Marie-Emmanuelle Brodeau
Publié le 03/09/2011

Chômeur amer


Paul avait encore passé une nuit épouvantable. Des semaines que ça durait ! Quand il parvenait à enchaîner 5 heures de sommeil d’une seule traite c’était une victoire sur le stress qui lui polluait l’esprit et donc ses nuits. La fatigue s’accumulait ruinant un peu plus chaque jour son moral déjà bien entamé. Mais que faire ? Les idées sombres le hantaient, ravageaient sa pauvre cervelle déconfite. Les journées lui semblaient d’interminables corridors qu’il traversait d’un pas lent et le regard absent. Il avait vraiment besoin de repos. Il se décomposait à mesure que les jours s’éteignaient. Il était temps que ça change. Aussi, Paul avait-il hâte de retrouver un emploi pour enfin se reposer au bureau.

Je m’adonne au plaisir des mots depuis que je suis enfant. A 8 ans je composais mes premiers vers. A aujourd’hui 35 ans je continue de composer des vers et n’hésite plus à dire quand on me demande ce que je fais dans la vie que je suis poétesse-lectrice puisque j’offre mes mots à l’œil mais aussi à l’oreille.  J’écris également des nouvelles. L’écriture occupe le plus clair de mon temps qu’il s’agisse de poésie ou de toute autre forme littéraire. L’essentiel étant pour moi de m’approprier le monde par les mots.

 

Partager ce billet :

À voir aussi

Le 9 novembre 2010 à 09:37

Au bord de la Laponie, Elin Larsson et la nuit polaire

Tant qu'il y aura du froid, recherche extime sur une sensation en voie de disparition

Le deuxième jour, la nuit. Elin Larsson monte sur scène, jeune et faussement fragile. Elle attend que le batteur soit en place, le guitariste aussi. Et elle envoie. Elle envoie tout. Parfois le trombone essaie de s’imposer, mais rien à faire, Elin Larsson est là, le plus prêt possible du micro, avec des notes rapides et précises, jouées avec la plus grande présence possible. Elin Larsson et personne d’autre. Elle absorbe tout, elle prend toute la place. Il est 14h30, nous sommes à Umeå, à quelques centaines de kilomètres du cercle polaire et de la Laponie, au bord de la mer Baltique. La salle de concert se remplie.La nuit n’a pas encore.Mais presque. Le froid non plus.Elin par contre.Elin Larsson parce qu’enfin, il est question de jazz, même en novembre, même à 62° de latitude nord. Il est donc question de basse, de batterie et d’instruments qui s’affirment, qui se combattent, s’affrontent. Elin Larsson est dans son instrument, cuivré, long, recourbé, elle est autre chose qu’une voie, autre chose que le silence ou la retenue. Il est 14h50. La salle est pleine, on est venu nombreux de Stockholm. Quelqu’un allume la lumière. Puis éteint.Elin s’arrête. Décontenancée. Puis la guitare, puis le batteur.Personne ne parle, personne ne bouge.Le silence est revenu.Le silence au nord de la Suède, dans une salle de concert. Elin s’approche du micro.Plus personne ne sait où il est, où il en est.Elin essaie de parler.Je.Je pense que c’est le moment pour Le ciel sombre.Le ciel sombre, celui qui va arriver dans quelques instants et ne plus partir pendant des mois.Elin laisse la guitare, la contrebasse et la batterie s’amuser, dans une musique blanche, adoucie, consolée. Elle les laisse jouer, à contre des jazz anciens, à contre des affrontements et des combats. Puis de conclure par un rire, de nouveau fragile, de nouveau humain.Le ciel sombre peut arriver. Il peut tout absorber. Il peut prendre place, il peut prendre toute la place. A écouter : Elin Larsson Set free.

Le 7 juin 2012 à 09:24

Comment j'ai loupé mon entretien d'embauche

Chronique d'un non recrutement annoncé

La responsable des ressources humaines ouvrit le feu :  «  Comment vous imaginez-vous dans cinq ans ? —Hum…je pense que je serai enceinte de mon troisième enfant répondis-je. » Interloquée, elle ajouta : —Ah… à ce propos… vous avez déjà des enfants peut-être ? —Absolument pas non. Mais je compte bien me mettre à l’ouvrage dès cette année. » Là, il me sembla qu’elle était à deux doigts de s’étouffer. Le petit homme chauve à son côté me regardait avec un air amusé. « Bien, reprit-elle. Je…je suis un peu surprise. Poursuivons ! Pourriez-vous me citer trois défauts et trois qualités qui sont les vôtres ? —Commençons par les qualités, c’est plus positif. Eh bien, voilà la première. Je suis quelqu’un de positif. Je suis également très spontanée et intègre. Quant à mes défauts, on me dit imprévisible, assez indisciplinée et parfois un peu trop radicale. » A cet instant c’est le directeur financier que je vis changer de couleur passant du vert pâle au blanc transparent. « Ce sont des défauts assez… comment pourrait-on dire… ? hésita t-elle —Chiants ! Ce sont des défauts assez chiants pourrait-on dire répondis-je avec la spontanéité que j’évoquais un instant plus tôt.   Un long silence plana alors au-dessus de nos têtes. Silence au terme duquel elle reprit l’entretien avec un détachement significatif. Cinq minutes plus tard j’étais dehors, déambulant sous les arbres qui bordaient l’allée et desquels s’envolaient en bouquets odorants les pétales blancs de cette fin de printemps.

