Thierry Noellec
Publié le 06/08/2011

Angoisses matinales


Ce matin-là Jean-Claude ne sentait pas très bien, un peu patraque en fait. Sur le coup il mit sa méforme sur les excès de graisses polyinsaturées qu'il avait ingurgitées la veille. Mais, à la réflexion, il dut finalement s'avouer que c'était cette dissertation de philo sur les mérites comparés de l'influence de Kant et de Spinoza sur la pensée écologiste contemporaine qui lui donnait un peu de fil à retordre.
Depuis toujours scribouilleur en amateur, je consacre mon temps libre à écrire des romans noirs impubliables (et d'ailleurs non publiés) et à écrire des billets où l'humour potache et trash s'amuse de la médiocrité du monde. Ce qui me convient bien car on ne parle jamais aussi bien que de ce que l'on connait bien. 

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Le 17 octobre 2015 à 08:10
Le 17 novembre 2010 à 19:34

« Au fond, ma détermination n'a rien changé »

Nicolas Sarkozy, TF1/France 2/ Canal +, mardi 16 novembre 2010

Aucune question ne lui ayant été soumise sur l’inflation, le président de la République n’a pas été exposé au pire dans l’exercice de la langue française, ainsi qu’il advint à Rachida Dati. Pourtant, employer à la place de l’auxiliaire de négation « pas », le pronom indéfini « rien », ce n’est pas rien. C’était énoncer l’inverse de ce qu’il a expliqué ensuite sur son volontarisme intact, en dépit des épreuves. Oublions un peu le couple Freud-Lacan pour les frères Bescherelle. On peut déplorer que la compétence de « veiller au respect de la Constitution » (article 5) qui est attaché à la fonction du président de la République, ne soit pas étendue à la grammaire de son pays. Il y aurait certes du boulot de rattrapage pour le petit Nicolas qui nous confiait le même soir : « Les choix de personnes sont toujours des choix qui demandent d’y penser ». Mais ce ne serait pas inutile car quand ça branle dans le manche syntaxique, tout peut s’effondrer, comme cette image d’un président ayant rompu avec la résignation de ses prédécesseurs, face aux contraintes du monde environnant. Sarkozy serait-il donc en train de se « chiraquiser » comme le suggère en outre le Revival RPR au Conseil des ministres ? La thèse est en vogue. Une autre, plus sophistiquée, le verrait plutôt en phase de giscardisation pour avoir foutu le bin’z dans son camp avec un trop-plein de réformes, avant de se retrouver flanqué d’un premier ministre indéboulonnable. Putain, dix-huit mois !Illustration : Arlette Chabot à l'issue de la prestation présidentielle

Le 28 octobre 2015 à 09:23

La beauté du sport amateur

Au bout de trois tours, j'avais fini par comprendre qu'il s'agissait de prendre la balle et de la passer à son voisin. Elle était un peu plus petite qu'une balle de hand, mais très lourde. De loin, elle donnait une impression de souplesse, mais au toucher, elle était d'une matière s'approchant du formica. Elle passait de mains en mains, un peu comme un témoin dans une course de relais. Nous faisions des pas chassés autour de ce qui ressemblait à un but de football.Il n'y avait aucune urgence, aucune pression, aucun élan. Personne ne tentait de marquer, ça ne devait pas être l'objectif. L'ambiance était à la désinvolture. Les membres des équipes (il y en avait manifestement trois, puisque les uns portaient un t-shirt bleu, d'autres un t-shirt vert, et les derniers des protège-tibias jaune) affichaient un air de détachement, voire de dédain à l'égard du jeu. C'était tellement ostentatoire que je me mis à croire qu'ils obéissaient là à une des règles. Alors j'ai fait la moue – j'ai senti une forme de contentement de la part des Verts, dont je faisais partie. En tout, on comptait seize joueurs.Tout le monde parlait à mi-voix, je ne distinguais pas grand chose. Il n'était pas question du match que nous étions en train de jouer, c'est sûr. J'étais le seul sans moustache.Il y avait un arbitre, placé à une cinquantaine de mètres de nous sur le terrain vague (nous nous trouvions sur un long espace en extérieur, moitié boueux, moitié herbu). Il portait un mégaphone à sa bouche régulièrement. "200 !", cria-t-il. Puis : "145 !". Il se passa un long moment encore avant qu'il répète : "145, j'ai dit !". Selon ce que je constatais, les joueurs ne modifiaient pas leur comportement, ni le rythme ni rien.D'autres projectiles entrèrent soudain dans le jeu, sans que je comprennent d'où ils venaient. En lieu de balles, il fut plutôt question de billes en métal. Quelqu'un les projetait sur nous à toute force, alors qu'on continuait les pas chassés. Aucun mouvement d'esquive de la part des joueurs. Rapidement, ils se mirent à saigner, des ecchymoses, des plaies. Des arcades sourcilières éclatèrent, je me protégais comme je pouvais, tout en continuant de passer la balle à mon voisin.L'arbitre agita une clochette à l'autre bout du terrain. Aussitôt, les Bleus exultèrent, sauts en l'air, chant de victoire. Les Jaunes se congratulèrent chaleureusement. Les Verts n'étaient pas mécontents non plus. "On a fini troisièmes, pas mal", me glissa un coéquipier qui pansait son genou. Bon esprit, me dis-je. On se donna rendez-vous à l'année prochaine.

