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Publié le 10/09/2010

Comment devenir un grantécrivain (5)


Dans son ouvrage "Les rillettes de Proust", Thierry Maugenest vous propose quelques exercices pour accéder enfin à la gloire littéraire

Résumez le texte suivant en une seule phrase, épurée et intelligible, puisée dans les Pensées de Blaise Pascal.
 
L’être humain n’est qu’une plante vivace appartenant à la famille des graminées qui pousse généralement en bordure des étendues d’eau, naturelles ou artificielles, à tige rectiligne et dont l’inflorescence est une panicule dense, la plus dénuée de vigueur qui soit au sein de l’ensemble des êtres et des choses qui constituent l’univers ; néanmoins, cette plante vivace appartenant à la famille des graminées est tout à fait en mesure de former des idées à l’intérieur de son cerveau et de concevoir des opinions et des jugements grâce notamment à l’exercice de sa réflexion et de son intelligence.

(Un texte extrait de l'ouvrage Les Rillettes de Proust et autres fantaisies littéraires, paru aux Editions JBZ & Cie)
Vous n'imaginez pas le nombre de manuscrits, de films, de livres, de projets que le Rond-Point reçoit chaque mois. Et parmi ces monticules, il y a des perles qui n'ont pu trouver place dans la programmation déjà très fournie du théâtre. La tête pleine de pages vibrantes et le cœur chaviré, nous publions ici ce que nous avons aimé et que nous désirons vous faire partager.
 

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Thierry Maugenest

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Le 6 avril 2011 à 13:46

Le nouveau sport à la mode chez les éditeurs : la chasse aux clichés

Les bons conseils pour se faire éditer.

On pourrait s'attendre à ce que les éditeurs, ardents défenseurs de la langue française, privilégient le style, la grammaire ou la syntaxe pour retenir ou non un manuscrit ; les auteurs plus naïfs pensent même qu'ils tiennent compte de l'originalité des idées ou du scénario. C'est une erreur. Si vous souhaitez voir vos écrits publiés, mieux vaut suivre ces quelques conseils…Allez d'abord voir sur le site ou le blog des éditeurs auxquels vous destinez vos œuvres pour y repérer tout ce qu’ils trouvent de rédhibitoire. Ensuite, il vous faudra corriger votre texte afin qu’il se plie aux désirs de chacun de vos destinataires, cela vous évitera la désagréable expérience d’avoir deux refus pour une même nouvelle, le premier prétextant qu’elle contient trop de descriptions, et le second vous reprochant de ne pas en avoir donné assez.  Pour être publié actuellement, la seule règle en vigueur est d'éviter les clichés. Le mieux étant, selon certains érudits éditeurs de se référer à l'ouvrage d'Hervé Laroche : Le dictionnaire des clichés littéraires (Ed. Arléa). On y trouve de précieux conseils : si vous écrivez un polar, votre personnage principal ne doit être ni flic, ni tueur en série. L'idéal, c'est de choisir un quadra fonctionnaire, mais pas divorcé. Il devra être étranger, mais pas trop basané quand même (les Nordiques ont la cote en ce moment). Il vivra dans un pavillon de banlieue et n’ira au restaurant qu’une fois par semaine. L'histoire ne se passera ni à Paris, ni près de la mer, et surtout pas à New York. Optez pour une ville de province, de taille moyenne et d'intérêt limité (Limoges, Besançon, etc.). L'héroïne ne doit pas être une infirmière rousse, ni une institutrice à lunettes. Les adolescents ne doivent pas se droguer et les enfants doivent être bons en classe, mais sans subir les brimades de leurs camarades. Pour le style, optez pour des verbes standards. Les personnages mangent, boivent, baisent. S'ils venaient à se sustenter, à épancher leur soif ou à s'unir charnellement, ça ferait cliché. Ultime recommandation : évitez les rayons de soleil qui filtrent à travers les stores au petit matin. Certaines maisons d’éditions refusent systématiquement les manuscrits à stores. Vous ne pourrez pas dire qu'on ne vous avait pas prévenus.

