
Depuis une semaine, le dessinateur-blogueur belge Marc Dubuisson a rejoint l'escadrille de ventscontraires.net pour nous proposer une chronique hebdomadaire, "Only Humans". Rencontre avec cet auteur multi-casquettes à l'humour cinglant, observateur attentif et impitoyable des phénomènes sociaux.
Qui
êtes-vous donc ? D’où venez-vous et vos intentions sont-elles
pacifiques ?
Je suis Marc Dubuisson, de la planète
Belgique. Pas méchant, juste un peu lourd parfois
De
quoi êtes-vous le contraire ?
Je suis le contraire d'un esprit fin et aiguisé qui pourrait répondre
à cette question par une pirouette syntaxique qui ferait rougir Pierre Dac et
pouffer Jean Yanne.
Comment
a commencé votre carrière de dessinateur/scénariste ?
Ma carrière de dessinateur a commencé par un blog, comme tout le
monde. Le blog BD, c'est un peu la Star Ac du gribouilleur, sans Nikos Aliagas mais avec Wandrille Leroy. J'ai débuté mon blog pour occuper mes journées
de chômeur, histoire de m'obliger à ne pas me lever à midi et à faire quelque
chose de productif. Au départ, je suis
surtout un dialoguiste, j'ai toujours aimé écrire des répliques qui font
mouche. Le dessin, c'est venu par hasard.
Vous
êtes un dessinateur-blogueur particulièrement productif. Comment fonctionnez-vous ?
Quelle est votre méthode de travail ?
Productif mais très brouillon. J'ai beaucoup de mal à me
concentrer sur un projet en particulier. Jusque maintenant, je n'arrive à
écrire que des histoires en une ou deux pages alors que je
"bouillonne" d'idées d'histoires longues. Cela vient du fait que je
ne suis absolument pas patient, dès que j'ai une idée en tête, il faut qu'elle
donne un résultat très rapidement, sinon, ça ne m'amuse plus et j'ai envie de
passer à autre chose. En général, j'écris quelques gags et s'ils me
conviennent, soit je les dessine moi-même, soit j'en parle à des dessinateurs
dont j'apprécie le travail. En fait, j'ai rarement envie de dessiner moi-même.
Si j'ai réalisé les dessins de mon livre "La Nostalgie de Dieu", c'est
simplement parce que je n'ai trouvé personne pour le faire.
Comment
caractériseriez-vous votre style, votre ton ?
Au niveau du dessin, minimaliste évidemment, au niveau du ton,
cynique voire parfois totalement absurde.
Quels
sont vos idoles, modèles, références et qui est, selon vous, l’inventeur de
l’humour ?
Au niveau du dessin, j'admire (sans
essayer de leur ressembler) Franquin, Gotlib ou encore Watterson (Calvin &
Hobbes). Pour ce qui est de l'écriture, je suis très influencé par Pierre
Desproges, Audiard ou encore plus récemment Alexandre Astier pour le rythme
qu'il donne à ses répliques. Sinon, pour moi, l'inventeur de l'humour, c'est ce
mec à Lascaux qui a dessiné un mammouth glissant sur une peau de banane.
Vous êtes avec Noël Godin le 2ème
belge à rejoindre l’équipe de ventscontraires.net. Pensez-vous qu’il existe un
humour spécifiquement belge et comment se caractériserait-il ?
Tiens, c'est marrant, je l'ai justement
croisé l'autre jour. Je n'ai pas osé lui parler parce qu'il sortait d'une
boulangerie.
Je ne sais pas s'il existe un humour
belge, en tout cas, s'il existe, je n'ai pas l'impression d'en faire partie.
Peut-être est-ce un mélange d'absurde et de désespoir ? L'humour d'un peuple
qui a déjà tout vu et qui n'a rien à perdre
Comment vous situez-vous dans l’histoire
« franco-belge » du dessin d’humour ?
Aucune idée, je ne dois pas avoir
assez de recul. J'ai beaucoup de mal à analyser mon travail parce qu'il est
influencé par tellement de facteurs externes à la BD qu'il m'est difficile de
me rattacher à un mouvement. Je suis autant influencé par la télé, que par la
littérature ou même la musique avec Brassens, par exemple.
Dans
vos dessins, quel rapport entretenez-vous avec l’actualité politique et
sociale ?
J'aime traiter de l'actualité et de la
société parce que j'aime observer. Et puis, ce sont des sources inépuisables
d'idées.
Dessiner sur ces sujets est une façon de
pouvoir faire valoir mon opinion par un vil stratagème basé sur le fait avéré
que les gens vont plus facilement vers l'image que vers le texte. Le problème,
c'est qu'à la fin, on recherche tellement le bon mot qu'on en finit par ne plus
voir le monde tel qu'il est mais tel qu'il pourrait faire rire les autres.
Quand je me rends compte que j'attends qu'une histoire se dénoue de façon
sordide pour pouvoir placer une blague, je fais une pause dans le dessin d'actu
et je passe à autre chose.
Que
vous inspire la crise politique belge actuelle et que pensez-vous du projet de
Raphaël Chabloz d’instaurer la République
monarchique et patatière de Wallomandie ?
La crise politique actuelle est hilarante
et tragique à la fois. Hilarante parce qu'on se rend compte qu'avec un simple
gouvernement en affaires courantes, le pays tourne toujours sans trop de
problèmes (pour le moment) et tragique parce que quand on y réfléchit en terme
de démocratie, c'est un constat désastreux. Personne ne sait comment ça va se
finir mais tout le monde reste calme et confiant alors que si la même chose se
passait en France, on en serait déjà au 300ème jour de grève.
En ce qui concerne la République de
Wallomandie, nous sommes en pourparlers avec M. Chabloz. Je veux bien qu'on
unisse nos régions mais je refuse de prendre leur accent ridicule.
Quelle
est votre actualité et quels sont vos projets en cours ?
J'ai plusieurs projets en cours qui ne sont pas encore assez
concrets pour en parler. En revanche, je publie un webcomic deux jours par
semaine sur le portail Lapin.org (http://bureau.lapin.org/) et une adaptation théâtrale de
"La Nostalgie de Dieu" est actuellement jouée du mercredi au samedi
et ce jusqu'au 15 septembre au théâtre de la Comédie Contrescarpe dans le 5ème
à Paris. C'est une bonne alternative pour tous les déçus de la trêve annuelle
du théâtre du Rond-Point !
Y
a-t-il des chroniqueurs/blogueurs/illustrateurs que vous aimeriez voir
rejoindre l’équipe de ventscontraires.net ?
Tout plein mais je ne les citerai pas sinon ils me feront de
l'ombre (mais quand même : @Moom_light
et Manu Larcenet)
Et
enfin, y aurait-il une histoire belge que vous auriez envie de nous
raconter ?
Non. Si on a inventé les blagues sur les blondes, c'est justement
pour ne pas avoir à répondre à ce genre de question.