Jean-Michel Helvig
Publié le 22/08/2011

"Nous rassemblons les ruisseaux, les ruisseaux forment les rivières, les rivières se joignent au fleuve et le fleuve finit toujours par déboucher sur la mer"


Arnaud Montebourg, Frangy-en-Bresse, 21 août 2011.

Le prétendant à l’investiture socialiste pour 2012 ne part pas favori, mais son emphase lui vaut déjà une couronne. Celle de Neptune ? C’est pas pour chicaner, mais son imagerie aquatique est quand même un peu pompée de Jaurès : « C'est en allant vers la mer que le fleuve reste fidèle à sa source ».

Le père du socialisme démocratique a cependant pris un coup de vieux à l’ère du réchauffement climatique. Ce n’est plus l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui s’en prend à l’homme. Nonobstant la fonte des icebergs, elle n’a pas tous les torts, la mer, au regard des agressions d’une espèce humaine qui la barbouille de pétrole, la tapisse d’immondices, la décore de plastiques ou encore lui bouffe tous ses poissons.

Bref « déboucher sur la mer » c’est se coltiner tous les problèmes de la planète auxquels une présidence de la République française confiée à Arnaud Montebourg ne suffirait sans doute pas. D’autant qu’icelui s’est fait le chantre de la « démondialisation ».  Autrement dit remonter du grand large libéral vers le local souverain, à grands coups de taxes douanières. C’est inverser les courants pour assécher la mondialisation. De façon plus prosaïque, on pourrait comparer la méthode à faire rentrer du dentifrice dans un tube. C’est précisément l’inverse du projet altermondialiste, visant à ce que toute la planète ait droit équitablement à l’hygiène dentaire.

 

Journaliste longtemps fournisseur exclusif à Libération avant de diversifier ses livraisons (La République des Pyrénées, Le Républicain Lorrain, Mediapart), a ouvert une succursale dans l’édition où il a proposé divers ouvrages à caractère notoirement politique, dont un « Bêtisier raisonné de la campagne 2007 » (Robert Laffont) qui est loin d’avoir épuisé le sujet. 

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Le 19 octobre 2010 à 22:58

"Oui, j'ai fait le plein de ma voiture avec difficulté."

Roselyne Bachelot, ministre de la Santé et des Sports, RMC, 18 octobre 2010

Malvenu cet aveu de Roselyne Bachelot, alors que ses collègues s’évertuaient à rassurer les Français victimes d’une « perception de rareté ». Mais comme tout un chacun, elle se doutait que cette grève dans les raffineries finirait par tourner vinaigre. Alors elle a obéi au principe de précaution. A moins qu’elle n’ait voulu mettre un terme au martyrologue attaché à son parcours ministériel. Pendant la Coupe du monde de football, c’est elle qui avait été désignée volontaire pour aller « débloquer » l’équipe de France en pleine insurrection sociale. Deux jours plus tard,  les « Bleus » se faisaient piteusement sortir de la compétititon par l’Afrique du Sud. Pas de chance pour Roselyne toujours ministre au mauvais moment. L’épidémie de grippe A, fin 2009, c’était déjà pour elle. Et elle a dû se faire piquer devant les caméras pour convaincre les Français des bienfaits civiques du vaccin. Pour rien. La pandémie s’est éteinte aussi vite qu’ont été asséchées les cuves, le week-end dernier. Déjà, en 2003, la canicule lui était tombée dessus. Encore heureux pas comme ministre de la Santé, mais de l’Ecologie. Faute de « Grenelle de l’environnement », elle a conseillé aux automobilistes de garer leur voiture à l’ombre. Histoire de ne pas trop tirer ensuite sur la clim’, prodigue en gaz à effets de serre. Bien sûr on s’est payé sa tête. Trop injuste. On ne l’y reprendrait donc plus, puisque la bagnole c’est chacun pour sa fiole.

