Ekaterina Baranova
Publié le 20/08/2011

Plaisirs exquis


Il y a ceux qui se payent des vacances. Une agence les conseille et les met en avion. Avec leurs bagages ils déboulent sur la plage. On les sert, les anime, les sort un petit peu. Pas de casse-tête, c'est le repos. Il y a ceux qui se payent un psy. Ils se font des soucis, se sentent seuls, malheureux. Alors ils viennent, ils s'allongent, ils s'épanchent. Ils sont écoutés, on parle d'eux, on les traite. Il y a ceux qui se payent des putes. Un numéro de secours, et on n'est plus un célib' abruti, mais un client chéri. Pas de temps pour les fleurs, les scènes, les promesses. Dans six heures c'est lundi, les bouchons, le patron... Il y a aussi clubs, abonnements et assos... Mais moi je fais mieux, j'ai mon truc ingénieux. Je me donne un sujet, super vague et complexe, et je lis des bouquins, autant que je peux (la plupart ont l'air de coq-à-l'âne, mais tant mieux). Je me fais des idées sur la Culture, l'Univers ; je compose des schémas, m'imagine une auteure. Et puis je me paie un savant professeur. Il m'écoute, on parle de philosophie, de romans. J'ai l'impression de dire quelque chose d'important. D'habitude, c'est pour trois ans. Mais je vais prolonger, tellement c'est accrochant.

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Le 30 novembre 2011 à 09:00

Conversation entre un dépressif et un terrien

Texte inédit de David Foenkinos

Le dépressif : Je voulais te dire quelque chose.Le terrien : Oui.Le dépressif : En ce moment, je vois quelqu’un.Le terrien : Moi aussi.Le dépressif : Quoi ? Toi aussi, tu vois quelqu’un ?Le terrien : Ben oui. Je te vois toi. Tu es en face de moi.Le dépressif : Mais non… je parlais de voir quelqu’un.Le terrien : Quelqu’un ? Je le connais ton quelqu’un ?Le dépressif : Ben non. Je ne crois pas. En général, c’est mieux de voir quelqu’un qui n’a pas de relation avec son entourage.Le terrien : Je ne te suis pas du tout.Le dépressif : Je vois un psy quoi !Le terrien : Ah d’accord. Tu aurais dû le dire toute de suite. Je n’ai jamais compris cette manie de dire quelqu’un pour parler d’un psy. C’est la seule profession qu’on ne dit pas, c’est louche, non ?Le dépressif : Si tu veux tout savoir, je ne réfléchis pas à ça en ce moment.Le terrien : Et pourquoi pas le boucher ?Le dépressif : Quoi, le boucher ?Le terrien : Pourquoi on ne dirait pas « quelqu’un » pour parler d’un boucher. Quand tu vas acheter de la viande, tu dis à ta femme que tu vas voir quelqu’un. C’est pas plus con. Tiens, moi je vais faire ça. A partir de maintenant, mon quelqu’un c’est le boucher.Le dépressif : Bon je crois que je n’aurais pas dû venir te voir.Le terrien : Oui, pardonne-moi. C’est ton quelqu’un qui m’a embrouillé. Je ne supporte pas qu’on ne définisse pas les choses. Tant qu’on y est, on pourrait dire que « quelque part » c’est la Suisse. Et même la Suisse du Sud, si je veux.Le dépressif : J’ai l’impression que tu ne vas pas fort en ce moment. Je me demande si tu ne devrais pas voir quelqu’un.Le terrien : Ah, non j’ai déjà mangé de la viande hier.

Le 5 juillet 2014 à 10:23

Le travail, c'est lassant

Thé ?

– J'ai beaucoup de chance, car j'ai pu faire de mon hobby une profession.– Ça alors, quelle chance !– Oui. Je viens de le dire. C'est un réel plaisir, car jamais je n'ai l'impression de travailler. Tous les matins, je suis heureux de me lever.– Même en cas d'insomnies ?– Mais monsieur, quand on aime son travail, on n'a jamais d'insomnies.– Même quand vos voisins ont joué du tambourin toute la nuit ?– Mais monsieur, quand on aime son travail, on n'a pas de voisins !– Même quand votre splendide épouse Inge décide à brûle pourpoint de vous faire réviser 19 positions différentes du kama sutra au cours de la même nuit ?– Ah, je vous vois venir, vous aimeriez que je vous réponde "mais monsieur, quand on aime son travail, on n'a pas de splendide épouse" !– Oui.– Aucun lien. Elle ne supportait plus les voisins alors elle est partie refaire sa vie avec leur tambourin.– C'est triste.– Non, quand on aime son travail, on n'est jamais triste.– Et quel est ce hobby ?– La comptabilité analytique.– Ça alors.- Tout petit, déjà, après un marathon ou une dégustation de fromages, pour me détendre, je faisais un plan comptable. Un bilan. Parfois même un tableau excel. Aujourd'hui, c'est devenu mon métier.– Quelle chance !– Oh, la chance n'y est pour rien, quand on veut on peut, tout est question de volonté, et un match n'est jamais joué avant le coup de sifflet final.– Quelle sagesse !– Mais vous, mon brave, avez-vous également connu la satisfaction d'avoir fait, si j'ose dire, de votre hobby une profession ?– Hé bien non, pas du tout.– C'est ballot.– Mais non. Au contraire. Car j'ai fait de ma profession un hobby ! Et j'en suis ravi.– Plaît-il ?– J'ai fait de ma profession un hobby. Le matin, j'arrive au travail, je relève mes e-mails, j'y réponds, je fais des concours sur internet, j'écoute de la musique, je poke des amis, je lis des blogs, je lis des journaux en ligne, je lis les commentaires, je me lamente sur l'état de l'humanité, je bois un café, je tweete, je facebooke, j'instagrame, je rebois un café, je commente le match d'hier soir avec mes collègues, j'achète des billets d'avion, je me gratte le dos, puis, quand je sens que je commence à m'ennuyer, je bosse un moment. C'est très gratifiant.– Quelle chance.

