Gruto Parkas, l'ironie balte
Carte Postale de Lituanie
Il existe un lieu, au milieu d’un pays ravagé par 50 ans de
soviétisme, où vous trouverez une centaine de statues datant de l’ère
stalinienne de leaders, tyrans, criminels, officiers de l’Armée Rouge et autres
partisans antipathiques. Tous ces Lénine, Staline, Dzerzhinsky déboulonnés
après l’indépendance de 1991 ont été récupérés un à un par un certain Viliumas
Malinauskas.
Ce PDG d’une usine de conserves de champignons a voulu
recréer l’atmosphère pesante, propagandiste et terrifiante de la pensée unique qui
a opprimée la Lituanie pendant plus d’un demi-siècle.
Sous couvert du devoir de mémoire, ce parc d’attractions (c’est
ainsi qu’il est présenté) vous propose ainsi de pénétrer un camp sibérien
reconstitué au milieu des pins et des marais, entouré de miradors et d’haut-parleurs
hurlants chants patriotiques et hymnes staliniens. L’ambiance est donnée tout
de go via la visite d’un wagon qui vous (dé)portera au prochain Goulag, puis
par un parcours pédestre égrenant les statues des tortionnaires les plus belliqueux
de la Terreur Rouge autour desquelles les familles se pressent de se faire
photographier (sic) et où l’on oscille
doucement entre ironie et indignation.
Comble de l’effroi vous découvrirez une boutique de
souvenirs aux effigies des tyrans croisés plus tôt, mais aussi un restaurant dont
les serveuses vêtues d’un foulard rouge vous accueillent et vous proposent de
revivre la cuisine frugale de l’ère soviétique (comprenez 2 sardines et 3
rondelles d’oignons) en lisant un journal russe arborant le portrait du petit
père des peuples.
Quand on apprend que la Lituanie a vu la déportation d’un
tiers de sa population et la mort de 250.000 personnes, ce parc d’attractions, qui
semble frôler parfois une nostalgie fétide plutôt que la dénonciation d’une idéologie,
laisse un gout amer, une nausée qui vous tenaille longtemps encore après avoir
quitté les barbelés du Gruto Parkas sous le regard inquisiteur d’un Josef
Stalin en bronze de 3 mètres de hauteur.