Manault Deva
Publié le 25/08/2011

La rentrée des blancs moutons


Si de nombreuses étoiles filent du mauvais coton, c'est qu'elles sortent à poil sans pull, ni chaperon. Si les nuits lycanthropes, les loups se sentent "garou", c'est que la lune salope, les fait devenir fous. Noire ou bien rousse, elle change de quartiers et sa jolie frimousse ne cesse de briller. Mais il ne faut jamais, jamais au grand jamais se fier à ce qui brille! On s'aveugle pour un rien, on avance à tâtons, on marche sur des étrons et on ne voit même pas que l'on nous pille. Si la rentrée prochaine nous tend si bien les bras, chargée de bonnes nouvelles qui n'en seront pas, c'est pour bouffer nos étrennes, nos espoirs, notre sang et notre joie!
Je ne bois pas, je ne fume pas, je ne me drogue pas, (je sais c'est nul!)  mais j'écris... même pas la nuit, la nuit je dors. J'écris tout bas, je crie parfois et puis je cause...because ...j'aime ça ! Je cause, je cause dans le poste sur  France Inter.  Depuis 2009, même si je suis sentimentale, j'envoie des bons baisers, pas toujours tendres...normaaal, faut pas se fier à mon sourire, je suis capable du pire !

> Bons baisers de Manault, sur le site de France Inter 

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Manault Deva

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Le 8 mars 2011 à 12:35

Françoise G., par Laure A.

Une biographie tout en nuances d'une journaliste par une journaliste

« La femme sera vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on désignera une femme incompétente ». Françoise GiroudQuand on est femme et qu'on exerce le métier de journaliste (au passage, un journaliste sur deux est une femme en France, c'est bon à rappeler en ce 8 mars), Françoise Giroud, forcément, est une icône. Laure Adler est femme et journaliste, et après avoir raconté les vies de Marguerite Duras, Hannah Arendt et Simone Veil, elle nous en dit davantage sur cette autre femme d'exception, qui a commencé comme scripte au cinéma, a participé à la naissance du magazine Elle, a créé L'Express avec Jean-Jacques Servan-Schreiber, est devenue secrétaire d'état dans le gouvernement Giscard, a écrit de nombreux livres, dont autant de best-sellers et… a pas mal de zones d'ombre.Car Laure Adler pourrait n'être qu'admirative de ce parcours sans faute, mais elle tente de garder la distance nécessaire à un bon biographe. Son livre s'intitule simplement Françoise. Elle n'a gardé que le prénom de l'icône, qu'elle nous présente avec ses forces et aussi avec ses faiblesses : Françoise qui a aimé passionnément un homme, celui pour qui elle est presque morte, celui avec qui elle a enfanté l'Express. Quand Giroud se battait, pour les femmes, pour l'indépendance de l'Algérie, pour Mendès France, Françoise soupirait pour l'ambitieux JJSS. On disait Giroud dure, elle l'était, parce qu'elle s'était sortie de sa condition, et qu'elle ne voulait pas y retourner. On la disait parfois méchante, on a du mal à le croire. Mais Françoise, pendant ce temps, était femme, femme aimante, femme souffrante. Giroud a renié ses racines juives au point de les oublier, Françoise, bien des décennies plus tard, les a retrouvées, par amour pour son petit-fils (devenu grand rabbin). Si la femme publique se tenait droite, et parfois raide, c'était pour empêcher la femme secrète de vaciller, puis de tomber. Ce qu'elle a fait, et elle ne s'est jamais vraiment relevée. On a tous en mémoire l'image d'une Françoise Giroud froide, élégante, brillante ; le livre de Laure Adler, qui est un succès de librairie, nous la montre humaine, sensible, fragile. Et on est bien triste, à la fin, de la quitter.

