La fougue de Bach
(et encore, j'ai pas osé « Mais vous êtes fougue ? Oh oui ! »)
« Plus fougueux, la prochaine
fois », m'a-t-on demandé. Je ne suis pas du genre à refuser
l'obstacle, comme on dit dans les milieux hippiques, mais je suis
embêté : j'ai, actuellement, moins de fougue qu'un barracuda.
Pour tout dire, je suis à peu près aussi fougueux qu'un discours
d'après-match de Roger Federer (je sais pas si tu as remarqué mais
quand il ne verse pas sa petite larmichette, il est à peu près
aussi passionnant qu'une partie de Scrabble filmée au ralenti). Au
début, je pensais que c'était à cause de la pression atmosphérique
centrée sur les Açores, mais en fait, je pense que c'est de votre
faute. Enfin pas de la tienne à toi, qui est quelqu'un de
raisonnable, mais de celle à la société, qui n'est pas quelqu'un
de responsable. Parce qu'en ce moment, la société, elle ne mange
pas ses cinq fruits et légumes, à cause des bactéries allemandes
qui sautent du concombre au soja sans crier Bahnhof et des
consommateurs qui ne savent plus à quel sain se vouer. Du coup, les
maraîchers ne maraîchent plus et dans mon supermarché, les légumes
sont en action (c'est du suisse pour dire promo, hein, ils ne
tournent pas des remakes de Die Hard). Comme je suis de nature
pragmatique, j'ai donc une alimentation très végétale. Et
franchement, je préférais quand vous aviez peur des vaches. Un
steak de soja saignant, on a beau dire, mais c'est pas pareil. C'est
pourquoi, je le dis avec fougue : Attention, derrière-toi, une
entrecôte tueuse !