Corinne Klomp
Publié le 15/09/2011

La guerre des bouffons


Qui ose dire que le cinéma français manque de créativité ? A l’heure où le monde arabe rugit pour recouvrer sa liberté, où les marchés financiers s’affolent, alors que les reconduites à la frontière s’accélèrent avant la grande échéance de 2012 et que la Grèce est pointée du doigt comme une feignasse, que nous pond notre cinéma ? Deux adaptations, enfin deux resucées, sortant coup sur coup, du roman de Louis Pergaud : « La guerre des boutons », déjà immortalisé par le génial Yves Robert dans son film de… 1962. 50 ans après, il est rassurant de constater que nos créateurs sont poussés par le même vent d’inspiration débridée et parfaitement nouvelle.  Quelle peut être la raison de cette soudaine éruption, non de boutons, mais de « copié collé » ? Un ras-le-bol des zips et autres fermetures éclair, qui se coincent sournoisement dans les tissus et parfois dans nos chairs ? Non. La vérité, toute bête, se niche ailleurs : les droits du livre de Pergaud tombent dans le domaine public en 2011. En clair, plus besoin de verser un centime à l’éditeur ou aux ayants droit de l’auteur pour adapter le roman. 
N’écoutant que leur audace, qui ne leur disait rien, deux producteurs se sont emparés de la bête. Avant de se livrer une vraie guerre cette fois, la guerre des bouffons, à coup de têtes d’affiche et de stratégies marketing hautement élaborées. Au final, la promotion, non le talent, fera la différence. Il ne reste plus qu’à nous tourner vers d’autres cinémas ou vers le théâtre pour trouver des raisons d’espérer. Sinon, vous pouvez toujours débourser dix euros pour aller voir un téléfilm avec plein de boutons au cinéma. Mais à la sortie, il y a fort à parier que vous emprunterez à l’un des gamins du chef d’œuvre d’Yves Robert cette réplique culte : « Si j’aurais su, j’aurais pas venu ».

Corinne Klomp a sévi quelques années dans la presse économique, côté marketing. Personne n’est parfait, elle encore moins. Un jour elle a tout quitté pour se consacrer à l’écriture scénaristique puis théâtrale. Depuis, sa vie, la vraie, a commencé. Elle écrit et joue la comédie pour les autres, mais ne chante que pour son pommeau de douche, et sur rendez-vous. Son patronyme n’est pas un pseudonyme. Non, même pas.

> http://blogs.mediapart.fr/blog/corinne-klomp

 

Plus de...

Corinne Klomp

 ! 

Partager ce billet :

À voir aussi

Le 1 février 2011 à 14:15

Jacques Le Glou (1940-2010)