Le 4 septembre 2011 à 10:36

« Dans l'Essonne, où notre Coréen national va avoir chaud aux plumes »

Alain Marleix, chargé des élections à l'UMP, Public Sénat, vendredi 2 septembre 2011

Alain Marleix a chaud aux fesses depuis qu’il a proféré cette boutade aux relents xénophobes à l’égard de Jean-Vincent Placé, le bras droit de Cécile Duflot.  L’allusion aux racines biologiques de l’écologiste adopté dès son plus jeune âge par des parents normands, a provoqué un tollé. Même Jean-François Copé, camarade en chef du parti de Marleix a « regretté » un tel propos. L’élu du Cantal voulait souligner que Jean-Vincent Placé, candidat aux sénatoriales sur une liste PS-EELV dans l’Essonne, allait avoir quelques soucis avec une liste dissidente. Il n’a sans doute rien appris à l’intéressé qui a la réputation de faire, chez les écologistes, un peu le même boulot que Marleix à l’UMP. Ce n’est évidemment pas une raison. Alain Marleix pourrait bien sûr plaider qu’en associant « notre », « coréen » et « national » il a procédé à une sorte de régularisarion bienveillante de Jean-Vincent Placé. Même si, en faisant de l’impétrant un petit chef  emplumé, Marleix semble se représenter le pays du matin frais comme une réserve apache. Quand on ne s’occupe que de cartes électorales, on peut avoir des lacunes en géographie tout court. Et puis il n’y a pas péril en la demeure. Brice Hortefeux, auvergnat d’adoption comme Marleix (ils sont tous deux nés en région parisienne et parachutés au pays des Arvernes), a dû lui souffler que quand il y a un Coréen ça va, c’est quand il y en a beaucoup  qu’il y a des problèmes.

Le 10 mai 2011 à 11:30
Le 14 juin 2012 à 09:18

Vérité Dréville

Yves-Noël Genod : exercice d'admiration numéro 8

> premier épisode   Ce n'est pas faire injure aux autres acteurs que de le dire haut et fort, la star du spectacle, l'étoile du berger, le point d'ancrage, l'alpha et l'omega, Vénus, le noeud autour duquel s'enroule le jeu de l'amour et du hasard d'Yves-Noël Genod, c'est quand même elle, Vérité Dréville. Ah le sourire de Vérité Dréville ! J'en suis tombé amoureux. Ce sourire qui est un enchantement, sourire "normal" à mi-chemin entre celui de la Joconde et celui de Ségolène Royal. "Mère de tous les sourires, sourire de toutes les mères". Jean-Pierre Ceton a eu une très belle formule : Dréville rit le texte. Peux pas mieux dire. Elle rit les phrases, dans le texte, dans les maux du texte. Ah si Claude Régy avait choisi Valérie pour Psychose 4.48 ! Valérie et non Isabelle ! Valérie et Isabelle ? C'est comme Madonna et Marilyn, c'est toute la différence entre la chair et les muscles. J'aime bien les muscles, ça peut être sexy, j'aime bien Madonna et Isabelle. Mais bon, les muscles, on s'en lasse vite et ça vieillit mal.  