Laure Albernhe
Publié le 26/07/2011

Steph & Max, des spectateurs pas tout à fait comme les autres


Ce duo de graphistes fait pour nous son festival d'Avignon

Certains les appellent « les p’tits ». Il faut dire qu’il reste de l’enfance dans le regard de ces trentenaires. Et pas seulement… Leur insatiable curiosité les conduit dans les capitales du monde, à la recherche de menus plaisirs esthétiques et de grandes joies gourmandes. Dernière capitale nommée, celle du théâtre, Avignon. « Steph & Max » (et non pas « Max & Steph ») ont planté leur tente à deux pas du Palais des Papes pour ne pas perdre une miette du Festival. Ils ont envoyé régulièrement leurs cartes postales graphiques à ventscontraires.net. Pour en savoir davantage sur ces tourteraux passionnés de graphisme et de théâtre, nous leur avons posé quelques questions…

Qui êtes-vous ?
Un binôme permanent!

Vous êtes nos envoyés très spéciaux à la grand-messe d’Avignon, mais pour vous, c’est quoi, le festival ?

C'est deux heures de patience pour tenter d'avoir quelqu'un au bout du fil le jour de l'ouverture des réservations. C'est l'excitation, la densité, c'est la cour Calvet, le cloître, l'électricité du public, ceux qui gueulent, ceux qui doublent, ceux qui hurlent au scandale, ceux qui ont été bouleversés.

Comment sont faites les cartes postales que vous envoyez à ventscontraires.net ? Et quelle est cette phrase que vous choisissez ?

C’est une interprétation subjective, une phrase qui s'échappe du spectacle. Pour le matériel : des feuilles bristol, un porte-mine, une gomme, un cutter, un x-acto, une planche à découper, de l’encre typographique, un pinceau-tampon et une application "scan" iPhone. En clair : un pochoir et un mail avec notre téléphone.

Vos coups de cœur de ce festival ?
«Enfants » et « La levée des conflits », de Boris Charmatz, « Cesena », le spectacle de l’aube par Anne-Teresa de Keersmaeker & Co et « I am the wind » de Patrice Chéreau. Beaucoup de danse, donc, cette année.

Vos coins préférés là-bas ?
Et puis quoi encore ? Trop contents d’avoir quelques havres de paix dans la grande foule, on se les garde, ou on les file aux copains!

Vous y serez l’an prochain ?

Oh oui.

Et sur ventscontraires.net ?
On fera de notre mieux. On a d'ailleurs quelques cartes postales de retard, prêtes à envoyer.


Plus d'infos sur www.dupont-barbier.com
Laure Albernhe parle dans un micro, c’est son métier. Elle fait ça très tôt le matin et sur une radio qui s’appelle TSFJazz. Parce que le jazz, elle aime ça. Elle aime aussi beaucoup les mots, alors il lui arrive d’écrire, ce qu’elle a fait comme journaliste pour le quotidien économique La Tribune puis, bien des années plus tard, pour le Magazine Jazzman.
 

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Laure Albernhe

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Le 16 juillet 2010 à 01:48

Programme-toi dans le off en hiver

Conseil Citoyen 8

Te voici reparti avec tes compagnons Comme chaque juillet faire votre Avignon.Vous pensiez en jouant de jour en extérieur Faire l’économie d’un jeu de projecteurs, Mais faisant profession que rien ne vous encombre, Vous optez cette année pour du Théâtre d’ombres. Vous avez donc loué en vous pliant en quatre Ce que seul Avignon veut appeler Théâtre. Ça ne coûte pas plus qu’à d’autres leurs cigares, Mais pour vous quatre c’est onze mois sans écart Pour avoir le loisir de déplier un drap Et le tenir tendu une heure à bout de bras. Ainsi vous allez donc, tractant et paradant, Pliant et dépliant, heureux et nonchalants, D’autant que cette année tu sens le bon karma Qui vous fera sortir de votre anonymat ; Tu viens de rencontrer un gars qui t’a promis De te faire connaître un de ses vieux amis Qui peut te présenter la fameuse Corinne Qui travaillait, un temps, au restaurant du « in ». Elle cherche un spectacle où les gens ne vont pas Jouant comme le tient à l’heure des repas Car avec son amant, sur la rangée du fond, Ils peuvent sans témoin s’envoyer au plafond. Mais cela, t’a-t-on dit, pourrait-être ta chance Car l’homme est groniqueur au journal « La Provence ».   Puis-je sans te fâcher avancer un conseil Qui n’a d’autre ambition que sonner ton réveil. Puisque pour Avignon sans fin tu persévères, Pourquoi ne pas aller y jouer en hiver ? Imagine un instant cent mille âmes recluses S’emmerdant sous la neige en plein cœur du Vaucluse. Les hôteliers, pour vous, ouvriront grands leurs draps Et vous feront goûter à leurs prix les plus bas. Et si pour vous sentir encore festivaliers Vous préférez aller à plus simple taulier, Le camping est à vous. Avec le reliquatVous pourrez vous offrir un vrai pontificat : Un théâtre à vous seul, une scène et des loges, Les copains de Corinne abondant en éloges, Un vrai pot de première ; canapés et gratin Et un portrait couleur dans Vaucluse Matin. En plus, l’ombre chinoise au cœur de la Provence Ne souffre, à mon avis, d’aucune concurrence.