Le 24 janvier 2013 à 10:51

Un papa, une maman, trois possibilités

Je dis pas ça pour râler mais au début, le mariage pour tous, j'étais plutôt contre : je suis un farouche partisan du mariage pour personne. Je veux dire, je n'ai rien contre les buffets de dessert et les oncles saouls, mais si ça implique de sacrifier à des traditions archaïques et patriarcales, autant aller directement au stand de tir. Seulement, il paraît que c'est pas ça, la contre-proposition. Je dis pas ça pour râler, mais en revanche, l'adoption pour tous, au début, j'étais plutôt pour, même si j'ai mal saisi le glissement sémantique qui fait invariablement passer à l'un quand on parle de l'autre et inversement. Mais comme je suis un garçon instruit, j'ai quand même lu les arguments des opposants, pour pouvoir me moquer. Il ne faut jamais faire ça. J'ai failli changer d'avis. A cause de cet argument si pertinent : oui mais après, à l'école, les autres enfants se moqueront. Car c'est bien connu, les enfants dont on se moque finissent très mal, il paraît que certains sont même chroniqueurs pour Ventscontraires, la revue participative du théâtre du rond-point, terrible repaire de gauchistes et, pire, d'artistes, c'est dire s'il y a danger. Donc, oui, aujourd'hui, je le clame, supprimons la moquerie, ce si terrible fléau. Et pour cela, la solution la plus évidente est évidemment de supprimer toutes les possibilités de se moquer. Commençons par prohiber la rousseur. Et dans la foulée, interdisons aux gens d'être petits (quelle idée saugrenue!), grands, gros, maigres ou suisses allemands. Plus jamais de Bouboule qui va toujours au but quand on fait du foot, plus jamais ! Et combien de temps devrons-nous encore tolérer les premiers de classe, ces gens si quolibetogènes ? Puis nous nous attaquerons aux défauts de prononciation. A la maladresse et à la nullité en sport. Puis, enfin, nous fermerons nos écoles à tous ceux qui aiment les épinards.

Le 29 avril 2010 à 14:32

« Si une candidature naturelle se dégageait au PS, ce pourrait être Dominique Strauss-Kahn »

Pierre Moscovici, Emission "Face aux Chrétien" (RCF,Radio Notre-Dame, La Croix), 23 avril 2010