Les cracks méconnus du rire de résistance

Aux alentours de Noël 2010, certains « professionnels de la profession » du 7e art français s’étant rendu à Nantes pour un dernier hommage à l’ex-vice-président d’Unifrance, le producteur-distributeur-exportateur de films volontiers invendables Jacques Le Glou, firent tout d’un coup une drôle de tête. C’est que les chansons d’agit-prop qui retentissaient pendant la crémation s’avéraient être d’un radicalisme inouï : « Toutes les centrales sont investies,Les bureaucrates exterminés,Les flics sont sans merci pendusÀ la tripaille des curés... » Eh oui, le directeur de scène à l’Opéra de Marseille en 1967, fer de lance du fameux ciné-club Jean Vigo et de la Cinémathèque d’Henri Langlois, le « pêcheur d’auteurs » intransigeant tels que Jean Eustache, Leos Carax, Cédric Kahn, Paul Vecchiali, le diffuseur dans le monde de perles rares ayant fait l’événement à Cannes (La Maman et la putain, Marius et Jeannette, La Vie rêvée des anges), le grand manitou du festival du cinéma et de la gastronomie de Dijon était aussi un fieffé gredin qui s’enorgueillissait de n’accueillir dans son fastueux bar privé cannois du Carlton que les plus importants producteurs internationaux et les pires gibiers de potence (de l’agitateur belge malotru Jan Bucquoy au braqueur de banques libertaire Roger Knobelpiess). -    Orchestrateur de la rédaction du Monde libertaire, Jacques Le Glou est mis à pied pour avoir écrit : « Grand malheur pour la pensée française ! André Breton est mort et Louis Aragon toujours vivant ! » -    Compagnon de mauvais coups des situationnistes, il remet en place avec eux en 1969, place de Clichy, à Paris, la statue de Charles Fourier sur son socle resté vide depuis que les nazis l’avaient déboulonnée. « La statue, réplique exacte de la précédente, était en plâtre mais finement bronzée. À vue d’œil, on la croyait vraie. Elle pesait quand même plus de 100 kg. D’après un témoin cité par France Soir, "huit jeunes gens d’une vingtaine d’années étaient venus la déposer à l’aide de madriers. Une jolie performance si l’on sait qu’il n’a pas fallu moins de trente gardiens de la paix et une grue pour remettre le socle à nu." »-    Ami loyal de Guy Debord (un des rares à n’avoir pas été envoyé aux pelotes), il est à l’origine de la sortie du DVD et de la ressortie dans les salles de ses ciné-pamphlets.-    Ses propres écrits anarcho-enragés étaient très chouagamment fricassés. Relevons une exhumation annotée d’un chef-d’œuvre de la subversion poivrée Hurrah ! ou la révolution par les Cosaques (1854) d’Ernest Coeurderoy, une préface incendiaire à Prise de possession (1888) de Louise Michel, une lettre d’amour fou à la pétroleuse Michelle-Marie Weber venant de casser sa torche.-    Et c’était un conteur hors pair. Ses aminches adoraient l’entendre raconter comment il avait été un roi de la contrebande durant son adolescence, comment il avait réussi à sauver sa boîte Mercure Distribution grâce à une partie de poker, comment il était parvenu à vendre un film coquin qu’il n’avait jamais vu au nabab Menahem Golan, comment il avait compris dans les bordels de Hong Kong que la débauche pouvait être un véritable art ou comment, pour retrouver des bien-aimés dans une réception huppée de Cannes sans être enquiquinés au passage par ses myriades de relations, il s’était métamorphosé en élégante lady (que je n’aurais certes pas identifiée si elle ne m’avait sorti subitement : « Nono, c’est Jacqueline ! »). Mais le point d’orgue des activités « non normales » – comme il aimait dire – de Jacques Le Glou, ça restera son 33-tours (et plus tard, CD) Pour en finir avec le travail. Chansons du prolétariat révolutionnaire que les amis des lois ne sont pas arrivés à mettre hors d’état de luire. Il s’agit d’un assortiment de chansons célèbres, interprétées magnifiquement par Michel Devy, Jacques Marchais et Vanessa Hachloum (pseudo de Jacqueline Danno) que Le Glou, mais aussi son pote Roda-Gil et ses camerluches situs Debord et Vaneigem, ont diaboliquement détournées de leur sens premier. C’est ainsi qu’Il est cinq heures, parolé par Jacques Lanzmann et miaulé par Jacques Dutronc, est devenu un hymne à un mai 68 qu’on aurait poussé plus loin : « Les blousons noirs sont à l’affût,Lance-pierres contre lacrymogènes,Les flics tombent morts au coin des rues,Nos petites filles deviennent des reines.Il est cinq heures.Paris s’éveille. (bis) » Que La Bicyclette, parolée par Pierre Barouh, musiquée par Francis Lai, roucoulée par Yves Montand, s’est transmutée en La Mitraillette :    « Curés, salauds, patrons, pêle-mêle,    Vous n’aurez pas longtemps vie belle, Viendra la fête,(…)Et l’on verra cette sociétéSpectaculaire assassinéePar les Soviets du monde entier,À coups de mitraillette. » Et que Les Feuilles mortes de Prévert et Kosma s’appelle maintenant Les bureaucrates se ramassent à la pelle : « Tu vois, il faut s’organiserPour ne plus jamais travailler. » Saluons la mémoire du frère (d’armes) Jacques, le meilleur saboteur de goualantes tartignolles qu’ait connu la France, en prenant l’habitude de détourner loufoquement, au débotté, les paroles de chaque tube voulant s’insinuer dans nos noneilles.