Le 15 mai 2013 à 13:27

N'offrez jamais d'oeillets à une comédienne

Au théâtre, l'habitude est de se lancer, exagérément, des fleurs, des flatteries. Même si, en coulisses, c'est un autre son de cloches. Mais les fleurs ne sont pas toujours métaphoriques. Ainsi, à l'issue de la Première, il est bienvenu d'offrir des bouquets, surtout aux comédiennes. Attention : pas n'importe quelles fleurs. Roses, tulipes, marguerites d'automne, si vous voulez, mais pas d'oeillets ! C'est un interdit. Comme de traverser la scène en sifflant ou de porter des costumes verts. Cet interdit remonte au XIXe siècle. Il est, donc, de tradition récente. Il s'explique ainsi :Les comédiens étaient, alors, engagés à l'année. Sans contrat écrit comme c'est le cas aujourd'hui. C'était le langage des fleurs qui était en jeu. Quand le directeur du théâtre envoyait des roses à une comédienne, c'est qu'il renouvelait son engagement. En revanche, quand il lui envoyait des oeillets, il lui signifiait qu'il se passerait de ses services. Un peu d'historique concernant les fleurs à offrir : si, au XVIIe siècle, la jacinthe a évincé la tulipe dans les champs de fleurs hollandais, la rose a remplacé l'oeillet à la fin du XIXe siècle. C'est ainsi que, pour faire la promotion des roses, un accord avait été passé entre les marchands de fleurs et la comédienne Sarah Bernhardt (1844-1923). Au moment des représentations de Lorenzaccio de Musset, en 1893, elle se faisait photographier – ce fut la femme la plus photographiée de son époque – entourée de roses... gratuites. Si l'on se réfère à la langue verte, recevoir des oeillets correspond à l'avoir dans l'os, dans le baba, dans l'oeillet. Les livres ne disent pas ce qu'il en était pour les comédiens. Recevaient-ils, aussi, des fleurs ? Ne leur envoyait-on pas plutôt une boîte de cigares en cas de non-renouvellement d'un contrat tacite ? Allez savoir...  

Le 19 novembre 2011 à 09:00
Le 18 septembre 2012 à 09:17

Faire rire le velours

La hantise des gens de spectacle, qu'ils soient sur la scène ou dans les coulisses, est de faire rire le velours. Autrement dit, de jouer devant une salle quasiment vide. Le velours dont il s'agit est celui des fauteuils. En effet, un théâtre à l'italienne, quand il n'est ni une cathédrale de béton ni un paquebot mais une bonbonnière, est rouge et or : l'or du bois et des stucs des balcons et des corbeilles, avec angelots joufflus et fessus, guirlandes de fleurs, femmes nues, cariatides ; le rouge du velours des fauteuils, un rouge spécial d'ailleurs appelé rouge-théâtre. Ce rouge fut choisi par Napoléon, qui voulait se démarquer ainsi des théâtres de l'Ancien Régime, le bleu étant la couleur des Royalistes et des théâtres de cour. Voyez celui de Marie-Antoinette à Versailles. Selon les propres dires du petit caporal, le rouge rendrait les femmes plus belles- comme des fleurs dans une corbeille – en ravivant leur teint. Plus prosaïquement, les éclairagistes contemporains considèrent que le rouge sait jouer avec la lumière. Et, comme le remarquait Georgio Strehler : « le rouge, c'est la seule couleur qui, lorsqu'on éteint la lumière, devient une couleur chaude. » L'expression faire rire le velours présente une variante : jouer pour (ou devant) les banquettes. Ces banquettes renvoyant, vraisemblablement, à celles des bouis-bouis, des petits théâtres de dernière catégorie et non aux banquettes de la scène classique, appelées banquettes des gentilshommes. Celles que le succès du Cid de Corneille, en janvier 1637, avait fait placer... sur la scène. Et qui réduisaient sensiblement l'espace scénique. Si les banquettes des bouis-bouis n'étaient pas confortables, celles des gens de bel air, installées sur le théâtre et payées très cher ne devaient pas l'être davantage : c'était des chaises paillées. Ce n'est que plus d'un siècle plus tard que, grâce à l'intervention du Comte de Lauraguais, cet inconvénient des banquettes sur le théâtre, a pu disparaître. Que ce soit faire rire le velours ou faire rigoler les banquettes, il s'agit toujours d'une manifestation de vie. Si un fauteuil vide est, dans l'argot des coulisses, un mort, les expressions, elles, sont plus toniques. Le théâtre n'est-il pas un spectacle vivant, quoi qu'il en soit ? Et pour désamorcer l'angoisse de la salle vide, un conseil de coulisses : « Venez armés, l'endroit est désert ! »

