Katja Kaufmann
Publié le 01/07/2011

Ce que veulent les femmes


Pubologie pour tous

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En publicité comme en politique, on a besoin d’une opinion publique. On l’appelle « les gens », « les Français », « la ménagère » ou « Monsieur Dugenou », mais la réalité de base est toujours la même : il existe une kyrielle de personnes différentes, avec des avis différents, des besoins différents et des aspirations différentes, mais aussi un peu pareils des fois. Et il faut en faire un tout compact et transparent, qu’on peut facilement saisir et qui offre des généralisations bien pratiques, du type « les Français veulent plus de sécurité » ou « la ménagère veut qu’on lui vende du rêve ».

En publicité comme en politique, il n’est pas question de tirer cette opinion publique vers l’avant. Il est question de la suivre. De la comprendre au mieux. De savoir de quoi parlent tous les Monsieur Dugenou et les Madame Duchemin quand ils prennent le thé. Mais en publicité comme en politique, on ne croise pas Monsieur Dugenou et Madame Duchemin tous les jours (on a arrêté de prendre le métro, c’est sombre et ça pue la pisse).

En publicité comme en politique, Monsieur Dugenou et Madame Duchemin sont donc des graphiques en bâtons, des courbes, des camemberts et de bons vieux clichés réacs. Une pincée de mépris et l’on obtient des certitudes sur ce qu’ils veulent entendre. Et l’on a bon espoir que si on leur dit ce qu’ils veulent entendre, ils nous donneront ce qu’on attend d’eux.

Dans une France où tout le monde penserait ainsi, la peine de mort aurait cours, l’on avorterait encore avec des kits de loisirs créatifs et la publicité ne serait que le tas infâme et fade de clichés que cette chronique essaie de dénoncer.

Et maintenant, une parenthèse de fiction théâtrale (toute ressemblance avec des faits réels est probablement garantie par une étude d’opinion) :

MONSIEUR DUGENOU. - Ah vous verriez ma petite-fille. A 6 ans c’est déjà une vraie petite femme. Comme elle minaude ! Tout ce qu’elle veut, elle l’obtient !

MADAME DUCHEMIN. - C’est celle dont les parents ont divorcé ?

MONSIEUR DUGENOU. - Non, ça c’est mon autre petite-fille. Mon fils n’a pas aimé que sa femme lui fasse un gosse dans le dos. Il était pas prêt vous voyez. Mais c’est comme ça les femmes, quand y’a les hormones qui se réveillent, elles peuvent pas attendre. Elles sont faites pour ça après tout !

MADAME DUCHEMIN. - Ah ben oui hein, c’est la nature. Les femmes elles ont le charme pour elles, les hommes c’est la force. Il faut respecter ça.

MONSIEUR DUCHEMIN. - C’est bien vrai ça : il faut respecter la nature. Tenez, les homosexuels, moi j’ai toujours dit : c’est contre-nature. C’est qu’ils ont pas essayé d’être normaux, ou que ça s’est mal passé. J’ai toujours dit : un homme, ça ne peut pas résister à une belle femme !

MADAME DUCHEMIN. - Bien sûr. Y'a quoi à la télé ce soir ?
Née avec une cuillère en bisphénol A, un ordinateur et un modèle réduit de monster-truck dans la bouche, Katja Kaufmann voulait devenir Présidente. Mais elle est nulle en horticulture, alors maintenant elle vend des lessives. 

