Raphaël Chabloz
Publié le 15/09/2011

Zen


Je ne trouve pas de titre, ça m'énerve

Je passe, quotidiennement, beaucoup de temps dans ma voiture. Une obligation dont j'essaie de m'accommoder : cette parenthèse obligatoire (une parenthèse que même Philippe Jaenada trouverait longue, certes, mais une parenthèse tout de même) entre domicile et travail me permet de décompresser, de penser à autre chose. Alors qu'autrefois, dans le train, je lisais, dormais ou m'adonnais à des tâches aussi nobles que le dressage de Pokémon, je peux désormais laisser vagabonder librement mon esprit. Mais pourquoi il freine, ce con ? Et c'est une source constante d'inspiration, j'envisage ainsi de me lancer prochainement dans la biographie complète de ce débile là-devant qui se croit sans doute sur son tracteur, mais c'est quand même pas possible de traînasser pareillement ! C'est aussi dans ces moments-là que me viennent les idées pour ces chroniques hebdomadaires. Bon allez, avance, on n'a pas toute la nuit non plus. Et c'est là, alors que je longeais le magnifique lac de Neuchâtel et ses reflets enchanteurs que je me suis dit qu'il serait difficile de rédiger ce billet « plus énervé » que l'on m'avait demandé, tant la nature automnale invitait à l'apaisement, et que la vie était trop courte pour s'énerver et ces travaux, ils vont jamais les finir, ces travaux ? et en plus j'ai le soleil dans la gueule.
Bien que n'ayant jamais pratiqué le water-polo, je suis blogueur, journaliste, suisse, traducteur et parfois même auteur, mais pas trop. J'aimerais vous parler de mon enfance et de ma passion pour les dés de courgette. Hélas, les icônes scintillantes figurant sur ce site me terrifient et, pour le dire franchement car c'est important la franchise, me tétanisent.

http://www.bonpourtonpoil.ch/ 

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Le 6 juillet 2013 à 10:35

Elisabeth Cotten, clochard céleste

Portrait 42

Tu connais l'histoire de cette chanson ? Écoute ce que la voix raconte sans le dire. Il y a cette petite fille. Elle a dans les douze ans. Elle est gauchère et vient de s'acheter sa première guitare grâce à l'argent des ménages qu'elle fait avec sa mère. Elle apprend toute seule, à l'envers. Le week-end elle chante à l'église. Elle habite à Carrboro, en Caroline du Nord, près de la voies ferrée. La nuit elle entend les trains de marchandise qui roulent vers l'inconnu en hachant l'obscurité. C'est ainsi qu'elle compose cette petite comptine lancinante, Freight Train, Freight train going so fast... C'est doux et sombre. La petite Libba comme on l'appelle y parle déjà de sa mort. When I'm dead and in my grave / No more good times here I'll crave / Place the stones at my head and feet / And tell them I've gone to sleep. Les années passent. Les trains de marchandises continuent à déchirer l'horizon. Elle reste là. Se marie à quinze ans. A des enfants. Travaille comme femme de ménage. Elle arrête plus ou moins de chanter. Presque vingt ans plus tard elle devient la bonne de Mike Seegers. Famille de musiciens. Il a trois enfants à qui elle chante ses chansons le soir pour les endormir. Il l'enregistre en 1958, la fait connaitre, passer à la télé. La vague folk des années soixante lui permet de finalement s'acheter une maison à Syracuse. Elle y enregistre un dernier album dans lequel elle chante avec son petit fils. Le train numéro neuf ne roule plus depuis longtemps.

Le 12 mai 2011 à 08:00

Tout est chaos ? A côté !

