ! Et pour le moins aussi suspect que son état de conservation un peu trop idéal. A moins de considérer que les premiers locataires humains de notre bonne vieille terre étaient des lilliputiens et qu'ils vivaient debout sous l'eau, sans aucun équipement de plongée, bien avant l'ère des dinosaures et des impostures scientifiques.

Le 17 novembre 2011 à 09:55

Balzac et le Baron Cerveau

Histoires d'os 21

« Cuvier n’est-il pas le plus grand poète de notre siècle ? Lord Byron a bien reproduit par des mots quelques agitations morales ; mais notre immortel naturaliste a reconstruit des mondes avec des os blanchis, a rebâti comme Cadmos des cités avec des dents, a repeuplé mille forêts de tous les mystères de la zoologie avec quelques fragments de houille, a retrouvé des populations de géants dans le pied d’un mammouth ».   En 1831, Balzac écrivait ces propos élogieux dans La peau de chagrin et son intérêt pour la nouvelle science paléontologique et les pionniers de son époque ne devait jamais se démentir même si quelques années plus tard, il devait se détourner de cette ancienne admiration et tourner en ridicule son grand poéte d’hier. Dans sa nouvelle satirique "Guide-âne à l’usage des animaux qui veulent parvenir aux honneurs", il l’affublait ainsi du titre de Baron Cerveau et le traitait d’habile faiseur de nomenclatures.   Pourtant, il ne faut pas imaginer que l’auteur de La Comédie Humaine avait soudain sombré dans une inexplicable versatilité. Très instruit de la querelle qui opposait Georges Cuvier, ténor de la science officielle, chef de file des anti-transformistes et Geoffroy Saint Hilaire sur la question de l’unicité du plan organique animal, il avait fait le choix de prendre le parti de ce dernier. Et c’est avec un égal enthousiasme qu’il écrivait à son propos: « La proclamation et le soutien de ce système, en harmonie d'ailleurs avec les idées que nous nous faisons de la puissance divine, sera l'éternel honneur de Geoffroy Saint-Hilaire, le vainqueur de Cuvier sur ce point de la haute science, et dont le triomphe a été salué par le dernier article qu'écrivit le grand Goethe.»   Cuvier et Saint Hilaire : Lord Byron contre Goethe ?

Le 24 octobre 2011 à 10:09

Rescapés du déluge

Histoires d'os 20

« Dieu créa le monde en six jours ». On connaît l’argument des créationnistes, il n’a pas changé depuis Mathusalem. Et sans prétendre se lancer dans une vaine polémique, on imagine difficilement comment notre bonne vieille terre, âgée de quelques milliers d’années, pourrait avoir porté des espèces disparues depuis des millions d’années.   Avant que des naturalistes ne décrivent et ne replacent dans l’ordre naturel ces formes vivantes d’un autre temps, avant qu’ils mettent en évidence le principe général de leur transformation et de leur évolution, ces créatures inconnues passaient le plus souvent pour des regrets du Créateur, inévitables ratés d’un projet ambitieux nécessitant quelques retouches. Bref, des monstres antédiluviens dont le sort n’avait pas lieu de susciter la sympathie ni même la considération.   Néanmoins, ils intéressaient, ils faisaient parler d’eux et provoquaient des réactions assez inattendues. Ainsi en 1788, on avait découvert un squelette inconnu dans la lointaine Patagonie. Celui d’un animal étrange, fossile de très grande taille que le Vice Roi de Buenos-Aires avait expédié à Madrid, le jugeant digne d’y figurer au sein des collections royales. Ce Paresseux géant (appelé plus tard Mégathérium) engendra dans la capitale espagnole, un tel mouvement de curiosité que le roi Charles III donna ordre d’en rapporter un spécimen vivant.   Sans doute supposait-il que l’animal avait pu s’embarquer, passager clandestin sur l’Arche de Noé ?

