Vincent Lecoq
Publié le 05/08/2011

"L'inventeur de l'humour, c'est ce mec à Lascaux qui a dessiné un mammouth glissant sur une peau de banane"


Interview de Marc Dubuisson

Depuis une semaine, le dessinateur-blogueur belge Marc Dubuisson a rejoint l'escadrille de ventscontraires.net pour nous proposer une chronique hebdomadaire, "Only Humans". Rencontre avec cet auteur multi-casquettes à l'humour cinglant, observateur attentif et impitoyable des phénomènes sociaux.

Qui êtes-vous donc ? D’où venez-vous et vos intentions sont-elles pacifiques ?
Je suis Marc Dubuisson, de la planète Belgique. Pas méchant, juste un peu lourd parfois

De quoi êtes-vous le contraire ?
Je suis le contraire d'un esprit fin et aiguisé qui pourrait répondre à cette question par une pirouette syntaxique qui ferait rougir Pierre Dac et pouffer Jean Yanne.

Comment a commencé votre carrière de dessinateur/scénariste ?
Ma carrière de dessinateur a commencé par un blog, comme tout le monde. Le blog BD, c'est un peu la Star Ac du gribouilleur,  sans Nikos Aliagas mais avec Wandrille Leroy.  J'ai débuté mon blog pour occuper mes journées de chômeur, histoire de m'obliger à ne pas me lever à midi et à faire quelque chose de productif.  Au départ, je suis surtout un dialoguiste, j'ai toujours aimé écrire des répliques qui font mouche. Le dessin, c'est venu par hasard.

Vous êtes un dessinateur-blogueur particulièrement productif. Comment fonctionnez-vous ? Quelle est votre méthode de travail ?
Productif mais très brouillon. J'ai beaucoup de mal à me concentrer sur un projet en particulier. Jusque maintenant, je n'arrive à écrire que des histoires en une ou deux pages alors que je "bouillonne" d'idées d'histoires longues. Cela vient du fait que je ne suis absolument pas patient, dès que j'ai une idée en tête, il faut qu'elle donne un résultat très rapidement, sinon, ça ne m'amuse plus et j'ai envie de passer à autre chose. En général, j'écris quelques gags et s'ils me conviennent, soit je les dessine moi-même, soit j'en parle à des dessinateurs dont j'apprécie le travail. En fait, j'ai rarement envie de dessiner moi-même. Si j'ai réalisé les dessins de mon livre "La Nostalgie de Dieu", c'est simplement parce que je n'ai trouvé personne pour le faire.

Comment caractériseriez-vous votre style, votre ton ?
Au niveau du dessin, minimaliste évidemment, au niveau du ton, cynique voire parfois totalement absurde.

Quels sont vos idoles, modèles, références et qui est, selon vous, l’inventeur de l’humour ?
Au niveau du dessin, j'admire (sans essayer de leur ressembler) Franquin, Gotlib ou encore Watterson (Calvin & Hobbes). Pour ce qui est de l'écriture, je suis très influencé par Pierre Desproges, Audiard ou encore plus récemment Alexandre Astier pour le rythme qu'il donne à ses répliques. Sinon, pour moi, l'inventeur de l'humour, c'est ce mec à Lascaux qui a dessiné un mammouth glissant sur une peau de banane.

Vous êtes avec Noël Godin le 2ème belge à rejoindre l’équipe de ventscontraires.net. Pensez-vous qu’il existe un humour spécifiquement belge et comment se caractériserait-il ?
Tiens, c'est marrant, je l'ai justement croisé l'autre jour. Je n'ai pas osé lui parler parce qu'il sortait d'une boulangerie.
Je ne sais pas s'il existe un humour belge, en tout cas, s'il existe, je n'ai pas l'impression d'en faire partie. Peut-être est-ce un mélange d'absurde et de désespoir ? L'humour d'un peuple qui a déjà tout vu et qui n'a rien à perdre

Comment vous situez-vous dans l’histoire « franco-belge » du dessin d’humour ?
Aucune idée, je ne dois pas avoir assez de recul. J'ai beaucoup de mal à analyser mon travail parce qu'il est influencé par tellement de facteurs externes à la BD qu'il m'est difficile de me rattacher à un mouvement. Je suis autant influencé par la télé, que par la littérature ou même la musique avec Brassens, par exemple.

Dans vos dessins, quel rapport entretenez-vous avec l’actualité politique et sociale ?
J'aime traiter de l'actualité et de la société parce que j'aime observer. Et puis, ce sont des sources inépuisables d'idées.
Dessiner sur ces sujets est une façon de pouvoir faire valoir mon opinion par un vil stratagème basé sur le fait avéré que les gens vont plus facilement vers l'image que vers le texte. Le problème, c'est qu'à la fin, on recherche tellement le bon mot qu'on en finit par ne plus voir le monde tel qu'il est mais tel qu'il pourrait faire rire les autres. Quand je me rends compte que j'attends qu'une histoire se dénoue de façon sordide pour pouvoir placer une blague, je fais une pause dans le dessin d'actu et je passe à autre chose.