Le 8 avril 2011 à 09:27

A propos du film GAZA-strophe

Dialogue de deux scuds par vents contraires

Jean-Pierre : Ce film tourné à Gaza au lendemain de l’opération « Plomb durci » de janvier 2009  m’a bouleversé. Bouleversé par ces images d’après cataclysme, bouleversé par le contenu effroyable des témoignages, bouleversé par la dignité des témoins, bouleversé par l’acharnement d’Israël à massacrer les populations civiles. Catherine : Evidemment, moi aussi j’ai été bouleversée ! On ne peut pas rester insensible à l’intolérable. Néanmoins, passé le stade de l’émotion légitime et sans entrer dans une critique de film hors de propos, le point de vue des réalisateurs m’a dérangé. Jean-Pierre : C’est justement ce qui m’a interpellé. Ce zoom sur la catastrophe organisée que semblent nous confier les victimes. Dans le cas présent le point de vue de l’adversaire ne m’a pas manqué. Catherine : Moi, si. Au contraire de toi, face à un sujet aussi sensible, les répétitions des témoignages, au-delà de leur légitimité et de leur véracité, des images de dévastation, sans analyses et sans réflexion géopolitique m’ont donné une sensation de contrainte et de manque. Je n’aime pas que l’on m’impose une adhésion. On ne se refait pas. Jean-Pierre : Moi, j’aime être en empathie totale et personne ne m’a forcé ! D’autant que tu sembles oublier une dimension capitale du film : l’humour et la poésie. Lorsque je les entends respirer la poésie de Mahmoud Darwich au milieu des ruines, je ne peux m’empêcher de penser aux témoignages des rescapés des camps d’une autre catastrophe… Catherine : Mais mon cher Jean-Pierre, je ne les ai pas oubliés. S’il y a une chose qui m’a profondément bouleversée dans ce film, c’est l’humain dans toutes ses dimensions et la poésie qui irrigue ce film, qui jaillit à la fin dans cette grotte de ruine où ces hommes sont terrés, dans un lyrisme sublimé. Jean-Pierre : Enfin un terrain d’entente ! J’en ajouterai un autre. Cette phrase qui revient dans un sourire tout au long du film : « Encore deux victoires comme ça et il n’y aura plus aucun Palestinien à Gaza ! ».   GAZA-strophe, film documentaire (95 mn – mars 20011) de Samir Abdallah et Khéridine Mabrouk. Projeté Espace Saint-Michel, Paris. DVD disponible.   > www.gaza-strophe.comJean-Pierre Thiercelin et Catherine Tullat