Le 16 décembre 2011 à 08:00

Agences de notation et andouillettes

Econotrucs #4

Il y a un an encore, j’aurais été obligé de vous expliquer ce qu’est une agence de notation. Aujourd’hui même les Guignols de Canal + les incarnent sous la forme de deux Sylvestre façon « world company ». Dans la caricature (avec parfois quelques erreurs), les Guignols expriment bien le ressenti de la population : un sentiment d’une absurde domination des gouvernements démocratiques par les marchés financiers et leurs acteurs. Le pire est sans doute atteint avec l’hystérie dans laquelle les agences de notation semblent plonger le pays. Il suffit de lire la presse : le monde est suspendu à leurs décisions. Il est vrai qu’elles font peur : leur expertise est douteuse, leurs erreurs multiples et célèbres, et les gouvernements leur font pourtant toujours la danse du ventre.   En 1997, la crise asiatique sonne le glas - très provisoire - d’une extraordinaire période d’expansion économique appelée « miracle asiatique » (souvenez vous des « tigres » et des «dragons » ) et basée sur des monceaux de dettes. A cette occasion on avait découvert que - malgré le précédent mexicain de 1995 - les agences de notation avaient donné des triples A à tout un tas de pays dont l’économie reposait sur de l’emprunt à court terme auprès de banques occidentales pour nourrir une bulle immobilière et de consommation. Le jour où les marchés se sont retournés et où les investisseurs occidentaux ont massivement retiré leurs liquidités, les failles de ce miracle asiatique sont apparues au grand jour et les agences ont dégradé tous ces pays, aggravant immédiatement leur situation. C’est un truc classique des agences : plutôt que de sonner l’alarme avant les autres - lorsque tout va bien - elles nourrissent les bulles, et se contentent de constater que leurs notes étaient bidons lorsque la situation se dégrade.   A partir de 2000, l’essor de la titrisation a permis aux agences de faire exploser leurs profits : chaque nouveau titre fabriqué par une institution financière nécessitant l'intervention d'un agence. Michel Aglietta en France, ou Franck Partnoy aux Etats-Unis, avaient largement montré dès cette époque les dangers de ce nouveau procédé où les agences de notation jouaient un rôle central : conflit d'intérêts, situation de monopole, et même fondements théoriques douteux. Pendant ce temps le comité de Bâle (forum qui réunit les banques centrales et qui s’occupe de supervision bancaire) avait pratiquement officialisé leur rôle comme régulateur financier : dans un système ou l’autorégulation était la règle les notes prenaient une importance capitale. Avec la crise des subprimes en 2007, on découvrait en effet que grâce à cette titrisation, des courtiers prêtaient de l’argent à des quasi SDF pour qu‘il puissent acheter des maisons : par un coup de calculette magique, les crédits consentis étaient en effet passés à la moulinette par les banques, et revendus en tranches de différents risques et différents rendement à différents clients à travers le monde. Personne ne savait vraiment ce qu’il achetait, mais rassurez vous les agences de notation avaient noté chaque produit en fonction de ses risques : avec brio, puisqu’il a suffi que le marché immobilier ralentisse fin 2006 pour que tout le système s’effondre en une année.   Cela aurait pu décrédibiliser définitivement les agences : on a au contraire l’impression qu’elles sont devenues un acteur central du système. Mais je vais vous faire une révélation  : Là où la dégradation d’une entreprise privée peut révéler des défauts cachés, la dégradation de la dette d’un état ne nous apprend rien, si ce n’est que trois types ont fait une réunion dans un bureau et tentent de mettre de l’huile sur le feu. En effet, la notation des titres financiers privés est une notation sollicitée où les institutions financières payent pour voir leur titres notés et donnent accès aux agences à des informations financières confidentielles. En théorie cela donne une certaine valeur à la notation (les agences disposent d’information dont ne dispose pas le public). En revanche la notation des dettes publiques repose sur des informations publiques, disponibles pour tous. L’agence n’a rien a nous apprendre sur la dette de la Grèce ou la santé financière de la France, qui dépendent de décisions politiques. La bonne attitude aurait du être depuis le début : pas besoin des agences de notation pour savoir que la dette de la France n’est pas soutenable, que la situation économique est très mauvaise… Le problème est qu’à force d’anticiper la panique, on risque réellement d’assister à la panique.   Quand j’entends parler de triple A, je pense aux andouillettes qui, elles, peuvent en avoir jusqu’à cinq. Et je me rappelle que nos gouvernants sont plus compétents en charcuterie qu’en économie, ceci explique peut-être cela.

