Marlene Tissot
Publié le 27/07/2011

Quelques gouttes de soleil


Carte postale bretonne

On est monté au village pour acheter du pain. Le vent venait du large et rabattait nos cheveux sur nos joues, nos cols sur nos nuques. L’automne avait un goût salé et un regard un peu furieux. Le front du ciel plissé de nuages. Devant la boulangerie, il y avait la queue et des gens bien habillés piétinaient la place de l’église. Une mariée est sortie par la grande porte avec sa robe de princesse. Les mouettes tournaient au dessus avec l’air de se foutre un peu de sa gueule. Un petit vieux s’est mis à souffler dans un biniou. On n’entendait plus que ça. La musique qui débordait de la ville jusqu’au-dessus des toits. Jusqu’au menton du ciel. C’était magique. Presque effrayant aussi. Le musicien s’est engouffré dans une petite rue avec son instrument coincé sous le bras et les gens bien habillés ont disparu avec lui. On se demandait vaguement où ils allaient comme ça et si la robe de la mariée résisterait à une journée pareille. Si elle enflerait dans la tempête comme une grand-voile, nouée au bras du mari dans son petit costume gris. On a fini par acheter notre baguette en laissant nos questions silencieuses s'envoler puis on est redescendu vers la mer. Le vent s’était calmé. Il pleuvait quelques gouttes de soleil dans les flaques de ciel bleu.
Marlène Tissot est née par accident en juin 71. Après avoir cherché longtemps elle a fini par découvrir qu'il n'existait pas de mode d'emploi pour la vie. Maintenant, elle sait que c'est normal si elle n'y comprend rien à rien. Elle écrit des histoires pour éviter de parler, dort très mal et étouffe ses angoisses en écoutant de la musique très fort. On raconte qu’elle habiterait virtuellement sur un nuage
> http://monnuage.free.fr

 

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Le 6 août 2011 à 08:38

Le cerveau millimétré

J’aime le papier millimétré. Avec lui, on sait toujours où l’on va. Un centimètre est un centimètre, sauf les jours de pluie, bien sûr, car il s’étire, et le centimètre de la réalité devient un centimètre virgule un millimètre ou même deux millimètres sur le papier. Alors la transcription de la réalité s’en trouve imperceptiblement changée, car dessiner ainsi n’est pas confortable et la mauvaise humeur qui s’en suit est peu propice à l’annotation rigoureuse de cette sorte d’éléments pondérateurs. Bref, on CROIT dessiner ce que l’on mesure, et sans y prendre garde on majore tout – dans une proportion raisonnable – mais indéniable. Et par un petit glissement analogique, qu’en est-il de l’influence de la pression atmosphérique sur l’enregistrement de nos impressions ? Les aires du cerveau aussi, après tout, forment un support plastique – non pas extensible à l’infini, hélas – mais du moins variable en volume selon les circonstances. Et alors, des yeux charmants, une silhouette pleine de vénusté, des propos spirituels même, ne prennent-ils pas dans notre mémoire une place un peu disproportionnée si on les croise sous un ciel bas ? Je ne suis pas loin de le penser. Evidemment, il en serait de même pour les mauvaises rencontres, mais si les mufles et les laiderons n’échappent pas à cette extension générale, le mal n’est pas grand, les souvenirs les meilleurs sont plus vivaces, paraît-il, que les mauvais. Dans cette perspective, un été pluvieux n’est pas une calamité, bien au contraire. Nous en sortirons tous grandis.

Le 23 février 2013 à 09:23
Le 9 octobre 2011 à 10:12

Lettre de motivation

Cher Monsieur Rond-Point, J’ai eu vent du fait que vous cherchiez de nouveaux chroniqueurs. En cette période où l’emploi joue la fille de l’air, j’avoue que tant d’audace m’a coupé le souffle. J’ai certes longuement hésité avant de tenter ma chance, puisque votre brève annonce souffle tant le chaud que le froid. Néanmoins, au gré de ma vie professionnelle, j’ai acquis des compétences que je crois pouvoir être profitables à votre entreprise. J’ai travaillé longuement en centre aéré, puis j’ai financé mes études en ventilant des com(ptes) au Carrefour de la rue Mistral, où j’ai acquis une bonne expérience des ronds-points. Par la suite, j’ai renoncé à être agent de circulation, et je suis devenu souffleur dans un théâtre où le directeur brassait de l’air. Actuellement je tourne en rond, dans un emploi qui me gonfle, avec un patron qui me les brise. Dans ces circonstances, votre annonce ne pouvait que m’intéresser. J’y vois l’occasion de donner à ma carrière un deuxième souffle, en participant à un projet éolien durable. Je suis persuadé que l’éclectisme de mes expériences éparpillées aux quatre vents est conforme à l’esprit de votre entreprise, et que nous pourrions produire ensemble à la fois contre-vents et marrées. Vous me direz que je ne manque pas d’air de vous proposer ainsi mes services, et vous aurez raison, puisqu’il m’arrive trop souvent de faire des vents plus haut que mon c… En espérant toutefois ne pas en prendre un, je vous adresse, Monsieur Rond-Point, mes haletantes salutations.