Le 23 septembre 2015 à 09:38

Demain, le nouveau monde ludico-amoureux de Fourier : « Jamais trop. Jamais assez. »

Les seuls lendemains qui me chantent et qui devraient vous chanter aussi si vous n’êtes pas une andouille, c’est la société de la jouissance sans demi-démesures proposée au XIXe siècle par l’inouï Charles Fourier. Pour vous entraîner dans « la volée passionnelle », c’est-à-dire dans « l’ordre social où le minimum quotidien du pauvre sera une table servie à 32 mets quod me memorandum », j’ai interviewé l’auteur du livre le plus chamboulant jamais frigoussé, Le Nouveau Monde amoureux (années 1820), réédité par Stock et par les Presses du réel.   Charles Fourier, quels échos votre programme de réinvention totale de l'entendement humain éveille-t-il aujourd'hui ? ­Nous sommes, dit-on, le siècle des esprits forts. Je voulais éprouver s'il se trouverait quelque tête assez forte pour entendre la théorie des développements et emplois de l'amour. Mais la génération actuelle est trop difforme, trop mal faite et surtout trop grossière pour qu'on puisse lui appliquer de pareilles coutumes.   Sur quoi se base votre théorie ? Sur l'avènement d'une société de jouissances qui saura tirer des perles du fumier passionnel qu'on nomme Civilisation, car elle opérera sur les mêmes passions qui engendrent parmi nous tant d'infamies. Il ne s'agit pas de changer les passions, mais de changer leur marche, leurs voies d'essor, en trouvant un moyen d'utiliser les goûts, même immondes, que la nature nous donne.   Même immondes ! S'agirait-il donc de laisser courir les assassins dangereux sous prétexte que le meurtre est pour eux une passion ? Il n'y a point de passions vicieuses, il n'y a que de vicieux développements. J'admets que le meurtre, le larcin, la fourberie sont des essors vicieux, mais la passion qui les produit est bonne et a dû être jugée utile par Dieu qui la créa.   Votre Dieu serait-il réellement hostile au « dogme anti-voluptueux » qui allaite toutes les religions ? Dire, comme les chrétiens, que Dieu veut que nous luttions contre nos passions pour obtenir le bonheur éternel, c'est dire qu'il doute de sa propre sagesse, qu'il veut se tenter lui-même, en essayant si la faible raison qui vient de nous balancera les forces immenses des passions qui viennent à lui, c'est dire enfin qu'il nous récompensera à jamais si nous détruisons son ouvrage et qu'il nous punira à jamais si nous obéissons à ses dispositions toutes combinées pour assurer le triomphe des passions.   Mais que faites-vous des passions sales, dégradantes, merdiques ? Il y a une frénésie ordurière chez tous les enfants. Est-ce vice d'éducation, défaut de préceptes ? Non, car plus on les sermonnera contre la saleté, plus ils s'y acharneront. Nous ne saurions, en civilisation, débrouiller cette énigme. La manie de saleté qui règne chez les enfants n'est qu'un germe informe comme le fruit sauvage; il faut le raffiner. Cette manie de saleté est une impulsion nécessaire pour aider les enfants à supporter gaiement le dégoût attaché aux travaux immondes, et à s'ouvrir, dans la carrière de la cochonnerie, un vaste champ de gloire industrielle et de philanthropie unitaire.   Et qu’en sera-t-il du germe « informe » de la manie de paresse ? Votre société édénique ne sera-t-elle pas parasitée par les branlotins ? Il n'y a point d'enfants paresseux, même en civilisation. Tous sont des travailleurs infatigables quand la fantaisie leur en prend. Voyez-les dans leurs nobles expéditions qu'ils appellent des farces, quand ils vont casser des vitres, tirer des sonnettes, démolir un mur, arracher des palissades, etc. Ils travaillent comme des maniaques. Eh ! Quel est celui qui s'y porte avec le plus d'ardeur ? C'est le plus petit, tout fier d'être admis à faire des farces avec des plus grands que lui. Dans pareil cas, ces diablotins bravent les frimas et