Plonk & Replonk
Publié le 20/04/2014

Joyeux Noâques !


L’association Plonk & Replonk Editeurs est un collectif de créateurs, fondé en 1997 basé à La Chaux-de-Fonds, Suisse.
Jacques et Hubert Froidevaux en sont les principaux membres actifs.

Nous travaillons essentiellement dans le domaine de l’image, et plus spécifiquement du photomontage humoristique.
Nos créations sont diffusées en librairies (Suisse, France et Belgique) sous formes de cartes, de livres et d'autocollants, ainsi que dans la presse.
À noter que Plonk & Replonk est un des principaux leaders sur le marché européen du nain de jardin bétonné, un secteur à forte croissance.

http://plonkreplonk.ch/

 

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Le 23 février 2013 à 09:23
Le 19 octobre 2011 à 09:17

Sonic Youth

Le hérisson est un petit animal mignon de la famille des petits animaux mignons. Se nourrissant essentiellement de petites bestioles peu mignonnes, il fera la joie des jardiniers écologistes. Comme son lointain cousin le porc-épic, le hérisson est un animal de type piquant : lorsqu'il est face à un danger, il se hérisse (ah, tiens, je n'avais jamais fait le rapprochement). Hélas, cette manoeuvre de diversion est bien inefficace face à son prédateur naturel, l'automobiliste. Elle a également valu au pauvre animal de prêter son nom à des choses aussi terribles que « l'élégance du hérisson », un roman où l'on se sert du malheureux rongeur pour enfoncer des portes ouvertes, ou que la tactique du hérisson. Cette dernière consiste à s'arc-bouter en défense à l'aide de longues piques et de miser sur la rapidité de ses ailiers pour tenter de piéger l'adversaire sur une contre-attaque. Une technique bien connue en Suisse : en 1386, les Autrichiens sont ultra-favoris du match retour, qui se dispute à Sempach. Mais, alors qu'ils s'arc-boutent en défense à l'aide de longues piques, le Suisse Winkelried trébuche bêtement, emportant dans sa chute suffisamment de lances adverses pour que ses coéquipiers puissent s'engouffrer dans la brèche et mettre la pâtée aux Autrichiens et c'est particulièrement troué que Winkelried entre dans la légende nationale. Quant à moi, on m'a demandé une chronique « un peu moins hérisson », je pense que c'est en rapport avec ma passion pour les ramoneurs. Ou alors parce que je voulais qu'on me caresse resse resse. Je vous tiens au courant.

Le 17 octobre 2011 à 08:01

Occupons les îles Caïmans !