Le 4 janvier 2011 à 10:33

« Est-ce que vous avez vu un socialiste qui propose d'étendre les 35 heures à toutes les PME ? »

Manuel Valls, Grand Rendez-Vous Europe 1, Le Parisien, Aujourd'hui, dimanche 2 janvier 2011

Bien vu l’aveugle ! Aucun socialiste ne l’a proposé puisque c’est déjà la durée légale du temps de travail applicable à toutes les entreprises. Mais que le postulant aux primaires du PS se rassure sur le sort des PME : depuis 2003 la droite a bien fait le boulot à coups de déplafonnement, de défiscalisation des heures supplémentaires et autres mesures dérogatoires pour briser  "le carcan des 35 heures". C’est la formule sous le régime Sarkozy-Fillon, alors que les convenances de l’ère Chirac-Raffarin voulaient qu’on les "détricote". Manuel Valls, pour qui le "travailler plus" n’est pas l’ennemi du "travailler mieux", a innové en parlant de "déverrouiller" la loi des 35 heures, ce qui se situe mécaniquement parlant entre les deux même si, socialement, il force une serrure déjà ouverte.  Au point que l’on a entendu le président de la CGPME déclarer en décembre que "le problème des 35 heures avait été résolu". Désireux d’éviter un clash avec les syndicats, il rappelait à l’ordre une partie de la droite — Jean-François Copé en tête — qui propose de faire carrément sauter la porte de ses gonds, en effaçant les 35 heures du Code du travail. Valls, moins brutal, veut la déposer avec des précautions pour ne pas heurter les syndicats. C’est raté. En ce début 2011, il a surtout lancé le concours, toujours très disputé, du plus beau gadin de campagne présidentielle.

Le 4 juillet 2013 à 08:24

Se trouver beau (poil au dos !)

Quand je me regarde dans le miroir, je me trouve acceptable. Sans plus. Un morceau de viande pas trop gras, pas trop maigre. Peut-être le temps et l’habitude ont-ils patiemment éteint toute velléité de transformer ce qui ne pouvait pas l’être. Sans doute ont-ils émoussé une éphémère aspiration à ressembler à quelque chose d’autre que ce que je devais devenir. Il y a bien sûr ce poil dans le dos, que je traite à la pince à épiler. Un œil fermé, la langue sortie par l’effort de concentration : tac ! Une fois de temps en temps, quand il repousse. Essayez pour voir, de viser un seul et unique exemplaire entre les fines mâchoires d’une pince en visée indirecte ! Vous apprécierez alors la dextérité de votre serviteur, et mesurerez le travail accompli pour mettre le geste au point, précis et rapide. Quand il est apparu, ce poil, j’ai vu en lui l’éclaireur téméraire d’une armée qui allait envahir mon dos. J’ai redouté un temps de me transformer en yéti, ce qui m’aurait affligé, c’est sûr. Longtemps j’ai été extrêmement vigilant et je me suis préparé au combat, prêt à éradiquer toute contagion folliculaire. En mes jeunes années où cet événement est intervenu, j’ai nourri la crainte de ne pas être désirable aux yeux des filles. Et puis finalement non. Il est demeuré solitaire. Il est très courageux et très obstiné, il faut bien le reconnaître. Finalement, j’ai appris à l’aimer d’un amour un peu vache, certes, mais je confesse que le jour où ce phœnix capillaire ne réapparaitra plus, je m’inquiéterai un peu. Et puis j’ai appris que certaines femmes aiment les hommes tout poilus du dos. Et pas que des moches qui jettent leur dévolu sur des mâles au rabais : des très désirables aussi ! Certes, cela peut vous paraître totalement invraisemblable, mais je vous affirme que c’est vrai ! Tout compte fait, j’aurais pu partager cette toison dorsale avec une autre femme que la mienne. Comme bien d’autres hommes finalement. Et puis j’ai appris que certaines personnes passent leur vie à essayer d’être quelqu’un d’autre. Qu’elles tentent de se transformer. Qui par l'épilation, qui par la chirurgie ou tout autre artifice misérable. Elles y passent le plus clair de leur temps. Ça exaspère leur entourage. Parfois, elles le quittent pour rejoindre d’autres personnes également obnubilées et narcissiques. Souvent, elles vieillissent mal et font chier tout le monde. Tout bien compté, il est heureux que mon poil ait choisi les étendues difficiles de mon omoplate pour son existence tourmentée. Il eut choisi le creux de ma main ou pire, ma langue, j’en eus certainement souffert davantage. Mon existence en eut été affectée à coup sûr ! Des fois, je pense à Spinoza qui dit que « la satisfaction intérieure est en vérité ce que nous pouvons espérer de plus grand", et je me dis qu'il a bien raison.

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