Thierry Noellec
Publié le 25/08/2011

Grosse fatigue


Certains soirs lorsqu'elle rentrait chez elle, épuisée par son boulot sans intérêt et ses trois-quarts d'heure de métro, Jeannette n'avait aucune envie de nourrir immédiatement ses chats, ce qui les rendait de fort méchante humeur.
Depuis toujours scribouilleur en amateur, je consacre mon temps libre à écrire des romans noirs impubliables (et d'ailleurs non publiés) et à écrire des billets où l'humour potache et trash s'amuse de la médiocrité du monde. Ce qui me convient bien car on ne parle jamais aussi bien que de ce que l'on connait bien. 

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Le 16 mars 2013 à 08:51

La nouvelle gabelle

Chroniques fiscales #1

La poursuite du profit à court terme et l’intervention massive d’automates sur les marchés financiers provoqua une profonde crise économique au début du XXIe siècle. Les pays riches furent confrontés à de graves difficultés budgétaires. Chaque gouvernement, en fonction de son orientation politique, partit à la chasse aux dépenses ou chercha des rentrées supplémentaires. Mais les déficits continuaient à se creuser. C’est alors que la France, grand pays d’innovation fiscale, réinventa la gabelle. Le frigo étant au point depuis longtemps, le sel ne jouait plus de rôle majeur dans la conservation des aliments. Les créatifs du ministère des finances proposèrent donc d’asseoir le nouvel impôt sur le sucre, dont la consommation était devenue massive. Ce fut un succès fulgurant. Au bout de deux ans, le budget de l’Etat français devint excédentaire et la résorption de la dette publique était en bonne voie, sans compter la réduction des dépenses de santé attendue à plus long terme. Bien sûr, beaucoup furent engloutis dans cette révolution, il y eut quelques émeutes de dentistes, et on déplora la faillite de Ferrero en 2018. Cependant, les rentrées fiscales étaient telles qu’il fut facile de proposer à tous les chômeurs des programmes de reconversion très satisfaisants. On put même remettre sur pied l’Education nationale. Mais rapidement, l’industrie revint à la charge avec un nouvel édulcorant en lieu et place du sucre. L’Etat riposta en l’incluant dans l’assiette de la taxe. Ce fut le début de la Guerre des sucres, qui se poursuit encore aujourd’hui.

Le 3 décembre 2011 à 08:31

Pauvres blaireaux !

Le blaireau, petit animal non nuisible contrairement aux blaireaux qui sévissent dans le monde politique, subit actuellement le sort que notre courageuse droite inflige aux pauvres : les harceler, les priver de ce qui aide à vivre, donc les acculer à la mendicité et au glanage dans nos poubelles, puis interdire ce mode de sustentation donc les rendre illégaux. Oui, le pauvre est illégal, de nos jours. Le maire de New-York, un nom en i, avait réussi à les déporter hors de sa ville pour faire plus style classe. C’est dégueu, un pauvre, ça salit tes semelles rouges quand tu marches dessus, ça tousse, ça pue parfois et c’est pas beau à voir. Les blaireaux, c’est un peu pareil. Chassés de leur habitat naturel — il faut savoir qu’ils ne paient pas la taxe d’habitation, ces fumiers — par la politique agricole commune qui consiste à stériliser la terre et à empoisonner ses pensionnaires, ils se réfugient vers les voies ferrées où on leur fout la paix. Enfin, jusqu’à ce qu’on découvre qu’ils construisent des galeries labyrinthiques dans les talus et que le risque d’affaissement lors du passage d’un train est exponentiel au nombre de familles blaireaux qui viennent s’y installer.  Alors, que fait la police ? Elle bétonne les terriers. C’est vraiment pas sympa, crient les amis des bêtes ! On n’a pas le droit de bétonner les blaireaux. Bon, alors, on va poser des chatières pour que bêtes puissent sortir. Mais pas re-rentrer, attention. Elles ont juste le droit de se casser. Ça rappelle le sort de certains autres mammifères nommés roms, squatters ou  « individus ». Voilà la triste vie du blaireau, chassé de son champ, puis de son talus, condamné à errer avec sa petite famille sur une terre devenue hostile, et qu’on conspue parce que ça coûte cher tout ça, 250 000 euros. Le blaireau ? La chatière ? Le bétonnage ? Ce n’est pas précisé, c’est juste pour dire que ces putains de pauvres, en plus, ils nous dépouillent… Non, mais on aura tout vu ! Si vous êtes curieux (se), la vie des blaireaux est sur Wikipedia, ici (Cet article est inspiré des infos entendues à FIP ce matin)