Quand Valérie arrive sur le plateau et qu'elle s'avance vers nous, ses yeux dans nos yeux, elle semble dire : Bonjour, je suis une pâquerette, ça va bien, vous ? Quel genre de fleur êtes-vous, vous ? Vous voulez que je vous raconte une histoire ? Oui ? Non ? Alors, voilà, il était une fois... Et puis non, il n'était aucune fois, il ne sera aucune fois parce qu'une fois c'est jamais, voilà, et sur ce je vais me suicider. Car j'ai une crise mortelle, moi, vous savez. C'est comme ça ce soir. Peux rien y faire. Et Valérie sourit, dans le suicide, Vertige Dréville. Chez Yves-Noël, Valérie, c'est simple, on dirait qu'elle n'a jamais fait de théâtre. Elle découvre la chose, oublié les heures de vol sur le plateau, like a virgin, candle in the wind, pourrait-on dire. Bal d'une débutante. Et pourtant, légers, ils sont là, Vitez, Régy, Vassiliev. Ils sont là comme des ombres chinoises, des sourires, des épaules fortes.  A l'Odéon, Vérité Dréville, je l'avais vue se consumer dans Phèdre, chaque soir.  Au Rond-Point, pas de consumation mais des départs de feux, multiples. Je pense à Maria Casarès qui disait à la fin de sa vie : "Je cherche encore". Le sourire de Valérie s'élargit parce qu'il cherche encore, il cherche toujours, il est au commencement de la recherche. Casarès et Dréville, mère et fille, je trouve, fille et mère. Je pense aussi à Camille Laurens, je vois des correspondances entre Valérie et Camille. Une même douceur en apparence, une même force sous la peau, pas du tout vulnérables ces femmes-là, fragiles oui, épidermiques, mais vulnérables, surtout pas, dans le derme c'est robuste. Camille comme Valérie ne vous diront rien du malheur ambiant, elle savent trop bien que c'est l'Impossible à dire, le malheur. Malines qu'elles sont elles s'arrêtent avant de le dire et c'est tant mieux. Mais tournant autour, en cercles concentriques de plus en plus petits, de plus en plus précis, elles arrivent à toucher quelque chose, un ordre juste, quelque chose qui finit par dessiner les contours de ce malheur dont je parle, qui est là, partout. Et c'est précieux. Même si c'est terrible à entendre. C'est précieux comme la vie. Lire et relire le récit de Camille Laurens, Philippe.  Ecrire, jouer, ce n'est pas découvrir un monde, créer un monde, c'est redécouvrir.  Avec Valérie je redécouvre. Même le mot le plus simple comme argent ou passeport, je l'entends comme si c'était la première fois.  Bien sûr, dans ce spectacle Valérie ne serait pas Vérité Dréville s'il n'y avait sur le plateau et Marlène et Dominique et Anne et Alexandre, Marlène et Philippe. Elle n'est pas seule et ce qu'elle fait vient des autres, des poules, des plantes et du grillon aussi bien.  Ah Vérité Dréville, quel bonheur ! Quel bonheur sans mièvrerie ! J'en ai tellement marre des zombies, des dépeceurs narcissiques, des collines qui ont des yeux, de l'échelle de Jacob, de Freddy les griffes de la nuit, Dexter, Merah, etc. Moi je veux des cui-cui dans les arbres, du miel et de la compote de rhubarbe. Veux des bisous dans le cou, des petites filles qui rient dans les champs et des pots de colle Cléopatra. Vraiment ras-le-bol de la barbarie quotidienne. Limite nausée. Je veux de la délicatesse dans la vulgarité. Je veux Valérie Dréville chez Yves-Noël Genod. Voilà, c'est dit. Le contraire de la vérité n'est pas le mensonge, ou l'erreur ou le faux ou la fiction. Le contraire de la vérité, c'est la raison.