Le 19 juillet 2010 à 13:23
Le 17 mars 2015 à 09:12
Le 9 novembre 2012 à 08:50

Le paléontologue qui rêvait d'être roi

Histoires d'os 35

Ethnologue, paléontologue et espion, le Baron Franz Nopcsa von Felsö-Szilvàs appartenait à une vieille famille aristocratique d’origine hongroise installée en Transylvanie. Laquelle avait compté dans la galerie  de ses ancêtres, quelques notables aventuriers qui attaquèrent des diligences ou exercèrent de hautes fonctions à la cour de l’impératrice Sissi. A leur image, lui-même devait connaître une existence hors du commun, loin des violons de Mayerlink.   Parce que sa jeune sœur Ilona dénicha un jour par hasard quelques ossements de dinosaures dans le parc familial, le jeune baron Ferenc, alors âgé de 18 ans, entreprit de brillantes études de paléontologie et de géologie. On lui doit notamment la description de l’Hadrosaure, le fameux dinosaure dit à bec de canard  ainsi que la première étude de paléo-écologie, appliquée au nanisme du Magyasaurus : nain parmi les poids lourds de l’ère mésozoïque.   Mais la curiosité scientifique du savant ne s’arrêtait pas aux vieux os reptiliens,  elle devait également se pencher sur les coutumes locales de sa Transylvanie natale, justifiant la publication de plus d’une cinquantaine d’ouvrages ethnographiques abondamment illustrés de photos. En tant qu’agent secret au service de l’empire autro-hongrois, le savant baron devait également contribuer à la proclamation de l’indépendance de l’Albanie, pays dont il caressa quelques temps le grand rêve de devenir le roi.   Mais la chute de l’empire et le rattachement de la Transylvanie à la Roumanie mirent fin à ses illusions royales. Refugié à Vienne, accablé de dettes, il mit fin à ses jours en 1933, non sans avoir au préalable tiré une balle de revolver sur son secrétaire et amant. Renouant ainsi avec le romanesque et les violons de Mayerlink. 

Le 16 mai 2013 à 08:21

Jurassique safari en Deutsch-Ostafrika

Histoires d'os 43

Dans les années 1880, à l'image de ses grands voisins français et britanniques, le tout jeune Empire germanique s'aventurait à son tour dans une ambitieuse politique coloniale. Elle devait aboutir à l'annexion de la Deutsch-Ostafrika (l'actuelle Tanzanie).  Ce processus de colonisation de l'Afrique orientale s'accompagnait évidemment d'installations de comptoirs commerciaux, de prospections minières... Mais aussi d'expéditions scientifiques. C'est ainsi qu'à partir de 1909, deux paléontologues allemands dirigèrent une série de campagnes de fouilles sur le site de Tendaguru, riche en fossiles du Jurassique. L'ampleur de ces travaux étaient à la mesure du délire colonial et de la logistique prussienne. Cinq cent ouvriers indigènes travaillaient sans relâche sur le site ce qui avait rendu nécessaire l'édification d'un village de brousse ainsi que la mise en place d'équipements collectifs concernant la gestion de l'eau, les soins hospitaliers et le stockage des découvertes. Plus de 180 tonnes de fossiles furent ainsi prélevés, transportés à dos d'homme jusqu'au port de Lindi, à environ 5 jours de marche, afin d'y être expédiés par voie maritime en Allemagne. Interrompu par la Première guerre mondiale, cet incroyable safari jurassique ne devait pas survivre aux ambitions impérialistes du deuxième Reich, défait en 1918. En revanche, une de ses découvertes les plus spectaculaires, en l'occurrence le Brachiosaurus brancai, survivrait aux bombardements de Berlin et à la chute du Troisième Reich. Ce géant herbivore se trouve toujours au Muséum, symbole d'une épopée dont il contemple le souvenir avec indifférence, du haut de sa petite tête au bout de son cou démesuré.

