
Avec près de 60 billets publiés, l'éditorialiste et écrivain Jean-Michel Helvig est un des piliers de l'équipe de ventscontraires.net.
Rencontre avec ce gourmand amateur des dérapages pas toujours contrôlés de la classe politique.
Comment êtes-vous tombé dans le journalisme ?
Par élimination.
Non pas des concurents, mais d’autres itinéraires professionnels où aucun ne
m’offrait la certitude que le travail du jour ne serait pas le même que celui
de la veille – on appelle ça aussi l’actualité - ni ce privilège immense que d’être payé à
lire les journaux pour les remplir ensuite.
Les moments forts ? Les moments durs ?
On se
renforce avec les premiers, on s’endurcit avec les seconds.
Vous éludez la question…
Comment
avez-vous deviné que je suis tombé très tôt dans le journalisme
politique ?
Pour ventscontraires.net, vous vous penchez régulièrement
sur les « petites phrases » des politiques.
Au
risque du vertige parfois, je vous l’avoue. Plus exactement, ce sont plutôt
leurs grosses bêtises qui sont mon fonds de commerce à l’enseigne de ce
sympathique site. La ressource est inépuisable pour peu qu’on opère un tri sélectif.
Les petites phrases sont préparées sciemment en amont, les grosses bêtises sont
lâchées imprudemment en aval. Le propre
de la bêtise est d’échapper à son auteur, aussi ne court-on pas le risque d’être
manipulé en s’en saisissant. C’est jubilatoire à sonder tant il y a à dire, médire
et contredire face à la boursouflure des mots, aux dérapages de sens ou aux
fuites d’inconscient. Là-dessus, vous étalez une fine couche de références savantes,
saupoudrez d’une pincée de mauvaise foi, mixez en 1500 signes (espaces compris), enfin confiez l’objet au
web-iconographe, et voilà le lecteur internaute servi jusqu’à ce que de
nouveaux arrivages repoussent peu à peu votre « bêtisier » vers le
bas de l’écran. Vertigineux, vous disais-je.
Ces "petites phrases" indiquent-elles, selon vous, une évolution
significative du langage et de la vie politiques ?
Non pas
vraiment. Ce sont les moyens de communication qui ont évolué. Tout est soumis désormais
à l’instantanéité et la simultanéité de la diffusion. Vous imaginez les dégâts
si Youtube avait existé du temps du président Mac Mahon s’extasiant devant une
crue de la Garonne : « Que d’eau, que d’eau ! ». Mais il est
vrai que la rapidité de la diffusion se paie d’un raccourcissement de
l’expression si l’on veut être vu ou entendu. Foin des propositions trop
subordonnées, des conjugaisons trop raffinées ou du vocabulaire trop léché, si
t’es pas compris en 30 secondes, tu gicles coco. Ou tu changes de métier.
Cet appauvrissement coïncide-t-il, selon vous, à un
appauvrissement de la pensée ?
C’est
l’œuf et la poule. Les grandes idéologies passent de toute façon mal sur
twitter. Mais si l’on s’inscrit plus facilement sur un réseau social qu’on
n’adhère à un réseau politique, il doit bien y avoir quelques raisons.
Politique et humour peuvent-ils faire bon ménage ?
Un ménage
à trois pour peu que le journalisme s’immisce, en n’analysant plus seulement le
texte et le contexte, mais en explorant le sous-texte.
Quel serait votre palmarès personnel ?
Tant
qu’il y aura des « énervés » le rire est toujours à venir.