Le 22 décembre 2014 à 11:00

En quoi donc peut-on encore croire, ventre de boeuf ?

Je ne crois pas en tout cas En Dieu, « ce grand linge sale, dont le nom n’est jamais invoqué que pour faire tourner en eau de boudin la colère du peuple aux poings de pierre, aux yeux de flamme, et qui, tant qu’il n’aura pas été chassé comme une bête puante de l’univers, ne cessera de désespérer de tout ». René Crevel. À lire ses très jouissives Œuvres complètes, éditions du Sandre, 2013. En l’abstinence : « La règle stoïque de subvenir à nos besoins en supprimant nos désirs équivaut à se couper les pieds pour ne plus avoir besoin de chaussures. » Jonathan Swift. À lire les désopilants Modeste Proposition et autres textes, Folio, 2012. Et Résolutions pour l’époque où je deviendrai vieux et autres opuscules humoristiques, Flammarion, 2014. À la morale et au bon goût : « La morale et le bon goût sont un vieux ménage : ils ont pour enfants la bêtise et l’ennui. » Francis Picabia. À lire le tranche-dedans Man Ray / Picabia et la revue Littérature, Centre Pompidou, 2014. En l’électoralisme : « Nous ne voulons pas voter, mais ceux qui votent choisissent un maître, lequel sera, que nous le voulions ou non, notre maître. Aussi devons-nous empêcher quiconque d’accomplir le geste essentiellement autoritaire du vote. » Albert Libertad. À lire le féroce Et que crève le vieux monde !, Mutines Séditions, 2013. En la gauche parlementaire : « Toutes les oppressions, suppressions, prohibitions légales qui se sont accomplies depuis la malencontreuse invention du régime parlementaire sont dues beaucoup plus à l’opposition qu’aux gouvernements : je dis beaucoup plus, parce que c’est à deux titres que ces mesures tyranniques incombent à l’opposition, premièrement parce que c’est elle qui les a provoquées, en second lieu, parce qu’elle s’est rendue régulièrement complice de leur adoption en les discutant. » Anselme Bellegarrigue. À lire ses explosifs Textes politiques présentés par Michel Perraudeau, L’Age d’Homme, fin 2014. Au travail : « Le droit au travail, c’est un nonsense. Le monde ne peut être sauvé que si tous les hommes refusent de travailler. Il faut apprendre à tous la paresse avec sa beauté difficile. Il est urgent de déshonorer le travail. » Albert Paraz. À lire les truculents Le Gala des vaches. Valsez saucisses. Le Menuet du haricot. L’Age d’Homme, 2013. À la cause du peuple : « Qu’est-ce que c’est que le Peuple ? C’est cette partie de l’espèce humaine qui n’est pas libre, pourrait l’être, et ne veut pas l’être ; qui vit opprimée, avec des douleurs imbéciles ; ou en opprimant, avec des joies idiotes ; et toujours respectueuse des conventions sociales. C’est la presque totalité des Pauvres et la presque totalité des Riches. C’est le troupeau des moutons et le troupeau des bergers. » Georges Darien. À lire son impitoyable L’Ennemi du peuple. L’Age d’Homme, 2009. Et je ne crois pas plus, comme Ernest Cœurderoy, En la propriété : « Ta propriété !, c’est le vol ; elle engendre le vol – à détruire. » Au mariage : « Ton mariage !, c’est la prostitution ; il perpétue la prostitution – à détruire. » En la famille : « Ta famille !, c’est la tyrannie ; elle motive la tyrannie – à détruire. » Au devoir : « Ton devoir !, c’est la souffrance ; il répercute la souffrance – à détruire. » À lire le génial Jours d’exil d’Ernest Coeurderoy, en trois tomes. Archives Karéline, 2010. Non, jambon à cornes !, je ne crois pas en toutes ces carabistouilles. Mais en quoi donc peut-on encore croire ? En la Zomia par exemple. En la Zomia que je ne connaissais ni d’Eve ni d’Adam il y a encore quelques printemps. D’autant moins qu’elle n’apparaissait sur aucune carte. La Zomia, chouagamment décrite par le prof d’anthropologie de Yale James C. Scott dans Zomia ou l’art de ne pas être gouverné (Seuil),  qui est aussi bien que son titre, serait, d’après notre puits d’érudition, « la dernière région du monde dont les peuples refusent obstinément leur intégration à l’État-nation ». Assez récent, le terme Zomia désigne l’ensemble des territoires se nichant à des altitudes supérieures à environ 300 mètres, des hautes vallées du Vietnam aux collines élevées du Nord-Est de l’Inde, en passant par le massif continental du Sud-Est asiatique (le Vietnam, le Cambodge, le Laos, la Thaïlande, la Birmanie) et par quatre provinces chinoises. « Il s’agit d’une étendue de deux millions et demi de kilomètres carrés abritant près de cent millions de personnes appartenant à des minorités d’une variété ethnique et linguistique tout à fait sidérante ». Et les habitants de cet immense territoire montagneux à la périphérie de neuf États et au centre d’aucun, et à cheval sur les découpages régionaux courants (Asie du Sud-Est, Asie de l’Est, Asie du Sud), réussissent depuis deux millénaires à échapper aux contrôles des gouvernements des plaines. Traités de « barbares » par les États entendant les soumettre, les peuples nomades évoluant dans cette vaste zone d’insoumission ont en effet mis en place des stratégies de résistance parfois étonnantes pour échapper au travail forcé, aux impôts et aux corvées, à la conscription, aux guerres, aux épidémies, aux hiérarchisations diverses et aussi à l’enfermement dans des identités imposées (« leur identité, précise James C. Scott, c’est l’autonomie »). Leurs pieds de nez non-stop aux contraintes de la société d’en bas et aux « discours de civilisation » « n’imaginant jamais la possibilité que des gens choisissent volontairement de rejoindre les barbares » sont favorisés bougrement par leur dispersion physique dans de gigantesques espaces accidentés pas encore fliqués, leur mobilité infinie, leurs modes de survie (le pastoralisme, le glanage, l’agriculture itinérante) et leur sens développé de l’auto-organisation spontanée qui sonneraient le glas du vieux monde autoritaire-marchand s’il se propageaient. Propageons donc. Dong, dong, dong, dong, dong !

