Thierry Noellec
Publié le 23/06/2011

L'art de la divination


– Bon, ben je crois que c'est clair ma chérie ! Ton mari te trompe et tu vas bientôt mourir dans d'atroces souffrances. Voilà, c'est tout.
– Mais... les cartes, là, tu les lis pas à l'envers ?...
- Ah si ! ... Oh merde !
Depuis toujours scribouilleur en amateur, je consacre mon temps libre à écrire des romans noirs impubliables (et d'ailleurs non publiés) et à écrire des billets où l'humour potache et trash s'amuse de la médiocrité du monde. Ce qui me convient bien car on ne parle jamais aussi bien que de ce que l'on connait bien. 

Plus de...

Thierry Noellec

 ! 

Partager ce billet :

À voir aussi

Le 8 octobre 2015 à 07:32

Un pratiquant de water-polo se prépare à assassiner un adversaire pour attirer l'attention sur sa discipline

Pierre Larro a 36 ans dont 22 à approfondir sa passion, le water-polo. S’il pratique plusieurs fois par semaine ce sport avec entrain, c’est avant tout pour la sensation de bien-être et de dépassement de soi qu’il en tire. Mais malgré cette satisfaction, Pierre dit ressentir comme une frustration depuis bien longtemps, celle de voir cette discipline qu’il aime profondémentrester dans l’ombre des sports les plus populaires comme le football, le rugby ou le basket. Un déficit évident de notoriété auquel Pierre a décidé de mettre fin. A l’occasion d’un match amical qui se tiendra ce soir à La Garenne-Colombes dans les Hauts-de-Seine, il tentera d’attirer la lumière des projecteurs sur le water-polo en assassinant arbitrairement l’un de ses adversaires. Projet. Être au service de sa passion Il assure avoir un plan parfaitement ficelé. Pierre Larro, sans trop vouloir nous dévoiler ce qu’il a prévu, nous révèle quelques pistes de son projet : « Il est possible que je cache un couteau à cran d’arrêt dans mon maillot de bain et qu’en pleine partie je le sorte pour poignarder à la gorge un joueur de l’équipe d’en face. L’option de l’arme à feu est également envisageable. Mais pour ça il faut un complice dans les tribunes qui me lance le pistolet ou le revolver à mon signal et les risques d’enrayement à cause l’eau sont réels. A voir. » Quant à l’identité de sa cible, le poloïste déclare ne pas avoir encore pris de décision : « Ça peut être n’importe qui. Un attaquant, un gardien, je me réserve le choix. Au début je songeais même à tuer l’un de mes six co-équipiers pour que l’action soit encore plus spectaculaire mais j’ai ensuite trouvé cette option bien trop extrême. » Et le futur assassin de préciser : « Je prendrai probablement une décision au moment de rentrer dans l’eau. Un peu d‘improvisation n’a jamais fait de mal. » Enfin, sur l’objectif en termes de retombées médiatiques qu’il s’est lui-même fixé, Pierre Larro estime que ses chances sont grandes : « Si en plus il y a quelqu’un dans le public qui filme ça avec un portable ça peut très vite faire le tour du net et créer un véritable buzz. A coup sûr Jean-Marc Morandini va reprendre ça. Visuellement ça peut être très fort avec le sang qui se déverse dans l’eau et les autres joueurs qui s’affolent dans le bassin. Le water-polo tient peut-être là l’opportunité tant attendue de devenir un sport connu et reconnu mondialement. » Devancer le hockey sur gazon Cet assassinat, Pierre a décidé de le perpétrer aujourd’hui alors qu’il l’avait pourtant planifié pour la rentrée prochaine en septembre. Si le poloïste a choisi d’avancer sa fatale échéance, c’est pour éviter de se faire griller la priorité par d’autres sportifs issus de disciplines trop peu reconnues à leur goût : « Y a forcément un pratiquant de sandball ou de hockey sur gazon qui va avoir la même idée que moi et dans cette course à la reconnaissance, c’est inévitablement le premier à passer à l’acte qui sortira vainqueur. » Illustration: WikiCommons / Vladimir Vyatkin / Владимир Вяткин  

