Michel Onfray : de son vivant Démocrite était une vedette


Le rire de Démocrite - 3

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Qu'est-ce que le rire de résistance?, avait demandé l'université du Rond-Point au philosophe Michel Onfray.
Réponse : Démocrite. Ou plus exactement "le Rire de Démocrite". C'est le titre d'une conférence que ventscontraires.net vous distille en feuilleton hebdomadaire.

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"Un pays heureux n'a pas besoin d'humour." Staline

Soyez les cancres du sérieux, faites voler en éclats de rire le bon goût et sa bonne conscience, en écoutant les cours, performances et autres conférences de progesseurs agrégés d'insolence et de cocasserie.

Avec France Culture et Tilder.

 

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Le 8 juin 2015 à 16:17

Dany-Robert Dufour : "L'homme néoténique, un homme inachevé"

L'Homme est sorti du paradis des animaux et cela l'a condamné à rester à jamais enfermé dans celui de l'enfance. C'est ce que propose depuis près d'un siècle une théorie scientifique dont parle ici le philosophe Dany-Robert Dufour : la néoténie humaine. Nous sommes un embryon de singe né avant terme, sans poils, sans dents de lait ni pouce opposable aux membres inférieurs (comme tous les foetus de primates), adapté à rien, se demandant ce qu'il fait là, la tête bizarrement accochée à la colonne vertébrale — ce qui va libérer notre glotte et notre faculté de parler. "Le néotène humain c'est celui à qui il manque quelque chose à la naissance. Les pensées religieuse et philosophique avaient déjà pensé ce manque : par exemple dans l'Antiquité Hésiode ou Platon. Et bien plus tard Pic de la Mirandole qui propose cette idée qui ouvre la Renaissance : puisque l'Homme est né incomplet, c'est à lui-même de s'achever, de se sculpter. Dieu ne l'a pas fini pour qu'il puisse entrer dans l'historicité. En 1926, l'anatomiste et biologiste Luis Bolk a reformulé scientifiquement cet inacomplissement sous le nom de néoténie humaine : « l’homme est, du point de vue corporel, un fœtus de primate parvenu à maturité sexuelle. » Idée qui eut à l'époque un retentissement considérable. Elle est reprise en 1970 par le bioanthropologue Stephen Jay Gould qui l'étaie grâce aux avancées génétiques réalisées entretemps. Toujours en 1926, Freud édite un texte vraisemblablement influencé par l'iintuition de Bolk : Inhibition, symptôme, angoisse, où il dit, dans son dernier chapitre, que la névrose constitutive de l'être humain vient du fait qu'il naît non fini et qu'il a toujours besoin de l'amour de l'autre." Dany-Robert Dufour est professeur de philosophie de l'éducation à l’université Paris-VIII, ancien directeur de programme au Collège international de philosophie de 2004 à 2010 et ancien résident à l'Institut d'études avancées de Nantes en 2010-2011. Il enseigne régulièrement à l’étranger. Son travail porte principalement sur les processus symboliques et se situe à la jonction de la philosophie du langage, de la philosophie politique et de la psychanalyse. Lettres sur la nature humaine à l'usage des survivants, Petite bibliothèque philosophique, Calmann-Lévy, 1999Le délire occidental : et ses effets actuels dans la vie quotidienne : Travail, loisir, amour, Les liens qui libèrent,‎ 2014

Le 14 octobre 2010 à 07:18

Gaston Pawlowski (1874-1933)

Les cracks méconnus du rire de résistance

Fut à peu près tout ce qu'un homme à l'intelligence délicieuse, hors des petits commerces de la réalité et adepte des solutions imaginaires, put s'amuser à être. Docteur en droit, adorateur du vélo naissant et humoriste de génie, cet homme du monde, qui n'ignorait rien du char d'assaut et du sous-marin, fut critique dramatique, directeur de périodiques dont le célèbre Comedia, ami de Willy et d'Alphonse Allais. Il réalisa le premier des reportages aériens, son principal admirateur fut Marcel Duchamp qui, paraît-il, ne quittait jamais ses romans dont le célèbre Voyage au pays de la quatrième dimension où, avant Einstein, Pawlowski mettait en doute la réalité mathématique et faisait disparaître l'idée du “temps". Ses jubilatoires Inventions nouvelles et dernières nouveautés en font le précurseur des "objets introuvables" de Carelman, de L'Encyclopédie des farces et attrapes et des mystifications de Noël Arnaud et François Caradec, et des fiches bricolage du professeur Choron. Dans ce recueil de chroniques pataphysiciennes sans le savoir, où le "basset nettoyeur de rails" n'a rien à envier aux "rails en mou de veau" de Raymond Roussel, figurent notamment :– le mètre de poche ne mesurant que dix centimètres de long;– la baignoire à entrée latérale;– le boomerang français qui, pour éviter les risques d'accident, ne revient pas à celui qui l'a lancé;– la machine à sectionner les dentelures de timbre-poste;– le grain de beauté pour poules;– le maquillage des pommes ridées;– la chaussure-entonnoir pour écolier;– le képi courant d'air;– la limace chirurgicale.Illustration : Pawlowski, autoportraitArticle édité dans le catalogue Le Rire de résistance 2, BeauxArts éditions et Théâtre du Rond-Point