Le 28 février 2013 à 09:54
Le 29 janvier 2011 à 12:07

Les aventures foraines du géant Theutobochus

Histoires d'os 7

Theutobochus, roi des Theutons et des Cimbres, défait en 105 avant JC par les légions romaines de Marius, devait être un homme de grande taille. Sa légende en fit un géant. Sa tombe supposée et ce qui devait passer pour sa dépouille mortelle avaient été retrouvés dans une sablonnière près de Romans. Un squelette de plus de 27 pieds et dont une seule de ses molaires pesait environ 11 livres ! Il n'en fallait pas davantage pour susciter la curiosité des foules. Cette curiosité, tout à fait légitime, un chirurgien barbier du nom de Pierre Mazurier eut l'idée de l'exploiter. C'est ainsi que le squelette du guerrier Cimbre devint une attraction foraine, promenée et exposée aux quatre coins du royaume, jusqu'en Angleterre et en Flandres.   A l'initiative de Louis XIII, il fit même un séjour au château de Fontainebleau où il connut l'insigne privilège de pouvoir reposer, en tout bien tout honneur, dans la chambre de la reine mère, Marie de Médicis. Après cette prestigieuse résidence à la cour, le géant Cimbre poursuivit avec succès sa tournée. Elle devait s'achever dans un théâtre de Bordeaux où il fut oublié, relégué au second plan par une nouvelle attraction : le triomphe d'un jeune comédien nommé Molière, géant d'une toute autre nature. Et ses restes demeurent deux siècles dans les sous-sols du théâtre avant d'être retrouvés et scientifiquement reconnus comme ceux d'un proboscidien fossile - une espèce de mammouth, le Deinotherium giganteus (voir illustration). A défaut d'avoir été un géant, Theutobochus se consolera d'avoir été un Mastodonte.  

Le 29 décembre 2010 à 08:00

L'égarement des éléphants d'Hannibal

Histoires d'os 5

La dynastie des Stuart régnait de nouveau sur l'Angleterre et les doctes sujets de sa Majesté Charles II ignoraient tout de l'existence des dinosaures dans le royaume. Aux yeux du Révérend de cette tranquille paroisse, le gros os qui avait été extrait de la carrière voisine présentait "la figure exacte de la partie inférieure de l'os de la cuisse d'un homme ou, du moins, de quelque autre animal." Mais l'os était vraiment très gros. Au moins huit pieds de long selon sa propre estimation! De quel homme, de quel animal pouvait-il donc provenir?   Les érudits locaux penchaient pour une explication liée à l'histoire ancienne. Selon eux, le fémur aurait appartenu à un éléphant de guerre de la grande armée d'Hannibal qui se serait égaré sur le chemin de Rome. "Un sacré égarement!", leur rétorquait le pasteur avec circonspection, rappelant qu'on avait retrouvé plusieurs de ces os gigantesques dans les campagnes environnantes, jusque dans les décombres d'une vieille église en ruines. Il refusait de croire que même aux temps païens d'avant le christianisme, les Romains, ces bâtisseurs connus pour leur esprit pratique, aient eu l'idée saugrenue d'inhumer de tels animaux dans une terre consacrée. Et si c'était le cas, pourquoi se seraient-ils donné la peine de n'en enterrer qu'une seule patte ? Une patte beaucoup plus grande que celle de l'éléphant qu'il avait eu la chance de pouvoir admirer lors de la foire d'Oxford...    

Le 6 novembre 2010 à 09:52

Mary et le coprolithe

Histoires d'os (1)

Née dans une famille pauvre, la petite Mary Anning se livrait au commerce des fossiles qui abondaient dans les falaises de sa bourgade natale. C’est ainsi qu’à l’âge de douze ans, la fillette croisa sur son chemin une bestiole inconnue : un animal marin au museau de dauphin et aux dents de crocodile, dotée de vertèbres de poisson. Une improbable chimère rescapée du mésozoïque que les savants baptiseraient bientôt Ichtyosaure. Le modeste négoce enfantin devait en être chamboulé au point de se transformer en une profession respectable et la petite fille devint la première femme au monde à entrer, de son vivant, dans l’histoire de la paléontologie.  Bien des années plus tard, Mary Anning possédait un musée sur les lieux même de ses trouvailles. Elle y recevait régulièrement ces dames et ces messieurs de la bonne société anglaise, venus de la capitale pour admirer ces "curiosités" dont la rumeur mondaine colportait l’étrangeté. La pièce-maîtresse se présentait à l'heure du thé, apportée par d'un domestique, sur un plateau d'argent couvert d’une serviette impeccable. Il s'agissait d'un coprolithe, un étron d’Icthyosaure que les caprices de la nature avaient singulièrement préservé pour l’édification de la gentry victorienne. Il n’émanait de lui aucune senteur particulière et l’œil le plus observateur pouvait y distinguer les restes peu ragoûtants du dîner de l’animal. Mais aucun de ces gentlemen ne se sentait autorisé à soulever la serviette avant que toutes les dames présentes aient pudiquement franchi le seuil.

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