Noël Godin
Publié le 01/07/2011

Marcel Mariën (1920-1993)


Les cracks méconnus du rire de résistance

Louis Scutenaire, E.L.T. Mesens, Paul Nougé, Achille Chavée…, le surréalisme belge de combat a été incarné par quelques satanés pendards qui en ont fait voir des belles à « ces faces de pets qui nous gouvernent » (Scutenaire) sans se faire poisseusement récupérer à la fin de leur vie. D’entre eux tous, le pire « boutefeu de sédition » (comme on disait d’un Blanqui), ce fut sans nul doute Marcel Mariën. C’est qu’il n’avait pas usurpé sa réputation de grand « récidiviste du canular ».

C’est à lui, par exemple, qu’on doit le gag, en février 1955, des cartons d’invitations dupeurs à une cérémonie d’hommage à André Breton dont les postures autoritaires et les transes magico-mystiques dédiées aux « grands transparents » agaçaient de plus en plus les rebelles belges. « Dans un froid glacial, une cinquantaine de personnes, dont la presse et la radio, s’étaient rendues à l’hôtel Lutecia pour y tomber sur un colloque des Auvergnats de Paris, marchands de bois-charbon. »

Neuf ans auparavant, à Bruxelles, c’est lui aussi qui est l’instigateur de la blague du cycle sexologique : « Nous venions de réussir un coup de maître au Palais des Beaux-Arts, en lançant une invitation pour des conférences sur la sexualité, qui devaient être “illustrées de scènes explicatives pour lesquelles de jeunes intellectuels des deux sexes prêteraient leur concours”. Cette invitation, présentée comme une initiative culturelle du Séminaire des Arts avait jeté l’émoi dans le personnel chargé de la location des places, à la fois submergé par les demandes tout en étant incapable d’y pourvoir. »

Et il frappera encore plus fort, en 1962 quand il fera annoncer dans un tract illustré d’un billet de 100 FB distribué au Casino de Knokke-le-Zoute la veille d’une rétrospective René Magritte que le peintre « a décidé de vendre désormais ses œuvres à des prix dérisoires ». « Ce dernier, complètement effaré, recevra aussitôt des félicitations d’un peu partout. »

 

Mais Marcel Mariën ne fut pas seulement un maître-farceur de premier calibre ayant amorcé tôt sa galapiate carrière lorsque, adolescent, il s’en allait permuter les croix de bois plantées sur les sépultures des cimetières de campagne. Outre qu’il se lança en 1953 dans la contrebande de cigarettes et de parfums entre la Normandie et les Antilles et qu’il devint en 1963 trafiquant de lingots d’or sur la rivière de Saïgon, il fut également un faussaire piednickeléesque consommé.

En 1939, pendant son service dans l’armée belge, il fabrique des permissions à la chaîne en contrefaisant la signature de son commandant.

En 1941, il vend ses premiers recueils de poèmes sulfureux à… des macchabées. Il coche, en effet, les noms et adresses des défunts du jour à qui il envoie ses opuscules contre remboursement. « Je réussis même, relate-t-il dans Le Radeau de la mémoire, à caser un exemplaire chez un défunt qui portait le même nom que moi, jouant sur l’homonymie de l’expéditeur et du destinataire pour abuser la famille éplorée. » La même année, en temps que nègre inspiré du parfumeur-collectionneur René Gaffé, il crédite son employeur d’une douzaine d’essais artistico-littéraires brillants qu’il bricole gredinement en pillant savamment des textes déjà existants. « Il va sans dire que plus d’un critique coté s’extasia sur la pertinence et la nouveauté de ces mosaïques. »

De 1942 à 1946, il vend moultes faux Picasso, Braque, Ernst ou Chirico, tous confectionnés en tapinois par Magritte.

En 1951, « mandé par un congrès de receveurs communaux pour y prendre note des discours prononcés », il en marie les mots-clé avec « un collage de textes empruntés à divers auteurs tels que Montesquieu, Pascal, Alain, Valéry. »

En 1953, il écoule à Oostende et à La Panne des faux billets de 100FB ouvrés par les frères Magritte.

En 1958, turbinant dans une agence publicitaire, il truque au profit de comparses les résultats des concours hebdomadaires d’une firme de poudre de lessive.

Au risque de vous donner le tournis, n’en restons pas là et complétons cet édifiant portrait avec d’autres frasques de Marcel Mariën.