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Le 10 août 2015 à 09:35

Des Male Tears

- He bébé, tu te rends pas compte, mais la place des hommes dans la société c’est quand même super difficile. - Yo mon frère, on va causer un peu.   Une terminologie qualifie ces plaintes et récriminations, terminologie inventée par les féministes anglo-saxonnes : « les male tears » (alors, même moi qui suis une quiche en anglais j’ai saisi le truc, je te fais donc grâce de la traduction). Quand un représentant du sexe masculin (je précise : un homme blanc cisgenre hétérosexuel de 30 à 60 ans, grosso modo) commence à dire qu’il souffre de la moindre place qui lui est accordée en tant qu’homme et que sa position est difficile, tu peux le regarder bien gentiment (n’agresse pas, même quand tu en as par-dessus la tête, ça sert à rien, sauf à t’épuiser) et lui asséner : « Male tears, mec » Parce que l’homme blanc cisgenre hétérosexuel de 30 à 60 ans est – même s’il ne l’a pas choisi – tout en haut de l’échelle de domination de notre société. Nombreux en sont conscients, mais beaucoup sont encore dans le déni ou trouvent cela insupportable, cette vérité, parce que cela les empêche d’être dans la plainte. Il y a 3 grandes catégories de plaintes. - injonction à la virilité : un homme doit se comporter…. « en homme ». On ne pleure pas, on est un battant, on a de l’ambition, on est courageux et fort, etc. - les difficultés professionnelles, dans un pays où l’hyper compétitivité ainsi qu’un certain immobilisme laissent énormément de gens sur le carreau de l’emploi, - les plaintes de l’ordre de la séduction ou de la sexualité, parce que « aujourd’hui ça devient très compliqué de séduire les femmes, elles sont trop exigeantes », la solitude, les frustrations sexuelles, etc.   Je vais être extrêmement claire : je n’ai jamais dit qu’être un homme c’est facile. Et je n’ai jamais nié ces difficultés. En revanche, ce qui est mis en balance, c’est qu’être une femme est encore plus difficile.   - L’injonction à la féminité. HUHUHUHUHUHUHUHUHU.Hem, pardon. C’est nerveux. - Les difficultés professionnelles. Dans un pays où le travail à temps partiel est celui des femmes, où le chômage des femmes est nettement supérieur à celui des hommes, où les salaires ont un écart de 15 à 20% à postes égaux, et où les hautes fonctions sont investies par les hommes à plus de 80%, je ne vais pas me lancer dans un cours : j’ose espérer que je n’aurai pas à subir de malhonnêteté intellectuelle de qui que ce soit. Parce que je ne crierai pas (voir plus haut), mais ça va me faire énormément fulminer. « Oui mais attends Marie, t’es bien gentille, mais comprends le souci : qui va garder les gosses ?! »… Parce que voilà, il y a ÇA aussi.   - La séduction et la sexualité. « Tu sais, si tu cherches un mec, dans une soirée, ou sur internet (ou n’importe où), toi en tant que femme tu auras bien plus de chances que moi (homme blanc, etc.) de pouvoir vivre une relation SEXUELLE ». Ok. Peut-être bien. Et encore ça reste à prouver, mais j’accepte le postulat (et après on dira que je ne fais pas d’effort…). Et alors ? Parce que clairement, je n’ai strictement rien contre le fait que l’on puisse chercher des partenaires de sexe pour et uniquement dans cette optique, mais encore faut-il que cela soit a minima de qualité…. Or dire : « Mets des photos de toi à poil sur le net et tu vas pécho grave », je vais être extrêmement claire sur le fait que cela intéresse finalement assez peu de femmes et souvent si tel est le cas, dans des contextes ou périodes spécifiques de leur vie (je répète « chacun fait ce qu’il lui plaît », je ne porterai jamais un quelconque jugement de valeur sur la sexualité de qui que ce soit, je m’en fous pour tout dire, je ne fais que rapporter des faits généraux). Mais pour trouver une relation – même si elle n’est basée que sur l’attrait sexuel – un tant soit peu intéressante (quel que soit le point de vue d’où l’on se place) les choses ne semblent pas plus simples pour les femmes que pour les hommes. Et je ne parle même pas des critères liés au physique, à l’âge, à la situation socio-professionnelle, etc. Nous aurions besoin d’un tableau excel. J’ai pas envie. Donc ok, je veux bien admettre que c’est plus simple de se faire choper à l’arrière d’une voiture pour une femme que pour un homme, si le désir nous en prend, mais comme ce n’est pas dans la très grande majorité ce qui est recherché par ces mêmes femmes, je ne peux le valider comme argument du « c’est plus simple pour vous ». Ah oui, une dernière chose sur ce point : arrêtez définitivement de nous parler de vos « pulsions ». Franchement, passé 14 ans, ce n’est plus entendable.   Ma vie est assez facile. Je suis une femme blanche de 40 ans, qui correspond à des critères sociétaux valorisés sur plein de points, j’ai un contexte familial d’ascendance et de descendance protecteur. Je suis assez haut dans l’échelle de domination sociétale (et dans ce cadre il me semble que le féminisme intersectionnel est une urgence absolue et je suis extrêmement admirative de celles qui s’y collent parce que ce chemin est bien plus ardu que le mien). Or je fais attention à ne pas faire de MGBV Tears face à des personnes bien plus dominées que je le suis ; et si cela se produit malgré-moi (puisque personne n’est exempt d’égocentrisme et de Caliméro style), d’écouter ce que l’on me dit. Pour y réfléchir. Tout simplement.   Alors Messieurs, s’il vous plaît, arrêtez de plaindre votre petit nombril en permanence, il se porte plutôt bien, et entendez un peu ce qui vous est dit. Ce sera déjà un énorme pas vers notre égalité.   Dessin : James

Le 13 août 2015 à 09:10

Et Dieu, dans tout ça ?