Econotrucs #1

Le mouvement  « occupons wall street » a choisi un lieu symbolique pour exprimer sa colère, mais les îles Caïmans ou les Bahamas auraient été des endroits tout aussi appropriés. En effet, on ne doit pas oublier deux caractéristiques du système financier actuel : d’une part il est  mondial, et d’autre part, il porte en lui une part d’ombre, incarnée par la « finance fantôme » .   Le premier point n’étonnera personne : la finance s’est mondialisée encore plus vite que les autres secteurs de l‘économie, et l’on a compris depuis le début de la crise (à l’été 2007) que le défaut d’un petit courtier immobilier américain pouvait entraîner la faillite d’une PME allemande, ou d’une municipalité norvégienne.   L’autre point important c’est qu’une très large partie des produits financiers échangés - en particulier les dérivés de crédits qui ont servi de déclencheur à  la crise actuelle - le sont de gré à gré, c’est-à-dire sans passer par les bourses et les chambres de compensation. Comme lorsque vous achetez une voiture d’occasion à un particulier :  vous avez toujours peur que le contrôle technique (la notation donné par l‘agence) soit bidon. Sauf qu’ici, la voiture, vous ne roulez pas avec, vous la revendez le lendemain.   L’intérêt d’une bourse, c’est qu’elle fixe des règles, permet de sécuriser les échanges, de réduire le risque de contrepartie. Surtout elle permet aux régulateurs d’avoir une vision du marché. La finance fantôme, elle, échappe à peu près à tout contrôle, elle est absente des écrans radars : elle ne fait jamais directement appel public à l’épargne, et est presque toujours localisée dans des paradis fiscaux, ce qu’il ne l’empêche d’avoir inventé des produits financiers toxiques dont l’usage s’est généralisé.   A l’inverse, les grandes banques commerciales auront beau jeu de rappeler qu’elles sont  transparentes et extrêmement régulées, et même que c’est en raison de cette régulation que tout un tas d’institutions financières plus petites peuvent prospérer dans l’ombre. En réalité, les hedge funds, fonds d’investissement spéciaux, et autres officines de l’ombre sont soit financées par les banques, soit carrément montées par elles. Quand ce n'est pas par les compagnies d’assurances : AIG, le plus gros assureur mondial, a fait faillite en 2008 (puis a été sauvé par le gouvernement américain) à cause d’un de ses petits bureaux londoniens. Quelques petits génies avaient transformé une filiale du groupe en hedge fund tout aussi risqué que les autres, mais qui bénéficiait de la signature du mastodonte de l’assurance.   Le système financier est bien une hydre à mille têtes, il n’est pas concentré dans quelques tours de Wall Street : hypertrophiée, la finance est en tout et partout. Mais contrairement aux apparences, lorsqu’elle ne se fait pas trop fantomatique, elle est utile.  Et comme je sais que vous ne me croyez pas, je reviendrai bientôt là-dessus.

Le 23 décembre 2014 à 08:32

Un jeune impatient de passer quelques jours chez ses parents pour se rappeler pourquoi il a quitté ce coin paumé

LOT – Un jeune homme se disait impatient de rentrer quelques jours passer les fêtes de Noël en famille. Et pour cause, il s’agit pour lui de se remémorer pourquoi il a quitté ce coin paumé dès qu’il a été en âge de le faire. Reportage. Un retour – pénible – aux sources qu’il effectue consciencieusement chaque année afin de bien se rappeler d’où il vient et d’éviter de tomber dans une nostalgie malsaine de son enfance, de croire que la campagne est préférable à la ville. « Chaque fois, je me dis, la campagne c’est bien, c’est reposant. Et puis au bout de deux heures, je réalise qu’en hiver il n’y a strictement rien à faire dans ce coin et je n’ai qu’une envie c’est de retourner en ville » raconte le jeune homme aujourd’hui étudiant à Bordeaux. « Généralement j’arrive la veille de Noël et je repars le lendemain » explique-t-il.« Si je reste trop longtemps, il y a le risque que mes parents se mettent à croire que j’aime cet endroit. Impensable» « Cela permet de remettre les choses en tête, on a tendance à se plaindre en ville mais quelques jours là-bas et je peux vous assurer qu’une journée ici vous remet les idées en place » se félicite-t-il. « Le premier cinéma est à 10 kilomètres et ne passe que des films en version française sortis il y a trois mois » se lamente-t-il. « Internet n’est arrivé qu’il y a deux ans et encore c’est du bas débit ». Le jeune homme explique aussi qu’il adorerait venir plus souvent. « Mais une fois par an c’est largement suffisant, j’ai peur qu’en venant trop souvent je casse tout l’effet positif de ma venue » souligne-t-il. Alors pour compenser, le jeune homme se contente d’aller voir les profils Facebook de ses anciens camarades de classe qui n’ont pas eu la chance comme lui de pouvoir quitter ce coin paumé. « Je regarde ce qu’ils sont devenus dans leur vie et alors je me sens tellement mieux. Peut-être que j’irai en voir un ou deux pour Noël » conclut-t-il sur un ton sarcastique.