les fatigues, et les dangers pour travailler, car cette prétendue farce est un véritable travail. Elle ne produit aucun plaisir sensuel; loin de là, ils risquent des coups de toute espèce, soit de la part de ceux qui les prennent sur le fait, soit de la part des pédants à qui l'on va porter plainte. Mais l'attraction passionnelle les poussait, et quand elle suscite un groupe d'enfants, elle en fait des travailleurs beaucoup plus ardents que les hommes âgés, et leur ardeur est aussi grande pour édifier que pour détruire. On les voit souvent faire des efforts prodigieux pour élever une digue de cailloux en travers d'un ruisseau, et construire un petit moulin de bois à l'extrémité de la digue.   Mais qu'est-ce qui adviendra, par exemple, en Harmonie, des mères dites indignes, celles qui délaissent leurs lardons parce que leurs attractions passionnelles les disposent à d'autres voluptés ? C'est une prétention très mal fondée que celle des femmes qui se croient des modèles de vertus républicains, parce qu'elles ont le goût de soigner les petits enfants, femmes très intolérantes qui diffament et damnent celles qui, ayant des goûts très différents, abandonnent les marmots pour aller à des réunions de plaisir. Lesdites réunions étant très utiles en association harmonienne, où les sept-huitièmes deviennent parties de plaisir, une femme sera jugée aussi utile et aussi vertueuse en allant aux parties de plaisir qu'en s'occupant aux soins des petits enfants, service dont la durée sera assez limitée pour qu'une Bonne puisse vaquer à vingt autres plaisirs également utiles, et juge elle-même qu'elle n'est pas plus vertueuse au séristère des poupons qu'au colombier, à l'abeillerie, à la buanderie, à l'opéra.   Il s'avère donc toujours socialement utile en Harmonie de vaquer à ses plaisirs personnels. Mais ceux-ci sont-ils toujours si planants que ça ? Ainsi, les orgies harmoniennes sans freins dont vous vous êtes fait le chantre ne s'apparentent-elles pas, en fait, à nos partouzes bourgeoises ? Quelques civilisés, tout matériels, voudraient borner aux parties carrées leurs recherches et prétendent que cette mêlée leur suffit amplement. Faut-il prouver que la concupiscence, l'orgie amoureuse, la communauté des femmes et des hommes est le sentier de la morale naturelle ? Sans exception, dans le monde actuel, on tombe dans le despotisme en politique et dans la monotonie en plaisir. En Harmonie, les individus valent plus les uns pour les autres par leurs différences que par ce qu'ils possèdent en commun. Il n'y a donc pas de plus grande justice envers les autres que d'aller soi-même au bout de son désir et de réaliser ses particularités les plus secrètes. L'orgie renoue avec l'heureuse phase orale de l'humanité, elle donne accès à l'intégralité de la nature et à la cohésion des forces souterraines qui tiennent réellement toutes choses. Toute contrainte abolie, l'individu exerce librement le désir de s'allier à un autre désir par le plaisir de se délivrer de la distance à soi et au monde. Les orgies tendent à montrer la petitesse des amours civilisées. Elles font naître les affections généreuses et le dévouement collectif entre gens qui ne se connaissent même pas de vue et de renommée. Ce genre de bien élève les hommes à un état qu'on peut nommer perfection ultra-humaine. Il les transforme en demi-dieux qui échappent à leurs propres limites et à qui tous les prodiges de vertu et d'industrie deviennent possibles.   Quelles sortes de jeux sexuels préconisez-vous encore pour nous engager à échapper à nos propres limites ? Parmi bien d'autres mignardises, je recommande le coadjutariat qui consiste pour les hommes à s'entremettre à aider des plaisirs saphiques et pour les femmes à s'entremettre à aider des plaisirs pédérastes; les conciles gastrosophiques au cours desquels un aéropage délibère gravement sur des accomodages compliqués de mets après de grands criteriums de dégustation.   