Le 23 novembre 2011 à 07:36
Le 11 juin 2014 à 09:30

Rêves lointains

Rêvons un peu, voulez vous... Une certaine ethnie maya, vivant dans la forêt entre le Guatemala et le Mexique, est connue des anthropologues pour le rapport si particulier qu'elle entretient avec ses rêves. Chez eux, pas de théâtre, pas de chant, pas de danse ni de peinture. Bref, rien, à première vue, de ce que notre société appelle « Art ». Là-bas, l’essentiel de la créativité a lieu au lit.  De quoi rêve-t-on chez les Mayas ? D’abord, de plantes, de fleurs, d'animaux. Chacun ayant une signification bien particulière.Rêver de voir un jaguar signifie que l’on verra prochainement arriver de (dangereux) touristes. Si l’on rêve d’un pied humain, c’est en fait le pied d’un animal. Et si l’on rêve d’un pied animal, c’est forcément un pied humain. Dans le monde du rêve, tout est inversé, et les apparences sont toujours trompeuses. Parfois, leur sommeil ne met en scène que des animaux.Les Mayas sont eux-mêmes, le temps de la nuit, incarnés en animal.Au matin, un des rares rituels qu'on leur connaît par ailleurs, est de se raconter mutuellement leurs rêves.Ce qu'il y a d'étrange dans ce processus, c'est lorsque l'on s'aperçoit que ces derniers se répondent. Parfois même, un habitant racontera qu'il a rêvé rencontrer un certain habitant d'un autre village, qui racontera lui-même avoir rencontré le premier durant son rêve.Comme si l'espace du rêve était réellement un monde parallèle, commun à tous. Un "autre réel". Extrait d’une petite discussion matinale entre deux enfants, rapporté par une amie ethnologue : L'enfant : Cette nuit, j'étais un poisson. J’étais dans le lac et je disais : « l’eau est froide, c’est bien. »Sa soeur : Oui, l’eau est froide le matin. Que faisais-tu dans l’eau froide ?L'enfant : J’étais un poisson, j’étais avec ma femme.La soeur : Que faisait ta femme ?L’enfant : Elle criait. Rires. L’enfant : Je criais sur ma femme parce quelle avait brûlé mon repas, des courges grillées. Rires. La soeur : Ta femme crie parce que les enfants pleurent, ils pleurent parce qu'ils ont froid sous l’eau !L’enfant : Oui, je criais sur elle, ensuite je mangeais du maïs en grain.La soeur : Ah non! C’est impossible, tu es un poisson! Les poissons ne mangent pas de maïs.L’enfant : Si, je mangeais des tortillas que m'a femme m’a préparées. Ensuite, le crocodile est arrivé pour me chasser, j’ai nagé près de la rive pour lui échapper.La soeur : Mais non, les crocodiles ne mangent pas de poisson, ils mangent du gibier. Moi, cette nuit, j’étais le singe hurleur. Je suis descendue pour boire au lac, et c’est vrai, j’ai vu le crocodile s'approcher pour me manger.L'enfant : C'est vrai, j’ai vu le singe hurleur sur la rive, mais ce n'était pas toi, c’était mon père qui était venu pêcher. Etonnant, non ? Le plus surprenant dans tout cela, peut-être, c'est que la plupart des étrangers ayant séjourné plusieurs semaines chez les Mayas, admettent qu'au bout d'un certain temps, leurs rêves évoluent, jusqu'à ce qu'ils ne contiennent eux aussi plus que des mondes constitués de jaguars, de serpents, etc... Comme si le surréel finissait toujours par s'imposer. Lorsque nous pénétrons dans un endroit, nous pénétrons aussi dans tout ce qui dépasse l'espace du visible. Sur ce, je vous souhaite de beaux rêves bien franchouillards.