Le 20 mai 2011 à 09:00

Bande de valeurs

Pubologie pour tous

Ce n’est pas facile d’être une banque de nos jours. Dans la grande cour de récré des entreprises, les banques sont un peu le gosse de riches que tout le monde déteste. Celui qui a des shorts en velours et des chemises à carreaux, que sa maman amène à l’école dans une berline avec chauffeur, qui a toujours un super goûter mais qui ne partage avec vous que si vous faites semblant d’être son ami. Mettez-vous un peu à la place des banques. Elles sont malheureuses, parce que personne ne les aime. Ca vous ferait quoi, à vous ? Alors les banques ont trouvé la solution : communiquer sur des valeurs. Ne riez pas. Pensez plutôt à l’énorme travail de recherche que cela doit représenter, pour une banque, de se trouver des valeurs. Equité ? Vu le montant des agios sur découvert, ça ne va pas trop passer. Sécurité ?  Non. Respect ? Non non non. Sincérité ? MOUHAHAHAHAHA. Ils ont bien dû se bidonner, à l’agence. Surtout quand ils ont écrit le communiqué, dont je ne peux m’empêcher de vous livrer un extrait : « Pour illustrer la transparence de ses offres et la simplicité de la relation avec ses clients, la nouvelle campagne a fait le choix d’un style épuré, laissant place à l’émotion et à l’essentiel : le message. » Dans la pub des fois, quand on a mauvais esprit, on dit que lorsqu’on communique sur des valeurs, c’est qu’on n’a rien à dire. C’est faux. C’est ça, la magie de la publicité. Une photo en noir et blanc sur fond blanc, c’est la transparence des offres. Le ventilateur dans les cheveux, c’est l’émotion. Le sourire béat c’est la relation client. Et un texte bidon, c’est un message. CQFD.

Le 21 décembre 2010 à 12:57

Laissez Noël en paix (réactualisé)

Conseil Citoyen 6

Nous voilà en décembre et ton moral en berne Face au jeu malicieux de ceux qui nous gouvernent Te fait conjecturer que pour le réveillon Tes rejetons n’auront ni cadeau ni bonbon, Que seuls de pauvres trous rempliront leurs chaussettes, Que tu n’auras pour feu que quelques allumettes Et que le seul sapin restant à décorer Ce sera ton cercueil et ses quatre poignées.   Arrête-là, veux-tu  et redresse la tête Surtout pour ce qui est de préparer les fêtes. Ne sais-tu pas, l’ami, que la nuit de Noël, Avec tous ses présents et sa bonne nouvelle,C’est l’arnaque du siècle et le baise couillon Le plus élaboré pour prendre ton pognon ? Si tu crains de sombrer au cœur de la tourmente Ne va pas te mêler aux masses consommantes. Il y a des moyens pour remplir une hotte Qui ne coûtent pas plus qu’une boîte de crottes.   Surtout pour ce qui est des tout petits enfants, Je veux parler de ceux qui ont moins de trois ans. Dis-toi bien que ceux-là ne savent pas du tout Si Noël est en mai, en décembre ou en août. C’est donc quand tu le veux, si tu veux bien le faire Et il en va de même à leur anniversaire. Et si pour eux quelqu’un te donne des étrennes Tu les mets dans ta poche et puis tu les fais tiennes.   A partir de trois ans et disons jusqu’à sept Si tu ne donnes rien, ils te feront la tête. Alors n’hésite-pas, vas-y le cœur en liesse, Rends leurs allègrement le menu de leur pièce ; Tableaux de grains de riz, cendriers de Saint-Jacques Poupées de mie de pain ou colliers de pâtes.   Pour les plus grands, ma foi, tout est dans l’emballage Et dans la marque aussi. Ce qu’il faut pour leur âge, C’est un logo connu qu’ils pourront exhiber. Dans ce goût tout est bon et rien n’est prohibé. Passe chez Emmaüs et pique une étiquette Recouds là bien en vue sur une autre liquette Et ne t’affole pas à cacher l’origine Grande marque ou chiffon tout est cousu en Chine.