Le 3 novembre 2011 à 07:12
Le 18 février 2014 à 07:27

Après la théorie du genre, des livres pour enfants leur racontent qu'ils n'auront ni travail ni de retraite

Nouveau scandale dans l’Education nationale. Après les livres qui traitaient de la théorie du genre, plusieurs spécialistes ont repéré des ouvrages sensibles pour les enfants. Des ouvrages qui laissent entendre aux enfants qu’ils auront du mal à trouver du travail plus tard et qu’il leur sera difficile, voire impossible, d’obtenir une retraite décente. Reportage. Encore des livres qui s’en prennent à nos enfants. La découverte de ces livres à problèmes pose un réel problème, estime Michel Eckert, le premier à avoir donné l’alerte. « Sous ses allures guillerettes et innocentes, ces livres racontent comment sera le réel de nos enfants dans quelques années » explique-t-il sur son site internet. « Ainsi dans l’un, on y décrit les péripéties d’une oursonne pour trouver du travail à l’usine. Une usine qui est rachetée par le grand méchant loup. Refusant d’être délocalisée au pays du loup, Missy l’ourse se retrouve alors au chômage avant de sombrer dans la dépendance au miel » écrit-il. Le père de famille ajoute qu’il a dû rassurer son fils sur le fait qu’il trouvera bien plus tard du travail sans problème, dans la filiale qu’il veut et au salaire qu’il veut. Car ce père de famille courageux refuse que ses enfants ne se fassent de fausses idées sur leur futur. Dans un autre ouvrage incriminé, « Pas de retraite pour Papy Libellule » une vieille libellule arrivée à la fin de de sa vie souhaite se reposer. Mais hélas, ses bébés libellules sont tous partis, ne donnent plus de nouvelles et Papy Lib’ va devoir continuer à travailler pour subvenir à ses besoins car le Mouvement De L’Étang et du Fleuve estime qu’il n’a pas assez chassé de moustiques durant sa vie. « Mon fils m’a demandé si cela pouvait arriver dans la vraie, je lui ai dit que non, ça n’arrive pas, toutes les grandes personnes ont leur retraite après avoir durement travaillé » précise-t-il. Le gouvernement n’a pas souhaité commenter cette nouvelle liste de livres sensibles mais plusieurs parents d’élèves sont inquiets. « Les enfants sont des êtres fragiles et naïfs, s’ils apprennent ce qui se passe vraiment dans le monde, cela sera sans doute un choc terrible » réaffirme ce père de famille brandissant un autre livre qu’il estime dangereux. Dans cet ouvrage pernicieux, on peut y voir Isa qui joue avec ses frères à être garagiste. Mais celle-ci réalise bientôt qu’elle est moins bien payée que ses autres frères pour le même travail. « Jusqu’où cela va aller, il faut retirer ces livres avant que cela soit trop tard » s’alarment les parents.

Le 17 septembre 2015 à 11:45
Le 1 avril 2010

Comment devenir un grantécrivain (1)

Dans son ouvrage "Les rillettes de Proust", Thierry Maugenest vous donne des trucs pour accéder enfin à la gloire littéraire