Le 19 mars 2014 à 08:11

Il sort d'un coma de 19 ans et ouvre un vidéo club

Ses proches n’ont pas osé lui dire qu’il faisait fausse route. Loïc Janson, un habitant de Pau, est sorti du coma à la mi-janvier après plus de 19 années de silence radio. Aujourd’hui âgé de 37 ans, ce dernier a décidé de réaliser son rêve d’enfant, à savoir devenir le propriétaire d’un vidéo club. Hélas, le palois risque de se confronter à de sérieuses difficultés économiques, ses amis refusant de lui révéler les changements de notre société depuis son entrée dans le coma en 1995. Éviter le choc « Il s’est réveillé un jour, sans prévenir. Et avant même qu’on lui parle de ce qui avait changé, il nous a dit que la raison pour laquelle il s’était réveillé, c’était ce vidéo club qu’il voulait ouvrir plus que tout. Alors on n’a pas osé lui dire la vérité. » explique, plein de culpabilité, Loïc, le meilleur ami de Loïc. Car pour Loïc Janson, tout commence le 11 janvier 1995. Alors qu’il revient en voiture d’une soirée, le jeune homme, alors âgé de 18 ans et un peu éméché au moment des faits, rentre parfaitement chez lui. Mais trois semaines plus tard, alors qu’il joue à la Super Nintendo, Loïc est victime d’une attaque cérébrale qui le plonge immédiatement dans le coma pour les 19 années à venir. Mais au milieu du mois de janvier dernier, le palois se réveille, demande à ses proches de se réunir autour de lui au plus vite. « Il nous a fait venir. Il avait le sourire. Il disait n’avoir aucun regret, que c’était le destin mais que maintenant il était temps pour lui d’être celui qu’il était au fond, un gérant de vidéo club. » raconte Loïc Sr., son père. Alors, famille et amis décident de ne pas révéler à Loïc l’impasse dans laquelle il se trouve, par peur de lui infliger un choc psychologique trop lourd. « Il avait l’air si heureux de pouvoir reprendre une vie normale. C’est tellement dommage qu’il choisisse une voie dans laquelle il va se marginaliser socialement. » commente Loïc, la sœur de Loïc. Étaler les révélations Malgré ce tabou dans lequel Loïc Janson est maintenu par son entourage, les proches de ce dernier souhaitent tout de même essayer de le ramener dans ce siècle qui est le nôtre. « On va d’abord tenter de lui annoncer que le service 3615 Ulla n’existe plus. Il faut y aller pas à pas. Parce que s’il tombe sur un Blu-ray par accident, il est capable de nous refaire un AVC avec un autre coma derrière. Ce qui serait plus pratique pour tout le monde cela dit. » nous dit le père de Loïc.   Le Gorafi

Le 26 mars 2013 à 10:53

Toulouse: il se fait abattre de 46 balles dans le corps pour avoir demandé un « pain au chocolat »