Que vous inspire la crise politique belge actuelle et que pensez-vous du projet de Raphaël Chabloz d’instaurer la République monarchique et patatière de Wallomandie ?
La crise politique actuelle est hilarante et tragique à la fois. Hilarante parce qu'on se rend compte qu'avec un simple gouvernement en affaires courantes, le pays tourne toujours sans trop de problèmes (pour le moment) et tragique parce que quand on y réfléchit en terme de démocratie, c'est un constat désastreux. Personne ne sait comment ça va se finir mais tout le monde reste calme et confiant alors que si la même chose se passait en France, on en serait déjà au 300ème jour de grève.
En ce qui concerne la République de Wallomandie, nous sommes en pourparlers avec M. Chabloz. Je veux bien qu'on unisse nos régions mais je refuse de prendre leur accent ridicule.

Quelle est votre actualité et quels sont vos projets en cours ?
J'ai plusieurs projets en cours qui ne sont pas encore assez concrets pour en parler. En revanche, je publie un webcomic deux jours par semaine sur le portail Lapin.org (http://bureau.lapin.org/) et une adaptation théâtrale de "La Nostalgie de Dieu" est actuellement jouée du mercredi au samedi et ce jusqu'au 15 septembre au théâtre de la Comédie Contrescarpe dans le 5ème à Paris. C'est une bonne alternative pour tous les déçus de la trêve annuelle du théâtre du Rond-Point !

Y a-t-il des chroniqueurs/blogueurs/illustrateurs que vous aimeriez voir rejoindre l’équipe de ventscontraires.net ?
Tout plein mais je ne les citerai pas sinon ils me feront de l'ombre (mais quand même : @Moom_light et Manu Larcenet)

Et enfin, y aurait-il une histoire belge que vous auriez envie de nous raconter ?
Non. Si on a inventé les blagues sur les blondes, c'est justement pour ne pas avoir à répondre à ce genre de question.

Bricoleur d’images, de sons et de mots, il a débarqué sur ventscontraires.net via la Piste d’envol et s’est tellement incrusté qu’il a fini par en devenir le responsable éditorial. Il est également l’auteur d’une pièce de théâtre et a collaboré à plusieurs fictions TV.

 

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Vincent Lecoq

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Le 18 février 2012 à 08:36

Le vagabond des étoiles

Mince, la rue des Batignolles est encore bouchée ! Depuis le temps qu’on doit la mettre en sens unique… C’est ça, klaxonnez, bande d’andouilles ! On est coincés, c’est tout ! Dans le rétroviseur, des coudes, des bras ornés d’une cigarette, et puis, plus près... Tiens ? Un jeune homme, qui me sourit et me fait coucou d’un signe de la main…Il avance vers moi, se penche… - Salut monsieur… Je vais à Neuilly… Je peux monter ? Drôle de façon de saluer un vieux.- Salut jeune homme… Neuilly ?  Allez y… - Merci beaucoup… Il a la vingtaine, il est pas mal de sa personne, souriant, un livre à la main qu’il pose sur ses genoux : - C’est sympa ce genre d’encombrement… - Ouais.. vachement. Tiens ? Vous lisez quoi ? - Un truc génial : « Paris insolite » de Jean-Paul Clébert… - Ah…Ouais ? Aussitôt, ma gorge se noua… - Et tu aimes ? - Si j’aime ? Tu plaisantes ? Ces errances de vagabond à travers Paris, le grenier des maléfices, la nuit opaque et fatiguée de la salle d’attente de Saint-Lazare… Comment ne pas aimer ? - Ah ouais… Je me souviens… Le bordel de Fourcy, le tango du chat, le petit Bacchus de la rue de la Harpe… Mais c’est vieux tout ça… Tu aimes vraiment ? - Tu parles !  Cette langue est si belle et si intelligente qu’elle pointe le cœur en direct… J’adore ! On s’était tutoyés sans le faire exprès. Pourquoi la providence avait-elle placé dans ma bagnole un gars qui aimait le même livre que moi quand j’avais son âge ? On a commencé à parler... De Clébert, du Paris des années cinquante, de Giraud, de Doisneau…Libérés de l’embouteillage, l’après-midi s’est déroulé en discussions, en rires, en coups de gueule et en coups de rouge. Le soir venu, on a continué la tournée des bistros, on a traîné sur les quais de Seine déserts… La nuit… « Je suis à Paris. Ce seul fait est déjà une bénédiction. Combien de fois le nez dans la paille d’une grange ou le dos fouetté par la pluie sur la route, ai-je pensé à cet instant ? Mais combien de fois aussi vais-je maintenant rêver, les nuits sur les bancs, l’estomac vide et les engelures aux doigts, au soleil d’Espagne ou aux bordels d’Anvers ? Vagabondage… »   Le vagabond Jean-Paul Clébert a rejoint les étoiles le 21 septembre 2011. Il avait 85 ans.> Au sujet de Jean-Paul Clébert, vous pouvez aussi lire cette chronique de Thomas Vinau.