Nous parlions de jeux sexuels. La gastrosophie, votre théorie passionnelle du bien-manger, aurait-elle quelque chose à voir avec la luxure ? Oh, un coït modéré avant les repas favorise l'appétit et la digestion. Je recommande encore le maniérisme harmonien dont le postulat est de favoriser le développement extatique des manies lubriques de chacun...   Vous décrivez précisément un monde où aucune manie amoureuse ne restera insatisfaite. Est-ce là bien raisonnable ? On oublie que l'amour est le domaine de la déraison, et que plus une chose est déraisonnable, mieux elle s'allie avec l'amour. Sous ce rapport, les manies lui conviennent éminemment et, en Harmonie, où elles seront de haute utilité, on les provoquera méthodiquement parmi la jeunesse qui les dédaigne aujourd'hui parce qu'on les ridiculise, faute d'en avoir l'emploi. Autres jeux sexuels : ceux instigués par les comités de fées, à qui on attribue le droit périodique d'assigner en sympathie des sociétaires qui visiblement se conviennent pour les assortir galamment. Et les semi-bacchanales de prélude à des travaux collectifs colossaux de longue haleine.   Les semi-bacchanales de prélude à...!!!??? Oui. Au signal donné par la baguette de la fée, on se livre à une demi-bacchanale. Les deux troupes se précipitent dans les bras l'une de l'autre, la mêlée est générale et chacun reçoit et distribue confusément les caresses, et chacun parcourt les appas qui lui tombent sous la main et se livre aux franches impulsions de la simple nature. On voltige de l'un à l'autre, on baise les appas de tous les champions, acteurs, ou actrices, avec autant d'empressement que de célérité. On cherche à visiter, dans la mêlée, tous les personnages sur qui l'on a fixé l'attention précédemment. Cette courte bacchanale coopère utilement à la vérification du matériel et peut disposer déjà plusieurs sympathies. Mais les caresses de parcours ou de reconnaissance du terrain ne doivent durer que peu de minutes. Pour séparer la mêlée, il faut y jeter un dissolvant : puisque tout se fait attraction dans l'Harmonie, il faut entremettre aussi des attractions mixtes et lancer dans la foule deux groupes, l'un de saphiennes et l'autre de spartiates, en vue de distraire l'attention générale. Cependant, cette escarmouche confuse n'est pas du tout la boussole des unions qui doivent suivre. Il serait même de mauvais ton de se fixer son choix dès ce premier moment et avant les opérations de tentative sympathique. Ceux qui se sont convenus dans la mêlée pourront se retrouver et ne s'en aimeront que mieux, si leur sympathie calculée, qu'ils ne connaissent pas encore, vient confirmer les pressentiments de convenance que la salve a pu leur donner.   Et les « champions, acteurs ou actrices » que cette mêlée n'aura pas inspirés ? Oh, les attendent bien d'autres « jouissements » tout à fait inconcevables dans nos limbes sociales.   Pratiquement tous vos disciples et groupies, qu'ils soient vos contemporains ou les nôtres, rejettent une part importante de vos canevas, qu'il s'agisse de ceux que vous venez de survoler ou d'autres qui leur paraissent de même scandaleusement outranciers. J'ensevelirais cent fois ma théorie, plutôt que d'en retrancher une syllabe pour plaire à cette clique malfaisante, et au siècle assez imbécile pour se laisser diriger par elle après avoir si bien appris à la connaître.   Mais en ce siècle « imbécile », tout est-il réellement foutu ? Ou bien… Il n'est qu'un moyen de salut, c'est de reconnaître que nous sommes trahis par nos chefs, et qu'il faut nous sauver et nous gouverner nous-mêmes. Abandonnons cette bannière des lois humaines, et rallions-nous à l'attraction passionnelle. Nous ne souhaiterons jamais trop, jamais assez. Tout nous est dû, comme seuls le savent encore ceux qui osent être insatiables.