Pubologie pour tous

Dans la pub, rien n’est laissé au hasard. Il y a par exemple des gens payés pour choisir, au milieu de 50 petits rochers en chocolat, quel petit rocher en chocolat est l’archétype des petits rochers en chocolat, et saura à lui seul être le petit rocher en chocolat porte-parole de tous les petits rochers en chocolat. Ces mêmes gens passent des heures entières à tourner le petit rocher en chocolat dans tous les sens pour trouver quelle répartition des noisettes dans le rocher en chocolat sera l’archétype de la répartition de noisettes, le porte parole de toutes les répartitions de noisettes de tous les petits rochers en chocolat. Je ne vous la fais pas avec la table laquée noire, vous aurez compris. Alors pour ce qui est du texte, vous l’imaginez, on pèse, on soupèse, on trapèse, on djainifeurlopèse chaque mot, chaque virgule. Pour atteindre au final un haut degré de précision. C’est comme pour les tirs chirurgicaux dans les guerres propres. Sauf que là, il n’y a pas de civils qui meurent par centaines, mais sinon c’est pareil. Pour arriver à cette merveille. Merveille qu’on peut paraphraser ainsi : oh là là, dans ce monde réac et bien-pensant, on ne peut même plus montrer une femme à poil sans se faire enquiquiner (ce qui, premièrement, n’a rien à voir et ensuite, est faux et sera prouvé prochainement dans un billet féministo-énervé de base, je cherche juste l’image de fesses qui sera l’archétype de toutes les images de fesses), heureusement nous on a un truc super sensuel à vous proposer et c’est sans danger pour la morâle des foules. Ouf. Notez ensuite le « Dieu merci ». Dieu, merci. Merci Notre Père qui êtes au cieux, oui, lui. Merci Dieu quoi ? Merci Dieu de nous permettre, à nous les gens qui font des petits rochers en chocolat, d’abreuver les masses de super pubs trop brillantes où on a trouvé une super idée pour vendre un produit, idée qui consiste à montrer le produit, oui on sait c’est révolutionnaire, merci Dieu, c’est un peu grâce à vous, bisous. Car vous aurez appris quelque chose aujourd’hui : Dieu existe, et il est avec nous, les publicitaires. Ce qui explique tout. Sauf cette affiche.