C’est une histoire qu’on préférerait être une blague. Mais la tragédie, elle, est bien réelle. Hier aux alentours de 16H15, dans une boulangerie du centre-ville de Toulouse, Benjamin Malot, un jeune touriste parisien de 26 ans a été brutalement mis à mort. Son crime ? Avoir demandé à la boulangère un « pain au chocolat » et non une « chocolatine» comme on l’appelle dans le sud-ouest. Récit. Un drame à cause d’une viennoiserie Liliane, 52 ans a été le témoin privilégié de ce terrible fait divers qui s’est déroulé dans cette petite boulangerie située à deux pas de la basilique Saint-Sernin : « Le garçon est entré tout souriant dans la boulangerie. La boulangère était très gentille également. Très polie, comme à son habitude. Puis il a fait sa commande et c’est là que ça a dégénéré. » Benjamin Malot demande alors un sandwich nordique, un canette de soda mais surtout demande un « pain au chocolat ». Ignorant qu’à Toulouse et dans la région, les habitants appellent ça une chocolatine. La boulangère entre alors dans une violente colère, comme le raconte Liliane : « Elle s’est mise à lui crier dessus, en lui disant « C’est à moi que tu parles ?! C’est à moi que tu parles ?! » La patronne sort ensuite un pistolet semi-automatique 9mm et le décharge intégralement et à bout portant dans la poitrine du touriste parisien. Plusieurs minutes passent, la boulangère semble se calmer. Elle enchaîne même quelques commandes de clients entrés dans sa boulangerie entre temps. Patrick fait partie de ces clients arrivés sur place après le début de l’incident : « On la sentait encore sous pression. Je lui ai demandé ce qui se passait. Elle m’a raconté le comportement de cet homme puis elle s’est à nouveau énervée et s’est remise à tirer sur lui alors que de toute évidence il avait l’air déjà mort. » Sylvie, la boulangère enragée tire donc à nouveau sur le cadavre de Benjamin Malot. Les témoins affirment l’avoir vu recharger trois fois son arme et les policiers chargés de l’affaire ont également confirmé la présence de 46 balles dans le cadavre du jeune homme. Une province qui se radicalise ? Si cette nouvelle a semble-t-il indigné bon nombre de personnes, à Toulouse et dans le Sud-Ouest, on essaie de relativiser la gravité de ce crime : « On se renseigne un peu sur les traditions et les coutumes de l’endroit où on se rend. C’est comme si je décidais d’aller à la Mecque avec une caricature de Mahomet sur mon T-Shirt. Ce qu’il a fait là le gars, c’est plus de l’inconscience qu’autre chose. » commente un autre habitué de la boulangerie toulousaine. Ce fait divers, même s’il devrait être classé sans suite par la justice toulousaine, pourrait bien porter à conséquence à l’échelle nationale. En effet, ce genre d’incidents semble se multiplier un peu partout sur le territoire et les pouvoirs publics se disent « vraiment très très inquiets ». On se souvient notamment qu’il y a 2 mois, une famille originaire de Lille avait été lynchée à mort sur la place de la Victoire à Bordeaux pour avoir appelé par mégarde une « poche » un « sac ». Le Gorafi Photo: Luc Latour / Wikicommon