Le 3 août 2011 à 08:19
Le 13 mai 2014 à 09:54

On ne choisit pas sa famille

- Bonjour, que puis-je faire pour vous ? - Je voudrais des cousins. Quatre ou cinq cousins. Comprenez, je n'ai pas eu la chance d'en avoir et ça me manque, pour la complicité et tout. - Il y en a un peu plus, ça ira quand même ? - Oui, oui, très bien... ah non, mais celui-là, il est tout petit ! Que voulez-vous que j'en fasse ? - C'est vendu par lots, monsieur. On ne choisit pas sa famille. C'est connu. - On ne choisit pas sa famille ? - Non, monsieur. On choisit ses amis. - Les miens, laissez-moi vous dire que je ne les ai pas vraiment choisis. - C'est votre problème, monsieur. - Tout de même, je trouve qu'on devrait pouvoir choisir sa famille. Après tout, la famille est le fondement de la société. Et qui bien choisit son fondement mieux bâtit sa maison. - Bon. Ok. Je reprends le tout petit. Mais c'était le rigolo de la famille, celui avec lequel vous auriez des souvenirs de bêtises de gosse. Celui qui vous aurait emmené faire les 400 coups. A la place, je peux vous mettre une cousine très religieuse. - Je ne pourrais pas avoir plutôt une cousine un peu... - Un peu... ? - Ben je sais pas, elle aurait deux ans de plus, elle m'aurait appris des gros mots et à cracher et puis elle m'aurait montré ses seins, aussi, quand on était petits et puis on aurait une grande complicité parce qu'elle ne s'entendrait pas trop bien avec ses parents ? - Vous avez vu ça dans un film français ? Non, on n'en fait plus, des comme ça. - Bon ben, je sais pas, mettez-moi quand même le cousin tout petit. - Il vient de partir, monsieur, dans une famille bretonne. - C'est très contrariant. - Oui. - Bon et en beaux-frères, qu'est-ce qu'il vous reste ?

Le 16 janvier 2012 à 08:31

L'anarchisme expliqué à un post-anarchiste

Un prétendu mélomane a dit en 1984 : « Si ceux qui votent pouvaient acheter des disques, on tremblerait devant le top cinquante. » Poncif anarchisant. Les anarchistes, ces adolescents attardés qui nous attendrissent vaguement à cause des chansons de Léo Ferré, et bien ils ont des dogmes, c'est Michel Onfray qui le dit. Du coup, ils sont tout simplement en contradiction avec la base même de leur pensée. Et toc ! L'anarchiste ne vote pas. Dogmatisme. Allons, votons ! Moi je vote. J'ai voté, une fois. Pour le référendum sur la constitution européenne. Je me suis dit que si on me demandait mon avis sur une chose à laquelle je ne comprenais goutte, c'était bien que je devais en avoir un. En plus, j'ai bien fait, j'ai gagné. J'avais voté non. Le lendemain, en pissant dans la Loire, j'avais l'impression d'influer sur les coefficients de marée de l'Atlantique. C'est grisant l'ivresse du pouvoir. Je peux citer, sans avoir besoin de réfléchir une heure, au moins trois exemples de ce que l'État, grâce à d'audacieuses réformes, a accordé aux citoyens. C'est donc bien que l'État peut être bon. Et si certains viennent vous dire que l'État nous crache à la gueule les miettes de ce qu'Il n'aurait jamais dû nous prendre, méfiez-vous de ces hommes-là, ce sont des utopistes. Et dogmatiques. Desproges cite Aron en disant : « Qu'on soit de droite ou de gauche, on est hémiplégique. » Sans vouloir filer la métaphore, il est pourtant des fois où j'ai l'impression que d'être démocrate, ça tient pas vraiment debout de toute façon. Encore un lieu commun anarchiste, excusez-moi.