En 1939, il écrit au roi Léopold III pour lui suggérer « d’intervenir sans tarder pour que l’on élevât anticipativement un monument aux morts de la guerre qui s’annonçait ». Il signe sa requête Léon Degrelle.

En 1955, il crée le Prix de la Bêtise Humaine qui est décerné conjointement au roi Baudouin, pour son voyage au Congo belge et à André Malraux pour l’ensemble de son œuvre esthétique.

En 1959, avec son scandaleux film blasphématoire L’Imitation du cinéma, fort vite interdit en France et en Belgique, il pause la question : « Pourquoi un homme tombant dans la rue déclenche-t-il le rire et non pas le Christ avec sa triple chute pendant le calvaire ? »

Et il n’arrêtera jamais de prodiguer aux jeunes générations délurées de fort avisés conseils pratiques de cette farine.

« Sans doute il y aurait-il quelque bien à agir adroitement sur les tristes décors qui nous ont été légués, à les faire passer de leur signification actuelle à leur signification réelle : par exemple, à badigeonner de bran Notre-Dame de Paris. »

« Arrêtez d’un geste désespéré la plus luxueuse limousine que vous croiserez sur la route. Demandez à l’occupant, comme si vous aviez affaire à un maître de maison où l’on vous aurait invité l’endroit de la toilette. »

« Si vous êtes amené à assister à un enterrement religieux, au moment où l’employé des pompes vous remet un cierge et vous invite à faire le tour du catafalque, il vous est très aisé, feignant de trébucher par exemple, de mettre le feu au poêle qui recouvre le cercueil. »

 

À lire le réjouissant dossier collectif L’Imitation du cinéma. Histoire d’un film ignoble (Éd. La Maison d’à côté) dans lequel on prend connaissance d’un communiqué de presse historique de la Centrale Catholique : « Le film en question est une parodie sacrilège du christianisme mêlée d’une obscénité qui dépasse toute imagination. On espère que le Parquet prendra les mesures nécessaires pour mettre hors de circulation cette pellicule indigne d’un pays civilisé. » Un DVD de l’objet du scandale escorte le texte.

Valent aussi le coup d’œil : l’étude de référence Les 100 mots du surréalisme (Que sais-je ?) par les profs universitaires belges Paul Aron et Jean-Pierre Bertrand ayant bien potassé leurs fiches.

La bio éperonnante de Geneviève Michel Paul Nougé. La Poésie au cœur de la révolution (P.I.E. Peter Lang) qui raccorde futefutement les provocations ludiques du groupe surréaliste de Bruxelles à la saga situationniste.

Et puis encore le Petit Guide de l’irrévérence au pays de Liège (Yellow Now) fricassé par d’enjoués connaisseurs du sujet, les historiens Alain Delaunois et Pierre-Olivier Rollin et l’agitateur anarcho-pataphysicien André Stas.

Dans le très catholique "Télérama" belge, "Amis du film et de la TV", Noël Godin, dans les années 70-75, a saboté méthodiquement, et sans jamais être démasqué, les différentes rubriques dont il était titulaire en y injectant une tonnelée de faux "camérages" et de fausses interviews de célébrités cinématographiques, et en rendant compte, de retour de festivals, d'une foultitude de films inexistants dont il fournissait les photos de tournage. A part ça, l'escogriffe a écrit quelques traités de haute pédagogie ("Anthologie de la subversion carabinée", "Entartons entartons les pompeux cornichons ! ...) et a réalisé quelques courts métrages bougrement éducatifs ("Prout prout tralala", "Grève et pets", "Si j'avais dix trous de cul"...).
Toute l'actualité anarcho-pâtissière sur http://www.gloupgloup.be 

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Noël Godin

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Le 13 juin 2012 à 09:52

Au plus offrant

Le football est un business, c'est bien connu. Les plus grandes stars se monnaient des millions et la valeur d'un club ne se mesure aujourd'hui plus seulement sur le terrain mais également en bourse. Forts du constat que tout s'achète et tout se vend, quelques supporters belges – dont l'équipe nationale ne participe pas à l'Euro 2012 – ont décidé de louer leurs services et soutiendront finalement le voisin néerlandais qui vient d'entamer difficilement la compétition. Ce mercenariat d'un nouveau genre se fera – rassurez-vous – au profit de l'Unicef mais il ouvre de séduisantes perspectives aux amateurs de profits et de compétitions en tout genre. Imaginez un électeur français dont le champion ne serait pas qualifié pour le second tour des législatives. Plutôt que d'appliquer docilement les consignes de vote de son parti, l'électeur dépité pourrait proposer son vote au candidat le plus généreux. J'entends d'ici les plus pragmatiques rétorquer que l'achat de vote n'est pas une nouveauté et que le clientélisme sévit déjà dans de nombreuses régions mais il s'agirait ici de développer et de systématiser le principe. Ainsi, au lieu de déplorer une abstention massive, on pourrait instaurer un marché global où se croiseraient abstentionnistes cupides et partisans fortunés. A l'instar du marché du carbone, où les pays sous-développés vendent leur droit de polluer, on créerait un marché ou les sous-votants cèderaient leur droit de vote aux plus offrants. Ceci ne serait peut-être pas très démocratique mais avouez que ça aurait de l'allure.

