Jean-Michel Helvig
Publié le 22/08/2011

"Nous rassemblons les ruisseaux, les ruisseaux forment les rivières, les rivières se joignent au fleuve et le fleuve finit toujours par déboucher sur la mer"


Arnaud Montebourg, Frangy-en-Bresse, 21 août 2011.

Le prétendant à l’investiture socialiste pour 2012 ne part pas favori, mais son emphase lui vaut déjà une couronne. Celle de Neptune ? C’est pas pour chicaner, mais son imagerie aquatique est quand même un peu pompée de Jaurès : « C'est en allant vers la mer que le fleuve reste fidèle à sa source ».

Le père du socialisme démocratique a cependant pris un coup de vieux à l’ère du réchauffement climatique. Ce n’est plus l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui s’en prend à l’homme. Nonobstant la fonte des icebergs, elle n’a pas tous les torts, la mer, au regard des agressions d’une espèce humaine qui la barbouille de pétrole, la tapisse d’immondices, la décore de plastiques ou encore lui bouffe tous ses poissons.

Bref « déboucher sur la mer » c’est se coltiner tous les problèmes de la planète auxquels une présidence de la République française confiée à Arnaud Montebourg ne suffirait sans doute pas. D’autant qu’icelui s’est fait le chantre de la « démondialisation ».  Autrement dit remonter du grand large libéral vers le local souverain, à grands coups de taxes douanières. C’est inverser les courants pour assécher la mondialisation. De façon plus prosaïque, on pourrait comparer la méthode à faire rentrer du dentifrice dans un tube. C’est précisément l’inverse du projet altermondialiste, visant à ce que toute la planète ait droit équitablement à l’hygiène dentaire.

 

Journaliste longtemps fournisseur exclusif à Libération avant de diversifier ses livraisons (La République des Pyrénées, Le Républicain Lorrain, Mediapart), a ouvert une succursale dans l’édition où il a proposé divers ouvrages à caractère notoirement politique, dont un « Bêtisier raisonné de la campagne 2007 » (Robert Laffont) qui est loin d’avoir épuisé le sujet. 

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Le 11 avril 2011 à 12:36

« C'est un gode... c'est un code finalement qui sera un code des bonnes pratiques pour avoir effectivement une laïcité, principe fondateur de notre République qui sera respectée dans la meilleure mesure possible. »

Rachida Dati, LCI, 1er avril 2011

Eh ! non, Mme Miché, ce « gode » n’est pas celui que vous croyez. C’est agaçant que Rachida Dati ne puisse plus ouvrir la bouche sans qu’on l’emplisse de cochoncetés. Déjà qu’elle fut chambrée pour une « fellation »  mal à propos alors qu’elle avait voulu, dans sa langue à elle, stigmatiser le capitalisme prédateur, voilà qu’on se gausse d’un mot intempestif pour promouvoir la laicité. Elle s’exprimait en ces termes un 1er avril, ce qui a pu mettre l’hésitation lexicale au compte d’une bonne blague pour piéger les gogols. Mais la vidéo ayant été malignement ressortie une semaine plus tard sur Canal +, bien obligé d’y prêter attention. Pour être juste, il fallait avoir un vibro-masseur dans l’oreille pour entendre « Gode » à la place de «God ». Oui, God, celui de « Oh my God ! » que l’on peut certes ouïr dans les films X non traduits, mais qui est quand même d’abord une formule pieuse. Rachida pense à Dieu quand elle parle de laïcité. C’est rafraîchissant et parfaitement républicain. La croyance en Dieu n’est-elle pas affaire privée et la foi en la Laïcité, affaire publique ?   D’aucuns chicaneront l’usage du « God » par une députée francophone. Mais c’est sans sans doute qu’elle fréquente trop le Parlement européen, une enceinte où l’anglais est largement véhiculaire. Jusque dans les transports amoureux ?Extrait vidéo sur le site lepost.fr

Le 13 septembre 2011 à 10:20

"Il y aura du ménage à faire. Et ce n'est pas plus mal que ce soit une femme qui soit élue pour faire le ménage"

Ségolène Royal, « Rencontre citoyenne » à Villeurbanne. Lundi 12 septembre 2011.