Le 9 juillet 2014 à 09:37

Maintenant nous sommes devenus la Mort

Nous vivons nos vies sous une dictature financière dominée par l’inquiétante bienveillance d’une minorité de criminels, qu’on appelle les super-riches. Le problème, leur problème, c’est qu’ils ne savent pas quoi faire de nous. Tout d’abord, ils vivent sur des principes d’une grande bêtise, qu’ils nous forcent à avaler : l’idée que la compétition entraine l’innovation ; l’idée d’un monde où la richesse appelle la richesse, et où de plus gros profits engendreront davantage de savoir, d’éthique, de bienveillance, de bonté… Autant de beautés et de grandeurs qu’ils n’ont toujours pas réussi à obtenir pour eux-mêmes, mais qu’ils imaginent résider pour nous quelque part au bout de leur incessante quête de réformes plus radicales, et d’inégalités plus massives. Soit ils sont idiots, soit ils nous prennent pour des idiots En fait, le pouvoir rend idiot. Et l’argent rend idiot. C’est presque mathématique : plus ils deviennent riches, plus ils ont peur, et puis ils nous font une vie infernale, remplie de mesures sécuritaires, d’interdits. Ce qu’il leur manque, c’est d’un véritable sens économique à long terme, où ils comprendraient que : plus ils ferment des usines, plus ils créent de la délinquance, et plus ils dépensent leur petits sous à acheter des instruments de flicage. Ce qu’il leur manque, c’est d’une véritable intelligence de l’humain, où, au lieu de considérer autrui comme un prédateur, ils comprendraient que les hommes, dans leur majorité, ne demandent pas mieux que de se comporter correctement, décemment. Leur seule excuse, au fond, ce serait qu’ils soient pervers. Leur seule excuse, ce serait qu’ils aient besoin de savoir que nous souffrons à cause d’eux pour qu’ils soient heureux. Ainsi parlait Jules Renard : « Il ne suffit pas d’être heureux : il faut encore que les autres ne le soient pas. » Leur seule excuse, ce serait qu’ils soient malades. Ils vont nous tuer à la tâche – c’est clair, mais laquelle ? Pour augmenter leurs marges, nos dominants licencient à tour de bras, et ils se retrouvent avec nous, sans maîtres et sans moyen d’adorer leur dieu « immatériel » : l’argent. Et maintenant, pour couronner le tout, ils ont peur. Peur qu’on leur foute de grosses grèves dans la gueule – une bonne grosse grève générale, crémeuse comme un gâteau de mariés, qui « immobiliserait » tout le pays et les « prendrait en otage ». Alors ils nous montent sans cesse les uns contre les autres. Ils créent des conflits partout ; c’est leur seul moyen de tenir. Maintenant il faut en plus qu’ils aient peur. Ce sont des enfants. Le travail – on en a besoin pour être. On en a besoin pour apprendre. On en a besoin pour rire. On en a besoin pour créer. On en a besoin pour aimer. Il n’y a rien de plus horrible que de ne pas travailler… La plus perdue de toutes les journées est celle que l’on a chômée. C’est le professeur Choron qui a raison quand il répond à Pierre Carles dans son grand film Choron dernière : « – Une société où les gens méprisent le travail, c’est-à-dire qu’ils méprisent ce qu’ils font… Pour quelle raison ? Tu vois bien les gars qui foutent rien. Qu’est-ce qu’ils font ? Où c’est que tu les retrouves ? Ils ont rien à se dire. « – Mais c’est pas naturel de travailler. « – Ta gueule, eh con, c’est pas naturel ! Mais tu me parles comme un âne ! Tu sais les ânes, ils ont toujours plein de trucs, plein de machins chouettes, etc. Ils ont tout lu. J’ai lu Proust, la Recherche du Temps perdu, etc. etc. etc. Plus ils ont d’« et cætera », plus ils ont l’air érudit ! Eh ben, le sage, il te dit qu’il faut flinguer tous les gens qui travaillent pas, ça c’est le comble de la sagesse ! » Le travail était autrefois indissociable du parcours initiatique : tout travail était sacré, parce que, dans tout travail, il y avait la transmission d’un regard, et la création d’un rapport entre nous et le monde. Dans tout travail, il y avait la possibilité d’apprendre un instrument qui serait à la fois une arme et une alliance dans la guerre nuptiale entre soi et la réalité. Aujourd’hui, après avoir détruit toute possibilité de transmission d’un savoir-faire avec leurs révolutions industrielle puis cybernétique, ils confient les jobs à des machines, nous privent de travail, et ensuite ils nous traitent de feignants. Mais ce profit a un prix : il plonge la Terre dans les ténèbres. Le monde devient petit. Le monde devient sombre. Ils sont peu et nous sommes beaucoup. Et ils le savent. Et ils savent qu’on ne s’arrêtera pas ; on ne s’arrêtera jamais. Le travail présente trois visages. Le premier visage, c’est la création. Le second, c’est la conservation. Et le troisième visage, c’est celui de la destruction. Quand il n’y a rien, il faut créer. Quand il y a quelque chose de beau, de juste, de décent, il faut le conserver. Et quand ce qu’il y a est pourri, il faut le détruire. Cette destruction est encore un travail, est peut-être le plus difficile de tous. Comme dit le Père Ubu : Nous n’aurons point tout démoli si nous ne démolissons mêmes les ruines ! Cornegidouille : il faut concevoir un travail shivaïque, un travail ubuesque, un travail apocalyptique. Il faut concevoir un travail qui soit le travail de la destruction. Moins ils nous donneront du travail, plus nous travaillerons à détruire cette absence de travail et nous leur prendrons même ce qu’ils ne nous donnent pas ; même ce qu’ils n’ont pas. C’est à détruire leur monde que nous travaillerons. Maintenant nous sommes devenus la Mort.