Je sais pas vous, mais tout est chaos   Entre la gare et le lieu où je travaille, il y a un gymnase*, dans lequel des hordes d'adolescents apprennent les équations différentielles pour pouvoir un jour présider aux destinées de la nation. Tous les jours, donc, je partage un bout de chemin avec eux et même que parfois, je traverse au rouge. Cela me permet de me tenir au courant des aspirations de la « génération Z » (au passage, si quelqu'un connaît quelqu'un au nommage de générations, j'aimerais bien leur dire deux mots), ce qui tombe super bien puisque je dois être « plus transgénérationnel ». Or, l'autre jour, alors que je tentais un dépassement hasardeux, quelle ne fut pas ma surprise d'entendre un jeune homme, muant et florescent, affirmer : « J'adorais ça quand j'étais petit. » Sans être vieux jeu ou quoi que ce soit, il me semble que les jeunes d'aujourd'hui sont nostalgiques de plus en plus tôt. Je suis ouvert d'esprit, j'ai moi-même, sans aller jusqu'à la nostalgie, eu quelques accès de mélancolie pendant mon adolescence, mais je ne sais pas si c'est bien, si vite... Oh, oui, on y pensait, on en parlait entre nous, on regardait avec envie ceux qui pensaient déjà que c'était mieux avant. Mais ça se faisait différemment, de manière plus naturelle. Je comprends, ils vont sur Internet, ils voient des sites nostalgiques, ils ont envie d'essayer eux aussi mais est-ce bien raisonnable ? Sinon, l'honneur est sauf, il avait aussi une coupe de cheveux ridicule.* NDLR : En Suisse, le gymnase est un lycée.

Le 27 avril 2011 à 15:13

Restons soudés

(Comme titre, j'avais aussi "caustique dans les prés")

On m'a dit « Pas mal, ta première chronique, mais la prochaine fois, il faudrait être plus caustique. » « Super », j'ai répondu, parce que j'ai des lettres. Avant de faire une semaine d'angoisse de la page blanche aiguë (j'ai essayé d'écrire en vert sur fond mauve, ça n'a pas aidé et j'ai eu un peu mal au coeur). Parce que pour un Suisse (je suis suisse, je ne sais pas si j'en avais parlé), ce n'est pas si évident d'être caustique, à cause de la neutralité, du calvinisme et des erreurs de traduction. En France, c'est beaucoup plus facile : on te refile une chronique et hop, tu parles de politique, tu balances tes vannes caustiques avec la verve d'un chacal et la faconde d'un narval, « Nicolas Sarkozy est petit », « Marine Le Pen est la fille de Jean-Marie Le Pen, qui est borgne », « Nicolas Hulot a présenté Ushuaia, comme le savon », c'est drôle, c'est efficace et avec un peu de chance, tu te fais renvoyer ou insulter par un autre chroniqueur et là, c'est le succès garanti. En Suisse, c'est plus compliqué, parce qu'avec la présidence tournante (oui, oui, comme le ping-pong), personne ne sait jamais trop qui est le Chef d'état. Le temps qu'on fasse une blague sur sa taille, ses dents ou ses cheveux (nous aussi, on a de fins analystes de la chose publique, tu crois quoi?), il a déjà cédé sa place. Et puis de toutes façons, le caustique, j'y touche pas trop, à cause de mon hypocondrie.

Le 1 août 2012 à 08:16

I can haz a chronique

(on m'a demandé : "plus lolcat, la prochaine")

Que se serait-il passé si Galilée avait disposé d'Internet, ce formidable outil d'expression ?   Bon, d'abord rien : il était très mal classé par Wikio, n'avait pas un énorme pagerank et un tout petit Klout. Son fameux post « et pourtant, elle tourne » serait d'abord passé inaperçu.   Jusqu'au jour où un Twittos serait tombé dessus par hasard, en googlisant « mon chaton refuse de manger de la salade, que faire ? » par exemple.   Il aurait alors relayé l'information et, très vite, le buzz aurait pris. Aux premiers commentaires outrés (« Je suis pour la tolérance mais des propos pareils ne devraient pas exister, si on accepte ça après ce sera quoi ? On va nous faire croire qu'il existe une loi de la gravitation universelle, aussi, peut-être ? » ou « LOL de toutes façons t'as tout piqué à Copernic ») auraient succédé les premiers commentaires moqueurs. Très vite, le hashtag #elletourne aurait fait son apparition dans les trending topics de Twitter, incitant ainsi les journalistes à s'intéresser aux théories de Galilée :  « L'héliocentrisme fait le buzz sur les réseaux sociaux. Un certain Galilée (@justapoorboy) a prétendu démontrer qu'en réalité, la Terre tournerait autour du soleil ! Très vite, les internautes se sont déchaînés. L'hilarant @LeJeanBon a ainsi déclaré « Je comprends pourquoi j'avais mal au cœur ce matin, dire que j'allais accuser la vodka ». La fameuse blogueuse @niniblogue s'est quant à elle exclamée « LOL, je vais devoir acheter des Louboutin à crampons pour ne pas tomber ! » Les déclarations insensées de ce Galilée ont également inspiré de nombreux LOLcats, ces désopilants montages à base de chats. Ce buzz négatif a poussé Galilée à effacer son post, preuve qu'il disait bien n'importe quoi».                