Le 23 juillet 2015 à 08:30

Gros sur la patate

Pubologie pour tous

On pourrait croire que cette publicité n’est rien d’autre qu’un tableau niais, absurde et clichetonnant d’un bonheur familial parfait tel qu’on en rêvait dans des temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Eh bien c’est plus ou moins le cas. Car ce spot est en fait une reprise de ce spot, datant de 1976. Et puisque la publicité est un miroir de la société, menons une analyse comparative des deux versions pour en tirer des conclusions sur l’évolution (ou la non-évolution) de la société. On notera par exemple, que l’on fait moins d’enfants en 2011 qu’en 1976 : 3 contre 6. Les deux restant cependant au-dessus du taux de fécondité français. Car chez nous, au moins depuis Pétain, une famille parfaite est une famille nombreuse. C’est aussi toujours Madame, en rose, qui cuisine, même si Monsieur, en bleu, est présent en 2011, alors qu’il est absent en 1976. Pour ça, merci les 35 heures ! On remarque ensuite des changements dans les préoccupations des parents. Dans les années 1970, Madame fait de la purée Bidule car elle est « sûre que tout le monde en reprend ». Puis l’obésité est passée par là, 3 des enfants de la première pub sont morts avant 40 ans d’une maladie cardiovasculaire, et l’on s’est mis à privilégier la qualité à la quantité. En 2011, Madame est « sûre de ce qu’il y a dedans », mais aussi, heureusement, « sûre que tout le monde est content ». Ben oui, 35 ans ont passé, mais le rôle de bobonne est toujours le même : contenter Monsieur et ses petits chérubins. Mais comment fait-on pour savoir aussi précisément ce que les gens attendent de la vie et de la purée lyophilisée en 2011 ? Eh bien, on n’a pas trouvé de meilleure idée que de le leur demander. Alors on a plusieurs façons de faire bien sûr. Dans le cas de ce chef-d’œuvre audiovisuel, il est fort probable qu’on ait réuni dans la même salle une petite dizaine de mamans avec deux points communs. D’une part, elles font de la purée lyophilisée à leurs enfants, et d’autre part, elles ont du temps à perdre pour des études consommateurs. Face à ces femmes, un spécialiste hautement qualifié (comprendre : un étudiant en psychologie) observe, relance et oriente la discussion, qui sera enregistrée et décortiquée pour trouver LA vérité de ce que vivent au quotidien les consommateurs de purée lyophilisée. Non, bien sûr que non n’attend pas que le consommateur nous donne une idée. Non. Bon, d’accord, quand, à la 12ème minute, Madame Duchemin a glissé un « ben une chose est sûre hein, quand je fais de la purée Bidule, je suis sûre de ce qu’il y a dedans ! », ça ressemblait à l’idée qu’on a eue, mais ça n’a fait que révéler une solution qu’on avait déjà à l’esprit sans le savoir. Bon par contre, je mettrais ma main à couper que pourtant, personne n’a dit « ben une chose est sûre, moi quand on me prend pour une cruche, ça me donne envie d’acheter de la purée Bidule !»

Le 16 mai 2011 à 12:00

Pirate 2.0

Nous savons enfin qui est La Régie, mais nous n'avons pas encore trouvé le moyen de l'empêcher de nuire.

Il aura été pendant longtemps le chroniqueur le plus mystérieux de ventscontraires.net. « Il » ou « elle » ? Son nom de chroniqueur, c’est « La Régie ». Qui frappe fort et juste. La Régie qui ne respecte rien ni personne, qui transgresse les tabous, qui dézingue les marques, bref, La Régie ne pouvait être qu’un ou des affreux jojo(s). Et pourtant, à l’en croire, « c’est une organisation unipersonnelle ». Son idée était d’ « d’infiltrer la rédaction de ventscontraires.net pour “promouvoir” les intérêts des grandes marques et du monde financier. Aujourd’hui, ajoute le chroniqueur masqué, on peut tout dire (ou presque) d’un président ou d’un pape, mais attaquer de front une marque en utilisant son logo, son univers visuel, etc., c’est bien plus subversif. C’est même illégal. » La Régie est aussi au-dessus des lois. D’ailleurs, grâce à une enquête approfondie, on a appris que La Régie envoyait ses missiles graphiques depuis le port de Sète. Il (elle, eux ?) avait donc décidément tous les attributs du pirate. Un pirate 2.0, qui, baignant dans la masse des informations comme dans celle de la publicité, a choisi de « marketer l’actu. » Exemple, son acide vision du handicap : « C’est un peu triste à dire, mais je fonctionne sur le mode du règlement de compte. Ma mère me demande si j’ai fait ma promesse de don au Téléthon, et hop, une forte envie me vient d’être méchant avec les handicapés. » Méchant, oui, c’est son principal trait de caractère, et c’est aussi pour ça qu’on l’aime, à ventscontraires.net. Mais ne nous y trompons pas, même les plus purs sont corrompus, et si La Régie est si à l’aise avec l’outil graphique, c’est parce que c’est son métier : « Je suis graphiste et je gagne bien mieux ma vie en servant les marques qu’en les flinguant ! Dommage… » Même s’il considère que « la discrétion est de mise pour une bonne infiltration », nous avons fini par le démasquer. « Le », oui, car « La » Régie est un homme, il s’appelle Nicolas Ripoll et c’est le responsable de la maquette de ventscontraires.net, nous venons de l’apprendre. La discrétion, en effet, est de mise pour une bonne infiltration. Nous l’avons vu apparaître dans un tourbillon sur la Piste d’Envol, Jean-Daniel Magnin et moi-même en étions tout décoiffés (ce qui est, pour Jean-Daniel, notez un exploit).