Le 4 novembre 2011 à 13:05

« Je connais Georges Papa-andréou »

Pierre Moscovici, Radio classique, jeudi 3 novembre 2011.

Entre camarades socialistes, l’ancien ministre des Affaires européennes de Lionel Jospin doit simplement donner du « Georges » au premier ministre grec quand ils se croisent, puisqu’ils se « connaissent ».  Car pour ce qui est du nom de famille, il y a du relâché dans la formulation. Moscovici  a même récidivé à quatre reprises au micro de Guillaume Durand. Pour être honnête il n’est pas le seul à prononcer « Papa-andréou » au lieu de « Papandréou ». Attirance pour le syllabisme impair plutôt que pair ? Pulsion des profondeurs faisant resurgir l’appel existentiel des premiers mois ? Le vrai papa de Pierre Moscovici, psychanalyste renommé, doit avoir des idées sur le sujet. Une interprétation politique suggèrerait que la Grèce athénienne ayant enfanté la Démocratie, il est logique de conférer des attributs paternels à celui qui la gouverne des siècles plus tard. Pour autant le premier ministre en question serait de sexe féminin, y aurait-il tant de dérapages verbaux ? « Mama-andréou » ce serait trop. (Et top !) Une autre explication serait que jusqu’à ces derniers mois où la Grèce a mis le feu à l’euro, on s’en tapait un peu de la politique intérieure hellène chez les collègues français. Georges Papandréou  c’était comme un Rastapopoulos d’avant Spielberg. Ça va être coton quand la Pologne sera en passe de sortir de l’euro (après avoir adopté la monnaie unique bien sûr…), avec les noms propres sans voyelles de ses dirigeants !

Le 27 septembre 2012 à 07:08

Inscrivons la réalité au livre des records

Entre le plus long baiser de cinéma et la plus grosse bulle de savon, le livre des records nous dresse le portrait de l'homme le plus lourd du monde... l'intéressé pèse près de 600kg. On rit, on moque, on plaisante et on dédaigne. De la même manière que le plus petit des hommes est opposé au plus grand, pourquoi le plus maigre n'est-il pas présenté au côté du pachiderme humanoïde de 600 kg confiné aux quelques mètres carré de son lit sur mesure, le sourire aux lèvres ? Moi, je verrai bien quelques photos de ces enfants squelettiques aux yeux jaunes, les paupières luttant contre le va et vient de la mouche parasitaire, les pieds fixés dans ce sable chaud, le visage poussierreux... fantôme immobile dans un paysage désertique. Imaginez le record, quelques 30kg pour 1m45 ! On peut même imaginer le record de la plus grande communauté d'affamés au km², de famine en une année, de pauvreté sur un continent entier... Les auteurs du livre des records pourraient s'amuser à établir des données aussi précises que celles pour le meilleur mangeur de hot-dog. Mais l'idée ne plaît pas. Pas assez spectaculaire comme record. La banalité du phénomène est trop grande, nous sommes trop habitués à cette misère pour être surpris. Mais que voulez-vous, si les choses sont ainsi, c'est bien qu'il y a une logique ! De toute façon, chez nous aussi, il y a des pauvres. Moi-même, étudiant, je fais des sacrifices: je mange des pâtes au beurre. Rions de toutes ces surprenantes images. A l'instant, je lis que la plus longue barbe fut taillée une fois le record établi... n'est-ce pas le symbole d'une sagesse disparue ? Inscrivons la réalité au livre des records. Ensuite, nous pourrons mesurer le phénomène et prendre conscience de sa gravité.