Le 1 août 2013 à 08:08

Belge comme le jour

Aujourd'hui, c'est l'anniversaire de la Suisse. Et ça tombe drôlement bien, puisqu'on m'a demandé : « plus belge, ta prochaine chronique ». Or, quand on y réfléchit bien, Suisses, Belges, tout ça, c'est un peu pareil. Ils ont des Flamands, nous avons des Suisses allemands, la langue est à peine différente et le pouvoir de nuisance est à peu près le même. Ils se débrouillent sans gouvernement, nous en avons un parce que c'est bien pratique pour dire que tout ça, c'est de sa faute, mais personne ne sait tellement qui est dedans. Ils ont un roi, nous avons trois cartes à l'as mit stöck et des combats de reines. Ils ont une équipe de foot surnommée les « Diables Rouges » mais qui est environ aussi diabolique qu'un best of de Kiss, notre équipe joue aussi en rouge. Ils ont Jacques Brel, nous avons Henri Dès. Ils ont des frites, on a des röstis. Ils ont réinventé la bande dessinée, nous avons Yakari. Ils disent 70, comme nous, alors que les Français disent 70, ce qui est parfaitement ridicule, tout le monde en conviendra. Personne n'a jamais très bien compris la Belgique, pareil pour la Suisse. C'est pourquoi je nourris secrètement un dessein politique ambitieux mais réaliste : la fusion de la Wallonie avec la Romandie, réunies sous la bannière de la République monarchique et patatière de Wallomandie. Dont je ne peux vous parler, puisque c'est un projet secret. Du coup, pour mener à bien ma mission, une chronique « plus belge », je vais me contenter de vous raconter des carabistouilles, alleïe, une fois.

Le 5 juillet 2014 à 10:23

Le travail, c'est lassant

Thé ?

– J'ai beaucoup de chance, car j'ai pu faire de mon hobby une profession.– Ça alors, quelle chance !– Oui. Je viens de le dire. C'est un réel plaisir, car jamais je n'ai l'impression de travailler. Tous les matins, je suis heureux de me lever.– Même en cas d'insomnies ?– Mais monsieur, quand on aime son travail, on n'a jamais d'insomnies.– Même quand vos voisins ont joué du tambourin toute la nuit ?– Mais monsieur, quand on aime son travail, on n'a pas de voisins !– Même quand votre splendide épouse Inge décide à brûle pourpoint de vous faire réviser 19 positions différentes du kama sutra au cours de la même nuit ?– Ah, je vous vois venir, vous aimeriez que je vous réponde "mais monsieur, quand on aime son travail, on n'a pas de splendide épouse" !– Oui.– Aucun lien. Elle ne supportait plus les voisins alors elle est partie refaire sa vie avec leur tambourin.– C'est triste.– Non, quand on aime son travail, on n'est jamais triste.– Et quel est ce hobby ?– La comptabilité analytique.– Ça alors.- Tout petit, déjà, après un marathon ou une dégustation de fromages, pour me détendre, je faisais un plan comptable. Un bilan. Parfois même un tableau excel. Aujourd'hui, c'est devenu mon métier.– Quelle chance !– Oh, la chance n'y est pour rien, quand on veut on peut, tout est question de volonté, et un match n'est jamais joué avant le coup de sifflet final.– Quelle sagesse !– Mais vous, mon brave, avez-vous également connu la satisfaction d'avoir fait, si j'ose dire, de votre hobby une profession ?– Hé bien non, pas du tout.– C'est ballot.– Mais non. Au contraire. Car j'ai fait de ma profession un hobby ! Et j'en suis ravi.– Plaît-il ?– J'ai fait de ma profession un hobby. Le matin, j'arrive au travail, je relève mes e-mails, j'y réponds, je fais des concours sur internet, j'écoute de la musique, je poke des amis, je lis des blogs, je lis des journaux en ligne, je lis les commentaires, je me lamente sur l'état de l'humanité, je bois un café, je tweete, je facebooke, j'instagrame, je rebois un café, je commente le match d'hier soir avec mes collègues, j'achète des billets d'avion, je me gratte le dos, puis, quand je sens que je commence à m'ennuyer, je bosse un moment. C'est très gratifiant.– Quelle chance.

