Il était une fois de banals « tests quali ». La
marque, appelons-la Blup, voulait savoir s’il suffisait de dessiner des fleurs
et des fruits sur ses emballages pour que les consommateurs croient que ses
produits étaient naturels. Blup a donc réuni des vrais
gens (qu’on appelle « consos » dans la pub) par petits groupes autour
d’une table, pour les faire parler de Blup et de la nature et bien écouter leur
avis de vrais gens. Et Blup a compris que le consommateur gavé à l’huile de
palme et aux OGM, des fois, il se méfie. Des fois, quand il lit la composition
de son shampooing que la pub elle dit qu’il est tellement trop naturel qu’il a
été recueilli directement à une source de shampooing qui coule dans les
montagnes, et qu’il voit qu’il contient du paraben et 0,1% d’Ylang-Ylang, le
consommateur il se dit qu’on se fout un peu de sa gueule quand même.
Blup a donc lancé une gamme bio (ça marche bien le bio, les
gens ils ont confiance). Mais encore faut-il l’annoncer au consommateur, qui
depuis la lecture de l’étiquette de son shampooing est probablement passé à
autre chose, comme marcher dans la rue en évitant les crottes de chien ou payer
ses impôts en retard. Alors Blup a demandé à une agence de pub de lui faire une
pub en lui disant en substance « Je veux un truc qui montre que Blup c’est
une marque nature, mais qui montre bien que c’est bon pour les cheveux, et
aussi je voudrais qu’on voie bien le produit ».
Alors les gens de l’agence lui ont proposé une pub qui
montre des gens avec des cheveux dans la nature et une photo du produit (on
appelle ça un packshot, c’est très important le packshot). Mais Blup n’y
trouvait pas assez de cheveux, de nature, et de produit.
Alors les gens de l’agence
ont rajouté des feuilles en flou au premier plan, plein de cheveux qui brillent,
et des produits (« Non mais sérieux, ils veulent quoi avec leurs shampooings,
qu’on leur en mette une brouette ? Nan parce que sérieux, je vais leur en mettre
une brouette si ça continue. » Blup a beaucoup aimé l’idée de la brouette).
Après plusieurs demandes d’ajout de nature, de produits et de cheveux (la petite
fille blonde peut remercier Photoshop de lui avoir évité de mourir étouffée
sous une perruque de paille de 6 kilos), Blup fut satisfait. Et Blup vécut
heureux et eut beaucoup de sous.