Le 21 septembre 2010 à 14:56

Le Guili-guili show

Rire et résistance en République islamique d'Iran

Contrairement aux idées du prêt à porter médiatique en vogue, il ne faut pas confondre les Iraniens et les institutions qui les gouvernent. Plus les lois morales d’une société sont rigoureuses, plus forte est l’envie de rire et de s’en moquer. Plus il y a d’interdit, plus le désir de transgression devient un état permanent de la société, un passe-temps collectif. Les gens ne s’identifient pas aux lois, ils se mettent en face d’elle et n’arrêtent pas de chercher des moyens de les détourner. Tout peut devenir objet de dérision. Au début de la révolution islamique, il y avait à la télévision une émission animée par un ayatollah qui donnait une interprétation et une explication minutieuse à des situations improbables que pouvait rencontrer dans sa vie tout bon croyant : « Si lors d’un tremblement de terre un homme habitant le cinquième étage tombe sur une femme résidant au quatrième et qu’à l’issue de cette collision un enfant naît, le fruit de cette union est-il légitime ou illégitime ? ». Cette émission qui se voulait sérieuse rencontra un immense succès comique. Les Téhérani l’appelaient le « Guili-guili show ». Vingt ans plus tard la censure s’est assouplie, elle autorise la sortie du Lézard, long métrage de Kamal Tabrizi racontant l’histoire d’un voleur qui s’échappe de prison déguisé en mollah et qui se retrouve malgré lui le saint prédicateur d’une mosquée de village. Il est harcelé par de jeunes apprentis mollahs qui lui demandent ce qu’a prévu le Livre pour le cas où deux cosmonautes homme et femme se trouvent en apesanteur dans l’espace et se touchent ? « Doivent-ils faire un mariage provisoire ? ». En trois semaine, ce film a pulvérisé le record de fréquentation de toute l’histoire du cinéma iranien, avant d’être retiré des salles par les autorités…

Le 16 avril 2011 à 01:07

Raymond Borde (1926-2006)

Les cracks méconnus du rire de résistance

Beaucoup de cinéphiles ignorent que le fameux conservateur de la Cinémathèque de Toulouse Raymond Borde, éminence grise de la revue Positif première cuvée, coauteur de brillants ouvrages sur le néoréalisme italien et le film noir américain, et ressusciteur d’un des principaux acteurs-réalisateurs de l’âge d’or du slapstick muet qui était totalement passé à l’oubli, le très siphonné comique US Charley Bowers, alias Bricolo, que l’abîme d’érudition cinématographique Borde fut aussi un des pamphlétaires burlesques les plus scabreux que la France ait connus. En témoigne son féroce brûlot L’Extricable lancé intrépidement à la mer par Éric Losfeld en 1964 et réédité presque en catimini par sa fille Joëlle trente-deux ans plus tard.Le moins qu’on puisse dire effectivement, c’est que, rappelant les outrageants crachats loufoques anarcho-surréalistes sur les conventions et les institutions du Benjamin Péret de Je ne mange pas de ce pain-là – « J’ai failli incendier le ministère de la Marine. Comme un kiosque à journaux. Dommage que les pissotières ne brûlent pas. » –, le réquisitoire de Raymond Borde contre « l’armée et les valeurs capitalistes, la croyance en Dieu, à la bêtise familiale, aux chienneries moralisatrices » dépasse vraiment toute mesure.« La patrie est un torche-cul. », « Dissolution immédiate de l’armée ! », « Tout ce qui ressemble au bonheur passe par l’oisiveté dont le sens populaire fait avec à-propos la mère de tous les vices. », « Cassez la gueule aux chronométreurs ! »Ou alors « Aujourd’hui, je propose que les municipalités donnent vingt francs par tête de touriste abattu. À condition de se poster aux bons endroits, le touriste est plus facile à exterminer que la vipère. Je conseille le fusil, mais la grenade lancée dans le pare-brise, en haut d’une côte, a le double avantage d’aller vite en besogne et de bloquer la circulation des autres touristes. D’ailleurs, on repère l’animal en question avec la plus extrême simplicité. Il se déplace en voiture, s’agglutine à d’autres voitures et reste en bande. Il porte en lui le besoin de la foule. Il s’interne volontairement dans les routes nationales qui sont des camps de concentration mobiles, ou dans les campings qui sont des concentrations fixes. »Certes, les appels de Borde à la chasse aux touristes, ses hymnes à la paresse crasse, ses mots de désordre gratinés – « Mettons en panique la surface des choses ! » – réjouissent bien de mauvais esprits. Mais ce n’est pas du tout le cas de ses exhortations au cochonnage des icônes – « Que les monuments aux morts servent d’urinoirs ! » – et à la masturbation collective en plein Paris (« Que les 3000 manifestants s’accroupissant sur la chaussée du boulevard Saint-Germain se débraguettent et se masturbent ! »). Ni de ses diatribes paroxystiques contre les mères de famille qui continuent de choquer à peu près tout le monde. (« Athée ou poujadiste, curé ou vieux noceur, inspecteur des finances ou truand aux Assises, tout le monde respecte au moins cela : la pure figure de la mère. »)« Je demande que l’on en finisse avec la poésie florale de la naissance. Du calendrier des postes aux allocations familiales, tout exalte la maternité. Elle fait tellement partie du décor quotidien que l’on a peine à discerner ce qui se cache d’interdits derrière ces landaus, ces jacinthes, ces langes. Un bouquet de marmots et une femme enceinte, quel plus joli tableau dans les rues de nos villes ? Ça ne se discute pas. C’est le fruit conjugué de la morale chrétienne et du patriotisme. » Pourtant, pourtant, « la pornographie commence avec la grossesse. Avant, tout est merveilleux : baiser, branler, sucer, rêver. Après, tout est sale. Un ignoble cancer dévore le ventre de la femme. L’être aimé se dégrade, il s’alourdit comme une vache, suinte les eaux, fait un gosse comme on fait un pot, et il atteint les limites de l’horreur : il devient une mère ! »