Alors là, les bras en tombent ! Voilà qu’elle virerait machiste la candidate perpétuelle qui planta naguère un compagnon intermittent des tâches domestiques, afin de porter bien haut le drapeau du genre féminin ?  On réprouve son idée que la présidence de la République devrait nécessairement revenir à une « ménagère » au seul prétexte qu’il y a des toiles d’araignée dans les recoins de l’Etat, de la poussière dans les caisses de Bercy, ou de l’argent sale qui déborde de mallettes africaines. Un homme pourrait tout aussi bien faire l’affaire.  Ou même ce serait une belle audace progressiste que de proposer une répartition égalitaire des travaux ménagers  sous forme d’un « ticket » paritaire à la primaire socialiste. Mais elle veut tout faire seule, Mme Royal. « Hop ! un coup de balai ! » a-t-elle renchéri à Villeurbanne. Effectivement, une seule personne suffit alors à tenir le manche.  Et puis maintenant ses enfants son grands, ils peuvent se garder tout seuls pendant que Maman brique la République. Un « ordre juste » c’est juste de l’ordre à remettre dans le grand désordre laissé par les hommes. D’ailleurs on a noté que sous la Vème République ce sont toujours des « Monsieur Afrique » à qui étaient dévolues les relations en eau trouble avec les potentats noirs. Faut que ça change. Avec une « Madame Afrique », sûr que tout redeviendrait nickel.

Le 2 décembre 2010 à 07:40

"On est quand même dans un monde de schtroumpfs!"

Vincent Peillon, Radio J, dimanche 28 novembre 2010.

Bienvenue chez les Schtroumpfs !  Peillon n’a pas tort d’invoquer Peyo. L’agitation du village socialiste fait penser aux petits lutins bleus de l’illustre auteur de BD, avec leurs fantasques querelles et leur langue codée. Vincent Peillon, député socialiste européen, c’est un peu lui même le Schtroumpf à lunettes (qu’il ne porte pas, mais ça doit être une ruse !), celui qui ramène toujours sa science (de philosophe en l’espèce) et agace tout le monde tout le temps. Mais il ne croyait pas si bien dire. Son ironie, ce jour-là, visait ceux qui voulaient pousser Dominique Strauss-Kahn (le Grand Schtroumpf caché) à précipiter sa candidature aux primaires socialistes alors qu’il a bien plus important à faire à la tête du FMI, que de venir batailler ici avec François Hollande (Le Schtroumpf Farceur), Arnaud Monteboug (Le Schtroumpf Frimeur) ou Manuel Valls (Le Schtroumpf Joueur). Or le lendemain, stupeur et tremblements dans la forêt, c’est la Schtroumpfette Ségolène Royal qui annonçait sa propre candidature, frôlant même l’outrage à Grand Schtroumpf caché en lui promettant un poste de premier ministre si elle devenait Présidente. Certes elle a nuancé ensuite, mais la zizanie régnait à nouveau dans le monde des Schtroumpfs roses. Et tout ça pour un mot malheureux de Martine Aubry (La Schtroumpftaine ?) laissant croire que les primaires étaient pliées d’avance avec la complicité de la Schtroumpfette. Schtroumpf qui pourra !  

Le 16 février 2012 à 10:39

« Le débat de la prochaine présidentielle ne se jouera pas droite comme gauche, euh, droite contre gauche. »

Nicolas Sarkozy, TF1, mercredi 15 février 2012

Pour un candidat-président qui allait « cliver » à mort durant la campagne afin de transformer le « Flanby » socialiste en bouillie de chat, pas étonnant qu’il se soit mélangé les pinceaux.  En se lançant officiellement dans la bataille, il s’est métamorphosé en président au dessus des partis, des syndicats et même des « élites », qui ne décidera plus de rien à l’avenir sans « donner la parole au peuple. » Promis, juré, craché. Et le peuple, c’est malheureux mais c’est ainsi, comprend des gens de gauche. Alors, évidemment, les référendums à venir – déjà trois au compteur - mieux vaudrait qu’ils transgressent les camps politiques sur des sujets bien tordus, s’il ne veut pas qu’à chaque fois les électeurs se remobilisent sur le  mode « Dégage ! »  Enfin, s’il est réélu. Car d’ici là, il y a du boulot. On ne dira jamais assez le stress du président qui se succède à lui même. Une seule exception : Mitterrand en 1988. Sarkozy en 2012 serait plutôt dans le mimétisme giscardien. Ce qui n’est pas le bon choix quand on se souvient de ce qu’il advint en 1981. Mais la peur de perdre peut être mauvaise conseillère :  il a ainsi opté pour un slogan de campagne : « La France forte ! »,  quasi identique à celui de Giscard voici trente ans : « Il faut une France forte. » C’est sans doute ce qui explique l’autre lapsus de son annonce de candidature, quand il a failli dire qu’il concourrait pour un  second « septennat. »