Le 26 septembre 2011 à 08:27
Le 27 novembre 2010 à 09:38

Petite résistance ordinaire

Il se servit un autre café. Il savait pourtant que cela n’arrangerait rien. La peur avait pris totale possession de son être et les tremblements qui l’agitaient ne se contrôlaient qu’au prix d’une crispation épuisante. Ses mains moites gouttaient sur le sol et l’encre du message qu’elles tenaient se diluait, rendant le texte illisible et donnant au papier l’aspect sale et torchonneux d’un vieux brouillon à jeter. Il aggravait son cas. Qu’importe ! Il écarta toutes les cogitations résultant de cette auto-observation. Spectacle navrant. Fermons les yeux ! Il n’arrivait cependant pas à évacuer la douleur, douleur sourde et multiforme qui semblait, elle-même, se moquer de lui. Elle grignotait son cerveau, par petits morceaux mais en prenant soin de frapper en tous points, plantant ses dents acérées dans la gélatine flasque. Elle grignotait ses boyaux, entremêlant toute sa tripaille, faisant des nœuds et des boucles avec. Elle grignotait ses articulations, en essayant de les scier comme avec une grande scie qui grince en râpant l’os. De guerre lasse, il desserra à nouveau son esprit qui se remit à errer dans les sombres territoires de l’angoisse. Il envisageait les conséquences possibles de l’acte qu’il allait commettre : le ridicule et la raillerie, le bannissement et la déchéance, la vengeance et la persécution. Il imaginait sa chef esquissant un petit sourire cruel après qu’il ait bu un café par elle servi : « Vous venez d’avaler une dose mortelle de poison, mon cher ». Quand soudain la porte s’ouvrit. – Que me voulez-vous ? dragonna-t-elle. – Juste vous dire que votre décision de virer Alain est totalement injuste et injustifiée…

Le 20 janvier 2012 à 08:25

Robert

Y’a des fois où Cupidon il a juste pas envie. Il va chez Burger King et il se descend une mauvaise bière en format maxi dans un gobelet en carton. Parfois plusieurs. Il fait des concours de rots avec des potes, mais sinon il est bien souvent seul alors il finit la tête dans la cuvette des toilettes parce qu’il est pété comme un coing et le serveur de chez Burger King doit le mettre dehors à grand renfort de coups de balai et de « Bon et bien maintenant ça suffit hein ». Cupidon, il s’appelle Robert Jourdheuil-Chaussy et il habite à Bastille dans un 22m². Il est au chômage et il est un peu alcoolique. Il ne se rase pas. Il ressemble à Gainsbourg, le talent en moins : il est donc très banal. Il est bordélique : son appartement pue. Robert joue au Loto tous les deux jours dans l’espoir de pouvoir s’offrir la nouvelle enceinte panoramique pour iPod dessinée et pensée par Jean-Michel Jarre, parce que Robert, il a toujours été fan de Jean-Michel. Avant, il aimait lire Rainer Maria Rilke, mais ça fait longtemps qu’il ne lit plus Rainer Maria Rilke : il préfère regarder Plus Belle la Vie sur France 3 parce qu’au final, Rainer Maria Rilke, Robert il trouve ça un peu chiant. Robert a une relation suivie avec Marinette Concrat qui habite à Saint-Denis. Ils ne sont pas attachés l’un à l’autre plus que ça, mais il est vrai qu’au lit, c’est plutôt pas mal : cette Marinette, c’est un peu une vraie cochonne. Marinette elle trompe Robert avec François Quanterin et Philibert Jançay, tout ça en même temps. Robert le sait bien, alors pour se venger, il voit régulièrement Ghislaine Vernot de Montmartre. Ghislaine Vernot, c’est l’ancienne égérie de Fabien Carnaudie, le peintre qui s’est suicidé il y’a trois ans et qu’on a enterré au Père-Lachaise parce qu’il était célèbre. Fabien Carnaudie, comme tout bon peintre, avait la syphilis, ce qui veut dire que Ghislaine Vernot, François Quanterin, Philippe Jançay, Marinette Concrat et Robert l’ont également. Robert sait tout ça : il est Cupidon et de ce fait, même s’il n’est plus le petit angelot tout mignon des représentations, il a accès à des informations très secrètes de ce type. Robert ne croit plus au romantisme qui était pourtant le pilier fondateur de son activité. Robert ne croit plus en rien : il a rangé son petit arc et ses petites flèches depuis bien longtemps et ils prennent la poussière dans un coin de son 22m². Désormais les gens font semblant de s’aimer, juste par habitude, et nostalgie : ça ne dure pas, mais ce n’est pas de la faute à Robert. Robert, il est pas responsable si les gens savent plus vraiment comment faire. Hier Marinette a dit : « Robert, je crois bien que je t’aime. » Robert, il a répondu : « Ouais, ouais ». Elle avait besoin de pognon alors Robert va lui en donner et ne jouera pas au Loto cette semaine. Par amour. Tant pis pour l’enceinte à Jean-Michel Jarre.

Tous nos invités
Tous les dossiers

derniers podcasts

je m'abonne :   
La masterclass d'Elise Noiraud
Live • 16/04/2021
La masterclass de Patrick Timsit
Live • 16/04/2021
La masterclass de Lolita Chammah
Live • 16/04/2021
La masterclass de Tania de Montaigne
Live • 08/03/2021
La masterclass de Sara Giraudeau
Live • 08/03/2021
Tous les podcasts

ventscontraires sur Youtube

Découvrez la chaîne
La revue en ligne du Rond-Point
Auteurs maison   Vedettes etc.   Confs & Perfs   Archives   Tous les chroniqueurs
Les vidéos   Les sons   Les images   Les textes  Nous contacter   Presse
ventscontraires.net, revue en ligne, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point.
Site administré par
© 2014 - CC.Communication