Le 4 mai 2011 à 14:53
Le 21 septembre 2011 à 08:41

Les amis qui viennent au Liban sont toujours sidérés de voir comment on arrive à vivre dans ce foutoir

Dans quel état est le Liban ? Lamentable à tous les niveaux, notamment au niveau gouvernemental et de l'Etat. Mais j’oserais dire qu’on est habitué à vivre dans cette merde, on s’en arrange très bien. Les amis qui viennent sont toujours sidérés de voir comment on arrive à vivre dans ce foutoir. Mais en même temps, on n’a pas Hadopi, on télécharge gratuitement, tu peux acheter n’importe quel nouveau programme pour 1$. Tu peux fuir les impôts sans problème, tout le monde s’en fout. De toute façon, la corruption passe au-dessus de tout ça. C’est des petites conneries qui contrebalancent la merde dans laquelle on vit et qui font qu’on est bien content de vivre là-bas. C’est bien sûr affreux, la corruption dans l’Etat. Mais d'un côté, la vie de tous les jours est un peu moins prise de tête qu’en Europe. Si à trois heures du matin tu arrives à un feu rouge et qu’il n’y a personne, tu peux passer. Même s’il y a un policier. Tu as encore ton libre-arbitre. Mais, on vit aussi dans un état d’entre-deux-guerres. On ne sait pas d’où elle va venir : est-ce que c’est d’Israël ? Est-ce que c’est une guerre civile ? Il y a plein de scénarios possibles et ça, c’est dur. Depuis qu’on est jeune, au Liban, on a appris à ne pas faire de projets à long terme. Dans trois ans, il y a de fortes chances que tu ne sois plus ici ou que tu ne sois plus du tout. C’est une vie au jour le jour et je m’en arrange très bien. Quand j'étais plus jeune, je voulais venir en France ou en Belgique, dans un pays francophone où j’aurais pu faire de la bande dessinée. Mais en voyageant avec les tournées de musique, j’ai découvert que ça n'est pas mieux ailleurs. Bien sûr ici il y a des subventions pour la culture, il n’y a pas de guerre. Mais en contrepartie, il y a aussi de moins bonnes choses. > Mazen Kerbaj "Gens de Beyrouth - gens de Paris", exposition à la librairie du Théâtre du Rond-Point jusqu'au 14 octobre 2011En partenariat avec les associations libanaises ASSABIL, les amis des bibliothèques publiques, et KITABAT, association pour le développement des ateliers d'écriture, et avec le soutien financier de la Région Ile-de-France

Le 4 mai 2011 à 10:30

Mille colombes au Fouquet's

Entretien avec Christophe Alévêque

Franco Bolli : Alors les mille colombes, qu’est-ce que c’est ? Christophe Alévêque : C'est un mouvement de résistance ludique né le 6 mai 2007 à 23h15 suite à l’apparition de Mireille Mathieu sur la place de la Concorde. Nous étions devons nos écrans de télévision et là on s’est retrouvé avec Mireille Matthieu, Enrico Macias, Gilbert Montagné et Jeane Manson. On a cru qu’on était en mai 60 mais non, on était en 2007. Et quand l’icône des Japonais a décidé de chanter « mille colombes » là  je me suis dit « ça commence très très mal, c’est le début d’une longue série. » Et effectivement, ça a été le cas : la première grosse connerie d’une longue série. Ensuite, il y a eu la soirée au Fouquet’s, alors on a décidé de grouper les deux et de faire une sorte de madeleine de Proust mal digérée : le Fouquet’s  + Mireille Mathieu = mille colombes. Tous les ans, on se réunit pour fêter l’anniversaire du petit devant le Fouquet’s. Et  cette année, c’est les 4 ans. FB : Cette édition pourrait être la dernière ? CA : Normalement, c’est le dernier anniversaire du Petit devant le Fouquet’s, étant donné que le 6 mai 2012 sera le deuxième tour des présidentielles mais on n’est à l’abri de rien. Cette année, il y aura les classiques : on va chanter faux tous ensemble, il y aura une fanfare, un gâteau d’anniversaire, une distribution de billets de 500 euros pour relancer le pouvoir d’achat et puis quelques surprises. Il est possible que je fasse une tentative d’immolation. FB : Comment se sont déroulées les premières éditions ? CA : Ce qui est important, c’est qu’on ne fait pas ce rassemblement pour se compter : c’est un geste, une réaction. La première année, on était 50 devant le Fouquet’s et on a ri autant sinon plus que les autres années. L’idée, c’est de faire un pied de nez devant cet endroit qui est une sorte de succursale de l’Elysée. On n’a jamais été emmerdé par les forces de l’ordre. Les responsables du Fouquet’s ne peuvent rien dire : le trottoir ne leur appartient pas et ce n’est pas ça qui va leur faire perdre leur clientèle de Japonais. La première année, c’est limite si le type des RG n’est pas venu chanter les mille colombes avec nous. Ce n’était pas l’heure et l’endroit pour lui mais ce n’est pas le cœur qui lui manquait. La première année il y avait 2 ou 3 cars de CRS mais ils ont compris que c’est un mouvement de résistance ludique et qu’on n’est pas là pour foutre la merde. FB : Quel est le message que vous souhaitez faire passer ? CA : Le message politique qu’il y a derrière tout ça, c’est de résister en se moquant d’eux et puis le fait de le répéter, ça permet de ne jamais l’oublier. Ils ont essayé d’effacer ce moment du concert de la Place de la Concorde  qui était pathétique à mourir. Le Fouquet’s qui était le premier geste d’une grande série de maladresses du Président de la République, ils ont essayé de le gommer plusieurs fois. Nous, on est là pour le réécrire à chaque fois qu’ils veulent l’effacer. FB : Avec ce genre d’actions, ne courez-vous pas le risque de vous fermer des portes au niveau des médias ? CA : Je fais ce que je considère comme mon métier de pitre social jusqu’au bout. Certainement, ça me ferme des portes mais tant pis. Je trouve que l’époque est apathique, consensuelle, lisse. Tout le monde est dans la peur et dans l’angoisse et c’est ce que j’essaie de dénoncer donc  si je ne suis pas le premier à le faire, il y a un truc qui merde. FB : Si Nicolas Sarkozy est réélu, pourriez vous accepter un Ministère d’ouverture ? CA : Il y a un peut-être un Ministère que je pourrais accepter, c’est celui de la suppression de l’élection présidentielle. FB : Quelle alternative proposez-vous? CA : On peut penser à une forme de constituante. On vit dans une sorte de monarchie républicaine et un seul homme porte beaucoup trop de pouvoirs et de puissance dans ce pays donc si on tombe sur le mauvais comme c’était le cas il y a 4 ans, ça peut finir en catastrophe. Il faudrait un peu plus de pouvoir à l’Assemblée nationale et répartir un peu plus la démocratie entre tout le monde. FB : il ne s’agit pas pour vous d’un rejet de la politique en tant que telle ? CA : Pas du tout. Je n’ai jamais dit « les hommes politiques sont tous pourris ». Disons qu’il y a une certaine odeur qui se dégage.  S’ils arrêtaient de faire des conneries, on arrêterait de les répéter. Je crois beaucoup en la politique, je pense que c’est quelque chose de sérieux mais qui est dévoyé depuis quelques années. La Présidentielle c’est devenu un show médiatique. Pour la dernière élection, le débat d’idées était inexistant. C’est des batailles  d’images, de slogans, de paquets cadeaux ; ce qu’il y a à l’intérieur, tout le monde s’en fout un peu. Mais il y quand même clairement une différence entre la droite et la gauche. Le problème après, c’est dans l’application. FB : Et si des partis de gauche vous proposaient de participer à des meetings de soutien ? CA : Je n’irai jamais à un meeting de soutien. Je ne suis pas militant, pas encarté, je suis un homme libre. C’est pour ça que le 6 mai, il va y avoir une surprise. Il est possible qu’à un moment donné, après avoir mûri une réflexion jusqu’à la pourrir, Super Rebelle décide de faire son parcours de son côté et de se présenter à l’élection présidentielle. Pour le moment, j’essaie d’être totalement investi et de consulter tout le monde :  les oracles, ma mère, mes voisins et tous les membres de mon parti politique. Sur le site des mille colombes (http://lesmillecolombes.com/), ça va continuer après le 6 mai. Tout dépend de si je vais au bout ou pas mais pendant un an, il y aura encore plein de choses à faire. FB : Un message pour les lecteurs de ventscontraires.net ? CA : Je compte sur les lecteurs de ventscontraires.net pour la suite, d’autant plus qu’il y aura un spectacle au Rond-Point sur les présidentielles du 10 avril jusqu’au 6 mai. Je participerai beaucoup à ventscontraires.net et je demanderai aussi beaucoup de participation de la part des internautes.

