
Illustrateur de presse, croqueur de BD, open trompettiste et peintre sur carnets de note, Mazen Kerbaj s'éloigne de Beyrouth en septembre-octobre pour s?acoquiner pendant deux mois avec l'équipe de ventscontraires.net. Premier contact
Le Théâtre du
Rond-Point développe depuis plusieurs années une thématique autour du rire de
résistance. C'est quoi pour toi, le rire de résistance ?
Je suis né en 1975 avec la guerre civile qui a fini en 1990.
J'ai donc vécu mes premières années en guerre civile. Depuis on dit que c'est la
paix au Liban, mais il y a eu quelques petites guerres depuis. Quand on vit à Beyrouth, on n'est
jamais vraiment en temps de paix, on est toujours en guerre ou entre deux
guerres et on ne sait jamais quand la prochaine va arriver. Cependant je dois dire que je suis bien content de vivre là-bas malgré
tout. C'est une vie où on exprérimente chaque jour que le rire et la résistance sont deux choses qui
vont naturellement ensemble. La résistance contre la folie qu'il y a
autour, contre la réalité dont on ne peut s'échapper, contre la guerre, la
politique, la corruption... Il n'y a pas d?autre solution, il faut absolument
rire de tout, surtout de ce dont on ne peut pas rire. Je ne peux résister que par le rire et mon rire ne peut être qu'un
rire de résistance dans le sens où il est toujours opposé à une situation
le plus souvent lugubre, déprimante et pas drôle du tout à laquelle je
réponds par quelque chose de drôle. J'ai rarement eudes idées
drôles dans l'absolu, pour elles-mêmes, c'est vraiment en réaction. Mon rire et celui que j'essaie de
déclencher sont forcément de résistance. Bien sûr, en temps de guerre, tu ne peux pas parler des
coquelicots, tu vas parler de la situation que tu vis et combattre cette
situation par ton art. Mais je déteste l'idée de l'artiste
engagé avec un message à faire passer. Je trouve ça assez péremptoire. Si un artiste veut
donner son avis sur la politique je ne suis pas contre, mais qu'après il se
positionne en porte-étendard, je trouve ça complètement ridicule. L'art n'a pas à jouer un tel rôle. Même les artistes qui se sont fait emprisonner, torturer, assassiner
sous des régimes dictatoriaux étaient avant tout
des artistes.
> Mazen Kerbaj, rencontre-mini concert à la librairie du Rond-Point le samedi 17 septembre à 18h30 et exposition jusqu'au 14 octobre 2011
En
partenariat avec les associations libanaises ASSABIL, les amis des
bibliothèques publiques, et KITABAT, association pour le développement des ateliers d'écriture, et avec le soutien financier de la
Région Ile-de-France