Au pays des ours
J’ai entendu ce matin à la radio
une information discrète mais qui a bien retenti à mes oreilles. Le maire de
Ruffec, petite commune des Charentes, a mis en place des tableaux numériques
pour désigner les bons et les mauvais payeurs à l’entrée des cantines d’écoles
primaires. A-t-il voulu donner à ces écrans un aspect ludique pour les
enfants ? Toujours est-il que la légende de l’écran est pour le moins
originale. Les créditeurs et débiteurs sont représentés par des oursons de
différentes couleurs. Les verts sont à jour dans leur paiement, les bleus sont
bientôt à découvert et les rouges sont les parias qui n’ont pas payé la
cantine. Je signale quand même qu’au pays des ours, qu’ils soient en forêt ou
en peluche, l’argent n’existe pas. Je n’ai jamais compris Boucle
d’or et des trois ours comme un ouvrage mercantile sur le modèle
économique appliqué par les ours dans leur milieu naturel.
Je propose alors à
ce maire une autre légende oursonne. On peut dire simplement que l’ours brun
est omnivore, tout comme l’ours noir. L’ours blanc, quant à lui, préfère un bon
morceau de bidoche. Mais que ce soit dans la forêt ou sur la banquise, ils se
servent sans payer. Dans une des écoles frappées par ce décret de « tu
bouffes, tu paies, et si tu paies pas, on te montre du doigt », un enfant
a pleuré en voyant à côté de son nom, le fameux ours rouge.
C’est normal que le
gosse soit traumatisé, les ours rouges ça n’existe pas.