Nicolas Esprime
Publié le 08/08/2011

Coup de froid dans la cuisine


La note du réfrigérateur dégradée de A+++ à A++

Avant même sa naissance, l’administration française le prive de deux accents aigus. En 2004, il découvre Schopenhauer, Topor et Arolde. En 2005, il devient membre d’hormeur du GERPM-SC. En 2008, Marcel Lapierre le nomme hambassadeur de l’AVN auprès du HORAL. En 2026, il est évincé de la rédaction de ventscontraires.net pour avoir participé activement à la manifestation « Vive la police ! » organisée par le Collectif MANIFESTEMENT. Il sombre alors dans l’alcoolisme et entame une longue descente aux enfers.

 

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Nicolas Esprime

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Maintenant nous sommes devenus la Mort

Nous vivons nos vies sous une dictature financière dominée par l’inquiétante bienveillance d’une minorité de criminels, qu’on appelle les super-riches. Le problème, leur problème, c’est qu’ils ne savent pas quoi faire de nous. Tout d’abord, ils vivent sur des principes d’une grande bêtise, qu’ils nous forcent à avaler : l’idée que la compétition entraine l’innovation ; l’idée d’un monde où la richesse appelle la richesse, et où de plus gros profits engendreront davantage de savoir, d’éthique, de bienveillance, de bonté… Autant de beautés et de grandeurs qu’ils n’ont toujours pas réussi à obtenir pour eux-mêmes, mais qu’ils imaginent résider pour nous quelque part au bout de leur incessante quête de réformes plus radicales, et d’inégalités plus massives. Soit ils sont idiots, soit ils nous prennent pour des idiots En fait, le pouvoir rend idiot. Et l’argent rend idiot. C’est presque mathématique : plus ils deviennent riches, plus ils ont peur, et puis ils nous font une vie infernale, remplie de mesures sécuritaires, d’interdits. Ce qu’il leur manque, c’est d’un véritable sens économique à long terme, où ils comprendraient que : plus ils ferment des usines, plus ils créent de la délinquance, et plus ils dépensent leur petits sous à acheter des instruments de flicage. Ce qu’il leur manque, c’est d’une véritable intelligence de l’humain, où, au lieu de considérer autrui comme un prédateur, ils comprendraient que les hommes, dans leur majorité, ne demandent pas mieux que de se comporter correctement, décemment. Leur seule excuse, au fond, ce serait qu’ils soient pervers. Leur seule excuse, ce serait qu’ils aient besoin de savoir que nous souffrons à cause d’eux pour qu’ils soient heureux. Ainsi parlait Jules Renard : « Il ne suffit pas d’être heureux : il faut encore que les autres ne le soient pas. » Leur seule excuse, ce serait qu’ils soient malades. Ils vont nous tuer à la tâche – c’est clair, mais laquelle ? Pour augmenter leurs marges, nos dominants licencient à tour de bras, et ils se retrouvent avec nous, sans maîtres et sans moyen d’adorer leur dieu « immatériel » : l’argent. Et maintenant, pour couronner le tout, ils ont peur. Peur qu’on leur foute de grosses grèves dans la gueule – une bonne grosse grève générale, crémeuse comme un gâteau de mariés, qui « immobiliserait » tout le pays et les « prendrait en otage ». Alors ils nous montent sans cesse les uns contre les autres. Ils créent des conflits partout ; c’est leur seul moyen de tenir. Maintenant il faut en plus qu’ils aient peur. Ce sont des enfants. Le travail – on en a besoin pour être. On en a besoin pour apprendre. On en a besoin pour rire. On en a besoin pour créer. On en a besoin pour aimer. Il n’y a rien de plus horrible que de ne pas travailler… La plus perdue de toutes les journées est celle que l’on a chômée. C’est le professeur Choron qui a raison quand il répond à Pierre Carles dans son grand film Choron dernière : « – Une société où les gens méprisent le travail, c’est-à-dire qu’ils méprisent ce qu’ils font… Pour quelle raison ? Tu vois bien les gars qui foutent rien. Qu’est-ce qu’ils font ? Où c’est que tu les retrouves ? Ils ont rien à se dire. « – Mais c’est pas naturel de travailler. « – Ta gueule, eh con, c’est pas naturel ! Mais tu me parles comme un âne ! Tu sais les ânes, ils ont toujours plein de trucs, plein de machins chouettes, etc. Ils ont tout lu. J’ai lu Proust, la Recherche du Temps perdu, etc. etc. etc. Plus ils ont d’« et cætera », plus ils ont l’air érudit ! Eh ben, le sage, il te dit qu’il faut flinguer tous les gens qui travaillent pas, ça c’est le comble de la sagesse ! » Le travail était autrefois indissociable du parcours initiatique : tout travail était sacré, parce que, dans tout travail, il y avait la transmission d’un regard, et la création d’un rapport entre nous et le monde. Dans tout travail, il y avait la possibilité d’apprendre un instrument qui serait à la fois une arme et une alliance dans la guerre nuptiale entre soi et la réalité. Aujourd’hui, après avoir détruit toute possibilité de transmission d’un savoir-faire avec leurs révolutions industrielle puis cybernétique, ils confient les jobs à des machines, nous privent de travail, et ensuite ils nous traitent de feignants. Mais ce profit a un prix : il plonge la Terre dans les ténèbres. Le monde devient petit. Le monde devient sombre. Ils sont peu et nous sommes beaucoup. Et ils le savent. Et ils savent qu’on ne s’arrêtera pas ; on ne s’arrêtera jamais. Le travail présente trois visages. Le premier visage, c’est la création. Le second, c’est la conservation. Et le troisième visage, c’est celui de la destruction. Quand il n’y a rien, il faut créer. Quand il y a quelque chose de beau, de juste, de décent, il faut le conserver. Et quand ce qu’il y a est pourri, il faut le détruire. Cette destruction est encore un travail, est peut-être le plus difficile de tous. Comme dit le Père Ubu : Nous n’aurons point tout démoli si nous ne démolissons mêmes les ruines ! Cornegidouille : il faut concevoir un travail shivaïque, un travail ubuesque, un travail apocalyptique. Il faut concevoir un travail qui soit le travail de la destruction. Moins ils nous donneront du travail, plus nous travaillerons à détruire cette absence de travail et nous leur prendrons même ce qu’ils ne nous donnent pas ; même ce qu’ils n’ont pas. C’est à détruire leur monde que nous travaillerons. Maintenant nous sommes devenus la Mort.

