Paul Martin
Publié le 17/09/2011

Bad Flétan


Plutôt qu'une biographie assommante, voici un texte qui vous sera vraiment utile. Si votre ordinateur fige régulièrement, essayez le truc suivant : d'abord, rehaussez le moniteur à l'aide d'une ou deux briques ; puis versez dans le lecteur de DVD un verre d'eau déminéralisée à laquelle vous aurez ajouté quelques gouttes d'essence de térébenthine. Eteignez l'appareil, rallumez-le et constatez le résultat : il est comme neuf. Ne me remerciez pas, je suis comme ça, altruiste.

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Lenny Bruce

1925-1966

Né en 1925 à Long Island dans une famille juive, Lenny Bruce se débarrassa de sa jeunesse en devenant soldat en Europe pendant la Seconde Guerre Mondiale. À son retour du front, il fonda sa propre église et s’autodésigna pasteur ; il fit du porte-à-porte et récolta de l’argent pour une léproserie en Guyana. Le Jésus qu’il proposait n’était pas très convenable, alors la police l’arrêta.
   Son humour iconoclaste et son éloquence n’étant appréciés ni par l’Eglise ni par les tribunaux, il trouva asile dans les cabarets. Il continua ses prêches ; son ambition était de guérir les lèpres du racisme et de l’hypocrisie.
  La société ne le toléra pas longtemps ; elle n’avait pas encore compris qu’il est plus efficace d’encenser ou d’ignorer les irréductibles. Des policiers arrêtaient Lenny Bruce à la fin de ses représentations. On l’accusait de proférer des obscénités. Pour lui, la seule obscénité c’était le silence. Il s’attaquait à tous les pouvoirs et dévoilait la haine derrière la respectabilité. Il était juif, noir et indien à la fois. Cette guerre contre l’injustice et l’humiliation ne lui laissait aucun répit. Il n’avait pas l’intention de déposer les armes.
    Sa femme était strip-teaseuse. Lui exhibait son âme. Un abîme le séparait du public. Sur scène, il se trouvait en équilibre ; comme un funambule, il mettait sa vie en jeu en marchant sur un fil. La drogue et l’alcool sont les seuls anges-gardiens sur qui l’on peut compter dans ces cas-là. Bob Dylan a écrit une chanson en hommage à Lenny Bruce où, par une phrase, il dit tout : « Il a combattu sur un champ de bataille où chaque victoire fait mal ».
  Selon un critique, un de ses rares admirateurs à l’époque, il ne parlait pas : il faisait du jazz. Il improvisait avec sa voix, ses émotions et ses idées. C’est en jouant qu’il se créait. Il découvrait parfois ses monologues au moment même où il les prononçait. Lenny Bruce était un artiste. Dans ses one-man-shows, l’humour se mêlait à la politique, la grâce poétique à la colère. Il se moquait du succès et de la reconnaissance. Les rires et les applaudissements ne l’ont jamais corrompu. Il ne cherchait pas à plaire à n’importe quel prix. Il méprisait les compliments de ceux qui croyaient trouver dans ses spectacles de quoi conforter leur bonne conscience progressiste. Il n’hésitait pas à engueuler et à insulter son public. Une telle indépendance coûte cher : il perdit son métier, sa femme, sa maison.
  Aujourd’hui la censure n’est plus nécessaire. Les comiques font des sketchs sur le téléphone portable, leurs amours ou la cigarette. On jette Lenny Bruce en prison chaque jour où l’on ne reprend pas son flambeau. Il n’est pas une relique de la génération beatnik. Il fait partie de notre trousse de secours humaniste. Il est vivant si nous le voulons. Je voudrais que l’on se souvienne de lui comme d’un honnête homme. C’est beaucoup moins fascinant que son image de rebelle scandaleux. Non, il n’était pas scandaleux, ni vulgaire. C’était un héritier de La Fontaine et de Chamfort.
   Laissons-le terminer. À la fin d’un spectacle à New York, il s’adressa ainsi au public : « Je suis désolé si je n’ai pas été très drôle ce soir. Parfois je ne suis pas drôle. Je ne suis pas un comique. Je suis Lenny Bruce ».

Le 1 juin 2011 à 15:44

En bibliothèque

Le journal de Béotius (C'est du lourd, c'est du vécu)

J'entre dans une bibliothèque pour échapper à une averse. Aussitôt, j'avise une jeune femme juchée sur un tabouret.— Plaît-il ? s’enquiert la créature aux formes opulentes, la dextre en suspens.Cette expression désuète titille mon cortex. Pris au dépourvu, je souris niaisement et cherche désespérément une béquille pour mon regard.— Vous aussi, vous voulez vous documenter sur les écrits licencieux du temps jadis ? poursuit-elle.Face à ces propos dépouillés de réserve, je m’enhardis :— Le galbe de vos jambes m’incite à penser que votre culture érotique n’est pas seulement livresque.— Il se peut. Mais songez aussi qu’avec le plat de mes mains, si délicates au demeurant, je pourrais applaudir votre entrée en matière ou appliquer sur vos joues replètes quelques soufflets de ma façon. (Je réfrène un geste d’agacement et suis l’ensorceleuse qui promène les lignes serpentines de son corps.) Mais dites-moi plutôt, si vous étiez un chevalier errant, de quelle manière en useriez-vous avec moi ?— J'accommoderais la roturière comme il sied, à la manière d'un vulgaire manant, lâché-je, non mécontent de réduire à quia l’impudente.Puis je fais volte-face et m'éloigne prestement. « Dans les bibliothèques, l’on ne rencontre que des intellectuelles incapables de sacrifier l’esprit à la chair » murmuré-je empli d’amertume.— Ne pas mettre en parallèle la vacuité de ton existence avec la plénitude de mes formes ! assène la rhétoricienne offensée.Je vacille : cette réplique acérée met un terme à la joute oratoire. « Le commerce d’une cérébrale ne ferait que menacer mon intégrité mentale », me dis-je alors en allongeant le pas pour gagner la sortie de cet endroit hostile.

Le 3 novembre 2011 à 07:12
Le 24 octobre 2015 à 08:40
Le 18 septembre 2011 à 09:07
Le 28 février 2012 à 09:04
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