Nycthémère ! Évitez d’employer des mots dont les sonorités trompeuses seraient préjudiciables à vos écrits. Ainsi, les termes utilisés dans le texte ci-dessous, pourtant dénués de toute grivoiserie, suggèrent au premier abord une atmosphère bien différente de celle recherchée par l’auteur : L’ardent Antonio Vernice, harassé par une nuit de formications et par la croupade nerveuse de la haquenée qui s’agitait entre ses jambes, vit enfin le jour se lever, éternelle resucée d’un plaisir solitaire. Il repoussa sa cuculle et murmura pour lui-même :– Quel nycthémère ! Cette chevauchée m’a épuisé.Il voulut se reposer, mais les effluves d’un phallus impudique le firent fuir. Peu après, une ultime ruade et il s’arrêta enfin, l’œil réjoui par des trique-madames  en fleur et des verges d’or épanouies. Tandis qu’il entamait une miche par la baisure, en réservant une lèche pour son téton-de-Vénus, il aperçut une marie-salope qui mouillait près de lui. Il se demanda aussitôt quelle position adopter.– Je pourrais la haler par son tire-veille, se dit-il, mais je peux aussi y monter d’un saut de caracul.Inédit  Formication n.f. : fourmillement dans un membre. Croupade n.f. : saut d’un cheval qui rue. Haquenée n.f. : cheval ou jument de taille moyenne, d’allure douce. Resucée n.f. : reprise, répétition. Cuculle n.f. : capuchon de moine. Nycthémère n.m. : durée de vingt-quatre heures comportant un jour et une nuit. Phallus impudique n.m. : champignon exhalant une odeur repoussante. Trique-madame n.f. : plante grasse. Verge d’or n.f. : plante herbacée à fleurs jaunes. Baisure n.f. : côté par lequel deux pains se sont touchés dans le four. Lèche n.f. : mince tranche de pain. Téton-de-Vénus n.m. : belle variété de pêche. Marie-salope n.f. : bateau à fond mobile servant à transporter les produits de dragage. Mouiller : jeter l’ancre. Tire-veille n.m. : filin servant de rampe à l’échelle extérieure d’un navire. Caracul n.m. : mouton d’Asie élevé pour sa fourrure.(Un texte extrait de l'ouvrage Les Rillettes de Proust et autres fantaisies littéraires, paru aux Editions JBZ & Cie)

Le 24 mars 2015 à 09:32

Logique séparée du monde de l'autre

« or before I go stark mad with the uncertainty of things & the inability to continue a quiet programme of solitary nocturnal writing » , H.P.  LovecraftL’autre est devant et agit pour moi. C’est un choix par défaut. On n’a pas trouvé autre chose pour l’instant. Il accepte. Il n’a pas le choix. L’autre de soi est la construction qu’en avant sans cesse on construit pour être protégé des bruits, des visages, des paroles, des actes : leur monde ne nous convient pas. Il en souffre, mais moins que moi. Il a confiance. C’est ensemble. La nuit ici est favorable. La nuit est un écran. La nuit est scène où nous avons construit nos ruines, celles qui nous conviennent. On soutient dans l’espace le passage des phrases. Elles sont fragiles. Elles ne supporteraient pas le monde gris, et froid, le monde avec l’argent, le monde avec les formalités, les courses, les heures salariées, les chemins contraints. J’ai rompu progressivement. On s’est dissocié progressivement. Si je tendais la main à travers l’écran, je rejoignais les choses grises et concrètes, dont le contact me déplaisait. Le destin du monde m’indiffère, l’aventure est finie. On a assez sédimenté. Il suffisait de se retourner. Alors je suis entré dans l’écran, et maintenant, lorsque ma main passe à travers ce sont elles, les phrases que je tends dans la nuit. Et ce sont toutes les phrases et les visages et le grand silence du passé. Ceux-là, qui oeuvraient, sont mes frères. Il en viendra d’autres, heureusement, dans le monde gris qu’ils ont repris. Je les salue à distance. C’est l’avantage d’être soi et son autre – on continue ici les corvées mais c’est lui qui fait le travail, et passé l’écran il y a les phrases et la nuit. Il y a une seule phrase. Au bout de la phrase il y a un blanc. C’est la partie qu’on doit réaliser soi. L’autre va son chemin, on a peine pour lui, c’est l’argent c’est les trains et c’est l’état usé du monde. Là on doit juste compléter la phrase dans la nuit, on est dans les grandes constructions où on arrive en traversant l’écran. Je n’ai plus de maison parce que je n’ai plus de monde. C’est la tâche de l’autre avec tous les autres. Ici où on marche on se salue de loin, on est nombreux les travailleurs dans la nuit de l’écran et les grandes constructions dans la nuit. Parfois l’autre revient. On essaye que ce soit plus possible. On se tient, on se serre fort. On est même et autre. On n’a pas vraiment besoin de se dire. Il y a si longtemps, quitté le monde, que j’ai plus besoin de dire, ni à lui ni à personne. La phrase à construire dans la nuit, le fragment de phrase qui est nôtre, n’exige pas qu’on parle ni qu’on dise. Il se réalise pour lui-même et n’appartient pas au monde, là où sont les mauvais vents, le mauvais gris, le terrible bruit et l’impasse de ce qui finit. Je ne dis pas que nous ayons choisi cet équilibre. Je ne dis pas que cet équilibre nous convienne. Je dis encore moins que je n’aie pas nostalgie du monde, et regret de la retraite dans la nuit de l’écran, où seul le passé parle, et que ce fragment de phrase qu’il nous revient de faire est déjà désigné par la vieille nuit et lui appartient. Je dis que l’autre et moi, ou le contraire, on s’en accommode parce que. Il y a ici de la beauté. Le seul truc curieux c’est quand lui, parfois aussi, parfois quand même, le dit aussi.