Le 12 août 2011 à 08:45

Toujours regarde le brillant côté de la vie

« Plus optimiste, ton prochain billet », m'a-t-on prié. C'est vrai que l'actualité actuelle n'est pas des plus réjouissantes. Mais chaque revers a sa médaille et avec un peu de bonne volonté, on finit par trouver des raisons de se réjouir dans les plus inquiétantes des nouvelles. Alors bien sûr, l'Angleterre est secouée par de terribles émeutes, et on ne sait même pas s'il s'agit d'un cri d'alarme lancé par des jeunes sans avenir, ou juste de mecs qui volent des télés. Mais le bon côté des choses, c'est que les éditorialistes finissent forcément par citer les Clash, ce qui est nettement mieux que Colonel Reyel. Alors bien sûr, la note des Etats-Unis a été abaissée, la France tremble pour la sienne et les marchés financiers, par compassion, n'en finissent pas de paniquer comme des pucelles effarouchées. Mais ce n'est pas si grave, une mauvaise note : je me rappelle, en primaire, je m'étais planté à une interro sur le passé simple et aujourd'hui, plus personne ne l'utilise, c'est bien la preuve. Alors bien sûr, on a un été pourri, ma bonne dame et franchement, il n'y a plus de saisons, plus d'été, plus de Printemps arabe, mais c'est excellent pour la relance économique des vendeurs de parapluies et de bateaux à rames. Alors bien sûr, la Somalie meurt peu à peu, mais peut-être que quelqu'un va avoir l'idée de faire un disque pour la sauver. C'est bien, les disques. Alors bien sûr, Carla B-S est toujours enceinte, mais du coup elle ne sera pas sur le disque pour la Somalie.

