Les katzenjammer kids d'outre-Rhin
Les cracks méconnus du rire de résistance
La
guérilla
burlesque
contre
les
cornichonneries
régnantes
n’a
pas
été
menée
seulement
en
France
par
les
dadaïstes
et
les
situs,
aux
States
par
les
yippies
et
les
Yes
Men,
en
Italie
par
les
Indiens
métropolitains,
ou
en
Suède
par
les
zazous
de
Christiana.
Elle
a
fait
rage
aussi
dans
l’austère
Allemagne
déjà
mise
à
mal
par
les
insolences
de
l’humoriste
Karl
Valentin
et
par
les
niches
de
Max
et
Moritz.
C’est
de
fait
à
Berlin
qu’a
été
lancé
en
1960
par
des
turlupins
de
la
très
anarchisante
Kommune
1
le
concept
de
la
« Spassguerilla »
« revisitant
les
procédés
de
la
critique
sociale
sur
le
mode
de
l’impertinence
créatrice ».
Le
catalogue
des
coups
d’éclats
loufoques
des
artivistes
d’outre-Rhin
est
paru
en
1997
et
est
tout
de
suite
devenu
culte.
Il
propose
un
« arsenal
de
tactiques
d’agitation
joyeuse
et
de
résistance
ludique
à
l’oppression :
détournements,
camouflages,
happenings,
théâtres
invisibles,
attaques
psychiques,
entartages ».
Et,
grandiose
nouvelle,
le
petit
manuel
irrésistible
du
sabotage
facétieux,
signé
par
des
entités
collectives
énigmatiques,
Autonome
a.f.r.i.k.a.
– gruppe,
Luther
Blissett,
Sonja
Brünzels,
vient
d’être
traduit,
adapté
en
français
et
remis
en
partie
à
jour
par
une
vieille
connaissance :
Olivier
Cyran
de
la
bande
à
Charlie
Hebdo
ancienne
manière,
un
des
tout
premiers
loustics
à
avoir
été
lourdé
par
le
sordide
Philippe
Val.
Titre
du
guide-manifeste
propulsé
fin
2011
chez
nous
par
les
éditions
Zones :
Manuel
de
communication-guérilla.
« Tandis
que
la
politique
radicale
traditionnelle
mise
sur
la
force
persuasive
du
discours
rationnel,
la
communication-guérilla
ne
s’appuie
pas
sur
des
arguments,
des
chiffres
et
des
faits,
mais
cherche
à
détourner
les
signes
et
les
codes
de
la
communication
dominante.
Elle
travaille
à
intensifier
la
charge
subversive
du
non-verbal,
du
paradoxe,
du
faux,
du
mythe.
Elle
se
définit
comme
l’art
de
mettre
de
la
friture
sur
la
ligne. »
De
la friture sur la ligne sapant les modèles d’identification du
pouvoir, les désobéissants allemands n’ont pas cessé d’en
mettre. On leur doit quelques-uns des faux donquichottesques les plus
tordants du dernier demi-siècle.
Les
fausses circulaires
En
1992, des papillons de la régie des transports publics annoncent
que, pendant le sommet de Munich, les voyages en métro seront
gratos. Durant cette période, aucun contrôleur n’ose coller une
amende aux fraudeurs. De même, en 1971, quand les quartiers
populaires de Berlin-Ouest sont submergés par des centaines de
milliers de faux tickets de métro et de faux tickets-restaurants, la
répression baisse les bras.
Les
faux supporters
En
1969, le président Nixon serre les mâchoires lorsqu’il constate
que sont venus en force à un de ses meetings surmédiatisés des
cagoulards du Ku Klux Klan agitant une pancarte : « The
Klan supports Nixon ».
Les
faux bulletins officiels
Pendant
la guerre du Golfe, des communiqués portant le sceau de
l’administration municipale d’Usnabrück convient les habitants
de la région à se porter volontaires pour des actions suicide en
Irak. La ville dénonce cette « farce morbide », signale
un dépôt de plaintes, et prie les citoyens de coopérer avec les
enquêteurs. Mais c’est aussi un faux.
Les
faux cadeaux
En
1992, chaque membre du comité de promotion des Jeux olympiques d’été
reçoit un sachet de marijuana agrémenté d’un petit mot
obséquieux du maire d’Amsterdam : « le Comité
olympique néerlandais tient à vous faire découvrir cette
spécialité emblématique de notre ville ».
Les
fausses manifs
Dans
les seventies, des contre-manifestants yippies conspuent les
policiers new-yorkais rassemblés devant la mairie pour réclamer des
hausses de salaire : « Retournez en Russie, sales
communistes ! », « Lavez-vous ! ». À la
même époque, les Indiens métropolitains inventent les fausses
manifs de droite en scandant dans les rue d’Italie : « Moins
de salaires, plus de travail ! ». Boyautantes également,
les manifs tonitruantes de minuit contre les tapages nocturnes.
Les
fausses affiches
En
Grande-Bretagne, des fripons placardent à l’entrée des grands
magasins des « free shopping day » (aujourd’hui, tout
est gratuit). Tandis qu’on peut lire à Francfort : « Chers
clients, afin de mettre à l’essai notre nouveau système antivol,
nous vous demandons de bien vouloir passer par les caisses sans
payer. »
Alphonse
Allais, Marcel Mariën, Abbie Hoffman et les autres sultans du
canular justicier peuvent dormir tranquille dans leur tumulus :
de nouveaux gredins sont là pour « mettre en panique la
surface des choses » (Raymond Borde) ni vu ni connu.