La femme la plus profonde du monde
Tant qu'il y aura du froid, recherche extime sur une sensation en voie de disparition
Brigitte Lenoir, la femme la plus
profonde du monde est froide.
Brigitte Lenoir s’entraîne.
À la profondeur, au froid, aux
mélanges de nitrox, de trimix et d’héliox, des mélanges réservés aux nageurs de
combat.
Elle plonge. Elle plonge des années
durant. Des années de profondeur et de froid, des années à -110 mètres, à -120 mètres dans l’eau à quatre degrés du lac Léman.
Le 10 avril 2010, elle bat un
premier record : -154 mètres à Saint-Gingolph, en eau froide et douce. Dix
jours plus tard, le 20 avril 2010, le record est pulvérisé par Sofia
Ponce, au Venezuela : -190 mètres en autonomie complète, en eau chaude et
salée, grâce aux mélanges minutieux de trimix 7/67, de trimix 10/50, de nitrox
32, de nitrox 50 et de nitrox 80.
Alors Brigitte Lenoir s’entraîne,
se prépare, se concentre.
Ce sera au large de Dahab, en
Égypte.
Le 15 mai 2010, Elle atteint
-200 mètres et remonte. Pallier, par pallier. Elle a dépassé Sofia Ponce de dix
mètres, elle est tranquille, elle peut remonter calmement. Elle détient le
record de profondeur féminine en eau salée.
Mais chaude.
À -147 mètres, son recycleur reste
bloqué en position oxygène, un gaz bien trop simple pour des poumons mortels.
Hyperoxie, perte de connaissance et convulsions. Personne ne pourra rien faire.
Son corps restera dans la noirceur de la mer rouge.
Depuis le 15 mai 2010,
Brigitte Lenoir, la femme la plus profonde du monde, est froide.