Le 4 février 2012 à 09:04

Jean Caupenne (1908- ?)

Les cracks méconnus du rire de résistance

Un beau jour de 1930, le premier de promotion de l’École militaire de Saint-Cyr, la recrue Keller, reçoit dans les gencives une lettre assassine provenant de Novaro, dans le Gers.« Nous tenons à vous dire, et c’est pourquoi nous vous écrivons malgré le peu de loisirs que nous laisse la paresse, que nous crachons sur les trois couleurs : bleu, blanc et rouge du drapeau que vous défendez. Nous attendons avec une vive impatience le prochain soulèvement des hommes que vous prétendez commander et qui, demain, avec notre concours, mettront au soleil les sales tripes de tous les officiers de l’armée française et celles des petits binoclards casoardeux de votre espèce (…) ».« Il est du moins indispensable que vous remettiez, sitôt cette lettre reçue, au général directeur de l’école de Saint-Cyr (Seine et Oise), votre démission d’élève de cette école avec l’exposé des motifs de cette décision, en y joignant une copie de la présente missive. Sinon, nous continuerons à vous considérer comme le premier et le dernier des tristes Cyrs dont vous n’aurez pas que l’air (Keller) !! Et, comme tel, nous vous fesserons publiquement sur la place Saint-Cyr ! »La missive fait scandale. Et ses deux auteurs se retrouvent inculpés de « violences sous condition ». L’un d’eux, Georges Sadoul, qui deviendra le célèbre historien stalinien du cinéma qu’on sait, est même congédié aussi sec de la NRF. Et, pour éviter les trois mois de prison ferme que lui vaut sa lettre antipatriote, il préfère prendre le large jusqu’à Moscou aux bras du couple Aragon.L’autre coupable, Jean Caupenne, n’est pas passé, lui, à la postérité. On ne trouve en tout cas trace ni de sa queue ni de ses oreilles dans les principaux dicos et panoramas du surréalisme (Clébert, Nadeau, Passeron, Fauchereau…). Ce qui est d’autant plus curieux qu’à l’époque, Caupenne faisait partie des drôles de paroissiens du mouvement surréaliste. Et que sa prose sulfureuse courait parfois la grande bordée dans ses bulletins de combat (La Révolution surréaliste, Le Surréalisme au service de la Révolution).Comment accommoder le prêtre de Jean Caupenne (1929), dont voici quelques fragments fracassants, peut être tenu pour l’un des chefs-d’œuvre absolu du pamphlet mécréant frénétique.« Chaque fois que dans la rue vous rencontrez un serviteur de la Putain à Barbe de Nazareth, vous devez l’insulter sur ce ton qui ne lui laisse aucun doute sur la qualité de votre dégoût. D’ailleurs, si votre bouche ne déborde pas d’insultes à la vue d’une soutane, vous êtes digne d’en porter une (…) ».« Voler les objets sacrés, souiller les églises, sont des actions essentielles. (…) ».« Quant aux sacrilèges locaux, ils présentent de grands avantages pratiques, étant donné la rareté des chalets de nécessité et la disparition progressive des vespasiennes. Quatre-vingt-cinq églises et soixante-dix temples de divers cultes sont à la disposition des Parisiens (…) ».« Ces trois sacrilèges : insulter les prêtres, souiller les lieux saints, voler les objets sacrés, doivent être les trois principales actions habituelles qu’accomplit un homme probe quand son activité se tourne vers la religion ; mais bien des moyens restent à sa disposition pour se défendre contre les malfaiteurs ecclésiastiques, des moyens variant entre la plaisanterie de mauvais goût et l’ignoble sacrilège et que chacun trouvera, selon ses dispositions, pour la pratique de l’anticléricalisme. On peut, par exemple, comme cela se fit longtemps à Notre-Dame-des-Champs, tirer plusieurs fois dans la nuit la sonnette pour les Saints Sacrements : à la fin le bedeau ne se dérange plus et quelques croyants, au désespoir de leur famille, crèvent sans être munis des Excréments de l’église. Dans le métro, à une heure d’affluence, si vous êtes à côté d’un prêtre, ne le prenez pas à partie immédiatement, mais au bout d’une ou deux stations, vous commencez à hurler, en lui foutant un coup de poing en pleine gueule : « Vieux porc, vous n’avez pas fini de me peloter ! » La foule écoute ; alors vous déclarez : « C’est la troisième fois cette semaine qu’un curé me fait des propositions, et dire qu’on envoie encore les enfants au catéchisme ! » Vous donnez à quelques personnes un exemple réel de l’ignoble hypocrisie des prêtres, ce qui peut, dans certaines circonstances, influencer les actes de ces personnes contre eux.Tout ce qui est fait contre les curés étant bien fait, ce n’est que la volonté de leur nuire qui peut manquer ; que tous ceux qui n’ont pas cette volonté aient la face couverte de nos crachats ».Illustration : photographie de Man Ray : "Au Cabaret du Ciel", Paris, 1927Cette scène de cabaret a été photographiée dans l'intention de la reproduire dans "Variétés", une publication belge dédiée au surréalisme. On y retrouve les penseurs, écrivains et artistes de proue du mouvement surréaliste. Il s'agit de : (debout) Hans Arp, Jean Caupenne, Georges Sadoul, André Breton, Pierre Unik, Yves Tanguy, Cora, André Thiron (qu'on voit de dos, face à Cora), René Crevel, Suzanne Musard, et Frédéric Mégret (avec la cigarette). Assis à la table se trouvent Elsa Triolet, Louis Aragon, Camille Goemans et Madame Goemans.