Le 13 mars 2015 à 09:24

Noms (pas très) propres

ou l'altérité interdite

Pendant longtemps, une flopée de mes frères de papier, jugés trop "impolis", étaient bannis des écoles, des universités, de la télé, des bibliothèques publiques et des colloques intellos.Pendant longtemps, le Ministère de la Langue publiait chaque matin la liste des mots qu’il n’était pas de bon ton de prononcer ce jour-là.Des mots/des noms pas très propres.Remplacés par des mots/des noms propres, très propres sur eux, très comme il faut, des mots corrects, polis, lisses, validés par la police, la Police de la Grammaire Orthodoxe.Des mots BCBG, soigneusement filtrés par la brigade lexicale.Une littérature de fonctionnaires émargeant au Ministère de La Langue de Bois.Des scribes obséquieux pour littérature obéissante.Et les gens qu’il ne fallait pas écouter : poètes, écrivains, chroniqueurs, tribuns, activistes, publicistes, éditorialistes, meddah, ménestrels, et autres chanteurs de raï, le genre sulfureux-scandaleux par excellence.Toutes les chansons raï étaient interdites de radio.Des mots/ des noms pas très propres remplacés par des mots/des noms propres.DE LA GRAMMATOLOGIE (Derrida) rapporte ces mots de l’enfant d’El Biar : « La bataille des noms propres suit l’arrivée de l’étranger".Et les gens devenaient étrangers dans leur propre langue, dans leur propre patois, patelin, patrie, dans leur langue maternelle, paternelle, fraternelle, dans leur langue éternelle, dans leur propre intimité, dans leur propre douar, dans leur propre maison, dans leur propre pantalon, dans le creux de leur cœur et les replis de leur âme et l’anfractuosité de leur solitude ;  étrangers dans leur propre langue depuis que, dans les écoles, dans les mosquées, dans les cafés, au cinéma, au théâtre, à la télévision, on ne les entendait jamais car n’ayant pas assimilé la nomenclature des Mots Propres, eux les gens de peu.Les gens sans nom propre.Les gens sans nom tout court.SNP.SDF de la langue.Exclus du Thésaurus des mots officiels et du Logos Central.  Longtemps, on a enjoint aux écrivains d’écrire poli, d’écrire joli et de fermer leur gueule, pour être lus.Après, on a voulu leur clouer le bec pour de vrai.Pour de bon.C’était l’ère du Verbe d’Allah supplantant tous les verbes.Tous les mots."Lis au nom du Seigneur ton Dieu qui a tout créé".Qui a tout crée à partir d’un verbe.Le verbe « LIRE ».Mais eux, ils ne lisaient pas « au nom de Lui ».Ils ne lisaient que Lui.Que ça.A l’exclusion de toute autre parole.Comme si tout le reste, c’étaient Les Versets Sataniques.Et ils décrétèrent que seuls eux avaient le droit d’être publiés, lus, commentés.Obnubilés qu’ils étaient d’avoir le fac-similé du Coran imprimé sur leur hypothalamus.Et ils lui faisaient une promo d’enfer.Comme si Dieu avait besoin d’un agent littéraire.Et ils plombèrent l’ambiance, plongèrent les bibliothèques dans un silence religieux.Un silence de morts.D’une balle dans la narration.Et ce n’était pas une métaphore.Et ils les butèrent un à un. TAHAR DJAOUTDJILLALI LIABESSAID MEKBELABDELKADER ALLOULAAZZEDDINE MEDJOUBIYOUCEF SEBTILAADI FLICICHEB HASNINABILA DJAHNINEMAHFOUDH BOUCEBCIM'HAMED BOUKHOBZABAKHTI BENOUDARACHIDA HAMMADIAHMED ASSELAHRABAH ASSELAHAMEL ZENOUNSMAIL YEFSAHYOUCEF FATHALLAHYASMINE DRISSIOMAR OUARTILANEALLAOUA AIT MEBAREKMOHAMED DORBANENAIMA HAMOUDABRAHIM GUEROUIMATOUB LOUNES......... Djaout (assassiné le 26 mai 1993) l'avait prédit: "À l’heure qu’il est, ils ont déjà brûlé tous les livres en un incendie exorcisant. Ils ont compris le danger des mots, de tous les mots qu’ils n’arrivaient pas à domestiquer et à anesthésier. Car les mots, mis bout à bout, portent le doute, le changement. Il ne faut surtout pas que les mots entretiennent l’utopie d’une autre forme de vérité, de chemins insoupçonnés, d’un autre lieu de la pensée. Ceux qui, défiant l’injonction, s’agrippent aux mots incontrôlés, doivent être mis hors d’état de nuire. Par le bâillonnement, la liquidation si nécessaire." [Le Dernier été de la Raison] Mustapha Benfodil. L'AntiLivre. Roman-document. A paraître.    