Naturellement, ce que dit cet éminent socialiste ne doit pas être pris à ras les pâquerettes. Dans son esprit, l'entrée en lice de Dominique Strauss-Kahn s'imposerait avec une telle évidence que la contrarier serait, en quelque sorte, contre-nature. La vocation surnaturelle de Ségolène Royal étant hors concours, toute autre ambition que celle de l'acronymique DSK relèverait donc de la greffe artificielle genre Aubry, ou d'une bouture bricolée façon Hollande.Mais à quoi reconnaît-on la candidature « naturelle » ? La question est de saison. Alain Juppé a désigné Nicolas Sarkozy comme « candidat naturel » de l'UMP en 2012, mais c'est moins pour vanter la plante que suggérer le risque de plantage. Dominique de Villepin s'est déjà auto-ensemencé pour chasser la mauvaise herbe sarkozyenne, Jean-François Copé cultive en pot une candidature naturelle pour  2017, et Jean-Luc Mélenchon s'y voit dès 2012 en se prévalant d'un caractère qui n'a rien de « lyophilisé». Les Verts, c'est un comble, sont les moins fertiles en candidatures sans engrais. Il y aurait bien Daniel Cohn-Bendit, mais ses racines allemandes en font un présidentiable hors-sol. Bref, le « naturel » en politique exige d'être semé à temps pour décourager les parasites, et de ne pas attendre la victoire pour être arrosé.

Le 17 octobre 2015 à 09:07
Le 13 octobre 2015 à 07:38

La NASA affirme qu'il existe d'autres formes de sport que le foot dans l'univers

L’une des équipes scientifiques de l’agence américaine vient de publier plusieurs clichés satellitaires qui montrent avec plus ou moins de clarté l’existence de sports encore inconnus jusque là. Certains se joueraient même sans ballon. Une affirmation qui divise tant la communauté scientifique que les experts du sport. Une découverte majeure C’est le directeur de la NASA, Charles Bolden, qui a en personne annoncé la nouvelle : « Cela a été difficile à vérifier car depuis quasi 1 mois ces autres formes de sport sont physiquement éclipsées par ce que l’on appelle la planète foot. Mais les images de Hubble, notre télescope spatial, sont très claires. Il y a quelque part dans l’univers, et même sur Terre, des formes de vies sportives en dehors du ballon rond. » Les prises de vue de la NASA dévoilent le visage de nombreuses disciplines encore inconnues : « Nous avons la preuve d’une forme de jeu avec un ballon ovale. Il y aurait aussi un sport qui consisterait à enrober ses poings avec de gros gants et à les lancer dans le visage d’une personne en face. Enfin, nous avons la preuve quasi irréfutable d’un genre de course sur des véhicules à deux roues, le tout autour de la France. » Cette annonce de l’agence spatiale ne convainc pas les astronomes les plus sérieux comme Igor Bogdanov, le célèbre scientifique : « C’est difficile de concevoir intellectuellement des sports qui seraient fondamentalement différents du foot. On l’a bien vu à la télé depuis des semaines. Pour l’instant nous avons seulement la certitude que le foot existe. Pour le reste, c’est pour moi encore au stade d’hypothèse » nous confie-t-il avant de recoller son menton. Même scepticisme chez Omar da Fonseca, ancien footballeur argentin et consultant pour le Mondial sur BeIN Sports : « Allons! Un peu de sérieux…D’autres sports que le foot ? Pourquoi d’autres formes d’attaquant que Messi dans l’univers pendant qu’on y est ?! » Envoyer une sonde

 La prochaine étape pour la NASA pourrait bien être l’envoi d’un robot-sonde de type Curiosity dans un stade dit « d’athlétisme ». Le but : vérifier physiquement l’existence d’un ensemble de sports dont l’essence consiste à courir le plus vite possible autour d’une piste de plusieurs centaines de mètres. Une sonde qui pourrait bien être envoyée dès l’horizon 2015.

Le 4 juillet 2013 à 08:24

Se trouver beau (poil au dos !)