Le 28 novembre 2011 à 09:03
Le 4 octobre 2012 à 11:26

J'avais des hauts, j'avais des bas

j'avais plus ou moins chaud

Je dis pas ça pour râler, mais c'est Mitt Romney qui a remporté le débat. Les juges l'ont déclaré vainqueur à l'unanimité par ippon dans le troisième round. Ça a l'air super important. Quelque part, aux Etats-Unis, peut-être à Punxsutawney mais peut-être pas, d'ailleurs ce n'est pas le sujet, il y a des gens, ils sont, je ne sais pas, représentants en articles de toilettage canin, ou compositeurs de musiques d'attente pour administrations municipales, je ne sais pas, je ne les connais pas vraiment, des gens qui se disent "ah tiens, j'allais voter Obama, mais il a perdu le débat". Ils n'ont pas regardé, hier soir, leur fils cadet Polgar avait une répétition avec son club de ballet, ils ont dû aller le récupérer avec le 4x4 parce que leur fille aînée Gunda avait cassé l'autre voiture en sortant du garage, depuis elle est consignée (mais il faut aussi dire que j'ai une vision des Etats-Unis principalement basée sur les sitcoms des années 90)(sauf pour les prénoms), mais ils ont entendu dire à la radio qu'Obama avait perdu le débat et, du coup, ils vont plutôt voter pour Ralph Nader. Parce que bon, perdre le débat, quand même, ça ne se fait pas, ce n'est pas comme ça qu'on nous a éduqués (rires).    Et c'est pile leur voix qui va faire balancer le Connecticut (ou l'Indiana, je ne suis pas raciste) et ainsi faire pencher la balance, et c'est quand même ballot parce que d'habitude, ils n'écoutent jamais la radio mais là Ramuncho, leur labrador, a appuyé par inadvertance sur le bouton en essayant de ratrapper le frisbee que lui lançait Hans, le voisin noir homosexuel handicapé. Alors bon, quand on voit les milliards que les candidats investissent malgré la crise dans leurs campagnes pour tout perdre sur une blague mal placée en deuxième partie de débat, je me dis que finalement, on aurait mieux fait d'organiser directement des championnats du monde de débat, et à la fin le gagnant est président et tout le monde s'embrasse.

Le 22 février 2011 à 19:49

Comprendre le DSK sans le texte

Je doute que le président ait apprécié le score audimat de son adversaire putatif, lui qui avait clamé avoir battu « France-Brésil » en audience lors de son passage sur TF1. Des chiffres, des chiffres ! Plus de 7 millions de téléspectateurs pendus aux lèvres du directeur général du FMI et autant d’interprétations hasardeuses  de son discours en pointillés.  Il écoute sa femme ! Ça doit vouloir dire quelque chose, mais quoi ? C’est tout de même pas elle qui s’occupe du casting de ses conquêtes féminines… Vous avez dit bizarre ? Il se met à son tour à commettre des fautes de français, c’est pour faire populo ? Il s’indigne ! Yes ! Il est de gauche ! Youdelali, youdelali ! Il se passe quelque chose dans la cour de récréation des politiques et des journalistes ; ça bourdonne, ça bouillonne, ça baragouine, ça boursicote, ça bout sous la marmite, so what ? Ils ont l’air de bien s’amuser en tous cas. Le microcosme  devient autiste, aveugle, sourd et muet mais au moins ça les occupe. Ben ouais, quoi ? La téléréalité commençait juste de s’étouffer, de lasser les téléspectateurs blasés, mais là, c’est sûr, c’est un concentré du meilleur du pire qu’on nous propose : le commentaire à outrance sur le néant. C’est balèze dans le genre.  La débâcle en direct-live en mai 2012 sur vos écrans, et les larmes c’est tellement télégénique, isn’it ?  On n’a pas fini de rigoler, moi, j’vous l’dis… en attendant, la Famine Mondiale Organisée continue mais de cela, on ne parlera pas, on zappera, comme il se doit.

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