Raphaël Chabloz
Publié le 15/09/2011

Zen


Je ne trouve pas de titre, ça m'énerve

Je passe, quotidiennement, beaucoup de temps dans ma voiture. Une obligation dont j'essaie de m'accommoder : cette parenthèse obligatoire (une parenthèse que même Philippe Jaenada trouverait longue, certes, mais une parenthèse tout de même) entre domicile et travail me permet de décompresser, de penser à autre chose. Alors qu'autrefois, dans le train, je lisais, dormais ou m'adonnais à des tâches aussi nobles que le dressage de Pokémon, je peux désormais laisser vagabonder librement mon esprit. Mais pourquoi il freine, ce con ? Et c'est une source constante d'inspiration, j'envisage ainsi de me lancer prochainement dans la biographie complète de ce débile là-devant qui se croit sans doute sur son tracteur, mais c'est quand même pas possible de traînasser pareillement ! C'est aussi dans ces moments-là que me viennent les idées pour ces chroniques hebdomadaires. Bon allez, avance, on n'a pas toute la nuit non plus. Et c'est là, alors que je longeais le magnifique lac de Neuchâtel et ses reflets enchanteurs que je me suis dit qu'il serait difficile de rédiger ce billet « plus énervé » que l'on m'avait demandé, tant la nature automnale invitait à l'apaisement, et que la vie était trop courte pour s'énerver et ces travaux, ils vont jamais les finir, ces travaux ? et en plus j'ai le soleil dans la gueule.
Bien que n'ayant jamais pratiqué le water-polo, je suis blogueur, journaliste, suisse, traducteur et parfois même auteur, mais pas trop. J'aimerais vous parler de mon enfance et de ma passion pour les dés de courgette. Hélas, les icônes scintillantes figurant sur ce site me terrifient et, pour le dire franchement car c'est important la franchise, me tétanisent.

http://www.bonpourtonpoil.ch/ 

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Le 21 septembre 2011 à 09:19

Le gros lot

Qui n'a pas un jour mis des petites croix dans les cases en espérant en faire une grande sur sa vie. Même moi, un jour j’ai joué à la loterie. La vraie, la grosse. Celle pour les mecs, avec des poils et tout. L’Euromillion... J’ai regretté. Ça m’a foutu les jetons (pourtant des jetons pour un jeu d’argent, ça tombait bien). 162 millions d’euros… Pffiiou... Si on me donne des pièces d’1 euro par exemple, ça me fait une pile de 162km de haut. Vu que je n’ai aucune chance de la faire tenir debout, le mieux serait de les aligner, debout sur la tranche, face contre face. Et là, j’aurais un rouleau de 162km… de chez moi jusqu’à beaucoup plus loin, rien que des pièces de 1 euro. Plus d’une heure trente de bagnole, sur l’autoroute et s’il n’y a pas de travaux, pour toutes les voir… Même si on me donne des billets de 10 euros, j’aurai quand même une liasse d’environ 1km620 de haut ! 5 tours Eiffel. Un coup de vent, et tous mes billets de foutre le camp un peu partout. Certes, les billets on peut les ranger ailleurs. Dans les ruines d’une banque pour faire plaisir aux courtiers et autres assureurs qui se battraient pour me lécher le cul (sûr que là je serais moins regardant sur mon hygiène. Ben oui, tant qu’à faire…). Mais ils se serviraient au passage. Pas si grave, de toute façon c’est impossible de dépenser tout ça à moins de faire une guerre. Là oui, tu dépenses ça toutes les heures. Mais bon, c’est un peu chiant. Il faut parler américain, il y a du sable, il fait chaud, et tout et tout. Et si je gagne, je devrais expliquer aux médias pourquoi je n’ai pas changé de voiture, ni acheté une île au soleil, ni un jet privé, ni une équipe de foot, pourquoi je n’ai pas un yacht de 60m de long avec un équipage de 10 personnes pour décapsuler ma bière, pourquoi à la Saint-Valentin je n’ai pas offert une bague plus grosse, et pourquoi je n’habite pas dans un maison de 42 pièces avec vue sur l’amer… Mais moi, je ne veux pas tout ça. Devoir fuir pour éviter d’être harcelé. Me terrer avec ma famille pour éviter les enlèvements. Bouffer du caviar à la louche et boire du champagne, en me faisant chier comme un crabe royal mort sur une plage déserte. Fréquenter des stars complètement pleines, et coucher avec des mannequins vides. Créer une fondation humanitaire, et ne plus dormir la nuit parce que même avec 162 millions je n’arrive pas à faire assez... Non, moi je ne voulais rien changer. J’ai eu du bol. J’ai perdu.