Le 26 mai 2012 à 16:09

Le problème avec Secret Story

Le problème avec Secret Story 6 qui a commencé hier soir c’est que quoi que tout ait déjà été dit sur le degré profond de débilité d’une émission qui tendrait en comparaison à donner un air intelligent à Nadine Morano, il arrive un moment où tu réalises que dans quelques années arriveront sur le marché du travail de jeunes gens qui jamais n’auront connu le monde sans qu’il soit rythmé par une de ces annuelles Foires du Néant, du Bikini et du Grammaticide reines des prime-time et qu’en posant ton café deux secondes pour imaginer à quoi ce futur pourrait ressembler tu réalises que tu pourrais un jour hériter d’un collègue qui, balayant ta citation de Desproges d’un méprisant revers de la main déclamerait fièrement au pot de départ de Jean-Louis une des plus belles citations philosophiques de Benjamin Castaldi, jetterait au feu les poèmes de Victor Hugo que ses enfants ramèneraient de l’école pour leur faire étudier un recueil des plus beaux tweets de Mickael Vendetta, garderait en évidence sur son bureau un portrait de Moundir dont il s’inspirait largement pour conquérir de jeunes femmes qui céderaient facilement à ses désirs, immédiatement conquises par son sens de l’humour ravageur savamment acquis depuis le berceau grâce à l’écoute appliquée d’un hilarant Christophe Dechavanne qu’il considérerait comme un génie contemporain, t’offrirait un sourire dédaigneux lorsqu’à la cantine tu avoueras n’avoir jamais lu « Miette », premier chef d’œuvre poignant d’une Loana ayant détrôné Anne Frank au rayon des légendaires martyrs féminines, devenant peut être même un jour ton supérieur hiérarchique et te mettant à la porte pour faute professionnelle suite à une sombre histoire d’inversion de deux mots dans une citation de Steevy Boulay, t’obligeant alors à quitter ton bel appartement de la rue Bataille et Fontaine devenu hors de prix, et te présentant pour une demande d’HLM à la Mairie, mais que c’est au moment où ton cerveau commence à se demander si le buste de Marianne sous tes yeux est réellement moulé sur le modèle de Vincent MacDoom que tu réalises que, merde, ton café est déjà froid, et que le café froid, honnêtement, c’est dégueulasse. C’est ça le problème avec Secret Story 6.

Le 20 octobre 2015 à 08:59
Le 11 mai 2010 à 16:08

« Après, fin 2011, on ne fera que de la politique »

Nicolas Sarkozy, devant les députés UMP à l'Elysée, 5 mai 2010.

C’est curieux, chez le président, ce besoin de faire une phrase de ce genre. Cafardée par des élus à la sortie d’une réunion, elle mérite un détour dans le guide des déconnages du quinquennat, quand le chef de l’Etat croit les micros fermés et l’auditoire connivent. Nous voilà avisés que les « réformes » qu’il compte avoir achevées d’ici le second semestre de l’année prochaine, n’auront été qu’une parenthèse désenchantée. Limite train-train. Mais ce faisant il nous interloque. Qu’a-t-il fait de ses années exécutives, ce Nicolas Sarkozy que l’on croyait animalement politique ? Le bouclier fiscal, ce n’était donc pas de la politique ? De l’humanitaire peut-être ? Le mammouth du public dégraissé, de l’hygiénisme ? Les annonces sécuritaires à répétition, un TOC ? Le débat sur l’identité nationale, un grand café philo ? Pendant tout ce temps il aura donc été au supplice le fils de Pal, avant d’en arriver à ce qui prime pour lui : « faire de la politique », autrement dit le retour au bourre-pifs, ceux de l’opposition s’entend. Du bling-bling, au bing-bing.   Hélas, la prochaine présidentielle ne doit avoir lieu que les 22 avril et 6 mai 2012 ; il va bien lui falloir, jusque-là, poursuivre le boulot de président « pas politique ». Une suggestion qui arrangerait tout le monde : il démissionne en septembre 2011, et la boîte à gifles est ouverte sans attendre. Rien que du bonheur.  

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