Le 8 mai 2011 à 18:25

Jan Bucquoy

Les cracks méconnus du rire de résistance

Le turbulent conservateur du musée du slip (à présent itinérant) n’a jamais cessé de semer loufoquement le trouble en Belgique. On sait que chaque 21 mai, depuis 2005, brandissant un drapeau noir, le pendard prend réellement d’assaut le Palais royal de Bruxelles en enjambant acrobatiquement les barrages policiers dressés devant lui jusqu’à ce qu’il soit arraisonné, menotté et bouclé. Objectif du larron : convier les sans-logis à venir squatter les somptueux appartements inoccupés du roi Albert II et déclencher une insurrection ludique visant à métamorphoser les élections en une gigantesque loterie grâce à laquelle toutes les fonctions publiques, y compris les plus hautes, seraient désormais désignées par le hasard et pourraient dès lors être occupées quelque temps par votre poissonnier ou votre belle-sœur.Mais Jan Bucquoy ne s’en tient pas à sa tentative de coup d’état annuelle. Ses happenings burlesques transgressifs ne se comptent plus.•    Il a un jour convoqué le roi Baudouin par voie d’affiches à venir se faire décapiter sur la Grand Place de Bruxelles. Le souverain se faisant attendre au moment dit, le turlupin a coupé la tête de l’un de ses bustes avec une hache de bourreau vénitien avant d’être enseveli sous les gardiens de la paix.•    Il a brûlé en 1971, au grand dam de la presse culturelle, une gouache de Magritte valant 7 500 euros et en a collé les cendres sur une toile de façon à créer une nouvelle œuvre : « Les Cendres de Magritte ».•    Il a sorti en bédé une « Vie sexuelle de Tintin » qui lui a valu bien des désagréments. Les héritiers d’Hergé lui ont toutefois lâché la grappe dès qu’ils ont appris qu’il disposait de documents épicés sur l’antisémitisme de l’auteur de « Tintin au Congo ».•    Lors d’une de ses expos de collages sulfureux, au Cirque divers de Liège en l’occurrence, il a reçu la visite du parquet de la ville qui a saisi l’ensemble des œuvres montrées pour « outrage à la famille royale » et « insultes envers des chefs d’états étrangers ». Le lendemain, Bucquoy a exposé dans la même galerie des photocopies géantes de ses travaux confisqués. Nouvelle saisie du parquet. Une dizaine de mois plus tard, venant récupérer ses biens au palais de justice de Liège, le sacripant a redéployé les matériaux saisis devant l’austère bâtiment en offrant du champagne et des petits fours aux passants effarés.Les autres frasques « spitantes » du réalisateur-agitateur des 7 épisodes filmiques de « La Vie sexuelle des Belges » sont retracées gloupitamment dans « La Vie est belge » (éd. Michalon) et « Jan Bucquoy illustrated » (disponible aux Belles Lettres).

Le 23 août 2011 à 09:03

Hubert, chien de cirque

Le mois dernier, j’ai revu mon cousin Hubert. Je lui trouvé l’air éteint. Comme nous nous aimons bien, il s’est un peu confié. — En janvier dernier, figure-toi, j’ai ouvert un blog, comme tout le monde. Ça distrait. Trop. Je me suis enflammé pour l’auteur du premier commentaire aimable, une jeune parisienne, à ce que j’ai compris. Et me voilà parti à lui composer des poèmes, à faire des cabrioles, à inventer des tours, à la suivre à la trace sur tous les chemins virtuels possibles. Ah ! Le succès que j’ai eu, c’est peu dire qu’il ne fut même pas d’estime. Alors j’ai fermé mon maudit blog. Pour en ouvrir un second, puis un troisième qui lui était spécialement dédié. Et plus j’implorais un regard, une minute d’attention, plus les coups de pied pleuvaient. Enfin j’exagère, mais elle ne venait plus jamais me lire. La nuit, je dormais sur le paillasson de son blog à elle, sans oser y entrer. Le jour, je mettais au point pour le mien de nouveaux numéros qui auraient pu enfin l’attirer et lui plaire. Niet. Les compliments, les petits mots pleins d’esprit étaient toujours pour les autres. Je dépérissais. Puis, bizarrement, mon visage changeait un peu, mes oreilles aussi, et je me suis mis à manger beaucoup de viande, moi qui avant la détestais. Quand plus personne n’a reconnu ma voix au téléphone, j’ai compris qu’il fallait vraiment faire quelque chose. J’ai voulu supprimer mon compte, mais on m’a répondu qu’il n’existait pas, qu’il n’avait jamais existé.