Le 29 janvier 2012 à 09:14

Le noir et le rouge

Vous aviez chaussé ce jour-là – pourtant pluvieux – de magnifiques ballerines écarlates et, sur le quai de cette gare banlieusarde, on ne voyait que vos pieds tant ils contrastaient avec la grisaille ambiante. Un ruban rouge serrant vos longs cheveux bruns, vous étiez comme une enseigne vivante du roman de Stendhal. Je suis tombé aussitôt amoureux de vous, agréable figure romantique échappée d’un livre de ma bibliothèque. Dévot absolu d’une jolie voyageuse enveloppée de mystère, je ne pouvais vous quitter du regard. Pendant ce temps, vous notiez inlassablement des lignes et des lignes sur un grand cahier. Que pouviez-vous donc écrire ? La liste de vos prétendants ? Les prénoms d’un enfant futur ? Vous sembliez, en tout cas, fort inspirée, et votre charmante main – aux ongles rougis, forcément – courait sur le papier. Dans le même temps, mon imagination galopait : nous nous étions donné rendez-vous dans les jardins du Palais-royal. Un camélia rouge sang ornait votre chapeau cabriolet… Un sourire, votre tête doucement inclinée et une main tendue… J’étais Julien, le plus heureux des hommes… Quelques pas sous les arcades nous conduisaient au café de Foy où nous dégustions des glaces. Vous écoutiez mon boniment avec attention et grâce : je m’appelais Julien Sorel, admirateur de Napoléon, et je vivais dans une soupente où je cultivais ma passion pour la poésie… Vos boucles d’oreilles de grenats brillaient au soleil, vous étiez si légère… Si jolie… - Monsieur ! Votre écharpe traîne par terre ! Oh ! 2012 !  Vous êtes en face de moi, l’air navré. Le train arrive. - Merci mademoiselle. Vous êtes restée debout, sur le quai. Les portes du train se referment avec fracas. Nos regards se croisent et vous laissez échapper un magnifique sourire. Adieu Mathilde…

Le 8 janvier 2013 à 12:20

«J'ai un passeport russe, mais je suis Français et j'aurai certainement la double nationalité belge»

