Clio Verrin
Publié le 21/06/2011

Monsieur Blasse !


Une pièce inachevée de Georges Feydeau

Charles DESPAGNE, riche négociant  Reine, sa jeune épouse  BLASSE, nouveau secrétaire de DESPAGNE  La Bonne  
Scène 1 La scène est dans le salon des Despagne. Demeure cossue, à la campagne. On entend le tic-tac d’une horloge, et la pluie battante au dehors. Reine est seule. Elle mange des chocolats.  

REINE (à elle-même) .  Quel temps ! Et Charles qui n’est toujours pas rentré… Mais je m’ennuie, moi ! Il n’est jamais là ! Toujours à ses affaires ! Et quand il ne travaille pas, il est à la chasse ! Il me laisse toute seule, dans ce trou perdu, sans amour ! Ah oui, j’aurais dû écouter ma pauvre maman ! (rêveuse) Heureusement, il y a ce jeune homme… Tous les jours, il dépose une boîte de chocolats dans le jardin. On n’en trouve pas d’aussi bons dans ce patelin. Et il y a trois jours, il m’a écrit une lettre si gentille ! Je vais finir par le prendre pour amant, si ça continue ! Mais il n’a même pas signé sa lettre…  

Scène 2 Reine, La Bonne  

LA BONNE
(entrant). Madame, un messager vous apporte une lettre de Monsieur.

REINE.
Enfin !  

Scène 3 Les mêmes, BLASSE, trempé  

REINE (à part). Oh ! Qu’il est beau !(troublée)  Monsieur ?

BLASSE (à part). Oh ! Qu’elle est belle ! (troublé) Madame. Mon nom est Blasse, Rudy Blasse. Je suis le nouveau secrétaire de Monsieur Despagne. Il m’a chargé de vous remettre une lettre.

REINE (vivement).  Donnez ! Donnez ! (elle lit) « Mon Bichon STOP Plus de cartouches STOP Prépare m’en STOP Il y a du vent STOP Je t’embrasse STOP » (à part) Oh, c’est l’écriture du jeune homme ! (regardant Blasse) Mais c’est lui, alors !  

Scène 4 Les mêmes, DESPAGNE, ruisselant  

DESPAGNE.
 Ma femme, me voici !

REINE.
Ciel, mon mari !  

(BLASSE s’évanouit)  

REINE et DESPAGNE (ensemble). Monsieur Blasse ! (Reine s’évanouit. DESPAGNE, voulant la secourir, glisse, tombe, et ne bouge plus. La Bonne les regarde en haussant les épaules)                                                         

RIDEAU

Niche sous les toits de Paris
Passe le plus clair de ses journées dans les théâtres
Traîna un temps ses guêtres à l’Ecole du Cirque
Prend souvent la ligne 13 en ce moment
Déteste l’hiver
Adore le camembert
Porte régulièrement une casquette de Jules et Jim
Migre, l’été venu, au Festival d’Avignon
Aime les rencontres improbables
N’aime pas trop parler d’elle à la troisième personne

 

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Clio Verrin

 ! 

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Le 22 juillet 2011 à 09:17

Ubu malade ou La Débâcle de la Médecine

Une pièce inédite d'Alfred Jarry

Le docteur KNOCK, Le PERE UBU, La MERE UBU, La GARDE.   La scène est dans le cabinet du Docteur Knock.   KNOCK (en s’essuyant les mains). Mariette, faites entrer le patient suivant. (Le Père Ubu entre, suivi de la Mère Ubu.) MERE UBU. Docteur, c’est affreux, mon époux est fort malade. PERE UBU (se tenant le ventre). De par ma chandelle verte, ma gidouille me fait bien mal… (Knock s’approche du Père Ubu et lui appuie sur l’estomac) KNOCK. Est ce que ça vous gratouille ou est ce que ça vous chatouille ? PERE UBU. Merdre ! Bouffresque ! Vous me faites mal ! Arrêtez, ou je vous fais donner force coups de bâton ! KNOCK (impassible, en lui prenant le pouls). Qu’avez-vous mangé au déjeuner ? PERE UBU. Presque rien, c’est vendredi, on fait maigre… Tout au plus quelques kilos d’andouille… MERE UBU. Et une rouelle de veau… PERE UBU. Avec un poulet rôti pour l’accompagner KNOCK. Je vois… (il lui palpe le cou) Avez-vous conscience de votre état ? PERE UBU. Ho ! Ho ! J’ai peur ! J’ai peur ! Ha ! Je pense mourir ! MERE UBU (implorant). Ah ! Docteur ! Sauvez mon mari ! KNOCK. Souhaitez-vous guérir ? PERE UBU et MERE UBU (ensemble). Oui !!! KNOCK. Dans ce cas… Rentrez immédiatement chez vous, et mettez-vous au lit. Ce soir, prenez juste un bol d’eau chaude. Aucune nourriture solide pendant une semaine, tout au plus un demi biscuit trempé dans un verre de lait… MERE UBU. Tout ce que vous voudrez, Docteur ! PERE UBU. Madame de ma merdre, je vais vous taper ! (il la poursuit, puis s’approche de Knock, l’air furibond) Cornebleu ! Jambedieu ! Tête de vache ! A moi la garde ! On veut assassiner le Père Ubu ! LA GARDE (accourant). Nous voilà ! Nous voilà ! PERE UBU (désignant Knock). Gardes ! Emparez-vous de ce bélître, enfoncez-lui des petits bouts de bois dans les oneilles et passez-le par la machine à décerveler ! (les gardes emportent Knock, qui crie et se débat en vain). Ah ! Ma femme ! Me voilà guéri ! Que la Médecine est une grande et belle chose !                                                                     RIDEAU