Le 8 août 2011 à 08:29

Lavons notre linge sale en famille

Pubologie pour tous

Je ne sais pas pour vous, mais moi, cette pub me donne une impression de déjà-vu. Là.Sauf que là, le héros est en plein bad trip. Je ne sais pas vous, mais moi je ne suis pas en plein bad trip. Et pourtant je vois ça.Ca, c’est une famille absolument normale. Le papa s’appelle John-John et la mère s’appelle Becky. Ils se sont rencontrés en 1992 sur une croisière dans le Pacifique, et dès le premier coup d’œil ils ont su qu’ils étaient faits l’un pour l’autre. John-John était aventurier, il chassait des trésors, mais pour Becky il a accepté de se ranger et il est devenu astrophysicien à mi-temps (l’autre moitié du temps, il est maître-nageur bénévole à Lampedusa et il passe ses nuits à cuisiner du riz arborio pour envoyer du risotto aux courgettes à la Somalie). Ils se sont installés à Meudon où ils ont acheté une maison avec la dot de Becky. Ils ont eu leurs deux enfants du premier coup et coup sur coup, car Becky était très fertile. Ils ont appelé l’aîné Bernard et la cadette Emmy. Emmy parlait 3 langues à l’âge de 4 ans et aime par-dessus tout Bach et le mouvement dada, tandis que Bernard ne s’intéresse qu’au foot et aux équations du 3ème degré.Mais Becky s’ennuie dans cette vie trop parfaite. John-John l’aime-t-elle toujours autant depuis qu’elle a pris 544 grammes avec ses deux grossesses ? Peut-être réalise-t-elle aussi que sa lessive ne respecte pas les couleurs, et que les vêtements de sa famille ont tendance à devenir ternes au fil des lavages. Ca la rend triste.Heureusement pour son anniversaire, John-John décide de la surprendre : il lui achète Grup, une lessive en bulles pour un linge aux couleurs éclatantes. Betty est heureuse : ça y est c’est sûr, John-John est toujours fou d’elle. Pour fêter ça, toute la famille se retrouve au milieu de son jardin (John-John a ramené cette variété de gazon vert fluo de Patagonie) en se tenant la main pour regarder Bernard renvoyer leur ballon de foot aux voisins.L’important vous comprenez, c’est qu’on puisse s’identifier.

Le 27 avril 2011 à 15:13

Restons soudés

(Comme titre, j'avais aussi "caustique dans les prés")

On m'a dit « Pas mal, ta première chronique, mais la prochaine fois, il faudrait être plus caustique. » « Super », j'ai répondu, parce que j'ai des lettres. Avant de faire une semaine d'angoisse de la page blanche aiguë (j'ai essayé d'écrire en vert sur fond mauve, ça n'a pas aidé et j'ai eu un peu mal au coeur). Parce que pour un Suisse (je suis suisse, je ne sais pas si j'en avais parlé), ce n'est pas si évident d'être caustique, à cause de la neutralité, du calvinisme et des erreurs de traduction. En France, c'est beaucoup plus facile : on te refile une chronique et hop, tu parles de politique, tu balances tes vannes caustiques avec la verve d'un chacal et la faconde d'un narval, « Nicolas Sarkozy est petit », « Marine Le Pen est la fille de Jean-Marie Le Pen, qui est borgne », « Nicolas Hulot a présenté Ushuaia, comme le savon », c'est drôle, c'est efficace et avec un peu de chance, tu te fais renvoyer ou insulter par un autre chroniqueur et là, c'est le succès garanti. En Suisse, c'est plus compliqué, parce qu'avec la présidence tournante (oui, oui, comme le ping-pong), personne ne sait jamais trop qui est le Chef d'état. Le temps qu'on fasse une blague sur sa taille, ses dents ou ses cheveux (nous aussi, on a de fins analystes de la chose publique, tu crois quoi?), il a déjà cédé sa place. Et puis de toutes façons, le caustique, j'y touche pas trop, à cause de mon hypocondrie.