Le 12 novembre 2010 à 12:05

Au secours les mots : Eric Pessan défend le mot "grève"

Délivrons les mots récupérés et dévoyés!

Parce que la langue est le lieu d'un champ de bataille idéologique, il faut s'occuper des mots dénaturés ou vidés de leur sens par les politiques et les médias. Klemperer Junior invite des auteurs à les réhabiliter. Postez vous aussi vos contributions ici.Un jour de grève d'octobre 2010, quelque part en France…" Font chier avec leurs grèves"." Mes enfants, je les ai mis à Saint-Blaise, là-bas les profs ne font jamais grève », entends-je ce matin, en accompagnant mon fils à l’école, alors que je suis occupé à regarder le ciel par-dessus le village, magnifique éboulement de nuages tirant sur l’orangé. Le ciel est vaste en haut de la rue du Coteau, et toujours beau. Je le regarde, ce ciel, et me demande si le mot "grève" a un rapport avec la grève, celle du bord de mer ou de rivière, où on peut perdre pas mal de temps à observer l’eau couler sans rien faire. Effectivement, l’arrêt volontaire du travail par les salariés dans un but de protestation doit son nom à la place de la Grève à Paris (maintenant place de l’Hôtel-de-Ville) où avaient lieu les exécutions et où les ouvriers attendaient chaque matin une hypothétique embauche. La place de la Grève, elle, était nommée ainsi parce que située sur une grève de la Seine. CQFD.Ce matin, il a gelé, à peine, un voile blanc sur les champs en contrebas. C’est la grève, ceux qui la font roulent sous les insultes de ceux qui la subissent, on nous répète à loisir que la grève est irresponsable, puérile, idiote, inutile. On vomit un mot, on le brandit comme une menace, comme une malédiction, une erreur, une folie.Partout, la grève provoque de l’attente. Les mains bien au chaud dans mes poches, je fais un petit détour par les vignes avant de rentrer de l’école pour rejoindre mon bureau. L’attente d’un train, l’attente d’un métro ou d’un tramway. L’attente dans le piétinement lent des manifestations : la grève renvoie chacun à la patience matinale des ouvriers qui – chaque jour – espéraient être choisis et gagner le droit d’aller travailler. L’attente est devenue insupportable, le moindre retard ou le moindre report viennent heurter notre routine. C’est la grève, donc, et je me dis que lorsque l’on attend, les yeux dans l’eau ou les yeux dans le ciel, on se met à penser. C’est sans doute pour cela que la grève est belle, que ce mot est magnifique : sur la grève, face aux flux sociaux, aux remous et aux courants, on est seul et on réfléchit.Eric Pessan écrit des romans, des nouvelles, des pièces de théâtre et des fictions radiophoniques. En un mot, il est auteur. Il collabore avec des artistes plasticiens, ainsi qu'à de nombreux ouvrages collectifs, comme au site remue.net. Ses derniers ouvrages : Un matin de grand silence (avec Marc Desgrandchamps, Ed. du Chemin de Fer), La fête immobile (avec Hervé Plumet, Ed. Presque Lune) et Tout doit disparaître (pièce de théâtre, Ed. Théâtre Ouvert, coll. Tapuscrit).Illustration : Dupont&Barbier www.dupont-barbier.com    