Le 22 mars 2012 à 08:09

Semaine internationale de la courtoisie sur la route

Par son éblouissante richesse et sa douce fragilité, la biodiversité nous rappelle sans cesse combien nous sommes bien peu de chose. Quant à l’observation de la faune en milieu naturel, celle-ci nous offre à contempler des spectacles sauvages emprunts de si grands mystères. Comprendra-t-on ainsi un jour quel réflexe instinctif opposé à la raison donne lieu au comportement abscons et très souvent obtus qui conduit l’automobiliste à klaxonner frénétiquement lorsqu’il se retrouve coincé dans les bouchons ? Grâce à la phylogénie qui étudie les relations de parentés entre les espèces, nous savons que cette manifestation primitive observée chez l’être humain relève d’une pathologie psychosomatique qui, à vrai dire, le différencie du singe. Je pense donc je suis. Je conduis, donc je te suis. Je suis coincé, donc je klaxonne et même que je t’emmerde pauvre con. A l’égal d’une certaine conception que je peux me faire de la politique, klaxonner ne fait pas moins consommer de pétrole qu’il n’apporte d’idées. Geste d’autant plus saugrenu qu’il ne fait en rien avancer les choses, ne débouche pas plus sur une sortie de crise que d’autoroute si ce n’est sur un certain état d’agitation aigüe propre à quelques chauffards ou autres chefs d’Etat. Ce qui fait le malheur des hommes, ce sont les désirs insatisfaits et les embouteillages. Bienheureux dans les encombrements le philosophe à bicyclette, qui, dans le méandre des pares chocs rutilants à la cacophonie grave et hurlante parvient à se frayer un chemin en narguant tous ces as du volant. Quel étrange comportement que celui de ces automobilistes coincés dans un embouteillage. Contendants du volant qui, dans l’isolement de leur habitacle, fulminent jusqu’à la déraison et qui, au plus haut point de leur colère, agissent d’un geste désemparé emprunt d’éréthisme en tambourinant bêtement sur le klaxon de leur grosse caisse. Moi, lorsqu’il m’arrive d’être coincé dans les embouteillages, je ne m’énerve pas. Pour ça je laisse faire mon chauffeur.

Le 3 juin 2011 à 08:30
Le 18 mai 2011 à 11:34
Le 18 août 2013 à 09:52

Cheese

J'aimerais, une fois n'est pas couture, profiter de cet espace mis à ma disposition pour parler de quelque chose d'important. Pousser un cri d'alarme. Ça va cinq minutes de faire le guignol, mais il y a des moments où il faut savoir rester sérieux. Il y a des sujets avec lesquels on ne peut pas plaisanter. En réalité, je ne vois qu'un seul sujet avec lequel on ne peut pas plaisanter : le fromage.C'est pourquoi, j'aimerais le dire une fois de plus, car je constate, hélas, qu'il y a encore des gens qui l'ignorent. Et l'ignorance, comme on le sait, est mère de tous les vices.Il n'y a pas, il n'y a jamais eu, il n'y aura jamais de trous dans le Gruyère. Quand vous dites : "ohlala, c'est un vrai Gruyère", en parlant, je ne sais pas, moi, d'un ami à vous, par exemple, vous voulez dire qu'il vient de la riante ville de Gruyères, qu'il est un peu jeune et risque de faire trancher la fondue, qu'il est savoureux, débrouillez-vous, c'est votre ami, pas le mien, mais en aucun cas vous ne voulez dire qu'il est très troué.Je ne sais pas comment cette méprise est née. Peut-être d'un fromager qui avait un défaut de prononciation, il n'arrivait pas à dire "Emmental" alors il a appelé ça "Gruyère", c'est vrai que c'est assez voisin, comme sonorité, et comme c'était un fromager connu, c'est resté. Peut-être est-ce simplement le signe d'un complot mondial pour nuire à la réputation des fromages suisses. Peut-être, plus simplement, s'agit-il d'inculture : un malencontreux vendeur aura confondu, avec une touchante sincérité, un divin Gruyère avec un caoutchouteux Emmental mais, avec le bagoût qui le caractérie, aura réussi à semer le doute dans les esprits, au point qu'aujourd'hui, des millions de gens confondent. Parfois, on ne croit pas celui qui a le plus raison, mais celui qui parle le plus fort. Cela s'est vu, par le passé : ainsi, on a réussi à faire croire au monde entier qu'il traversait une terrible période de crise et que ça allait pas en s'améliorant, et donc que c'est pas le moment de faire la fine bouche au rayon fromages étrangers, juste en le disant souvent et très fort, on peut bien réussir à lui faire avaler n'importe quel fromage.