Le 3 août 2011 à 12:23

« Je serai la présidente des solutions »

Ségolène Royal, Europe 1, mardi 2 août 2011.

La ci-devante candidate présidentielle n’est peut-être pas une idéologue, mais comme tautologue elle assure. A la tête d’un pays mieux vaut  en effet lui apporter des solutions que se noyer dans ses problèmes. Dès à présent, elle ne se repose pas Ségolène Royal et laisse les vacances à ses rivaux de la primaire socialiste. C’est qu’elle ne manque pas d’idées, mais qui ont souvent l’inconvénient de pécher dans le suivi. Alors aidons-la à former le gouvernement d’une présidente des « Solutions ». Quitte à chambouler les étiquettes. A Matignon, un Premier ministre des « Exécutions » s’imposerait, poste où un bourreau de travail est requis, ça va sans dire. Au Budget un simple secrétaire d’Etat aux « Equations » suffirait ( Bac S exigé), alors qu’à l’Economie le portefeuille des « Hypothèses » est justifié tant les indices sont précaires, les cours instables et les échanges irréguliers. A l’Intérieur un ministre des « Elucidations » nous changerait de prédécesseurs en charge des horions, privations et autres stigmatisations. Aux Affaires étrangères, pleine compétence pour les « Complications » sachant que l’Occident n’est pas moins compliqué que l’Orient et que l’Europe est un sac de nœuds. Pourquoi du coup ne pas nommer à ce poste un ex-belge : en l’occurrence un Wallon « rattaché » à la France ? Il est probable que lorsque Ségolène sera présidente,  les Flamands auront bien fini pas déployer les ailes de leur indépendance. Et c’est ainsi que la France serait (encore plus) grande !

Le 9 avril 2011 à 08:45

Tornade chantilly sur Mgr Léonard, primat intégriste

Carte postale de Belgique

Bonjour les aminches,A Bruxelles, c'est la bamboula.Notre internationale pâtissière vient d'entarter Monseigneur Léonard, le primat intégriste de l'Eglise catholique belge.Louvain-la-Neuve, mardi 5 Avril 2011Alors qu’il se rendait à l’université catholique de Louvain-la-Neuve à un débat avec le professeur de physique théorique Jean Bricmont sur le thème « Concilier science et foi, est-ce bien raisonnable ? », Mgr Léonard est tombé dans une embuscade pâtissière.Une première tarte à la crème a atterri sur son visage au moment où il entrait dans le bâtiment universitaire. Une fois débarbouillé, André-Joseph Léonard a pu gagner sans encombre l’auditoire Coubertin où on l’attendait. Mais à peine le primat de l'église catholique belge avait-il pénétré dans les lieux qu’il recevait de plein fouet trois nouvelles tartes dégoulinantes.Les quatre jeunes entarteurs de l’archevêque intégriste, qui n’en étaient pas à leur coup d’essai (en 2011, opérations Éric Zemmour et Melchior Wathelet), se sont ralliés depuis peu à l’Internationale pâtissière.Gloup, gloup, gloup, gloup !Entartons, entartonsl’homophobe ratichon !Déclaration à chaud des Maurice Gloup :"Entartons, entartons les homophobes en robeEt les anti-avortements qui, dégueulassement,Protègent ceux qui tripotent les petits enfants.Que M'sieur SIDA ne s'en fasse pas,la capote, eux, ils ne la mettent pas."