Le 18 août 2011 à 08:23

À vendre : Coussin de Culture

Chers spectateurs, grâce au coussin de culture, offrez-vous pour la rentrée l’indispensable objet qui vous accompagnera tout au long de la saison culturelle. Plus que l’incontestable gain de confort qu’il apportera à votre postérieur fatigué par les insupportables fauteuils qui équipent théâtres et salles de spectacles, le coussin de culture est avant tout le moyen de reprendre la parole en douceur.Offrant une face rouge et une autre verte, il permet de marquer son enthousiasme ou son dégoût. Il suffit pour ce faire, de le brandir vigoureusement au dessus de sa tête en orientant la face appropriée vers la scène. Prenez garde tout de même à ne pas fâcher vos voisins de derrière en abusant de cet usage.Si votre voisin direct ne partage pas votre appréciation du spectacle, vous pouvez le frapper sans retenue armé de votre coussin. Attention, il n’est pas garanti qu’il soit, comme vous, l’heureux propriétaire d’un coussin de culture. Dans ce cas, il sera peut être tenté de vous frapper à son tour avec la première chose qui lui tombera sous la main : le programme, son sac, son parapluie, son poing, un autre spectateur…Durant un spectacle comique, si votre voisin direct s’entête à éclater de rire systématiquement quelques dixièmes de seconde avant vous, ou pire, quelques dixièmes de seconde avant même que l’effet comique soit totalement achevé par son ou ses interprètes, étouffez-le en appliquant uniformément votre coussin sur sa bouche et son nez.Une fois le spectacle terminé, plutôt qu’une ovation bruyante et désordonnée, frottez votre coussin de culture contre votre torse d’un mouvement circulaire et régulier, face verte orientée vers la scène. Si vous n’avez pas apprécié, levez-vous, tournez-vous, et fessez-vous (délicatement) à l’aide de votre coussin, face rouge orientée vers la scène.Dans le cas d’un rejet profond du spectacle, pendant le salut, rien ne vous empêche de propulser violemment votre coussin de culture directement sur les acteurs. Grâce à la texture douce et soyeuse de sa toile 100% coton, et à son fourrage en plume de goéland (oiseau bien connu pour son esprit critique), les dits acteurs vous en seront reconnaissants.Sur le chemin du retour, dans le taxi, le métro ou le bus, placez votre coussin sous votre tête et reposez vous un peu. Faites le vide. Vous l’avez bien mérité. Alors, cher spectateur, n’hésitez plus, exprimez-vous, impliquez-vous, commandez sans plus attendre votre coussin de culture. Attention, il n’y en aura pas pour tout le monde !Profondément,La régiePS : Journalistes, critiques, partenaires institutionnels, le coussin de culture « face rouge / face verte » existe aussi en version « face verte / face verte », et en version « face rouge / face rouge ». Une version « face blanche / face blanche » est en cours de conception.

Le 21 novembre 2013 à 10:00

Méfions-nous des dessous !

Dans le langage courant, on peut se retrouver dans le 36e dessous, autrement dit tomber dans une situation inférieure ou être déprimé. N'y aurait-il pas 36 situations dramatiques comme il y a les 36 raisons d'Arlequin ? Les dessous, au théâtre, renvoient à l'espace qui s'étend en dessous de toute la surface du plancher de scène et nécessaire à la manœuvre des décors ; dans un théâtre machiné à l'italienne, du moins. Les dessous comportent trois étages, sauf à la Comédie Française où il y en a quatre. Ces dessous peuvent être dangereux. Au XIXe siècle, dans les pièces à machines, les machinistes des dessous risquaient de se faire éborgner par le passage d'une hallebarde ou par une épée brisée qui traversait une costière – la rainure pratiquée dans le plancher de scène, destinée aux portants des décors – lors d'une scène de combat. De cette dangerosité, les artificiers d'aujourd'hui en savent quelque chose. Il n'empêche que les dessous peuvent être salvateurs... pour certains petits malins. F. Harel, le directeur du Théâtre de la Porte-Saint-Martin, avait des dettes, d'énormes dettes. Quand il était harcelé par ses créanciers, qui n'hésitaient pas à venir le relancer jusque sur la scène, il se dérobait à leurs poursuites de la façon suivante : de mèche avec un machiniste, il disparaissait brusquement ; il était passé dans le premier dessous ! D'après un chroniqueur du XIXe siècle, le premier et le second dessous étaient des endroits paisibles pour ceux qui y travaillaient. C'est ainsi qu'ils étaient plus gais que leurs collègues des cintres... des dessus. En même temps, comme ils partageaient saucissons à l'ail et bons mots, ils avaient développé un argot tout à fait savoureux. Mais le texte dramatique peut, lui-même, comporter des dessous. Ce que l'on appelle aujourd'hui le « sous-texte » ou l' « intertextualité ». Pour un acteur, jouer avec dessous, c'est rendre les multiples facettes d'un texte, jouer tout en nuances, mettre en valeur les deuxièmes, troisièmes dessous, les seconds degrés, voire les troisièmes.  