Le 29 février 2012 à 08:25

La pita qui se fout de la charité

(parce que j'ai fini par renoncer à "Je m'appelle Hellène" ou "sirtaki le tour")

On m'a demandé une chronique « plus grecque ». En effet, bien des lecteurs de « Vents Contraires » s'interrogent, et c'est légitime, sur l'opportunité de racheter la Grèce pour un euro symbolique et, comme je suis suisse, je m'y connais forcément bien en symbolique.   Bien entendu, le futur acheteur aura des frais. Déjà bien avant la crise actuelle, il y avait beaucoup de laisser aller dans la gestion du patrimoine culturel. C'est plein de ruines partout, une catastrophe. Il faudra également songer à retravailler un peu la mythologie. C'est d'un compliqué ! Et que je me transforme en pluie d'or, et que je sors de ta cuisse, et que je suis Dieu des récoltes, des bichons, des mardis et des boissons chaudes... Prenez la mythologie suisse : une flèche, une arbalète, c'est simple, c'est efficace. L'idéal, pour le futur acheteur, serait d'adapter quelques séries en dessin animé. "Jason 42", par exemple, ça pourrait marcher. Ou "le masque de Zorba", à la limite.   Une chose importante, il faudra repenser le nom. Grèce, c'est très péjoratif, à cause de l'homonymie. Hellas, on n'en parle même pas. J'avais pensé à un truc plus sain, mais qui reste dans l'hellénistique : Omega trois.   Pour la bouffe, ça manque un peu de typicitude. Yaourt grec, sandwich grec, salade grecque : rien de très original, qui n'a pas son yaourt, son sandwich et sa salade, de nos jours ? Il faudra revoir ça   Mais sinon, le côté mer bleue, toits blancs, très bien, très vendeur. A la limite, moi, je revendrais toute la partie un peu montagneuse du pays. Et je recollerais toutes ces îles aussi. Le côté insulaire, c'est sympa, mais il faut pas tomber dans l'exagération.   Voilà. Une dernière recommandation. Je sais que j'insiste un peu avec ça mais c'est important : le futur acquéreur de la Grèce devrait, à mon avis, renoncer au titre de champion d'Europe de foot 2004, je reste persuadé que tout ça n'était qu'une vaste plaisanterie.