Le 10 décembre 2015 à 10:00

À lire en se rinçant le sifflet

Pour bien passer l'hiver et les fêtes, enivrons-nous avec des lectures gloupitantes

Révoltes électrisantes Tout à fait bandant (et mouillant) sur le plan iconographique et historique, Agit Tracts de Zvonimir Novak (L’Échappée) retrace l’épopée des « feuilles de caniveau » ayant filé de belles chicoustas à l’ordre dominant. Parmi ces « bombes de papier » : les libelles de la Commune à la Père Duchesne, les papillons anti-électoraux abondants depuis 1848, les appels à la désertion en 1916 et le papier cul à l’effigie du Kaiser Guillaume II, les bédés communistes de 1962 criant raca sur De Gaulle, les feuilles volantes Dada, les ciné-tracts de mai 68, les photomontages situs pouvant mesurer près d’un mètre, les flyers anarcho-punks ou les adresses des fellaghas aux harkis, goumiers et tirailleurs algériens (« Tournez vos armes contre les tortionnaires de votre peuple. Rejoignez l’ A.L.N. ») Appels du grand large L’impressionnant numéro collectif des Cahiers de l’Herne sur Joseph Conrad ne décevra pas les amateurs de grande littérature aventurière teintée d’ironie. À l’image des écrits entraînants du romancier, dont on découvre ici de nombreux inédits, cet ensemble de textes sur lui souvent superbes (en particulier ceux signés par Henry James, Virginia Woolf, Malcolm Lowry, Marie Darrieussecq, Jack London, par le génial Borges ou, coup de théâtre, par Bob Dylan) nous fait bougrement bien bourlinguer à travers la Russie, l’Afrique ou la Malaisie sans passer à l’as les préoccupations philosophico-politiques, souvent iconoclastes, du fricasseur de Lord Jim (qui était fort attiré, par exemple, par la pensée anarchiste tout en se méfiant). Bédés hardies En dehors des trois Tignous réédités par Folio (Corvée de bois, Tas de riches, Tas de pauvres), magnifiquement impitoyables et du somptueux hommage au même Tignous des éditions du Chêne, il faut se ruer sur deux comic strips autobiographiques dus à de très goguenardes pétroleuses. Ma vie est un best-seller (Casterman), dessiné par Aurélia Aurita de Fluide glacial, raconte cocassement comment la pamphlétaire cinglante Corinne Maier (Bonjour paresse, No Kid) s’est dépatouillée dans le monde vicelard de la grande édition cynique. Les Larmes du seigneur afghan, quant à lui, dessiné par les fortiches Campi et Zabus (Aire libre), décrit sans louvoiements les tribulations récentes en Afghanistan de l’ex-reporter risque-tout de la RTBF Pascale Bourgaux. —   « Pascale, les Talibans sont revenus là où ils étaient en 2001.—   Et vous, qu’allez-vous faire ? Accepter le retour des Talibans ou les combattre ? Si la guerre signifie combattre les Talibans et aider les Américains, nous ne prendrons pas les armes. » Dico incongru Le Dictionnaire des termes rares et littéraires du docteur ès sciences corse Jean-Christophe Tomasi (Chiflet) nous abouche avec quelque 800 mots introuvables dans les usuels. L’entreprise n’est pas hâtivement « strapassée », à savoir menée avec outrance, elle fait preuve d’une évidente « sprezzatura » (à savoir élégance) dans ses « rococotteries » (à savoir dans ses recherches de choses anciennes) sans trop « pédantiser » ni trop nous « embucquer de sucre ». Bios percutantes L’idéal, c’est de prolonger l’excellent George Orwell de Stéphane Maltère (Folio), qui va droit à l’essentiel, par Une vie en lettres, la tout à fait captivante correspondance de l’écrivain-combattant – traduite et annotée par les éditions Agone – qui retrace elle aussi la vie tranche-dedans de l’auteur de 1984, de l’internat où on le claquemure, à huit ans, en 1911, jusqu’à l’hosto londonien où il avale sa fourchette. À noter qu’à aucun moment, face aux pires marasmes (le totalitarisme, la tuberculose, les hypocrisies des antifascistes), Orwell ne perdra ni son moral ni son humour. Livres d’art étranges Sous-titré Bizarre, L’Autre Histoire de l’art de Vincent Brocvielle (Flammarion) nous aiguille facétieusement sur les pas de côté dans l’insolite, les écarts d’imagination, les débordements imprévus d’une tapée de grands maîtres ayant envoyé soudainement valser les balustrades de la rigueur académique : Bosch et son « Jardin des délices », Le