Le 22 février 2011 à 19:49

Comprendre le DSK sans le texte

Je doute que le président ait apprécié le score audimat de son adversaire putatif, lui qui avait clamé avoir battu « France-Brésil » en audience lors de son passage sur TF1. Des chiffres, des chiffres ! Plus de 7 millions de téléspectateurs pendus aux lèvres du directeur général du FMI et autant d’interprétations hasardeuses  de son discours en pointillés.  Il écoute sa femme ! Ça doit vouloir dire quelque chose, mais quoi ? C’est tout de même pas elle qui s’occupe du casting de ses conquêtes féminines… Vous avez dit bizarre ? Il se met à son tour à commettre des fautes de français, c’est pour faire populo ? Il s’indigne ! Yes ! Il est de gauche ! Youdelali, youdelali ! Il se passe quelque chose dans la cour de récréation des politiques et des journalistes ; ça bourdonne, ça bouillonne, ça baragouine, ça boursicote, ça bout sous la marmite, so what ? Ils ont l’air de bien s’amuser en tous cas. Le microcosme  devient autiste, aveugle, sourd et muet mais au moins ça les occupe. Ben ouais, quoi ? La téléréalité commençait juste de s’étouffer, de lasser les téléspectateurs blasés, mais là, c’est sûr, c’est un concentré du meilleur du pire qu’on nous propose : le commentaire à outrance sur le néant. C’est balèze dans le genre.  La débâcle en direct-live en mai 2012 sur vos écrans, et les larmes c’est tellement télégénique, isn’it ?  On n’a pas fini de rigoler, moi, j’vous l’dis… en attendant, la Famine Mondiale Organisée continue mais de cela, on ne parlera pas, on zappera, comme il se doit.

Le 28 mai 2010 à 11:05

« A vue de nez, ça me chiffonne un peu le nez »

Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts, Grand Jury RTL-Figaro-LCI, 16 mai 2010

Un Cyrano déclamant : « si j’avais un tel nez, il faudrait sur le champ que je me le chiffonnasse » froisserait les oreilles. La porte-parole des écolos a eu la métaphore audacieuse en attribuant en outre des affects politiques à son appendice nasal. Invitée à faire part de ses sentiments sur une  candidature de Dominique Strauss-Kahn à la présidentielle, elle a répondu en un alexandrin bancal qu’elle avait le directeur du FMI dans le nez à cause de sa fonction, reconnaissant ensuite qu’elle n’avait jamais reniflé l’homme de près. En un certain sens, tant mieux pour elle.C’est, néanmoins, une étrange alchimie celle qui confère à la relation entre le nerf optique et le nerf olfactif un tel pouvoir de suggestion, sauf à être né avec des narines en tissus ou de papier. Mais, après tout, une expression populaire n’est pas un art figuratif. Par exemple, « ça me troue le cul »  qui est la version hard de « ça me chiffonne le nez »,  présente aussi ses incohérences anatomiques.Cécile Duflot a une spontanéité rafraîchissante ; qui d’autre qu’elle, dans sa corporation, est capable, dans une émission sérieuse, de dire « Machin…truc » pour résumer à la va-vite, une démonstration supposée déjà connue de tous ? Elle est plus glaçante quand elle cède à un discours où le goût politique est commandé par des odeurs.

Le 13 décembre 2014 à 08:26

Dieu : « J'aimerais tellement que les gens comprennent que je n'existe pas »