Le 22 novembre 2010 à 16:01

Au bord de la Laponie, Andreas Eklöf et le silence nordique

Tant qu'il y aura du froid

Patterns for three pianos – in four parts - Andreas EklöfLe concert va commencer. Je dois jouer. Je voudrais aller jusqu’au silence, le capter, le comprendre, le donner. Comme le froid, le silence ne supporte que lui-même, un peu de rareté, et rien d’autre. Glenn Gould y est arrivé. Il est monté au nord, au plus nord qu’il lui était possible par train. Il joue. Puis il ne joue plus, il ne joue plus jamais en public, il ne donne plus aucun concert, il ne fait qu’enregistrer. Mais moi, je viens d’ailleurs ; ma radicalité, je la place ailleurs. Et puis, j’en viens du nord, ce n’est pas lui ma seule matière à silence. Ma radicalité, elle est dans le Cd que je viens de donner. Le concert va commencer. On se presse, on entre, on s’assoit. On est venu nombreux de Stockholm. Une personne lit en attendant. Elle est venue m’écouter jouer du piano, mais j’aimerais surtout qu’elle écoute le premier morceau du Cd. Nor., c’est le nom de mon album. Je ne souhaite pas qu’il soit écouté en concert, ni même dans une grande pièce. Le son doit être réglé en médium. Dans le premier morceau, il y a trois pianos, il y a des pauses et des soupirs, et peu de notes. Alors, au moment où je pense que l’on commence à m’écouter, à écouter, à s’habituer à la musicalité, je fais silence, au milieu du morceau, j’éteins tout, j’arrête de jouer, j’arrête d’enregistrer. Même les sons de la pièce sont niés, je pense que l’on s’en rend compte, j’aimerais que l’on s’en rende compte. Un simple soupir n’aurait jamais suffi à donner le silence. Et je repars, dans la pièce, dans la pièce dans laquelle je joue, dans celle dans laquelle vous l’écoutez. La personne a arrêté de lire, elle attend. Je dois commencer à jouer. Peut-être que je vais y arriver. Son attention va se porter sur les sons du piano, elle va se concentrer, ralentir, refroidir, elle va se crisper, s’intensifier. Peut-être que je vais y arriver, peut-être que pendant ce concert je vais l’emmener jusque-là, peut-être qu’il va être question de faire silence, de faire silence ensemble. 

Le 12 juillet 2011 à 16:13

La radio d'info Klubradio résiste en chantant

Carte postale de Hongrie

En Hongrie l'autocrate Viktor Orban a muselé la presse d'une manière radicale : désormais journaux, télévisions et radios devront présenter un point de vue univoque, décalqué sur celui de l'agence de presse centrale – à sa botte.Mais Klubradio, une station d'info et de débats indépendante et très écoutée, résiste. Pour la museler, L'Autorité de répartition des fréquences vient de la contraindre à devenir musicale. Réplique immédiate de la station : les news en chantant.C'est la proposition qu'a faite à l'antenne Gyuri Kozma, caricaturiste politique, auteur d'une anthologie des cabarets hongrois, professeur de philosophie à l'université juive et vice-cantor dans une synagogue de Budapest.Klubradio : Tu proposes qu'on chante les news ?Gyuri Kozma (il chante) : Oui, il faut s'adapter à la situation politique Et si le gouvernement veut que Klubradio Devienne une station musicaleAlors il faut chanter au lieu de parler :Dans ce pays joyeuxLes membres de l'opposition joyeuseVont chanter joyeusementA l'heure des infos joyeusesKlubradio :Le pouvoir espère que Klubradio ne parviendra pas à respecter ces nouveaux quotas et qu'ensuite ils pourront fermer la station…Gyuri Kozma (chante) :Justement nous voilàOn va respecter leurs quotas!On peut très bien s'il le fautSe mettre à chanter les infos :Les Grecs vont se ramasser.Les Allemands seront détestés.Mais personne cette annéeNe quittera la zone Euro.Klubradio :Gyuri, peux-tu chanter la visite en Hongrie du chef du gouvernement chinois ?Gyuri Kozma (chante) :Josef Szajer et Gergely GulyasDeux députés membres de la majoritéOnt jugé inacceptable que l'OfficeDe l'immigration et de l'Identité NationaleAit convoqué tous les Tibétains de HongrieAvant la visite de la délégation de Pékin."La liberté de rassemblement est un droit primordial",Ont protesté les deux députés de la majoritéJosef Sajer et Gergely Gulyas.Klubradio :Et quelle a été la réaction de Viktor Orban après ça ?Gyuri Kozma (chante) :Viktor Orban a dit : "Bien sûr on peut manifester,  Mais je compte sur…"Klubradio :Attends tu ne changes pas de mélodie ? C'est quand même Orban qui parle !Gyuri Kozma (chante) :Est-ce que les présentateurs changent de ton quand ils citent des points de vue différents ? Moi je ne sais pas d'avance ce que je vais lire ! Mais bon pour toi je vais changer de tonalité…(il chante)"Bien sûr on peut manifester, Mais je compte sur les manifestantsLes objectifs de notre diplomatieNe doivent pas être compromis!"A dit au Parlement Viktor Orban Avant de la visite de la délégation de Pékin"On peut exprimer ses opinionsSans faire de scandale ni mettre le boxonCar la Hongrie a besoin de ces relations"A dit au Parlement Viktor Orban"Ces rencontres au sommetNe peuvent en aucun cas être dérangées"En collaboration avec notre chroniqueur de Gyugy (Hongrie) Janos Xantus