Le 20 septembre 2010 à 10:18
Le 2 mai 2011 à 12:00

Roll & Rops

Félicien Rops

Belge et re-rebelge, Félicien Rops (1833-1898). Peintre, caricaturiste, illustrateur, aquafortiste, donc artiste de l’acide. De lui, il disait : « Je sais que je ne respecte pas assez les notaires, que je suis étourdi comme un hanneton et insouciant comme un moineau, je sais que je ne suis pas utile au bien de l'Etat mais ce dont tu ne doutes pas et qui ferait tomber en syncope tous les gens sérieux jusqu'à la cinquième génération mâle, c'est que je suis heureux et presque fier d'être ainsi ; et non autre... ceci je l'espère passe les bornes d'une honnête insanité... » A Namur, il ne faut pas manquer de visiter son musée sis entre la gare et la Sambre. De Bruxelles, empruntez la E411 puis la sortie 13 (Champion). Prix d’entrée : 3 €. Etudiants, troisième âge : 1,50 €. Enfants : gratuit. Rops faisait dans le drôle et le noir, à la pointe sèche. En témoignent les titres de ces œuvres : La Peine de mort, L'ordre règne à Varsovie, La Médaille de Waterloo, La Buveuse d'absinthe, Satan semant des graines, La Grève ou Mors syphilitica. Il estimait que « l'amour des jouissances brutales, les préoccupations d'argent, les intérêts mesquins, ont collé sur la plupart des faces de nos contemporains un masque sinistre où l'instinct de la perversité, dont parle Edgar Poe, se lit en lettres majuscules; tout cela me semble assez amusant et assez caractérisé pour que les artistes de bonne volonté tâchent de rendre la physionomie de leur temps ». Dans son œuvre, beaucoup d’érotiques, moyen le plus direct de mettre les conventions à nu. Un ouvrage de 1888, jolie perle bibliophilique chinée le samedi 30 avril, nous livre cette anecdote : Félicien Rops connaissait bien Auguste Poulet-Malassis, exilé en Belgique en 1863. C’est l’éditeur de Baudelaire dont Rops illustrera par la suite Les Epaves. A Bruxelles où le poète le rejoint au printemps 1864, couvert de dettes, miné par la drogue et la maladie, Poulet-Malassis s’est promis d’organiser une rencontre entre les deux artistes. Il a choisi un café pour faire les présentations. -Baudelaire. -Rops. Présentations faites. Le serveur du café attend les ordres. Baudelaire interroge : -Que vous offrirai-je monsieur Rops ? Le peintre esquisse un vague geste de la main. Manière de signifier : « Qu’importe ! Ce que vous voudrez ! » Baudelaire se penche. Il a une voix qui s’insinue, un débit lent, une manière aussi de détacher les syllabes, de planter son regard comme un pieu… -Si nous… prenions… un bain ? Rops demeure impassible. D’une voix enjouée, il répond : -J’allais vous le proposer ! Ces deux-là deviennent aussitôt amis. -

Le 8 janvier 2013 à 12:20

«J'ai un passeport russe, mais je suis Français et j'aurai certainement la double nationalité belge»

Gérard Depardieu, Equipe 21, lundi 7 janvier 2013

L’homme qui rit dans les goulags a le patriotisme à fiscalité variable. Ce qui l’amène à revendiquer une double nationalité belge alors qu’il en détiendrait en réalité trois. La Russe par faveur du nouveau tsar. La française qu’il ne semble plus vouloir renvoyer à la figure de Jean-Marc Ayrault. Et la belge donc. Encore qu’il ne suffise pas au natif de Chateauroux d’être néchinois (merci Vincent Roca) pour atteindre à la belgitude suprême. Pas sûr qu’ait été appréciée, outre-quiévrain,  sa « certitude » d’être bientôt sujet du royaume. Il faut d’abord faire preuve de « mérites exceptionnels » pour être naturalisé par le Parlement à Bruxelles. C’est là que ça coince. Ce n’est pas parce qu’Obélix a trahi Uderzo pour Hergé en s’acoquinant avec les Tapioca de l’ex-URSS, qu’il peut prétendre contribuer à la légende locale. En Belgique, pays démocratique d’exception puisque capable de survivre à 541 jours sans gouvernement, on ne partage pas l’admiration du nouveau venu pour les satrapes orientaux,. On cultive par ailleurs une certaine sobriété avec un taux d’alcoolémie légale de 0,22g ( 0,50 en France) et ce n’est pas parce que le Manneken pisse depuis des siècles à Bruxelles, que l’on tolère l’incontinence sur les portes des « chiottes » d’avion, comme dirait Poutine. Bref, y’a du boulot pour l’artiste, à moins qu’il ne s’associe à BB en vue de protéger les flamands roses. Succès assuré entre Bruges et Gand.

Le 4 mai 2011 à 14:53
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