Le 19 septembre 2015 à 08:45

Les interfaces

Les progrès du futur #2

Pendant toute la fin du XXe et le début du XXIe siècle, on fit d’important progrès dans la communication avec l’ordinateur. Les débuts historiques s’étaient faits avec seulement l’écran et le clavier. Puis on inventa les fenêtres et la souris. Plus tard vint le capteur de mouvement, grande contribution du jeu vidéo à l’informatique généraliste. Vers 2010-2020, les écrans devinrent tactiles, puis pliants, puis holographiques. On put enfin travailler debout en agitant les bras, comme Tom Cruise. Ce fut la période dite « windmill ». On vit le reflux des grandes épidémies liées au travail sédentaire, obésité et troubles musculo-squelettiques. Cela contribua à résoudre une partie du déficit budgétaire des pays riches. En revanche, les fractures de la main devinrent fréquentes. Pendant ce temps, la communication entre humains stagnait. On s’était très longtemps satisfait de la parole, fluide mais fugitive. L’écriture avait rendu possible l’accumulation des connaissances et le progrès technologique. Mais elle était lente. L’informatique, le réseau et les terminaux mobiles mirent un peu de réactivité dans tout ça. Cela dit, seul l’implant cérébral libéra véritablement la communication. Il devint possible de partager instantanément ses idées et ses impressions. On vit l’apparition de l’utopie fusionniste, qui prévoyait l’harmonie de l’espèce, sur la base d’une compréhension profonde et totale de tous les individus. Alors quelqu’un eut l’idée de connecter son implant au réseau. Ce fut la naissance du cybiocerveau planétaire.

Le 19 mai 2015 à 08:52

Abattu de sang froid par sa compagne après avoir dit qu'il allait « au coiffeur » dans la voiture « à sa mère » 

C’est dans une petite bourgade aux alentours de Lille que l’affaire a débuté. Nadège Legrand, professeur de français dans un collège ne supporte plus les fautesde Bruno, son compagnon de vie et l’abat sur un coup de tête. Une faute d’accord décisive qui fait d’ores et déjà frémir les dyslexiques de la langue française. Ce mercredi matin, c’est l’affolement à Quesnoy-sur-Deûle, personne ne s’attendait à ce geste de la part de Nadège, « une fille du pays qui a toujours le mot juste pour chacun », comme aime à le souligner la boulangère qui l’a vue grandir, de la maternelle jusqu’aux études supérieures de lettres en passant par la Terminale L. « C’est vrai qu’elle parle avec des mots intelligents qu’elle met toujours dans le bon ordre ; c’est la seule que je connaisse comme ça dans le Nord Pas de Calais ». Nadège est réputée être une bonne enseignante, aimée de ses élèves, sévère aussi. Cette sévérité, c’est Bruno qui en aura fait l’expérience. D’après les sources, nulle querelle n’aurait précédé l’acte fatal. Selon le médecin légiste, la victime semble avoir été surprise de l’assaut de sa compagne. Une seule phrase aurait été fatidique. Des témoins oculaires rapportent la scène telle quelle : Bruno serait sorti de leur pavillon en s’avançant vers sa voiture, Nadège lui aurait crié quelque chose du perron, certainement pour s’enquérir de ce que ce dernier allait faire, Bruno lui aurait répondu quelque chose, que Nadège lui aurait fait répéter, et c’est à ce moment que Nadège aurait empoigné un des nains de jardin de la cour et aurait fondu sur Bruno en fulminant. De là, un bref mouvement de surprise de la part de Bruno, et une scène de carnage qui ne se serait achevée qu’une fois Bruno à terre. Ce qu’ils se sont dit, aucun des témoins n’est en mesure de le rapporter. Une histoire de jalousie certainement, qui aurait poussé au crime passionnel. Interrogée pendant sa garde à vue, c’est une Nadège sans remords qui explique : « Ça devait finir comme ça, je le savais. Depuis 7 ans, je le corrige nuit et jour, il ne fait aucun effort, là c’était de trop, je n’ai pas supporté.” Et qui nous donne la clef manquante, bien loin de l’hypothèse émise du crime passionnel : « Et à cet instant il m’a dit : « Je vais au coiffeur dans la voiture à ma mère ». Je lui ai fait répéter pour savoir si c’était de l’inattention, mais cela n’en était pas. Ce n’est quand même pas compliqué d’utiliser un génitif complément de nom exprimant la possession ! « Domus Ciceronis », la maison DE Cicéron. « Carrus Matris », le char DE ma mère, je ne vais pas répéter les mêmes choses indéfiniment. Je fais déjà cela toute la journée avec mes élèves, ce n’est pas pour le faire à nouveau en rentrant à la maison.” L’aplomb et le calme de Nadège ce jour là pour expliquer son acte laissent la police judiciaire et la population de la petite ville désarmées. Les fautes de grammaire auront rarement été autant punies par un professeur de français qu’en cette journée funeste. La Ville de Quesnoy-sur-Deûle a cependant su tirer une leçon de cet incident dramatique et est depuis la première ville de France consommatrice de Bescherelle. Le Gorafi Photo: iStock/art2media Kreativagentur 