Le 5 décembre 2012 à 08:19

Victor Hugo, premier jet

Nous connaissons tous le célèbre poème de Victor Hugo…     Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps. Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit. Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombeUn bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.   Mais ce poème a subi plusieurs réécritures du maître avant d’arriver à cette version définitive. Nous venons de retrouver le manuscrit du premier jet de Totor et nous le livrons à votre avide appétit.     Demain ou après-demain, bref quand je serais peinardJe partirai. Du calme, je sais bien que tu m’attends.Mais c’te putain d’forêt et mes très vieux panardsFont que je risque de mettre un peu plus longtemps.Je marcherai les yeux baissés pour éviter les barbelésSans rien voir vu le maudit brouillard du jour d’huiSeul, les mains nues, le nez glacé, les couilles geléesPutain, pourquoi m’as-tu dit de partir la nuit !Je ne regarderai ni la lune ni le cul d’l’épagneulCelui qui puait la vase dans le marais d’HarfleurEt quand j’arriverai, j’te foutrai sur la gueuleTu verras, ma souillon, tu sentiras ta douleur.

Le 5 juillet 2011 à 09:13

Oncle Viana

Une pièce inachevée d'Anton Tchekov

SOPHIA ALEXANDROVNA, 17 ans. ELENA ANDREEVNA, épouse du père de SOPHIA, 27 ans.   La scène est au salon, dans la demeure familiale. Au lointain cour, un piano et une porte. Au jardin, une table et deux chaises. SOPHIA se trouve près de la table et regarde pensivement un verre vide.   ELENA ANDREEVNA (en entrant). Le Major est parti ? SOPHIA (songeuse). Oui… (elle chantonne : Ah ! Si j’avais un franc cinquante…) ELENA ANDREEVNA. Qu’as-tu, Sonia Alexandrovna ? Tu sembles songeuse… SOPHIA. C’est drôle…Il est parti depuis un moment, mais je crois encore entendre sa voix… (vivement) Comment trouves-tu le Major ? Est-ce qu’il te plaît ?ELENA ANDREEVNA. Oh, oui ! Beaucoup… SOPHIA. Je suis heureuse ! Heureuse ! Quand il est arrivé tout à l’heure, j’ai tout de suite remarqué que son œil avait viré au bleu indigo, ce qui chez lui est signe de soif… Je lui ai préparé un Foutralafraise… ELENA ANDREEVNA (l’interrompant). Un Foutrakoi ? SOPHIA. Un Foutralafraise. C’est comme un Alexandra, mais tu remplaces la crème de cacao par de la liqueur de fraise. Il a eu l’air ravi ! Il m’a dit que même son pianocktail n’en prépare pas d’aussi bons… ELENA ANDREEVNA. Raconte ! Raconte encore ! SOPHIA. Il m’a dit aussi qu’il allait organiser une surprise-partie samedi prochain... Il y aura son ami le Bison, qui jouera de la trompinette ! Et des disques de musique de jazz qui corrompent notre belle jeunesse… Les garçons porteront des vestes trop longues, et les filles des jupes trop courtes… Même Jean-Sol Partre sera là ! Et tout le monde dansera ! Le swing, le jitterburg et la barbette gauloise ! Comme à Saint-Germain-des-Pieds ! (un temps) Et tu connais la meilleure, Eléna Andréevna ? ELENA ANDREEVNA (vivement). Dis-moi ! SOPHIA. Il nous a invitées ! Toutes les deux ! ELENA ANDREEVNA(poussant un cri). Oh oui ! Comme ce sera bien ! J’ai toujours rêvé de danser la barbette gauloise ! SOPHIA. Je vais aller demander la permission à mon père ! Il dira oui, j’en suis sûre ! (elle sort en courant) ELENA ANDREEVNA (chante, en s’accompagnant au piano). J’suis snob J’suis snob C’est vraiment l’seul défaut que j’gobe Ca demande des mois d’turbin, C’est une vie de galérien SOPHIA (revient. Elle regarde Eléna, qui s’interrompt). C’est non. Il ne veut pas.   RIDEAU

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