Quand je me regarde dans le miroir, je me trouve acceptable. Sans plus. Un morceau de viande pas trop gras, pas trop maigre. Peut-être le temps et l’habitude ont-ils patiemment éteint toute velléité de transformer ce qui ne pouvait pas l’être. Sans doute ont-ils émoussé une éphémère aspiration à ressembler à quelque chose d’autre que ce que je devais devenir. Il y a bien sûr ce poil dans le dos, que je traite à la pince à épiler. Un œil fermé, la langue sortie par l’effort de concentration : tac ! Une fois de temps en temps, quand il repousse. Essayez pour voir, de viser un seul et unique exemplaire entre les fines mâchoires d’une pince en visée indirecte ! Vous apprécierez alors la dextérité de votre serviteur, et mesurerez le travail accompli pour mettre le geste au point, précis et rapide. Quand il est apparu, ce poil, j’ai vu en lui l’éclaireur téméraire d’une armée qui allait envahir mon dos. J’ai redouté un temps de me transformer en yéti, ce qui m’aurait affligé, c’est sûr. Longtemps j’ai été extrêmement vigilant et je me suis préparé au combat, prêt à éradiquer toute contagion folliculaire. En mes jeunes années où cet événement est intervenu, j’ai nourri la crainte de ne pas être désirable aux yeux des filles. Et puis finalement non. Il est demeuré solitaire. Il est très courageux et très obstiné, il faut bien le reconnaître. Finalement, j’ai appris à l’aimer d’un amour un peu vache, certes, mais je confesse que le jour où ce phœnix capillaire ne réapparaitra plus, je m’inquiéterai un peu. Et puis j’ai appris que certaines femmes aiment les hommes tout poilus du dos. Et pas que des moches qui jettent leur dévolu sur des mâles au rabais : des très désirables aussi ! Certes, cela peut vous paraître totalement invraisemblable, mais je vous affirme que c’est vrai ! Tout compte fait, j’aurais pu partager cette toison dorsale avec une autre femme que la mienne. Comme bien d’autres hommes finalement. Et puis j’ai appris que certaines personnes passent leur vie à essayer d’être quelqu’un d’autre. Qu’elles tentent de se transformer. Qui par l'épilation, qui par la chirurgie ou tout autre artifice misérable. Elles y passent le plus clair de leur temps. Ça exaspère leur entourage. Parfois, elles le quittent pour rejoindre d’autres personnes également obnubilées et narcissiques. Souvent, elles vieillissent mal et font chier tout le monde. Tout bien compté, il est heureux que mon poil ait choisi les étendues difficiles de mon omoplate pour son existence tourmentée. Il eut choisi le creux de ma main ou pire, ma langue, j’en eus certainement souffert davantage. Mon existence en eut été affectée à coup sûr ! Des fois, je pense à Spinoza qui dit que « la satisfaction intérieure est en vérité ce que nous pouvons espérer de plus grand", et je me dis qu'il a bien raison.

Le 24 février 2012 à 10:23

"Quand j'étais petite, mon père m'expliquait que le Sahara gagnait déjà un kilomètre par an."

Marine Le Pen, France 2, jeudi 23 février 2012

Après un tel aveu on comprend mieux que la fille Le Pen fasse commerce électoral de l’invasion arabe qui menacerait notre civilisation. Désertification-islamisation : même combat !  Tout se tient dans l’esprit lepénien où il faut retenir que ceux qui ne croient pas aux dangers intrusifs venus du sud, sont les même qui gobent les balivernes des « prêtres et évêques du changement climatique. » C’est une facette méconnue du projet FN  qui a été présentée lors de l’émission «  Des paroles et des actes » marquée surtout par la bagarre entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, où celle-la se l’est jouée Sainte Blandine martyrisée par le tribun païen. Chez les Le Pen on est ainsi « climato-sceptiques » de père en fille. Mais s’il y avait eu un flux migratoire esquimau aux frontières, le FN aurait-il dénoncé la fonte de la banquise sous l’effet des émissions de gaz de serre ? Voici en tout cas  une recrue pour l’Internationale des hystéro-chrétiens du parti républicain américain et des pétro-islamistes d’Arabie saoudite, virulents climato-sceptiques qui partagent la même foi dans les dividendes pétroliers. Aussi la croisade de Marine vise-t-elle désormais à délivrer le paysage des « immondes » éoliennes qui prétendent nous préserver d’un monde de « brut », ce qui ne va pas sans paradoxe puisqu’elle est aussi adepte du tout-nucléaire. Le Pen présidente c’est l’assurance d’une marée noire en guise de cerise sur le tsunami de Fukushima.

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