Le 27 mars 2013 à 10:03

L'objet du délire #13

Tu peux pas.

Tu peux pas partir comme ça, allons, viens-là, tu vas pas finir comme ça, je t'ai dans la peau, je t'ai dans la tête, on a partagé trop de trucs salés, trop d'instants empilés, trop de secondes sacrées, tu peux pas, tu peux pas me laisser là, tout seul, tout nu sans toi, tu peux pas t'en aller comme ça, on a trop vécu, on a trop vu, trop lu, trop bu, trop entendu, j'étais là pour toi, t'étais là pour moi, on parlait pas, mais tout était là, le monde et les mots, les images et les sons, les jeux et les joies, mes doigts sur toi, ta glace sous ma pulpe, mes yeux dans ta voix, non, non, tu peux pas, tu peux pas t'en aller comme ça, tu vas faire quoi, tu iras où, je serai qui sans toi, rappelle-toi, la musique et le soleil et le printemps et les tempêtes et le métro et les voyages et les petits mots et les grands cris et ces silences et ces séismes, tu vois bien, tu peux pas, tu peux pas me laisser là, et les nuits grises, les sms tordus, l'alcool dans les circuits et les urgences et l'amour en trois lettres et la mort en six mots, je sentais tes pulsations, tu connaissais le goût de mes poches, on ne se quittait pas, partout, en haut, en bas, de travers, dans les zigzags, on parlait pas, tout était là, non, tu peux pas, tu peux pas t'en aller comme ça, je t'ai dans la peau, je t'ai dans la tête, je vais faire quoi, je serai qui, allez, me laisse pas, t'en vas pas, reste avec moi, où es-tu, reviens, reviens, me laisse pas. Me laisse pas. Putain d'Iphone.