Le 11 septembre 2011 à 07:47

# 5 - Wealth - Kay Pop Remix (Talk Talk vs The Locust)

Carte postale de Mongolie - Seoul Juke Box

C’était l’été 2011, Séoul allait sombrer sous les plus terribles inondations et coulées de boue de sa moderne histoire. Après la rudesse d’un hiver glacial il fallait maintenant affronter une chaleur humide capable de liquéfier ce qui pouvait encore rester d’un peu solide sous les pluies torrentielles. Il était donc temps de quitter cet été moisi et de partir pour le seul endroit d’Asie encore épargné par cette mousson annonciatrice de l’apocalypse à venir : La Mongolie. Un peu plus de 2 millions d’habitants, à peine la population d’un quartier de Séoul pour un territoire représentant environ 6 fois la France. Grands espaces ouverts, vide absolu, ivresse des plaines et ciel en précipice au delà d’un horizon en ligne de fuite éperdue, voici l’un des rares endroits sur terre où survit « le monde invisible ». Là où l’homme n’est plus, là où l’homme est moins, la nature est de nouveau la résidence des esprits et autres entités transparentes qui donnent leurs chants au vent dans les dunes, leurs yeux à la surface des lacs, et leur mystères aux grandes forêts où se perdent les voyageurs la nuit tombée. Ici le règne animal étend son domaine. Chevaux, chameaux, moutons, aigles et faucons, ours, chiens, lynx et loups, le bestiaire sauvage domine l’imaginaire et s’incarne dans les métamorphoses des chamans en transe dans les lumières dansantes du feu et dans les battements sur les peaux des tambours.  Une étrangeté de la langue française définit les Mongoliens comme des trisomiques, et mongolisme cette déficience intellectuelle et morphologique conséquence d’une anomalie génétique. Imaginons un instant que dans la langue mongole le mot  « gaulois » désigne ainsi un malade mental et « gaullisme » la tare qui en serait la cause. Mais dans la Mongolie moderne, point de francophonie, l’heure est au business English et à la Mongolian goldrush, car la richesse du pays est sous terre. Ainsi l’or, l’uranium, le cuivre, les terres rares, attirent tous les « birds of prey », rapaces internationaux et multinationales de l’extraction minière. Cette richesse minérale fait naître de nouveaux Gengis Khan qui roulent des mécaniques, désireux de conquêtes, en voitures de sport à plus 400 chevaux. « Il est plus facile de conquérir le monde à cheval que de bâtir un état à pied » Gengis était cruel, mais, loin d’être un barbare, il fut le seul capable dans l’histoire d’unifier le continent de la Méditerrannée à l’Oural et d’établir un code de lois qui sera source d’inspiration pour les constitutions des démocraties à venir. Les nouveaux barbares mongols s’appellent des « Ninja miners » circulant en hordes, lourdement bardés d’armes automatiques sur des 4x4  de guerre, ils attaquent les mines dans la vallée du Zaamar et s’emparent de l’or que les trafiquants chinois et coréens passent en contrebande à Pékin ou Séoul. C’est dans l’un de ces 4x4 à demi calciné et abandonné dans le désert de Gobi que fut retrouvée, encore intacte, une clé USB gorgée de sons parmi lesquels ce remix de « Wealth », 3ème et dernier morceau de la face B du plus minéral et désertique disque de rock des années 80  : « Spirit of Eden » de Talk Talk.  (Another Barbarian in Asia – Henry Halfwarm)