Le 2 avril 2015 à 11:26

Bernard Stiegler : "Internet c'est comme l'héro, dès qu'on y touche c'est cuit, personne n'y échappe"

Bernard Stiegler est philosophe spécialiste des mutations induites par les technologies numériques. Il est Initiateur et président du groupe de réflexion philosophique Ars Industrialis créé en 2005. Aujourd'hui, il est directeur du département du développement culturel du Centre Georges Pompidou, où il dirige l'Institut de recherche et d'innovation (IRI), créé à son initiative en avril 2006 – c'est là qu'il nous a reçus. Ventscontraires – Vous le dites et le redites : comme l'écriture, Internet est un pharmakon, à la fois remède et poison...Bernard Stiegler – Le Net nous rend plus et moins intelligents, pertinents, individués, singuliers. Il intensifie nos capacités noétiques, au sens où Aristote parlait de l'intelligence. Et en même temps il les affaiblit. En nous mettant tous en réseau il nous réticule, et par là même intensifie à un niveau foudroyant nos capacités, notre savoir mais aussi nos régressions collectives – selon un processus qui relève de la psychologie des foules. J'observe sur moi-même une formidable augmentation de mes capabilités – un terme défini par l'économiste indien Amartya Sen – mais aussi une incroyable addiction régressive. Je ne connais personne qui y échappe. C'est comme l'héro, dès qu'on y touche c'est cuit.Car c'est le marché qui commande aujourd'hui le Net. Ce qui lui arrive est exactement ce qui est arrivé à la télévision. Ça n'était pas une fatalité que la télévision produise de la trash tv. Dans le futur les gens verront notre tv et se diront que nous étions pires que les barbares, pire que la décadence romaine. Je pense que l'affaire du 7 janvier passe par là. Nous vivons une démoralisation forte, des petits enfants jusqu'aux grands-pères, tous pètent les plombs. Cette technologie réticulaire est très peu analysée. Les gens sont toujours en retard sur l'évolution du système, l'arrivée des Big Data, cette société d'hypercontrôle gouvernée par le marché. Et le marché n'a qu'un seul but, un seul : gagner de l'argent. C'est la même chose qui s'est passée en France dans les années 80 entre TF1 et M6, et que j'ai bien étudiée à l'époque. Avec la privatisation et l'arrivée des actionnaires, TF1 a été obligée de suivre les régressions de M6 et a fini par avouer que sa mission était de vendre du temps de cerveau libre à Coca Cola. Personne n'y échappe. Même si vous ne regardez jamais la télévision, "la bêtise attire la bêtise." Il est très rare que face à la bêtise on produise quelque chose d'intelligent. Mais on peut y arriver. C'est ce que prétend Nietzsche. Et d'une certaine manière le Christ. J'observe la bêtise sur moi.

Le 21 janvier 2014 à 10:58

Barbara Cassin : "Refuser la servitude volontaire"