Gérard Depardieu, Equipe 21, lundi 7 janvier 2013

L’homme qui rit dans les goulags a le patriotisme à fiscalité variable. Ce qui l’amène à revendiquer une double nationalité belge alors qu’il en détiendrait en réalité trois. La Russe par faveur du nouveau tsar. La française qu’il ne semble plus vouloir renvoyer à la figure de Jean-Marc Ayrault. Et la belge donc. Encore qu’il ne suffise pas au natif de Chateauroux d’être néchinois (merci Vincent Roca) pour atteindre à la belgitude suprême. Pas sûr qu’ait été appréciée, outre-quiévrain,  sa « certitude » d’être bientôt sujet du royaume. Il faut d’abord faire preuve de « mérites exceptionnels » pour être naturalisé par le Parlement à Bruxelles. C’est là que ça coince. Ce n’est pas parce qu’Obélix a trahi Uderzo pour Hergé en s’acoquinant avec les Tapioca de l’ex-URSS, qu’il peut prétendre contribuer à la légende locale. En Belgique, pays démocratique d’exception puisque capable de survivre à 541 jours sans gouvernement, on ne partage pas l’admiration du nouveau venu pour les satrapes orientaux,. On cultive par ailleurs une certaine sobriété avec un taux d’alcoolémie légale de 0,22g ( 0,50 en France) et ce n’est pas parce que le Manneken pisse depuis des siècles à Bruxelles, que l’on tolère l’incontinence sur les portes des « chiottes » d’avion, comme dirait Poutine. Bref, y’a du boulot pour l’artiste, à moins qu’il ne s’associe à BB en vue de protéger les flamands roses. Succès assuré entre Bruges et Gand.

Le 1 juillet 2011 à 09:20

Marcel Mariën (1920-1993)

Les cracks méconnus du rire de résistance

Louis Scutenaire, E.L.T. Mesens, Paul Nougé, Achille Chavée…, le surréalisme belge de combat a été incarné par quelques satanés pendards qui en ont fait voir des belles à « ces faces de pets qui nous gouvernent » (Scutenaire) sans se faire poisseusement récupérer à la fin de leur vie. D’entre eux tous, le pire « boutefeu de sédition » (comme on disait d’un Blanqui), ce fut sans nul doute Marcel Mariën. C’est qu’il n’avait pas usurpé sa réputation de grand « récidiviste du canular ». C’est à lui, par exemple, qu’on doit le gag, en février 1955, des cartons d’invitations dupeurs à une cérémonie d’hommage à André Breton dont les postures autoritaires et les transes magico-mystiques dédiées aux « grands transparents » agaçaient de plus en plus les rebelles belges. « Dans un froid glacial, une cinquantaine de personnes, dont la presse et la radio, s’étaient rendues à l’hôtel Lutecia pour y tomber sur un colloque des Auvergnats de Paris, marchands de bois-charbon. » Neuf ans auparavant, à Bruxelles, c’est lui aussi qui est l’instigateur de la blague du cycle sexologique : « Nous venions de réussir un coup de maître au Palais des Beaux-Arts, en lançant une invitation pour des conférences sur la sexualité, qui devaient être “illustrées de scènes explicatives pour lesquelles de jeunes intellectuels des deux sexes prêteraient leur concours”. Cette invitation, présentée comme une initiative culturelle du Séminaire des Arts avait jeté l’émoi dans le personnel chargé de la location des places, à la fois submergé par les demandes tout en étant incapable d’y pourvoir. » Et il frappera encore plus fort, en 1962 quand il fera annoncer dans un tract illustré d’un billet de 100 FB distribué au Casino de Knokke-le-Zoute la veille d’une rétrospective René Magritte que le peintre « a décidé de vendre désormais ses œuvres à des prix dérisoires ». « Ce dernier, complètement effaré, recevra aussitôt des félicitations d’un peu partout. »   Mais Marcel Mariën ne fut pas seulement un maître-farceur de premier calibre ayant amorcé tôt sa galapiate carrière lorsque, adolescent, il s’en allait permuter les croix de bois plantées sur les sépultures des cimetières de campagne. Outre qu’il se lança en 1953 dans la contrebande de cigarettes et de parfums entre la Normandie et les Antilles et qu’il devint en 1963 trafiquant de lingots d’or sur la rivière de Saïgon, il fut également un faussaire piednickeléesque consommé. En 1939, pendant son service dans l’armée belge, il fabrique des permissions à la chaîne en contrefaisant la signature de son commandant. En 1941, il vend ses premiers recueils de poèmes sulfureux à… des macchabées. Il coche, en effet, les noms et adresses des défunts du jour à qui il envoie ses opuscules contre remboursement. « Je réussis même, relate-t-il dans Le Radeau de la mémoire, à caser un exemplaire chez un défunt qui portait le même nom que moi, jouant sur l’homonymie de l’expéditeur et du destinataire pour abuser la famille éplorée. » La même année, en temps que nègre inspiré du parfumeur-collectionneur René Gaffé, il crédite son employeur d’une douzaine d’essais artistico-littéraires brillants qu’il bricole gredinement en pillant savamment des textes déjà existants. « Il va sans dire que plus d’un critique coté s’extasia sur la pertinence et la nouveauté de ces mosaïques. » De 1942 à 1946, il vend moultes faux Picasso, Braque, Ernst ou Chirico, tous confectionnés en tapinois par Magritte. En 1951, « mandé par un congrès de receveurs communaux pour y prendre note des discours prononcés », il en marie les mots-clé avec « un collage de textes empruntés à divers auteurs tels que Montesquieu, Pascal, Alain, Valéry. » En 1953, il écoule à Oostende et à La Panne des faux billets de 100FB ouvrés par les frères Magritte. En 1958, turbinant dans une agence publicitaire, il truque au profit de comparses les résultats des concours hebdomadaires d’une firme de poudre de lessive. Au risque de vous donner le tournis, n’en restons pas là et complétons cet édifiant portrait avec d’autres frasques de Marcel Mariën. En 1939, il écrit au roi Léopold III pour lui suggérer « d’intervenir sans tarder pour que l’on élevât anticipativement un monument aux morts de la guerre qui s’annonçait ». Il signe sa requête Léon Degrelle. En 1955, il crée le Prix de la Bêtise Humaine qui est décerné conjointement au roi Baudouin, pour son voyage au Congo belge et à André Malraux pour l’ensemble de son œuvre esthétique. En 1959, avec son scandaleux film blasphématoire L’Imitation du cinéma, fort vite interdit en France et en Belgique, il pause la question : « Pourquoi un homme tombant dans la rue déclenche-t-il le rire et non pas le Christ avec sa triple chute pendant le calvaire ? » Et il n’arrêtera jamais de prodiguer aux jeunes générations délurées de fort avisés conseils pratiques de cette farine. « Sans doute il y aurait-il quelque bien à agir adroitement sur les tristes décors qui nous ont été légués, à les faire passer de leur signification actuelle à leur signification réelle : par exemple, à badigeonner de bran Notre-Dame de Paris. » « Arrêtez d’un geste désespéré la plus luxueuse limousine que vous croiserez sur la route. Demandez à l’occupant, comme si vous aviez affaire à un maître de maison où l’on vous aurait invité l’endroit de la toilette. » « Si vous êtes amené à assister à un enterrement religieux, au moment où l’employé des pompes vous remet un cierge et vous invite à faire le tour du catafalque, il vous est très aisé, feignant de trébucher par exemple, de mettre le feu au poêle qui recouvre le cercueil. »   À lire le réjouissant dossier collectif L’Imitation du cinéma. Histoire d’un film ignoble (Éd. La Maison d’à côté) dans lequel on prend connaissance d’un communiqué de presse historique de la Centrale Catholique : « Le film en question est une parodie sacrilège du christianisme mêlée d’une obscénité qui dépasse toute imagination. On espère que le Parquet prendra les mesures nécessaires pour mettre hors de circulation cette pellicule indigne d’un pays civilisé. » Un DVD de l’objet du scandale escorte le texte. Valent aussi le coup d’œil : l’étude de référence Les 100 mots du surréalisme (Que sais-je ?) par les profs universitaires belges Paul Aron et Jean-Pierre Bertrand ayant bien potassé leurs fiches. La bio éperonnante de Geneviève Michel Paul Nougé. La Poésie au cœur de la révolution (P.I.E. Peter Lang) qui raccorde futefutement les provocations ludiques du groupe surréaliste de Bruxelles à la saga situationniste. Et puis encore le Petit Guide de l’irrévérence au pays de Liège (Yellow Now) fricassé par d’enjoués connaisseurs du sujet, les historiens Alain Delaunois et Pierre-Olivier Rollin et l’agitateur anarcho-pataphysicien André Stas.