Le 21 septembre 2015 à 08:04

Le futur fait-il encore rêver ?

Le Professeur Pascal répond à vos questions

NON. Le futur faisait encore rêver il y a peu, quand on apprenait à le conjuguer à l'école ; c'était facile, il suffisait de prendre l'infinitif du verbe et d'ajouter les bonnes terminaisons, un peu comme on accroche des petits wagons à une locomotive. Et puis, en grandissant, on s'est rendu compte que le futur outrepassait largement ce qu'on avait appris dans les livres de grammaire où tout se tient sur le bout de la langue. On a commencé à déchanter aussi. Autrefois, on disait : « Quand je serai grand, je serai vétérinaire. » Aujourd'hui, on dit plutôt : « Quand je serai vieux, je ne serai peut-être plus serveur au MacDo. » De même, le futur qu'on nous promettait enfant semble avoir sacrément merdé quelque part. Tandis que la moitié du monde s'échine à trouver le meilleur régime minceur, l'autre moitié se sent si légère qu'elle n'a même plus la force de hurler dans le désert. Et le désert gagne du terrain chaque jour, si bien que les ours polaires ne savent plus comment s'habiller. Enfin, s'il y a un métier qui ne connaît pas de pénurie, c'est bien celui de VRP en Kalachnikovs et autres instruments de musique à balles sifflantes. Qu'on soit dans le Donbass, en Syrie ou au Yémen, on trouve toujours un VRP disponible pour vendre sa camelote payable en carte Visa, laquelle commence comme le mot « viseur ». Mais si la guerre vous indispose et si vous craignez même de mourir un jour (oui oui, ça arrive), tournez-vous vers les transhumanistes. Eux, au moins, ils n'ont pas peur du futur. A leurs yeux, l'Homme est fait pour être amélioré, augmenté, dépassé, à condition évidemment de disposer d'un compte en banque bien garni. Si c'est le cas, vous ferez peut-être un jour partie de ces happy few dont on aura transféré le cerveau sur un ordinateur. Eh oui, vous continuerez de vivre après votre mort physique, un peu comme Jésus quand il est monté au ciel, à ceci près que, l'ordinateur étant branché, vous ne serez pas à l'abri quand même d'une petite panne de courant, poil aux dents.

Tous nos invités
Tous les dossiers

derniers podcasts

je m'abonne :   
Kader Aoun et des stand-uppers : "Je n'abandonnerai jamais la banlieue"
Live • 23/03/2019
Tania de Montaigne : L'Assignation
Live • 07/02/2019
Florence Aubenas au grand oral désopilant du Barreau de Paris
Live • 07/02/2019
Eric Vuillard en conversation avec Pierre Assouline
Live • 13/02/2018
Tobie Nathan : Le Parlement des dieux
Live • 13/02/2018
Tous les podcasts

ventscontraires sur Youtube

Découvrez la chaîne
La revue en ligne du Rond-Point
Auteurs maison   Vedettes etc.   Confs & Perfs   Archives   Tous les chroniqueurs
Les vidéos   Les sons   Les images   Les textes  Nous contacter   Presse
ventscontraires.net, revue en ligne, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point.
Site administré par
© 2014 - CC.Communication