Trousses de secours : la crise du travail

Allons-nous vers en monde de travailleurs sans travail ? C'est la question que la philosophe et philologue Barabara Cassin viendra nous poser le 31 janvier prochain.  – Dans de nombreuses entreprises "restructurées", les salariés doivent eux-même s'évaluer, voire s'éliminer les uns les autres – comme dans certains jeux de télé-réalité. Où cela nous mène-t-il ? – Votre question contient presque déjà la réponse. Où cela nous mène-t-il? Dans le mur d'une société au mieux de coopétition (c'est un mot de Google qui tente d' assouplir la compétition au moyen de la collaboration), au pire de compétition généralisée. Avec une  supposition d'objectivité à son propre égard, qui singerait  une objectivité à l'égard de l'autre, et assurerait somme toute ce que Weber appelait l'éthique du capitalisme : le protestantisme de l'auto-confession, de l'auto-évaluation vertueuse.   C'est là que les corps intermédiaires (les syndicats par exemple, mais aussi les associations)  d'une part, l'opinion publique (votre théâtre par exemple) d'autre part  sont utiles, et ont un rôle essentiel à jouer. Il est trop difficile de lutter seul contre une demande insistante de l'employeur dont dépend votre salaire. On ne peut qu'obtempérer, en déprimant ou en rusant. Pour pouvoir prendre les choses par le haut, refuser en argumentant les pratiques par trop déplaisantes, infléchir les grilles d'évaluation, en proposer d'autres, inventer d'autres types d'évaluation plus appropriés au cas par cas, il faut être décisionnaire ou confiant dans l'intelligence des décisionnaires. C'est le cas d'une infime minorité, donc. D'où l'importance des autres, constitués en relais structurés et audibles. Mais s'indigner est une tâche qui appartient à tous les citoyens, et refuser la servitude volontaire, chercher les alternatives qui vous conviennent, est une décision qui appartient à tout homme.  – Rentabiliser le "matériel humain" à outrance pour rester concurrentiel face à l'automatisation : ce modèle pourra-t-il tenir encore longtemps ? – C'est une vieille histoire. Aristote disait que si les navettes filaient toutes seules, il n'y aurait plus besoin d'esclaves. Aujourd'hui les navettes filent toutes seules, les révolutions industrielles se succèdent, et il y a encore des esclaves, moins coûteux que les machines ou qui servent à les fabriquer et, en col blanc, à les commander. Le modèle ne cesse de s'adapter, en jouant sur les développements inégaux et sur la mondialisation.  Je crois qu'il y aura toujours de nouvelles adaptations virtuellement possibles.  Reste à savoir si nous les voulons, activement, passivement. Si nous avons le désir et la force de les refuser, de nous en exempter. Si nous savons inventer des alternatives réalistes, et ce que "réaliste" veut dire.  – L'homme inutile sera-t-il subventionné pour rester tranquille, ou d'autres modèles sont-ils imaginables ? – Je pense que, par cette question, vous voulez savoir si et comment on fera taire les laissés pour compte ?  Est-ce que l’Etat providence subviendra à leurs besoins, en inventant un revenu minimum pour inutile ? ou bien est-ce qu’on les mettra dans des villages vacances, des hôpitaux, des camps ? Est-ce qu’on les aidera à redevenir utiles par une formation continue ? Ou est-ce qu’on étendra l’idée d’utilité ? C’est, vous le voyez, chacun des termes de la question qui pour moi requiert éclaircissement. Arendt parle d'une "société de travailleurs sans travail" et dit qu'elle ne peut rien imaginer de pire. En quoi elle  se trompe d'ailleurs, il y a pire : une société de travailleurs, avec et très souvent sans travail (cela s'appelle des chômeurs), mais, dans un cas comme dans l’autre, sous surveillance. De l'élève à la personne dépendante, de l'acheteur à l'amoureux, c'est tous les usagers de la rue ou de la toile qui sont évalués et vus.  L'inutilité, du coup, il n'est pas si facile de savoir ce que cela veut dire. Inutile parce que sans travail, non produisant? Inutile parce que non consommant? inutile parce qu'invisible? A quoi un homme doit-il être utile? Il n'est jamais allé de soi dans l’histoire, ou pas souvent, qu'un homme utile soit un homme qui travaille. Ou alors il faut définir le travail. Tripalium, un supplice (selon l'étymologie latine du mot travail, ndlr) – ce n’est sûrement pas ça ! Arendt veut faire penser avec cette phrase forte qu'un homme est bien autre chose qu'un travailleur. Il peut créer des œuvres, toutes sortes d'œuvres; faire un potager, écrire un poème, élever un enfant, inventer une recette de cuisine, aider un malade. Il peut parler, et cela suffit peut-être pour qu'il soit utile. Aristote, encore lui, définissait l'homme comme un animal doué de logos, raison et discours, capacité de mettre en rapport. Et il ajoutait qu'à cause de cela, l'homme était un animal plus politique que tous les autres animaux, abeilles et fourmis. Un artiste, un citoyen, est utile. Nous sommes tous, non seulement des travailleurs potentiels, mais des artistes et des citoyens. Nous sommes donc tous "utiles", utiles à "l'humanité dans l'homme", comme disent Camus et l'Appel des appels. Mais de quoi vit aujourd'hui un homme utile de cette manière-là? D'un revenu minimum? De la débrouille? De la vente d'objets aussi inutiles que les lapins de Jeff Koons?  Et de quelle partie du monde parlons-nous? de quel Etat, de quel régime politique? Car de tout cela dépend aussi le sens de "rester tranquille" : ne pas faire de vagues, ne pas s'opposer, accepter ce qui vous arrive? Ne pas contrevenir aux lois de son pays? Ne pas faire de bruit, au propre comme au figuré? Etre tout simplement un être humain ? Je crois qu’il y a beaucoup de modèles possibles, beaucoup déjà inventés et pratiqués, et beaucoup auxquels nous ne songeons pas, dont nous n’avons même pas encore idée et qui nous paraîtront un jour aller de soi. Mais surtout, je ne sais pas ce que cela veut dire pour un homme, en général, que d’être inutile, ni de rester tranquille. 

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