Le 23 avril 2011 à 10:30

Les yeux d'Elsa

Pubologie pour tous

Avant de se plonger dans les yeux d’Elsa, il faut savoir que cette campagne d’affichage, datant de 2010, a été une petite révolution dans le monde bien rangé du luxe. Pourquoi ? Parce qu’il y a un PRIX. Place Vendôme, déjà faire de la pub c’est limite, alors mettre un prix, vous n’y pensez pas. C’est putâssier. Avec un â, comme dans Versâilles. Alors pour compenser, on donne à la montre un nom en forme de phrase. Nom qu’on illustre par une photo d’un jour qui se lève, d’un beau bleu-vert lagon lagune laguna de la couleur des yeux de l’égérie. C’est fait exprès d’ailleurs. Pour ce genre de publicité, on fait un casting de stars, on les place devant la fenêtre, et si leur couleur d’yeux est celle du ciel, eh bien c’est gagné. Et sinon, il y a Photoshop. Là il y a eu Photoshop, c’est d’ailleurs pour cela qu’Elsa, 42 ans, a l’air d’en avoir 17. Mais les 42 ans d’Elsa ne sont pas un défaut. Ils sont une force. C’est son expérience qui lui permet de jouer si bien le jour qui se lève, amour. On le voit bien, dans ses yeux laguna, l’amour du jour qui se lève. Elle semble même un peu surprise d’ailleurs que l’amour se lève le jour, c’est probablement parce qu’elle était en train de faire la fofolle sur un trampoline de fils de soie, c’est pour ça qu’elle est décoiffée. Mais pas trop parce que les fils de soie ça ne rebondit pas très bien. Elsa, elle joue très bien l’air chagrin-enamouré-rêveur. Mais ça ne marche pas. Parce qu’on ne lui a pas dit à Elsa, mais faire la moustache avec ses cheveux, ça ne fait pas très chagrin-enamouré-rêveur, même si c’est rigolo. Mais surtout, Elsa, elle ne va pas nous faire croire que le jour se lève alors qu’il est dix heures à sa montre. Parce que soit elle vit au Pôle Nord Elsa, soit elle croit que tôt le matin c’est dix heures. Et ça c’est bien un truc de riches.

Le 1 août 2012 à 08:16

I can haz a chronique

(on m'a demandé : "plus lolcat, la prochaine")

Que se serait-il passé si Galilée avait disposé d'Internet, ce formidable outil d'expression ?   Bon, d'abord rien : il était très mal classé par Wikio, n'avait pas un énorme pagerank et un tout petit Klout. Son fameux post « et pourtant, elle tourne » serait d'abord passé inaperçu.   Jusqu'au jour où un Twittos serait tombé dessus par hasard, en googlisant « mon chaton refuse de manger de la salade, que faire ? » par exemple.   Il aurait alors relayé l'information et, très vite, le buzz aurait pris. Aux premiers commentaires outrés (« Je suis pour la tolérance mais des propos pareils ne devraient pas exister, si on accepte ça après ce sera quoi ? On va nous faire croire qu'il existe une loi de la gravitation universelle, aussi, peut-être ? » ou « LOL de toutes façons t'as tout piqué à Copernic ») auraient succédé les premiers commentaires moqueurs. Très vite, le hashtag #elletourne aurait fait son apparition dans les trending topics de Twitter, incitant ainsi les journalistes à s'intéresser aux théories de Galilée :  « L'héliocentrisme fait le buzz sur les réseaux sociaux. Un certain Galilée (@justapoorboy) a prétendu démontrer qu'en réalité, la Terre tournerait autour du soleil ! Très vite, les internautes se sont déchaînés. L'hilarant @LeJeanBon a ainsi déclaré « Je comprends pourquoi j'avais mal au cœur ce matin, dire que j'allais accuser la vodka ». La fameuse blogueuse @niniblogue s'est quant à elle exclamée « LOL, je vais devoir acheter des Louboutin à crampons pour ne pas tomber ! » Les déclarations insensées de ce Galilée ont également inspiré de nombreux LOLcats, ces désopilants montages à base de chats. Ce buzz négatif a poussé Galilée à effacer son post, preuve qu'il disait bien n'importe quoi».                