Le 9 juin 2010 à 13:00
Le 8 avril 2014 à 07:32

Les Français perdraient 22 heures par an à faire des calculs statistiques inutiles

Une étude menée sur un panel représentatif et pilotée par le Centre National de la Recherche Scientifique prouve que les Français passeraient chaque année 22 heures en moyenne à faire divers calculs statistiques loin d’être indispensables. Les chercheurs ont suivi pendant toute une année 400 volontaires qui ont accepté de faire un compte rendu de toutes les opérations statistiques qu’ils effectuaient au quotidien. « Cela peut aller du simple fait de compter les marches d’un escalier jusqu’aux calculs les plus improbables » dit Marc Giron, responsable au CNRS, qui explique que l’étude a, par exemple, permis de découvrir une forte tendance chez les hommes à tenir des statistiques très précises sur leurs performances dans le domaine du sexe et de la séduction. Avec plus de 30 heures par an, il s’agirait même, selon le chercheur, du domaine de prédilection des hommes, loin devant le football et l’automobile. « Les hommes ressentent un besoin irrésistible de se comparer, et de tenir une comptabilité précise de leurs exploits ou de leurs échecs sexuels » commente Marc Giron, qui avoue, graphique et tableau à la main, en être à une moyenne de 14,66 rapports par an depuis sa majorité. Une épidémie de « statistite aiguë » ? Les chercheurs ont également pu démontrer que la petite manie de faire des statistiques peut, dans certains cas, tourner à l’obsession, voire virer à la pathologie grave. « Nous avons rencontré chez certains sujets une addiction extrême » explique Marc Giron en prenant l’exemple d’un patient qui, selon lui, passait chaque jour plusieurs heures à comptabiliser le temps de parole de chacun de ses interlocuteurs. Une pathologie à laquelle le chercheur dit échapper, puisqu’il démontre à nouveau à l’aide d’un graphique rester sous la moyenne nationale avec 20,9 heures passées par an à dresser des statistiques.   Le Gorafi

Le 24 août 2015 à 09:59

De l'obligation maternelle

Une femme n’est pas une mère. (Pour ceux qui ne me connaissent pas, je le dis d’autant plus que j’ai moi-même mis trois enfants au monde.) Devenir mère pour une femme, en France, est devenu un choix. N’oublions jamais de remercier à ce propos toutes celles et tous ceux qui se sont battus dans les décennies précédentes pour nous puissions l’avoir, ce choix, et l’exercer librement (droit à la contraception, etc.). Toutefois, la société exerce une pression sociale extrêmement forte et violente sur les femmes (et avant elles, les petites filles, qui DEVRONT un jour ou l’autre procréer). L’injonction est sans fin et se joue dans plusieurs champs : - Les femmes qui ne veulent pas d’enfants (childfree) sont regardées de travers. On leur intime l’ordre (parce qu’il s’agit bien d’ordre naturel contre lequel nous ne pourrions envisager de déroger…) de remplir un jour ou l’autre leur utérus. Sinon, elles sont suspectes (de millions de choses). - Les femmes qui veulent des enfants, sont catégorisées comme mères. Et là aussi on rentre dans des schémas de paroles parfois hallucinants. Puisqu’une femme qui choisit de devenir mère, qui s’est conformée à son désir mais aussi à une norme sociale, n’est plus que cela ou tout au moins, cela en premier lieu. Ok, alors nous sommes plusieurs milliards sur cette planète, la survie de l’être humain (en volume), n’est pas à l’ordre du jour. Si des femmes, même nombreuses, ne souhaitent plus se reproduire, et bien, aucune inquiétude à avoir : l’espèce ne va pas s’éteindre là, de suite. On a de la marge ! Ce point réglé, on peut s’interroger sur le paradoxe sociétal. Pourquoi une femme doit toujours être à un moment ou un autre de sa vie, associée systématiquement à sa fonction reproductive ? Pourquoi une femme sans enfant inquiète ? Pourquoi une femme ayant enfanté doit être remisée et cantonnée à ce rôle ? Faire des enfants, c’est historiquement avoir une sexualité régulée. Or, la chose la plus flippante qui soit, est bien la liberté (ou la possibilité de… Rien que cela est suffisamment angoissant) sexuelle des femmes. Ne pas faire d’enfant, c’est dire en creux : « je suis libre de toute la panoplie de la mère, je fais ce que je veux (et souvent, ce « tout » n’est pas tant que ça, mais les fantasmes sur le dévergondage féminin sont sans fin) de mon corps/sexe, etc ». Et ça, ça fait très très très peur. Oui, oui. Parce que la femme libre sexuellement est libre tout court. Et beaucoup ont encore du mal à admettre une telle idée. On ne sait jamais : des catastrophes intergalactiques pourraient en découler. Ou tout simplement une société libérée de la phallocratie et du patriarcat…. Faire des enfants c’est rentrer dans le cadre très rassurant de celle qui a perdu une part de cette liberté (ce qui là aussi, est un véritable fantasme, puisque les femmes ayant rejoint la maternité n’ont pas à nier pour autant leur choix sexuels ni leurs désirs). Elle est devenue mère, cette fonction, ce rôle, devrait prendre la plus grande place, de son existence, de son temps. L’enfant serait nourricier de la plus grande partie des besoins féminins. S.U.P.E.R. Tu m’étonnes que plein de jeunes femmes ne veuillent pas d’enfants ! Nous ne sommes pas des mères. Nous sommes des femmes. Qui pouvons avoir le désir de devenir mère. Ou pas. Et cela ne concerne absolument personne d’autre que nous-mêmes. Aux orties les diktats moraux et sociétaux ! (P.S : La prochaine fois je te raconterai peut-être pourquoi je n’ai pas voulu allaiter mes enfants et tout ce que l’on s’est PERMIS de me dire, tous les REPROCHES que l’on m’a jetés à la figure, toutes les INJONCTIONS que l’on m’a faites, et comment j’ai tenu bon : parce que là aussi, notre corps nous appartient et que Fuck les « ce serait mieux que tu ….. » - Bisous - )   Dessins : James