Le 6 décembre 2012 à 09:05

L'Internationale du poil à gratter

Les cracks méconnus du rire de résistance

En guise de prélude, rendons hommage à l'ex-premier violon du Café de la cloche de la rue Custine, Henri Massier, dit Henri Grégeois, un chansonnier d'actualité du Conservatoire de Montmartre qui devint peu à peu à la Belle Époque le cauchemar des huissiers de justice. Le bibliothécaire Michel Herbert nous explique pourquoi : « Un jour, notamment, pour mystifier un officier ministériel venu le saisir, il avait remplacé les meubles énumérés sur l'acte de saisie par des meubles de poupée. Ne pouvant instrumenter, le fâcheux n'avait même pas pu sauver la face en se retirant dignement car ses chaussures étaient collées au sol sur lequel Grégeois avait si insidieusement répandu de la glu. » Je recueille depuis un demi-siècle des coupures de presse et des témoignages épicés sur les guérilleros de la farce-attrape de la trempe d'Henri Grégeois. Voici un petit florilège des mauvais tours culottés joués dans les seventies (un bon cru !) à des incarnations remarquables du vieux monde rigoriste.   Contre le théâtre traditionnel Octobre 1971. Dans un théâtre montréalais où l'on joue En attendant Godot de Samuel Beckett, le rideau se baisse dix minutes après le début du spectacle lorsque Godot arrive réellement avec ses tartines et un litron de rouge. Mars 1972, Bruxelles. À l'affiche du Palais des Beaux-Arts, La Ville dont le prince est un enfant d'Henry de Montherlant, interprété par le Théâtre du Rideau. Sur scène, un curé confesse un lycéen dans une chambrette lorsque le futur écrivain rebelle Anatole Atlas frappe à la porte. « Entrez », répond idiotement l'ecclésiastique. Le jeune intrus s'exécute et s'écrie : « M'sieur ! M'sieur ! Le proviseur est à l'agonie. Il demande que vous veniez lui faire une dernière branlette. »   Contre le cinéma péteux Avril 1970, Londres. Le metteur en scène luxembourgeois André Turdulle invite dans une salle privée de 150 places de nombreuses personnalités à la première de son court métrage burlesque L'Arroseur arrosé 1970 qui doit être suivi d'une réception. À l'instant le plus attendu du film, lorsque l'arroseur est arrosé par son propre tuyau, Turdulle, qui a bien mijoté son coup, fait passer un authentique jet d'eau à travers un orifice percé dans l'écran et arrose perfidement la distinguée assemblée.   Contre l'État nixonien 1971, USA. Le secrétaire américain à la Défense, Melvin R. Laird, number one de l'espionnage, est à son tour espionné vingt-quatre heures sur vingt-quatre par de jeunes yippies attifés à la Dick Tracy. Il en perd bientôt le sommeil et l'appétit, avoue-t-il.   Contre le stalinisme Août 1969, Liège. Un tract du parti communiste belge ressemblant à s'y méprendre dans sa facture et dans son langage aux communiqués précédents de l'organisation politique est distribué au petit matin à la sortie des grandes usines de Seraing-la-rouge. Applaudissant l'invasion soviétique de la Tchécoslovaquie, qui vient d'avoir lieu, il invite les travailleurs à un meeting de soutien aux forces d'intervention russes devant le local du parti. Le soir-même, de violentes bagarres éclatent sur le quai de la Batte entre ouvriers indignés et militants communistes complètement dépassés. Malgré que ses volets soient clos, le quartier général du PC est mis à mal.   Contre le fisc Septembre 1969, Paris. En l'espace d'une semaine, deux polyvalents retrouvent leurs belles voitures là où ils les ont parquées, certes, mais… emballées en pièces détachées dans un gros paquet.   Contre le syndicalisme félon Octobre 1979, banlieue de Londres. Surprise vespérale pour M. Frank Mannering, délégué syndical. À peine a-t-il pénétré dans son living room qu'il se retrouve dans les WC. Affolé, il court dans la pièce voisine, un petit salon. Las, c'est encore dans un WC qu'il aboutit. Livide, il veut se retrancher dans la cuisine. Mais c'est toujours dans un WC qu'il débouche. À moitié anéanti, il court jusqu'à sa chambre, ou plutôt son ex-chambre car elle s'est transformée elle aussi en WC. M. Mannering cherche alors à appeler à l'aide mais en lieu et place du téléphone, il ne déniche qu'une chasse d'eau. Scotland Yard découvrira bientôt le pot aux roses. Pour sanctionner sa collusion avec le patronat, des dockers en colère ont profité du fait que la maison du délégué syndical était isolée pour la vider complètement en chargeant ses meubles dans des camions et pour agencer dans les pièces vides des cabinets désaffectés.   Contre les banques 1971, France. Les auteurs de la plaquette clandestine La Guérilla pour tous stencilée et brochée dans un secrétariat de faculté sur du papier chapardé m'ont assuré avoir expérimenté eux-mêmes chacune des suggestions friponnes de la brochure. À commencer par celle-ci : « Une récente affaire (cambriolage en douceur de la banque Rothschild) nous a rappelé que personne d'autre que son titulaire (même un flic) n'a le droit d'ouvrir un coffre en banque. Louez-en donc un sous un faux nom et mettez-y un reste de poisson. Laissez fermenter le tout. L'odeur qui s'en dégage petit à petit oblige normalement la banque à fermer ses portes. À la place du poisson, on peut mettre du fromage. »

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