On croyait Ses voies impénétrables mais Il a pourtant choisi de se mettre en travers de notre chemin. Dans le journal La Croix daté d’aujourd’hui, le Seigneur a décidé de prendre la parole à l’occasion d’une interview où Il s’exprime sans détour. Le souverain céleste regrette notamment que les êtres humains ne soient pas davantage lucides sur le monde dans lequel ils vivent. Il condamne entre autres tous ceux qui affirment qu’Il existerait bel et bien et serait tout puissant. « Un dogme stupide et dangereux » Dans cette fameuse interview publiée ce matin, Dieu emploie un langage plutôt rude à l’égard de tous les croyants, au risque de choquer ses plus fidèles fidèles : « Franchement je sais pas d’où ils sortent tout ça. Le truc sur l’omniscience et l’omnipotence là… Et alors le couplet sur la bienveillance universelle, c’est sûr c’est beau et super optimiste mais ça manque profondément de réalisme. » Le Seigneur fictif invite ensuite tous ses fidèles à changer de comportement : « Je pense que les croyants actuels du monde entier devraient arrêter de s’accrocher à leurs histoires, sympathiques au demeurant, mais légèrement absurdes. » Dans cet entretien accordé au journal La Croix, le divin créateur décrit la surprise qu’Il ressent à voir des millions et des millions de personnes continuer à croire en lui depuis des milliers d’années : « Pourquoi les gens persévèrent-ils alors qu’ils n’ont aucune preuve attestant de mon existence ? Je trouve évidemment ça très honorable d’avoir la foi comme ça mais là ça me paraît un chouia excessif. » Une incompréhension qui s’accompagne d’un sentiment de tristesse en constatant les dégâts provoqués par ce qu’Il qualifie de « superstition de comptoir » : « La croyance en mon existence a engendré tellement d’atrocités. J’aimerais tellement que les gens comprennent que je n’existe pas. Je ne sais pas trop comment faire dans la mesure où ma marge d’action est quasi nulle. Pour l’instant je vais juste continuer à ne pas être. C’est le mieux que je puisse faire. » Le Vatican indigné Cette prise de parole de Dieu a très vite entraîné des réactions en chaîne sur les réseaux sociaux. « Courageux d’avouer ça publiquement ! », lance cet internaute sur Twitter. « WTF !!! Dieu qui s’exprime dans La Croix ? C’est sérieux ou quoi ? », lance, plus dubitative, cette autre utilisatrice. Mais la réaction la plus attendue était évidemment celle de Rome et de l’Eglise catholique. Et cette dernière ne s’est pas faite attendre puisque le porte-parole du Vatican s’est fendu d’un communiqué pour le moins virulent dans lequel l’Eglise condamne les propos du Saint-Seigneur : « Les paroles tenues par M. Dieu sont inadmissibles, même si elles restent divines. Il vient semer le trouble dans la foi de ses croyants.  Des croyants qui ont besoin spirituellement et psychologiquement de croire en Lui. Sans parler évidemment de toutes les conséquences économiques néfastes que ce genre de discours négationniste peut engendrer. »

Le 11 octobre 2011 à 11:30
Le 11 janvier 2015 à 09:33
Le 4 juillet 2012 à 10:06

L'objet du délire #2

Tout a déjà été dit.

Tout a déjà été dit sur le dentifrice. Les grands penseurs se sont penchés depuis longtemps sur son cas, Aristote, Platon, Nietzsche, Locke, Voltaire, j'en passe. On connaît la rengaine. La silhouette du tube révèle la psychologie du propriétaire : un ventre creux et des extrémités bombées dessinent un personnage impulsif et bon vivant, assez mauvais en mathématiques et versatile ; l'extrémité opposée au bouchon retroussée au fur et à mesure de l'usage augure au contraire d'un caractère calculateur, méthodique mais angoissé, prompt à dérailler lors des crises conjoncturelles. Psychanalyse de lavabo messieurs les penseurs. Quand on a dit tout ça, on n'a rien dit du dentifrice. Rien. Parce qu'on n'a pas parlé de son goût, de ses bandes colorées, (magie de la technique, elles s'entremêlent à la sortie), de l'enfance éternelle qui jaillit sur la brosse. Le dentifrice n'est pas seulement le soleil de nos salles de bain, la moelle substantifique qui irrigue nos vies en parfumant nos bouches, en blanchissant nos sourires, en chassant le soir la carie qui pourrira nos rêves. Le dentifrice, c'est l'onguent qui nous sauve de la sauvagerie, qui crée le baiser et le désir du baiser, l'artifice que la nature n'a pas su inventer et qui fait de nous ce que nous sommes, des êtres humains debout. En vérité, la seule vraie différence entre l'homme et l'animal, c'est le dentifrice. D'ailleurs les animaux ne s'embrassent pas. Ils se reniflent le derrière.

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