Le 18 août 2011 à 08:23

À vendre : Coussin de Culture

Chers spectateurs, grâce au coussin de culture, offrez-vous pour la rentrée l’indispensable objet qui vous accompagnera tout au long de la saison culturelle. Plus que l’incontestable gain de confort qu’il apportera à votre postérieur fatigué par les insupportables fauteuils qui équipent théâtres et salles de spectacles, le coussin de culture est avant tout le moyen de reprendre la parole en douceur.Offrant une face rouge et une autre verte, il permet de marquer son enthousiasme ou son dégoût. Il suffit pour ce faire, de le brandir vigoureusement au dessus de sa tête en orientant la face appropriée vers la scène. Prenez garde tout de même à ne pas fâcher vos voisins de derrière en abusant de cet usage.Si votre voisin direct ne partage pas votre appréciation du spectacle, vous pouvez le frapper sans retenue armé de votre coussin. Attention, il n’est pas garanti qu’il soit, comme vous, l’heureux propriétaire d’un coussin de culture. Dans ce cas, il sera peut être tenté de vous frapper à son tour avec la première chose qui lui tombera sous la main : le programme, son sac, son parapluie, son poing, un autre spectateur…Durant un spectacle comique, si votre voisin direct s’entête à éclater de rire systématiquement quelques dixièmes de seconde avant vous, ou pire, quelques dixièmes de seconde avant même que l’effet comique soit totalement achevé par son ou ses interprètes, étouffez-le en appliquant uniformément votre coussin sur sa bouche et son nez.Une fois le spectacle terminé, plutôt qu’une ovation bruyante et désordonnée, frottez votre coussin de culture contre votre torse d’un mouvement circulaire et régulier, face verte orientée vers la scène. Si vous n’avez pas apprécié, levez-vous, tournez-vous, et fessez-vous (délicatement) à l’aide de votre coussin, face rouge orientée vers la scène.Dans le cas d’un rejet profond du spectacle, pendant le salut, rien ne vous empêche de propulser violemment votre coussin de culture directement sur les acteurs. Grâce à la texture douce et soyeuse de sa toile 100% coton, et à son fourrage en plume de goéland (oiseau bien connu pour son esprit critique), les dits acteurs vous en seront reconnaissants.Sur le chemin du retour, dans le taxi, le métro ou le bus, placez votre coussin sous votre tête et reposez vous un peu. Faites le vide. Vous l’avez bien mérité. Alors, cher spectateur, n’hésitez plus, exprimez-vous, impliquez-vous, commandez sans plus attendre votre coussin de culture. Attention, il n’y en aura pas pour tout le monde !Profondément,La régiePS : Journalistes, critiques, partenaires institutionnels, le coussin de culture « face rouge / face verte » existe aussi en version « face verte / face verte », et en version « face rouge / face rouge ». Une version « face blanche / face blanche » est en cours de conception.