Le 18 septembre 2012 à 08:00
Le 13 mars 2011 à 20:35

Les secrets de Jean Piero

Ventscontraires.net vous ouvre les coulisses de ses "Pièces Montées", diffusées dans le journal 3D sur France Inter

Jean Piero n’est pas vraiment journaliste, il vient de l’univers du spectacle, par la chanson, et de celui des arts plastiques. Pourtant, on pourrait s’y tromper, puisqu’il se balade avec un micro en posant des questions, autour d’une thématique imposée chaque dimanche par Stéphane Paoli pour son émission en direct du Rond-Point. Le résultat radiophonique (ses "Pièces Montées" dont vous pouvez entendre quelques pastilles sur ventscontraires.net), c’est un joyeux mélange de voix, d’idées folles et de vérités aussi. Et évidemment, lorsqu’on est auditeur, on se demande quel est son secret de fabrication… D’abord, il lui faut trouver un lieu, le plus silencieux possible, pour des raisons techniques évidentes. Donc il fuit les bistrots, qui sont aujourd’hui pollués par les musiques d’ambiance (ça l’énerve) et leur préfère les jardins publics, les galeries, les beaux magasins. Il faut que les gens y soient prédisposés à la beauté.Ensuite, il choisit ses voix à leur air disponible, et les aborde avec le matériel d’enregistrement le plus discret possible. Lorsque toutes ces conditions idéales sont réunies, il peut poser ses questions, dans un ordre bien précis. A écouter Jean Piero, tout est dans la question, longuement pensée. Après, il faut laisser faire : "Si on fait confiance aux gens, on a souvent des bonnes surprises. Chacun a de la poésie en soi, on est tous, quand on le veut, de grands producteurs de surréalisme, ne serait-ce que dans nos rêves." La psychanalyse, d’ailleurs, n’est pas bien loin… "J’écoute la signification des mots et je rebondis. C’est de l’interprétation libre : en suivant le sens des mots, on peut aller dans des endroits totalement inattendus." Alors, pas de trucage ? "Parfois, quand on trouve un bon mot avec quelqu’un, je le lui fais répéter. C’est une écriture commune, où tout est permis". Il peut aussi organiser des dialogues entre des personnes qui ne se sont pas vues. Ça, c’est le boulot de montage, lors duquel il travaille aussi le rythme, l'équilibre, les respirations, bref, tout ce qu'on attend dans son poste et qui a l'air de couler de source… Jean Piero a un site, on peut y entendre ses séries radiophoniques des années précédentes, écouter ses photos et y voir ses images : jpiero.com. Et entendre sur ventscontraires.net quelques-unes de ses pièces montées.(image Jean Piero)

