Desarthe Vs Despentes : c'est la première qui gagne
Des tuyaux pour ne pas perdre son temps dans le grand fatras de la rentrée littéraire
Amateurs de littérature, friands des nouveautés de la rentrée
littéraire, ne perdez pas votre temps avec le nouveau Despentes, dont
toute la presse parle — c’est un peu le même phénomène qu’avec
Houellebecq, on attend du shocking, mais il n’y en a guère —, un livre
qui se lit sans véritable déplaisir, certes, mais sans aucun intérêt non
plus. Non, lisez plutôt un outsider, un livre passé complètement
inaperçu et c’est très injuste, le nouveau roman d’Agnès Desarthe, Dans
la nuit brune. Dans ce livre qui enchante, qui émeut, qui remue, il est
aussi, comme chez Despentes, question de la disparition d’un
adolescent. Définitive, celle-ci, dans un accident de moto. Ce tout
jeune homme, c’était un garçon idéal, à qui, sans le savoir, le père de
son amoureuse était très attaché. Car cette mort violente plonge Jérôme, terne agent immobilier de la petite province française,
dans un tourbillon de sentiments, de bouleversements conduisant loin,
bien loin, « dans la nuit brune ». On y croise une jeune veuve éplorée,
une Anglaise complètement jetée, un ancien flic homosexuel, et surtout,
surtout, Jérôme, qui garde enfouie en lui l’empreinte de son passé
d’enfant sauvage… Ça a l’air fouillis, comme ça, ça pourrait même être
ridicule ; avec les mêmes ingrédients, quiconque d’autre qu’Agnès
Desarthe aurait pu faire une affreuse et chichiteuse mélasse. Mais ce
livre, je vous le dis, est un enchantement, dans le sens premier du
terme. Ne boudons pas le petit Poucet qui sommeille en nous.
Dans la nuit brune, Agnès Desarthe, Editions de l’Olivier