Patrick Robine
Publié le 18/10/2011

Etaix Pierre, la douce courtoisie du héron cendré


Avant la lecture de ses Textes & Textes par Ariane Ascaride et Thierry Frémont au Rond-Point*

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Rupture, 1961, court-métrage de Pierre Etaix et Jean-Claude Carrière

J'ai eu la chance de doubler Pierre Etaix dans un couloir d'hôtel de la baie de Calvi où nous nous trouvions invités lui et moi et 500 autres convives à saluer le "vent" le temps d'un festival, ça soufflait bien. Nous nous sommes engouffrés avec un balai de feuilles d'eucalyptus dans une cage d'ascenseur qui menait au bar cinq étages plus bas. J'ai eu un petit creux durant la descente, alors sur un simple froncement de sourcil avec douce courtoisie se tournant légèrement, il me fit des côtes d'agneau en ombre chinoise sur la paroi de la cabine. Je lui servis au plus vite un œuf frit au plat, il m'offit simplement son amitié...
Pierre et Taix sont nés à Roanne, Vannes étant à l'opposé de l'Hexagone et bien trop près de la mer... De plus quand on sait ce qu'était la difficulté de naître à Roanne à l'époque on ne peut que rester pantois!
Pierre Etaix est donc né nu tard, un jeudi 23 novembre 1928. Il grandit sous la houlette de ses parents, son père était crépin...
Regard de cygne, élégance du héron cendré, doigts de fée fins, chevelure plaquée du casoar.
Tout prédisposé donc à entamer une carrière de graphiste à main nue. Quelques temps après il se met à souffler du verre fin en couleur puis le torsade adroitement dans le Nord de l'Italie, sitôt fait, il rentre en France à Paris et se lance immédiatement dans la restauration de vitraux mille feuilles spécialité de la région. Un soir dans la nef de la cathédrale de Reims, devant l'autel, l'image du grand vitrail est projetée sur le sol, il vient de mettre à jour "la" fameuse lanterne magique médiévale, de là, il ne fait qu'un bond, on le retrouve de profil derrière le verre galbé d'un œilleton de caméra. Il est partout, concoctant des gags pour Mon Oncle, il croque tout, au fusain, au crayon, au charbon, à la plume, à la bouche, il est une abeille, un oiseau-mouche, il frôle dans son sillage Jean-Claude, un gypaète barbu, ils deviennent amis et épousent pour un temps la même Carrière dont Jean-Claude d'ailleurs portait déjà l'enseigne. Tout commence entre eux par leur "rupture" en 1961, deux ans plus tard ils fêtent leur "heureux anniversaire" à Hollywood et se voient remettre un canard laqué en vermeil. Ils secouent la nappe, tournent la manivelle, embrassent Jerry et rentrent à Paris avec Oscar; tout va bien. Puis s'annonce Le Soupirant suivi de Yoyo, Tant qu'on a la santé, Le Grand Amour en 1969, Pays de cocagne...
Mais, gêné par le trop bruyant progrès de cette lourde industrie qu'est devenu le métier du cinéma, et le morcellement de la profession... Pierre l'artiste pose doucement la caméra, reprend son envol et fait des super-huit dans le ciel durant une bonne décennie.
Puis il se pose sur la toile d'un cirque, se grime, efface son bec fin, s'ébroue pendant que dans son dos de sombres vampires s'emparent de ses œuvres et les rançonnent... ALors il détache ses élytres, enfonce ses larmes dans le bois, dessine un fin sourire et en un tour de magie, sans tambour ni trompette, se change en papillon.
Pierre Etaix est Yoyo clown-dessinateur-réalisateur-acteur-musicien-auteur-sculpteur-gagman-magicien et gentleman.
Charlie Rivel son ami le disait bien: "un clown ça mourrira jamais".

© Le Rire de résistance, tome II, de Plaute à Reiser (Théâtre du Rond-Point / Beaux Arts éditions)


* Textes & Textes Etaix, de Pierre Etaix, lu par Ariane Ascaride et Thierry Frémont (mise en voix Jean-Daniel Verhaege) : les 17, 18, 19 novembre à 18h30 > plus d'info
À 16 ans, il entame une série de métiers hétéroclites : vendeur en quincaillerie, photographe industriel, démonstrateur dans un grand magasin de jouets, gratteur de morutiers, nez chez un grand parfumeur. Après avoir bourlingué sur les mers et dans les casinos, il  devient un célèbre imitateur (le grand séquoia du Canada, la moule masquée de Loire atlantique,  le platane de cours d'école, l’œuf au plat). Il interprète ses propres textes au Rond-Point et en tournée (La Danse du Séquoia, Le Naturaliste, La Ferme des concombres – textes édités chez Actes-Sud Papiers et à la Table Ronde). Revenu dans les Landes de son enfance, il explore pour ventscontraires.net les abords de sa table de travail… 

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