Le 20 juillet 2015 à 10:19

De ces petits riens du tout qui nous gâchent nos soirées dansantes

Parmi les désagréments récurrents de leur vie quotidienne, les femmes subissent les types qui les tripotent sans leur consentement. Et ceux qui les insultent. Et ceux qui, sans mots orduriers, les insultent plus encore. Et c’est de cela dont je vais te parler aujourd’hui. J’appartiens à ce que les sociologues ont nommé jenesaisplustropcomment, mais tu sais cette nouvelle catégorie socio-professionnelle : milieu culturellement privilégié mais économiquement pas super à l’aise*. Je te raconte ma vie pour t’expliquer mon contexte. Donc je fréquente tout un tas de personnes de même catégorie socio-professionnelle (grosso modo), je vis en province (au fin fond du monde pour tout dire) et je ne suis pas confrontée au « harcèlement de rue » tel qu’il existe dans les grandes villes. Non, je suis confrontée au mec super lourd, sexiste, cultivé, de classe moyenne à moyenne supérieure. Alors je ne sais pas comment ça se passe rapport au harcèlement de rue, mais celui que je viens de décrire, c’est une plaie.   Parce qu’il a raison. Parce qu’il a fait des études supérieures ou qu’il a un job socialement valorisé. Parce que tout le monde sait, mais que personne n’en parle. L’omerta. Parce que franchement, tu pourrais rigoler, quoi. C’est pas méchant. Oh ça va, n’en fais pas tout un pataquès.   Ras le bonbon. Et c’est vraiment le cas de le dire. Ce qui n’est pas supportable dans certains quartiers ne l’est pas plus un cocktail à la main. L’argent n’achète pas tout (tu le vois là, le Carlton qui se rapproche, mais je ne sombrerai pas dans cette facilité). Ma problématique face à cette espèce de néandertalien, c’est que je m’en veux. Beaucoup. Par mon manque de réaction, à chaud. Par cet effarement qui a chaque fois me prend à la gorge et m’empêche de renvoyer droit dans ses cordes l’importun. - « Comment un homme cultivé peut se comporter ainsi au 21ème siècle ? » - « Peut-être qu’il rigolait en fait ? » - « C’est moi qui suis trop réactive… » Etc. Etc. Etc. Culpabilisation culturelle et éducative (et pourtant vis-à-vis de cette dernière, j’ai plutôt été bien instruite). Finalement, « je dois bien la chercher » cette façon de faire chez l’homo erectus qui me fait face. Et puis j’apprends au fil des conversations, des bavardages des uns et des autres, qu’il n’y a pas de fumée sans feu. Qu’untel est très connu pour avoir la main leste sur toute rotondité qui passe à sa portée, que tel autre aime bien coincer les filles dans des coins sombres « sans vraiment leur faire de mal, hein ». Ah ? Et il commence où « le mal » que l’on fait à un être humain ? Là où les autres ont décidé qu’il devait l’être pour leur propre confort moral ? Il commence là où il y a plainte. Où la personne (homme, femme) incriminée dans une relation subie – même « uniquement » verbale – dit qu’elle a vécu cela de façon négative, humiliante, qu’elle s’est sentie salie. Et si elle n’est pas reconnue comme victime (« Oui, c’est un connard, non ce n’est pas de ta faute » fait déjà l’affaire pour moi) il y a fort à parier que la prochaine fois elle laissera de nouveau passer le harceleur, sans le faire trépasser (métaphoriquement, je suis pour la non-violence). Enfin, lui ou un de ses congénères. Et culpabilisera encore. Et le cercle vicieux, blablabli. Alors, toi, homme égalitariste, féministe, du 21ème siècle, s’il te plaît, quand tu es au courant qu’un type n’est pas bien reluisant dans ses attitudes avec la gent féminine, aucune d’entre nous ne te demande d’aller lui casser le nez APRES qu’il se soit comporté comme le dernier des Cro-Magnon. En revanche, n’hésite pas à nous mettre en garde AVANT. On y gagnera tous du temps, de l’énergie et du LOVE sur cette planète. Parce que ce Cro-Magnon-là, il te fait du mal à toi aussi, à ton genre, à ton sexe, à ce que les femmes pourraient trimballer comme préjugés et réactions, par défense. Give Peace a Chance. Mais Fuck les affreux.   * « Intellos précaires » me souffle l’oreillette. Dessin : James

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