
Yesterday, sort en 1965 sur
l’album « Help » des Beatles et va devenir la chanson la plus reprise
avec plus de 3000 versions et la plus diffusée par les radios du monde. Cet été
1965, le monde est une promesse d’avenir radieux, de jeunes étudiants amoureux
se baignent dans le fleuve Han et prennent le soleil en écoutant Yesterday sur
un transistor ramené des USA par les GI’s de la base. Cette même année, 3 ans
avant 1968, le sociologue américain Seymour Lipset publie une thèse expliquant
que la situation dans laquelle se trouvent les étudiants serait propice à la contestation et à un
changement de monde. Au même moment Che Guevara se rend en Corée du Nord et, faisant
peu cas de la famine et la torture, déclare que « ce pays est un modèle
révolutionnaire auquel Cuba devrait aspirer ». Séoul est à peine plus
grand que Bordeaux, la partie sud du fleuve est une campagne marécageuse
infestée de moustiques et personne ici ne boit du vin.
Et les Beatles chantaient, un
truc qui colle encore au cœur, au corps et au slip :
Hier, tous mes problèmes me
paraissaient si loin
Aujourd'hui, on dirait qu'ils sont là dans le but de rester
Oh, je crois en hier
Soudainement, je ne suis pas la
moitié de l'homme que j'étais
Il y a une ombre suspendue au-dessus de moi
Oh, hier est venu soudainement
Aujourd’hui on ne se baigne plus dans les eaux sombres
et lourdes du fleuve Han. Seul le monstre de « The Host » y montre le
bout de sa queue. La base et les Gi’s sont toujours là après le Vietnam,
l’Irak, L’Afghanistan. Des millions de Nord Coréens souffrent encore de la
torture et de la famine. Les jeunes étudiants manifestent contre le prix des
inscriptions à l’université mais ne veulent surtout pas changer le monde. Des
milliers de jeunes nantis branchés sud coréens portent des T shirt avec le visage du Che et surconsomment
leur vie en plastoc tandis que leurs pères se rejoignent au Cigar Club pour
fumer de gros cubains. Les quartiers ultra modernes du sud du fleuve Han sont
dix fois plus grands que Bordeaux. Les moustiques prennent l’ascenseur et se
hissent jusqu’au 63
ème étage de la tour et viennent sucer le sang sucré
de l’élite qui déguste des grands crus de 1965 et réclame au dee-jay Kay
d’Orsay dans une nostalgie chic et vintage de jouer le dernier remix de
Yesterday, 3001
ème version d’un 21ème siècle radieux actif.
(Another Barbarian in Asia – Henry Halfwarm)