Le 3 décembre 2015 à 16:25
Le 19 avril 2011 à 17:45

ventscontraires : le reality show

Proposition faite à la rédaction

Chère Madame, Cher Monsieur,   Je suis un fidèle lecteur de ventscontraires.net. J’aime beaucoup l’esprit qui règne dans cette revue en ligne. Je me permets cependant de vous faire quelques suggestions visant à l’améliorer encore, et surtout à la rendre accessible au plus grand nombre. Tout d’abord, peut-être pourriez-vous recruter des chroniqueurs en organisant, à Paris et en province, des auditions que vous filmeriez. Bien sûr, il vous faudra faire montre de cruauté quelquefois, afin de satisfaire le public. (Arrangez-vous pour que soient mis en valeur les candidats les plus émouvants, la jeune orpheline à la beauté stellaire et au talent fou, rebelle comme une louve, ou le jeune beur, ex-taulard repenti aux accents rimbaldiens, par exemple.) Puis enfermez-les dans une demeure en banlieue, sans contact avec l’extérieur, avec des caméras dans chaque pièce. Une fois par semaine, faites-les passer à la télévision à une heure de grande écoute, et surtout, faites voter les téléspectateurs par le biais de numéros surtaxés. Afin de moderniser légèrement votre nom tout en gardant l’esprit « venteux », je vous propose d’appeler l’émission « Windy », ce qui vous permettrait d’être sponsorisé par une célèbre marque de laque, parce que vous le valez bien. Ainsi non seulement vous atteindrez un vaste public, mais vous réaliserez une intéressante opération financière. Restant à votre disposition pour toute précision supplémentaire, je vous prie de croire, chère Madame, cher Monsieur, en l’assurance de mes sentiments les meilleurs.

Le 26 mai 2013 à 14:56
Le 28 avril 2012 à 09:30

Rouille de printemps

Le fébrile candidat sortant vient encore une fois de changer de véhicule de campagne, en optant pour cette antique "dedeuche" (cliché officiel), mythique emblème de la France, et rouillée jusqu'à l'os en illustration d'un élan éperdu vers les humbles, les petits, les pauvres gens, "les Français qui souffrent". Les chefs de la Nouvelle UMP (Union des Misérables pour le Président), assez réservés à la vue du véhicule pathétique, furent priés de laisser leurs doutes au vestiaire - s'agissant justement de vestiaire, le candidat leur fit parade de ses nouveaux atours : oubliés le beau costard à 6500 euros, les belles tatanes à beaux talons à 4500, troqués contre un costume Tati (59,99) et des souliers Eram (34,95). Juppé, le lettré de la Nouvelle UMP, ayant cru bon de susurrer qu'en latin "eram" signifiait "j'étais", le candidat hurla "J'étais! Je suis! Je serai!", fou de rage il claqua la porte et, après s'y être engouffré, la portière de sa dedeuche qui sous le choc se décrocha. Un team de mécanos la suivra désormais de très près dans une Renault gris métal. Composée en hâte une rangée de supporters, à droite de la photo, s'étire d'un landau à un senior de petite taille. Les paniers disposés sur la galerie contiennent des pin's à distribuer aux foules. Quant à l'écriteau surplombant le pare-brise, s'il n'est pas sans évoquer celui que Pilate fit mettre au-dessus de la tête de Jésus, il reste, à la différence de celui-ci, illisible. L'avenir n'est pas écrit.

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