Le 16 décembre 2011 à 08:00

Agences de notation et andouillettes

Econotrucs #4

Il y a un an encore, j’aurais été obligé de vous expliquer ce qu’est une agence de notation. Aujourd’hui même les Guignols de Canal + les incarnent sous la forme de deux Sylvestre façon « world company ». Dans la caricature (avec parfois quelques erreurs), les Guignols expriment bien le ressenti de la population : un sentiment d’une absurde domination des gouvernements démocratiques par les marchés financiers et leurs acteurs. Le pire est sans doute atteint avec l’hystérie dans laquelle les agences de notation semblent plonger le pays. Il suffit de lire la presse : le monde est suspendu à leurs décisions. Il est vrai qu’elles font peur : leur expertise est douteuse, leurs erreurs multiples et célèbres, et les gouvernements leur font pourtant toujours la danse du ventre.   En 1997, la crise asiatique sonne le glas - très provisoire - d’une extraordinaire période d’expansion économique appelée « miracle asiatique » (souvenez vous des « tigres » et des «dragons » ) et basée sur des monceaux de dettes. A cette occasion on avait découvert que - malgré le précédent mexicain de 1995 - les agences de notation avaient donné des triples A à tout un tas de pays dont l’économie reposait sur de l’emprunt à court terme auprès de banques occidentales pour nourrir une bulle immobilière et de consommation. Le jour où les marchés se sont retournés et où les investisseurs occidentaux ont massivement retiré leurs liquidités, les failles de ce miracle asiatique sont apparues au grand jour et les agences ont dégradé tous ces pays, aggravant immédiatement leur situation. C’est un truc classique des agences : plutôt que de sonner l’alarme avant les autres - lorsque tout va bien - elles nourrissent les bulles, et se contentent de constater que leurs notes étaient bidons lorsque la situation se dégrade.   A partir de 2000, l’essor de la titrisation a permis aux agences de faire exploser leurs profits : chaque nouveau titre fabriqué par une institution financière nécessitant l'intervention d'un agence. Michel Aglietta en France, ou Franck Partnoy aux Etats-Unis, avaient largement montré dès cette époque les dangers de ce nouveau procédé où les agences de notation jouaient un rôle central : conflit d'intérêts, situation de monopole, et même fondements théoriques douteux. Pendant ce temps le comité de Bâle (forum qui réunit les banques centrales et qui s’occupe de supervision bancaire) avait pratiquement officialisé leur rôle comme régulateur financier : dans un système ou l’autorégulation était la règle les notes prenaient une importance capitale. Avec la crise des subprimes en 2007, on découvrait en effet que grâce à cette titrisation, des courtiers prêtaient de l’argent à des quasi SDF pour qu‘il puissent acheter des maisons : par un coup de calculette magique, les crédits consentis étaient en effet passés à la moulinette par les banques, et revendus en tranches de différents risques et différents rendement à différents clients à travers le monde. Personne ne savait vraiment ce qu’il achetait, mais rassurez vous les agences de notation avaient noté chaque produit en fonction de ses risques : avec brio, puisqu’il a suffi que le marché immobilier ralentisse fin 2006 pour que tout le système s’effondre en une année.   Cela aurait pu décrédibiliser définitivement les agences : on a au contraire l’impression qu’elles sont devenues un acteur central du système. Mais je vais vous faire une révélation  : Là où la dégradation d’une entreprise privée peut révéler des défauts cachés, la dégradation de la dette d’un état ne nous apprend rien, si ce n’est que trois types ont fait une réunion dans un bureau et tentent de mettre de l’huile sur le feu. En effet, la notation des titres financiers privés est une notation sollicitée où les institutions financières payent pour voir leur titres notés et donnent accès aux agences à des informations financières confidentielles. En théorie cela donne une certaine valeur à la notation (les agences disposent d’information dont ne dispose pas le public). En revanche la notation des dettes publiques repose sur des informations publiques, disponibles pour tous. L’agence n’a rien a nous apprendre sur la dette de la Grèce ou la santé financière de la France, qui dépendent de décisions politiques. La bonne attitude aurait du être depuis le début : pas besoin des agences de notation pour savoir que la dette de la France n’est pas soutenable, que la situation économique est très mauvaise… Le problème est qu’à force d’anticiper la panique, on risque réellement d’assister à la panique.   Quand j’entends parler de triple A, je pense aux andouillettes qui, elles, peuvent en avoir jusqu’à cinq. Et je me rappelle que nos gouvernants sont plus compétents en charcuterie qu’en économie, ceci explique peut-être cela.

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