Caravage et sa « Tête de méduse », De Vinci et ses caricatures gratinées, Rembrandt et son « Bœuf écorché », Archimboldo et son panégyrique fruitesque « Vertumne », Goya et son « Vol des sorcières ». Encore plus chouettement désaxant, le grandiose catalogue (éd. Rond-point des arts) de l’expo « à vivre avec les émotions et le corps » I Belgi. Barbari e poeti accessible jusqu’au 24 janvier 2016 à Bruxelles (Espace Vanderborght, 50 rue de l’Ecuyer). Y sont de la fiesta sous la houlette du truculent curateur Antonio Nardone les meilleurs talents artistiques subversifs belges d’hier (Rops, Ensor, Magritte, Delvaux, Broodthaers, Mariën, Permeke, E.L.T. Mesens) et d’aujourd’hui (Jacques Charlier, Pascal Bernier, Wim Delvoye, Alechinsky, Panamarenko et Alessandro Filippini avec ses « Despotes de jardins »). Le parrain de l’expo qui s’imposait, c’est le surréaliste de combat Achille Chavée s’écriant : « Je suis un vieux peau-rouge qui ne marchera jamais dans une file indienne. » Histoire du cinoche d’action Dictionnaire du western de Claude Aziza et Jean-Marie Tixier (Vendémiaire). À nous d’abord tout ce qu’on espérait y trouver : des articles de fond sur l’évolution du genre, l’opposition loi/sauvagerie, les idylles interraciales… , des portraits bariolés de cow-boys stars (Gary Cooper, Errol Flynn, James Stewart), des épluchages de mythes (Billy the Kid, Calamity Jane, Zorro, Buffalo Bill), des fiches alertes sur des classiques signés Hawks, Walsh, Ford, Lang, Fuller, Aldrich ou un petit relevé des armes alors à la mode telles le big sharp 50 anti-grizzly et le darling 63 que les dames cachaient dans leurs jarretelles. Mais ce dico nous gâte beaucoup plus encore que ça. Il s’ouvre sur les westerns européens et asiatiques longtemps méprisés, il rectifie les erreurs des collègues (non, La Flèche brisée, 1950, n’est pas le premier western pro-Indien, on en tournait déjà en 1925) et nous montre à quel point l’ennemi principal des justiciers solitaires de l’Ouest, ce fut moins les outlaws que le mariage bourgeois castrateur personnifié par la crispante Grace Kelly quaker dans Le Train sifflera trois fois. Redneck Movies de Maxime Lachaud (Rouge profond). Une toute autre Amérique représentant tout un pan du cinéma US, c’est celle de la hicksploitation, c’est-à-dire le cinéma pedzouille des années 1960-1980 écrasé sous un soleil de plomb et peuplé de cambrousards dégénérés. Exemples les plus connus : Délivrance de John Boorman et Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper. Dans un langage fleuri fort stimulant, le chercheur Maxime Lachaud détaille savamment les sous-genre hick qui poussent comme chiendent dans les seventies : le porno paillard, le slasher rural, le polar poisseux, la comédie péquenaude, la canniballade « hillbilly ». À pleurer de rire Les comiques les plus tordboyautants de ce dernier demi-siècle se tiennent à nouveau par la Manche. Du côté british, les Monty Python dont les Textes, pensées et dialogues de sourds (1969-1974) sont relancés par le Cherche Midi avec en guise de sketches vedettes le fameux cours de dispute en perroquets morts, le délire phonético-syntaxique « Mr Hn Th » et les leçons de tolérance du Colonel Harry McWhirter, président du « Club des sectaires incorrigibles » : « Souvenez-vous, la tolérance est une des grandes vertus de notre peuple, ne la gaspillons pas pour les youpins, les Polacs, les métèques, les Chleus et les bicots. » Du côté fransquillon, c’est Jean Yanne avec le pissant best-off On n’arrête pas le progrès (encore au Cherche Midi). « J’aime les motards. C’est chez eux qu’on trouve le plus de donneurs d’organes. » Et c’est Pierre Desproges dont le Seuil sort sous le titre La Pensée du jour un almanach 2016 à se les tordre grave dont les cibles sont notamment Julio Iglesias et Franz Schubert, Philippe Sollers et Léon Zitrone, BHL et Pie XII, les « ordures galonnées », l’abus d’eau, le scoutisme. Sans oublier le football, soit : « Les trottinements patauds de vingt-deux handicapés velus qui poussent des balles comme on pousse un étron, en ahanant des râles vulgaires de bœufs éteints. » Allons, les mimiles, rechargeons les brouettes à gueule et chassons le brouillard !  