Le 6 juillet 2012 à 09:44

Grupetto

On m'a demandé une chronique "plus cycliste" alors je me suis mis en danseuse. Le plus dur, ça a été de trouver des ballerines en 46. Le Tour de France arrivera bientôt à la Planche-des-Belles-Filles, avant de repartir le lendemain pour Porrentruy (je suis sûr que je passe à côté d'un jeu de mots génial). Je ne vous connais pas bien, mais je suis sûr que vous êtes nombreux à rester insensibles à la froide beauté d'une attaque au pied de l'Alpe d'Huez. Mais même pour le cyclistophobe convaincu, le Tour de France a ses qualités. Quand vous trépignerez au beau milieu du peloton des départs en vacances, au cours d'une longue étape un peu insipide entre le péage de Chatuzange-le-Goubet et l'aire de la Coucourde, sans le moindre espoir d'échappée, coincés entre deux caravanes dont aucune ne vous distribuera de main géante, par exemple. Coincé là, sans porteur d'eau, avec à votre gauche un village pittoresque dont vous ignorez totalement le nom et encore plus si quelqu'un de vaguement célèbre y est jamais né, droit devant un château du 13e ou 18e siècle, dont l'histoire est probablement forte et tragique, mais comment le savoir ?, et à votre droite une centrale nucléaire sur laquelle il existe probablement mille anecdotes croustillantes. C'est vrai qu'ils sont plaisants, tous ces petits villages, tous ces bourgs, ces hameaux, ces lieux-dits, ces cités. Mais bon, si on s'arrête dans tous les bleds où il y a une église et probablement un musée pittoresque, le musée de la barbe artisanale, ou celui du chapeau melon, on n'arrivera jamais à la mer avant l'apéro, et puis la dernière fois qu'on a désobéi au GPS, ça a failli mal se terminer, alors est-ce bien la peine ? C'est dans ces moments-là que vous auriez bien besoin d'un Jean-Paul Ollivier portatif.

Le 5 juillet 2014 à 10:23

Le travail, c'est lassant

Thé ?

– J'ai beaucoup de chance, car j'ai pu faire de mon hobby une profession.– Ça alors, quelle chance !– Oui. Je viens de le dire. C'est un réel plaisir, car jamais je n'ai l'impression de travailler. Tous les matins, je suis heureux de me lever.– Même en cas d'insomnies ?– Mais monsieur, quand on aime son travail, on n'a jamais d'insomnies.– Même quand vos voisins ont joué du tambourin toute la nuit ?– Mais monsieur, quand on aime son travail, on n'a pas de voisins !– Même quand votre splendide épouse Inge décide à brûle pourpoint de vous faire réviser 19 positions différentes du kama sutra au cours de la même nuit ?– Ah, je vous vois venir, vous aimeriez que je vous réponde "mais monsieur, quand on aime son travail, on n'a pas de splendide épouse" !– Oui.– Aucun lien. Elle ne supportait plus les voisins alors elle est partie refaire sa vie avec leur tambourin.– C'est triste.– Non, quand on aime son travail, on n'est jamais triste.– Et quel est ce hobby ?– La comptabilité analytique.– Ça alors.- Tout petit, déjà, après un marathon ou une dégustation de fromages, pour me détendre, je faisais un plan comptable. Un bilan. Parfois même un tableau excel. Aujourd'hui, c'est devenu mon métier.– Quelle chance !– Oh, la chance n'y est pour rien, quand on veut on peut, tout est question de volonté, et un match n'est jamais joué avant le coup de sifflet final.– Quelle sagesse !– Mais vous, mon brave, avez-vous également connu la satisfaction d'avoir fait, si j'ose dire, de votre hobby une profession ?– Hé bien non, pas du tout.– C'est ballot.– Mais non. Au contraire. Car j'ai fait de ma profession un hobby ! Et j'en suis ravi.– Plaît-il ?– J'ai fait de ma profession un hobby. Le matin, j'arrive au travail, je relève mes e-mails, j'y réponds, je fais des concours sur internet, j'écoute de la musique, je poke des amis, je lis des blogs, je lis des journaux en ligne, je lis les commentaires, je me lamente sur l'état de l'humanité, je bois un café, je tweete, je facebooke, j'instagrame, je rebois un café, je commente le match d'hier soir avec mes collègues, j'achète des billets d'avion, je me gratte le dos, puis, quand je sens que je commence à m'ennuyer, je bosse un moment. C'est très gratifiant.– Quelle chance.

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