Judith Perrignon
Publié le 27/08/2011

T'auras du boudin


Carte postale de Louisiane

… Alors forcément on s’arrête. Il est 9 heures 30 du matin, y a déjà du monde garé sur le bord de la US 190 à l’entrée de Eunice, et la musique va bon train à l’intérieur. Chez Marc et Ann, un magasin plein d’accordéons et de guitares en semaine, c’est comme ça tous les samedis matins : on arrive avec son instrument, ou alors sans rien, dans ce cas on s’asseoit, on écoute ou on danse, tandis qu’une quinzaine de musiciens, grosse majorité d’anciens, plus quelques enfants, jouent  les airs cajun. Derrière le comptoir pour le petit déjeuner, y a du boudin (saucisse fourrée au riz) plus ou moins épicé et aussi du café à volonté. 
-Combien je vous dois ? 
-Rien du tout,  mais c’est gentil de demander.
Savent-ils que Wall Street dévisse ? La porte semble étanche au reste du monde. Elle s’ouvre pourtant souvent. Encore un senior armé d’un violon.  Charles, 74 ans, est venu avec son triangle, il a aussi une carte de vétéran de l’armée américaine dans son portefeuille, un petit rectangle blanc dont les dates laissent entendre qu’il a connu le pire. Laisse les bons temps rouler,  comme ils disent. Les vieux parlent encore un peu ce français là,  les jeunes le chantent sans le comprendre.  
Attendre, chez eux, ça se dit espérer.
Judith Perrignon a longtemps travaillé à Libération, la politique d'abord, les portraits ensuite. Elle en est partie, pas pour ailleurs, mais pour autre chose, notamment des livres, seule ou à deux. Le dernier, L'Intranquille, avec Gérard Garouste. 

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