Le 25 février 2011 à 15:12

# 2 - Mercedes Benz remix - Janis Joplin VS Chic

Seoul Juke Box

A Séoul on trouve souvent deux sortes de Mercedes dans la même famille. La voiture allemande et la femme de ménage des Philippines. Beaucoup de jeunes filles Coréennes prient le Seigneur pour obtenir au moins l’une des deux ; de préférence la voiture. Ainsi dans ces temples nocturnes que sont les bars à karaoké on entend les voix s’élever reprenant en chœur le couplet de la célèbre chanson de Janis Joplin « Oh Lord won’t you buy me a Mercedes Benz ? Celles dont les prières ne sont pas exaucées se contentent du deuxième couplet « Oh Lord, won't you buy me a color TV ? » Et là le miracle se produit chaque fois, car Séoul est le royaume de Samsung et il y a des TV partout et pour tout le monde. Il existe un rapport entre Mercedes et Samsung dans la symbolique croisée des noms et logos. L’étoile de Mercedes est à trois branches pour la terre, la mer et le ciel et Samsung signifie « trois étoiles ». Puisqu’il est question de Trinité, allons jusqu’au troisième couplet pour celles qui vraiment n’ont vraiment pas eu de chance avec les deux premiers : « Oh Lord, won't you buy me a night on the town ? » Plus facile à obtenir de la part de Lord qui ne se fait pas trop prier sur cet article. Ainsi partent dans la nuit des millions de jeunes filles en quête de grandeur et de fortune, de berlines rutilantes, de « housemaid » et d’une vie de rêve qui ressemble à un film. « I'm counting on you, Lord, please don't let me down. Prove that you love me and buy the next round » (Another Barbarian in Asia – Henry Halfwarm)

Le 30 août 2015 à 07:51

Le Professeur Pascal répond à vos questions

Comment se baigner en Bretagne ?

Pour se baigner en Bretagne, il n'est pas nécessaire d'avoir inventé l'eau chaude. Il faut y aller progressivement, un peu comme on s'apprête à plonger dans une baignoire remplie de piranhas. Par contre, chose rassurante, il n'y a pas de piranhas en Bretagne, rien que des méduses qui dérivent au fil du courant. Comme je le disais plus haut, il faut y aller progressivement. Premier jour : découverte de la plage et de ses habitants. Si la mer n'est pas là, c'est qu'elle s'est retirée : elle a comme ça des élans de pudeur qui l'amènent à prier pour les marins disparus. Deuxième jour : on mouille ses pieds sur le rivage. Oui, l'eau est froide. Le Gulf Stream n'est pas arrivé jusqu'à vous, tant pis. Oui, vous pouvez crier, si cela vous soulage. Troisième jour : tentative d'immersion jusqu'aux genoux ; au-delà, ce n'est pas raisonnable, à moins de porter un maillot fourré. Quatrième jour : vous commencez à vous habituer, l'idée vous vient de vous immerger jusqu'à la taille, ce que vous faites, et là, comme dans une illumination, vous comprenez ce qu'ont pu éprouver les naufragés du Titanic, bien qu'ils portassent leurs vêtements ce jour-là. Cinquième jour : il n'y en a pas ; il fait un temps de cochon, la mer est déchaînée comme une meute de gros chiens fous. Sixième jour : le soleil revient ; vous êtes dans l'eau jusqu'au cou, autant dire qu'il vous faut à présent imaginer que vous vous baignez en Corse ou en Sicile. Septième jour : enfin, dotée d'une belle inconscience et d'un sacré coup de soleil dans le dos qui vous fait ressembler à un touriste hollandais, vous vous élancez dans l'eau sans craindre l'hypothermie ! Vous êtes parvenu à vous baigner en Bretagne. Vous êtes un champion. Il ne vous reste plus qu'un jour de vacances. 

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