Le 12 septembre 2012 à 08:39

Nanar se barre

Après le réjouissant Intouchables, Nanar se barre sera-t-il le film français le plus vu et commenté au monde ? L'histoire, tirée de la vraie vie qui inspire tant les producteurs de cinéma, se résume ainsi : Nanar, cochon replet, en a marre de donner du gras à son pays, la France. Donc il se barre. Pas loin, car Nanar n'est pas le genre à se salir la couenne dans un ashram avec des cochons pouilleux. Nanar se tire en Belgique. Là-bas, l'herbe n'est pas plus verte (quoique niveau pluviométrie la Belgique en impose) mais Nanar peut garder son lard, ce qui, pour un goret, est le pied (de cochon). Vous protestez que ce film ne vaut pas rillette, que ces porcs de scénaristes ne se sont pas foulé le groin. N'oubliez pas que ce sont les ficelles (de saucisson) les plus grosses qui se révèlent les plus solides. D'autant que Nanar garde sous les pattes des rebondissements aussi tordus que sa queue en tire-bouchon. Certes, il part s'aérer le jambon en Belgique mais en fait c'est juste pour s'en payer une tranche, car le meilleur de lui-même, à savoir son filet mignon, reste en France, au chaud à l'hôtel des Impôts. Du moins c'est ce qu'il déclare, et on n'a aucune raison de ne pas le croire, non ? S'il nous mentait, ça voudrait dire : primo, qu'il nous prend pour des veaux et deuzio, que derrière ce cochon rose se cache un requin blanc. Et ça, vraiment, ce ne serait pas crédible. Nanar en Terminator, et puis quoi encore ? Pourquoi pas la Graisse en faillite, tant qu'on y est ?

Tous nos invités
Tous les dossiers

derniers podcasts

je m'abonne :   
La masterclass d'Elise Noiraud
Live • 16/04/2021
La masterclass de Patrick Timsit
Live • 16/04/2021
La masterclass de Lolita Chammah
Live • 16/04/2021
La masterclass de Tania de Montaigne
Live • 08/03/2021
La masterclass de Sara Giraudeau
Live • 08/03/2021
Tous les podcasts

ventscontraires sur Youtube

Découvrez la chaîne
La revue en ligne du Rond-Point
Auteurs maison   Vedettes etc.   Confs & Perfs   Archives   Tous les chroniqueurs
Les vidéos   Les sons   Les images   Les textes  Nous contacter   Presse
ventscontraires.net, revue en ligne, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point.
Site administré par
© 2014 - CC.Communication