Le 16 mai 2011 à 12:00

Helvète underground

ventscontraires sans frontières

Raphaël Chabloz est un nouveau venu parmi les chroniqueurs de ventscontraires.net. Dans le reste du monde, celui qu'on connaît mieux sous le nom de Raph FlipFlap est une véritable star. Depuis 2003, son blog BonPourTonPoil s'est imposé comme une véritable institution en termes d'absurde, d'humour décalé et de lolistique comparée. C'est depuis son QG secret planqué dans une zone reculée de l'Helvétie profonde qu'il a accepté de répondre à nos questions.Quand et pourquoi avez-vous commencé votre blog ?Le 7 mai 2003. A la base, je voulais écrire un article sur les blogs, alors j'en ai lu quelques-uns. Je me suis dit que c'était pratique pour écrire des bêtises et, surtout, les faire lire, sinon ça n'a pas grand intérêt (je n'ai finalement écrit mon article qu'un an plus tard).Votre premier article parlait de quoi ?Je m'y demandais de quoi parler. C'est assez amusant parce que huit ans plus tard, je n'ai toujours pas trouvé. Vous pouvez le lire là. Lâchez des comms !Comment pourriez vous caractériser votre style/humour/ton ?Spontanément, le mot qui me vient à l'esprit est : chamarré.Mais encore ?L'absurde, les mauvais jeux de mots, le cynisme et les bébés animaux me font beaucoup rire, j'essaie de mélanger un peu tout ça.Qui est, selon vous, l'inventeur de l'humour ?Noé. "Je vais construire un bateau et mettre dedans deux moustiques, deux galagos, des baleines et deux bacilles de Koch", c'était une excellente blague. Dommage qu'on l'ait pris au premier degré, surtout pour les moustiques.D'autres modèles, inspirateurs ?Il y a des gens qui me font rire, et je pense que ça se sent : Gotlib, Alexandre Astier, Edika, Jean-Michel du 59. Et Desproges, bien sûr (je le connais trop mal, mais la loi oblige à le citer)Internet est une source d'inspiration pour vous. Ils faisaient comment les humoristes avant ? Ils sortaient dans la rue ?Je ne sais pas. Il y avait des vidéos de chats, dans la rue ? Internet, c'est pratique, parce que ça permet de passer ses journées au café du commerce sans devenir alcoolique. (Même si, parfois, ça donne envie de boire pour oublier, quand même)Dans la vraie vie, vous êtes quelqu'un à qui on demande de raconter des blagues (ou d'arrêter avec ses blagues) ou quelqu'un de plus sombre ?Je ne raconte pas tellement de blagues, au sens totoesque du terme. Je suis plutôt timide, donc non, je ne suis pas tellement le boute-en-train de la soirée. Cela dit, internet ce n'est pas de la fausse vie.Vous êtes depuis peu chroniqueur pour ventscontraires. Qu'est ce que ça a changé à votre vie ?Le premier effet, ça a été qu'à chaque fois qu'un de mes amis a, comme disent les jeunes, liké la page, j'ai vu ma tronche apparaître sur Facebook, ce qui est assez déstabilisant. Et sinon, j'ai vu que Noël Godin était un de mes « collègues », ce qui est hyper prestigieuxAuriez-vous un message à lui faire passer ?Comment se fait-il qu'Oskar Freysinger* n'ait encore jamais été entarté ? (*Oskar Feysinger, membre du parti populiste suisse UDC, principal porte parole de l'initiative  "Contre la construction des minarets")Suisse et jeune, c'est compatible ?C'était totalement interdit, jusqu'au jour où la Suisse est devenue championne du monde de football des moins de 17 ans. Depuis, c'est toléré, mais à condition de jouer en silence, merci. Et suisse et drôle, c’est légal ?Il y a d'excellents humoristes suisses, comme Frédéric Recrosio et Jean Ziegler*. Titeuf, mais il a mal tourné, Plonk&Replonk et Patrick Juvet.(* Jean Ziegler est un homme politique, sociologue, écrivain et polémiste suisse. Son livre L'Empire de la Honte a inspiré le documentaire We Feed the World.)Au fait, où sont les femmes ?La mienne est au sport, à cette heure-ci. (Oui, on peut être suisse et sportif)L'humour est-il un sport de combat ?Je n'ai jamais réfléchi à la question et pourtant, je ne suis pas trop fan des coups portés au-dessous de la ceinture. Etes-vous tenté par d'autre formes d'écriture : roman, scénario, odes, discours politique ?Roman, oui : j'en suis à mon 1740e chapitre 1 en 18 ans. J'ai aussi écrit des nouvelles, j'ai une idée de scénario de bd sous le coude mais il faudrait que je la mette plutôt sur papier. En fait, je m'intéresse environ à tout ce qui demande de l'imagination, mais je suis aussi et surtout un champion de la procrastination. Et je suis très intéressé par les cartes postales. Quelle est la plus belle carte postale que vous avez reçue ?J'ai une magnifique collection de cartes postales moches, car internet sert aussi à rencontrer des fous. Ma préférée... peut-être cette magnifique reproduction d'un château anglais en hologramme.Quelle carte postale aimeriez-vous envoyer aux lecteurs de ventscontaires.net ?Une carte postale avec des bébés chats, un jeu de mots genre "Chat baigne" et la recette de la souris d'agneau. Et au dos, classique, efficace : temps magnifique, soleil radieux, bisous. Par contre, il me faudra leur adresse.Et enfin, une question simple pour conclure : qu'est-ce qui pourrait changer le monde ?Les jeunes UMP, ou alors l'interdiction de la méchanceté, la béatification de Barack Obama. Ou les bébés chats.