Le 12 novembre 2010 à 12:05

Au secours les mots : Eric Pessan défend le mot "grève"

Délivrons les mots récupérés et dévoyés!

Parce que la langue est le lieu d'un champ de bataille idéologique, il faut s'occuper des mots dénaturés ou vidés de leur sens par les politiques et les médias. Klemperer Junior invite des auteurs à les réhabiliter. Postez vous aussi vos contributions ici.Un jour de grève d'octobre 2010, quelque part en France…" Font chier avec leurs grèves"." Mes enfants, je les ai mis à Saint-Blaise, là-bas les profs ne font jamais grève », entends-je ce matin, en accompagnant mon fils à l’école, alors que je suis occupé à regarder le ciel par-dessus le village, magnifique éboulement de nuages tirant sur l’orangé. Le ciel est vaste en haut de la rue du Coteau, et toujours beau. Je le regarde, ce ciel, et me demande si le mot "grève" a un rapport avec la grève, celle du bord de mer ou de rivière, où on peut perdre pas mal de temps à observer l’eau couler sans rien faire. Effectivement, l’arrêt volontaire du travail par les salariés dans un but de protestation doit son nom à la place de la Grève à Paris (maintenant place de l’Hôtel-de-Ville) où avaient lieu les exécutions et où les ouvriers attendaient chaque matin une hypothétique embauche. La place de la Grève, elle, était nommée ainsi parce que située sur une grève de la Seine. CQFD.Ce matin, il a gelé, à peine, un voile blanc sur les champs en contrebas. C’est la grève, ceux qui la font roulent sous les insultes de ceux qui la subissent, on nous répète à loisir que la grève est irresponsable, puérile, idiote, inutile. On vomit un mot, on le brandit comme une menace, comme une malédiction, une erreur, une folie.Partout, la grève provoque de l’attente. Les mains bien au chaud dans mes poches, je fais un petit détour par les vignes avant de rentrer de l’école pour rejoindre mon bureau. L’attente d’un train, l’attente d’un métro ou d’un tramway. L’attente dans le piétinement lent des manifestations : la grève renvoie chacun à la patience matinale des ouvriers qui – chaque jour – espéraient être choisis et gagner le droit d’aller travailler. L’attente est devenue insupportable, le moindre retard ou le moindre report viennent heurter notre routine. C’est la grève, donc, et je me dis que lorsque l’on attend, les yeux dans l’eau ou les yeux dans le ciel, on se met à penser. C’est sans doute pour cela que la grève est belle, que ce mot est magnifique : sur la grève, face aux flux sociaux, aux remous et aux courants, on est seul et on réfléchit.Eric Pessan écrit des romans, des nouvelles, des pièces de théâtre et des fictions radiophoniques. En un mot, il est auteur. Il collabore avec des artistes plasticiens, ainsi qu'à de nombreux ouvrages collectifs, comme au site remue.net. Ses derniers ouvrages : Un matin de grand silence (avec Marc Desgrandchamps, Ed. du Chemin de Fer), La fête immobile (avec Hervé Plumet, Ed. Presque Lune) et Tout doit disparaître (pièce de théâtre, Ed. Théâtre Ouvert, coll. Tapuscrit).Illustration : Dupont&Barbier www.dupont-barbier.com    

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