Le 11 mars 2014 à 07:49

Comment boire

Epistémologie des récipients amis de l'homme #4

Depuis belle lurette, l'imaginaire au service des soifs de l'homme pratique une recherche infiniment attentive. Nous devons ainsi de merveilleuses créations aux artisans et artistes qui s'y consacrèrent. Fidèle à leurs fantômes, je salue le rafraîchissoir sophistiqué du XVIIème siècle, lieu de passage obligé des caves versaillaises durant les chaleurs estivales. Il servait à contrôler la température des serpentins d'alambics qu'une époque en attente de réfrigérateurs utilisa pour le confort des nantis à culottes bouffantes. Les rares exemplaires survivants annoncent des techniques époustouflantes telles que la draisienne ou le corset à lamelles caoutchoutées. Ceci n'est qu'aparté primesautier devant d'autres précurseurs d'apparence hermétique : le coquemar, le muid, l'échenal et l'Amphore à laquelle je donne sans me forcer une majuscule pour entrer en scène. Je les aime pour leur mystère induit et leur potentiel fictionnaire. Des récipients plus simplistes accompagnèrent les illuminés de rugueuses croisades et les nostalgiques d'inconfortables bivouacs pour bidasses en quête d'espoir. Notamment le classique bidon dont la gamelle n'est jamais bien éloignée. A la façon d'un vieux couple, rarement nickel d'apparence, ils accompagnent encore certains campeurs obstinés. Mais peut-on expliquer l'Histoire des hommes et leurs manières de boire sans évoquer cette SOIF de LIBERTÉ qui annonce le partage des flacons ?

Le 26 octobre 2011 à 08:57

Spéculateurs de tous les pays, unissez-vous !

Econotrucs #2

En ces temps de crise, la spéculation est considérée comme un fléau absolu, au même titre qu’un tsunami ou une chanson de René la Taupe. Rappelons tout d’abord qu’un spéculateur n’est pas nécessairement un méchant trader, mais simplement quelqu’un qui achète un bien dans le but de le revendre (tandis qu’un consommateur achète un bien pour en jouir immédiatement). Tout acheteur d’appartement ou de voiture est un consommateur doublé d’un spéculateur, car son choix d’achat est souvent largement influencé par une perspective de revente. A ce titre, les charmantes brocantes du coin de la rue, ou même des sites comme E-bay, sont des repaires de spéculateurs.A l’inverse les marchés financiers sont utiles à un tas de gens qui n’ont pas pour objectif de spéculer, mais ont besoin de rencontrer des spéculateurs professionnels  :Outre sa fonction évidente de transfert de la richesse dans le temps (l'épargne), la finance permet de soutenir des projets qu'un individu seul de pourrait pas financer. Pour ne prendre qu’un exemple, l’internet est devenu ce qu’il est aujourd’hui grâce aux spéculateurs (capital risqueurs puis actionnaires) qui ont investi dans Netscape, (puis dans Yahoo, etc). Toute innovation a besoin de preneurs de risques pour exister et ces derniers attendent une contrepartie. Ce couple risque / contrepartie est la base du système financier.Car la finance permet de couvrir toute une série de risques inhérents à certaines activités. Par exemple une compagnie d’aviation a besoin de se couvrir du risque de variation des prix du carburant grâce à des produits financiers. Elle a besoin d’un intermédiaire financier qui fournira ce carburant à prix fixe, et prendra à sa place le risque de variation du prix. Cet intermédiaire est un pur spéculateur parce qu’il achète des barils sans jamais avoir l’intention de se les faire livrer. Mais les entreprises ont besoin de lui.Il faudrait cependant être une taupe pour ne pas voir que la finance est très responsable des crises à répétitions que nous connaissons depuis quinze ans, et que plus elle prend d’importance plus les crises sont violentes, se propagent rapidement, et sont difficiles à résoudre. D’un outil utile à l’industrie, la finance est devenue elle-même une énorme industrie, développant au niveau mondial sa propre logique, ses propres modèles et sa terrible propension à s’aveugler elle-même.Ne nous y trompons pas, c’est « nous » (les puissances occidentales) qui avons fait le choix de « libérer » la finance, entraînant  le big bang boursier des années 80, l’explosion des produits dérivés dans les années 90, celle de la titrisation dans les années 2000.A croire que nous avons voté pour une bande de fous dangereux, manipulés par les puissances de l’argent qui voulaient la destruction de notre bonne vieille économie de marché à la grand papa, avec pantalon pattes d’ef et protection sociale. Mais si l’idéologie a largement joué son rôle, il faut se rappeler que l’économie de grand papa battait sérieusement de l’aile à la fin des années 70 : les choix ont été faits avec logique, et surtout de bonnes intentions. Et comme je sais que vous ne me croyez pas, je reviendrai bientôt là-dessus.

Le 17 janvier 2012 à 09:01
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