Le 20 juin 2010 à 10:30

Quand un "ceinture noire" voit rouge, on rit jaune

Signe (de la dégradation) des temps

J'ai mal à mes médias. Le boss de Radio France a été mis en examen à la suite d'une plainte de David Douillet, judoka converti en politique, au sens de l'humour visiblement assez limité. Peut-être à cause de la fréquentation de Mme Chirac, mais passons car là n'est pas la question. David Douillet reproche à une journaliste de France Inter d'avoir diffusé dans son journal un bout d'interview (enregistrée) de l'eurodéputée Eva Joly, des propos tenus en 2009, qui insinuaient que le député des Yvelines était l'heureux détenteur d'un compte bancaire dans un paradis fiscal. Soit. Admettons que ce soit faux, admettons qu'Eva Joly ait eu la langue trop bien pendue, admettons que David Douillet l'attaque en justice pour diffamation (ce qu'il a fait), ça le regarde, s'il estime que son honneur d'homme politique doit être lavé. Là non plus n'est pas la question. Là où l'affaire devient proprement scandaleuse, c'est quand le média qui a diffusé l'interview est lui-même attaqué. C'est une nouvelle limite qui est franchie. Quelle place reste-t-il aux journalistes? Va-t-il falloir nettoyer les interviews avant leur diffusion? N'entendrons-nous dans nos radios, ne lirons-nous plus dans nos journaux que des infos qui ne blessent personne? Au moment où l'on célèbre Paris-Londres, on se dit que cette nouvelle n'est pas une si mauvaise nouvelle car l'avenir, finalement, n'est pas si noir pour les journalistes : progressivement, ils vont avoir l'opportunité de se placer dans la frange des résistants. Les carottes sont cuites.

Le 11 janvier 2011 à 13:04

Fêtes donc !

Marquez des points tout au long de l'année !

Et voilà c’est reparti ! La nouvelle année est là avec ses mêmes affres, ses mêmes tracas, ses mois toujours identiques et ses fêtes récurrentes ! A cela RESISTONS ! Voici quelques conseils mutins pour ne pas tomber dans la spirale tourmentée du calendrier festif 2011. Janvier : Pas de fève pour la galette des rois ? Mettez-y un ongle de pied soigneusement taillé (à l’effigie de Diogène, vous marquez 2 points supplémentaires) Février : Faites-lui la cour comme autrefois ! Plantez des branches de jeunes arbres à sa porte. En ce jour de St Valentin chaque feuillage a un sens, privilégiez le sapin. (s’il garde encore l’immonde guirlande du mois précédent vous gagnez 1 point supplémentaire) Mars : Barbouillez la sonnette de saindoux et guettez l’arrivée claudiquante des enfants costumés pour Mardi Gras (si lorsqu’ils vous tendent leurs sacs, vous leur offrez les sachets d’huile pimentée pour pizzas qu’il vous reste dans le frigo depuis la dernière soirée avec Patrice, vous marquez 2 points supplémentaires) Avril : Pâques ! L’heure de la résurrection : déterrez le chat du jardin et clouez-le sur la boîte aux lettres. (L’écriteau « Désolé j’avais pas d’agneau ! » autour du cou de la bête vous rapporte 5 points supplémentaires) Mai : En cette fin de mois, les mamans sont à l’honneur. Profitez-en pour offrir un magnifique collier trois rangs de perles à votre cher papa. Juin : Fête des pères, mais il a déjà été bien gâté le mois dernier, n’exagérons rien ! Juillet : Entre le 13 et le 15 du mois, filez en capitale des Flandres pour commander un beau rouget au premier poissonnier qui passe. Asseyez-vous à une table de bistrot et sur une serviette en papier tâchée de picon-bière, tentez d’écrire un hymne national qui parle de Marseille et de patrie en danger. Le poisson trouve toute son utilité lors de la signature du pamphlet. Août : Le 15, habillez votre cabine d’ascenseur en grotte miraculeuse et renommez le dernier étage en « Stand de peket* gratuit ». (2 points supplémentaires si la doyenne de l’immeuble est montée la première) Septembre : Fêtez dignement la rentrée des classes ! Réveillez les enfants dès 4h du matin pour une rédaction sur « L’homme est-il un animal politique ? Citez des noms !». (4 points supplémentaires par ministre) Octobre : Toussaint, soyez en avance sur votre époque en fleurissant les lits de maison de retraite dès le 31 minuit. Novembre : Couplez l’Armistice et la Sainte Catherine : Mesdemoiselles coiffez-vous d’un casque à pointe ! (1 point supplémentaire si la demoiselle à un crâne d’obus) Décembre : A Noël, célébrez plutôt la Fête du Travail, vous l’aviez oubliée, et c’est une vraie gageure de trouver un brin de muguet à cette époque de l’année ! (3 points supplémentaires si vous conviez Manuel Valls à dîner) Le comptage des points aura lieu l’année dernière entre la poire et le fromage.* genièvre en Wallonie

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