
Les squelettes de comparaison font partie du matériel obligé d’un laboratoire d’anthropologie. Squelettes reconstitués pendus à des potences que les lycéens baptisent Nestor ou collections de crânes humains qui s’alignent sur des rayonnages avec leurs orbites vides, ce sont le plus souvent de vrais os sur lesquels les savants posent leur regard inquisiteur et les mâchoires de leur compas.
Des préparateurs consciencieux les ont proprement nettoyés, dûment blanchis à l’eau de javel avant de les proposer dans des boutiques spécialisées, objets d’un catalogue sans autre considération morbide. Certains de ces ossements n’ont pas subi de transformations notables, d’autres sont plus sophistiqués et le savoir faire professionnel les a doté d’astucieux aménagements. C’est le cas de ces crânes humains à la mâchoire articulée et montée sur ressort dont une discrète charnière permet d’ouvrir, tel un couvercle, la calotte supérieure pour observer la boîte crânienne.Alors, on imagine l’effroi et la stupeur de l’étudiant anthropologue qui ayant débrayé le minuscule crochet de laiton, basculé avec précaution la calotte d’un crâne de petite taille (donc probablement un enfant) découvre en grosses lettres capitales tamponnées sur le pariétal, la mention authentique : Made in India. Non, ça ne s’invente pas.