Le 30 novembre 2014 à 08:36

Au secours les mots : Jean-Daniel Magnin défend "Vous savez..."

Délivrons les mots récupérés et dévoyés!

Parce que la langue est le lieu d'un champ de bataille idéologique, il faut s'occuper des mots dénaturés ou vidés de leur sens par les politiques et les médias. Klemperer Junior invite des auteurs à les réhabiliter. Et vous ? Sauvez un mot ou une expression ici. Je veux vous parler de cet insupportable "vous savez..." qui sort en rafale de la bouche des responsables politiques français sitôt qu'un journaliste fait mine de les pousser un tantinet dans un coin du ring. Vous voyez de quoi je parle ? De ces "vous savez..." répétitifs suivis d'expressions telles que :– "lorsqu'on est en charge de la représentation nationale…"– "on ne fait pas d'omelette sans casser les œufs…"– "être ministre c'est savoir prendre des décisions..."L'expression "vous savez...", traduction mécanique du "you know" anglo-saxon, cherche à établir une connivence factice entre l'énonciateur et son interlocuteur, sous l'apparence d'une soudaine introspection, d'une confidence imprévue. Le but étant évidemment de dire exactement le contraire de ce qui est énoncé : je vous dis que vous savez, mais en fait vous ne savez rien et moi seul qui parle sais.Le "vous savez..." dévoyé se dégaine lors des moments "de vérité" du débat ou de l'interview :– soit il signale qu'on va improviser, dans un grand afflux de sincérité, une réponse en fait préparée en amont pour parer une question piège attendue;– soit, lorsqu'on est réellement pris au dépourvu, plusieurs "vous savez..."  enfilés permettent de répondre du tac au tac tout en s'octroyant quelques précieuses secondes de réflexion (le "vous savez..." français en trois pieds apportant 50% plus de répit que le "you know" anglais). Si quelqu'un commence à vous lâcher d'un air sincère et pénétré "vous savez...", ne pensez pas que cela signifie "je sais que tu sais que je sais que tu sais...", non, c'est tout simplement qu'il est en train de vous prendre pour un con : Vous savez… planter des choux… à la mode à la mode… vous savez… planter des choux à la mode de chez nous... Traduction : seul le locuteur s'y connaît en plantage de choux ; le plantage de choux est une affaire trop sérieuse pour être confiée à des amateurs.On aurait pu traduire plus justement "you know" par  "voyez-vous", moins donneur de leçon, plus neutre. Mais plutôt que de sauver le "vous savez..." , je propose de l'utiliser comme un instrument de mesure : plus un responsable recourt au "vous savez...", plus on saura qu'il sent la mauvaise savonnette et les relents de chou farci. > D'autres mots sauvés sur ventscontraires > Jean-Daniel Magnin

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